Les plantes de Noël autour du monde

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Il y a différentes plantes associées à Noël à travers le monde. Source: jardinierparesseux.com

Je pense que je peux dire sans me tromper que la plante de Noël la plus populaire en Amérique du Nord est le poinsettia (Euphorbia pulcherrima): les magasins en regorgent à cette saison! Mais d’autres plantes aussi sont populaires: le cactus de Noël (Schlumbergera spp.), le kalanchoé de Noël (Kalanchoe blossfeldiana), l’amaryllis (Hippeastrum spp.), le piment de Noël (Capsicum annuum), le cerisier de Jérusalem (Solanum pseudocapsicum), la fougère givrée (Selaginella martensii ‘Frosty’), le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla) et, bien sûr, le sapin de Noël (Abies balsamea et autres). Depuis quelques années, le thé des bois, aussi appelé gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens), s’est ajouté à la liste.

Mais les plantes de Noël diffèrent autour du monde. Jetons un coup d’œil sur ce qu’il se passe ailleurs.

Nouvelle-Angleterre

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Polystichum acrostichoides. Source: Krzysztof Ziarnek, Kenraiz

En plus des plantes précitées, j’ajouterais à la liste des plantes de Noël le polystic faux-acrostic (Polystichum acrostichoides), qu’on appelle aux États-Unis «Christmas fern» (fougère de Noël), car ses frondes sont persistantes et peuvent servir dans la fabrication de guirlandes et de couronnes. La même fougère pousse aussi au Québec, mais nous ne semblons pas l’utiliser comme décoration de Noël.

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Ilex verticillata Berry Poppins®. Source: Proven Winners.

Les branches de houx verticillé (Ilex verticillata), à feuilles caduques, donc sans feuilles à Noël mais chargées de baies rouges, sont fort appréciées dans les arrangements de Noël dans cette région. Encore une fois, cette plante pousse également chez nous et les branches sont parfois vendues dans les boutiques des fleuristes, mais elles ne semblent pas spécialement associées au temps des Fêtes au Québec.

En Europe

En général, les plantes présentées dans le premier paragraphe (poinsettias, cactus de Noël, kalanchoé de Noël, etc.)  sont populaires en Europe aussi, bien que le poinsettia, qu’on appelle étoile de Noël en France, ne domine pas le paysage à Noël comme il le fait de l’autre côté de l’Atlantique. Mais il y a d’autres plantes associées avec Noël (et le jour de l’An) qui sont plus propres à l’Europe.

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Ilex aquifolium. Source: AnemoneProjectors, Wikimedia Commons

Par exemple, le houx (Ilex aquifolium), un symbole de Noël très important, est un arbuste ou même un grand arbre aux feuilles persistantes dentées et aux fruits rouges qu’on cultive dans bien des jardins de l’Ancien Monde.

Nous le connaissons au Québec, mais surtout sous la forme de cartes de Noël et de guirlandes de plastique, car les houx à feuillage persistant sont rarement assez rustiques pour notre climat et ceux qui le sont sont de petits arbustes frileux généralement emballés de géotextile à Noël et donc inaccessibles.

En Europe, par contre, les branches de houx sont utilisées abondamment à Noël. On les fixe aux portes et aux fenêtres des maisons. Aujourd’hui, on prétend que c’est en guise d’invitation, mais en fait, cette tradition relève d’une vieille croyance selon laquelle ces branches empêchaient les mauvais esprits d’entrer.

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Bouquet de gui suspendu. Source: mistletoematters.wordpress.com

La tradition d’utiliser du gui (Viscum album) — avec ses petits fruits ronds blancs translucides — comme décoration du jour de l’An est encore très répandue sur le Vieux Continent et date d’ailleurs de l’époque des druides, mais peine à survivre en Amérique. C’est que le gui, une plante parasite qui vit aux dépens de son arbre hôte, ne pousse pas dans le nord-est du continent nord-américain, et qu’on ne peut même plus obtenir des branches de gui fraîches. Il y a quand même des guis nord-américains similaires, notamment dans le genre Phoradendron, qui sont présents dans le sud et l’ouest de l’Amérique du Nord, mais la tradition de s’embrasser sous le gui se perd néanmoins en Amérique alors qu’elle est plus tenace en Europe.

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Couronne d’Hedera helix. Source: bcinvasives.ca

Le lierre européen ou lierre anglais (Hedera hélix) est la guirlande traditionnelle des Fêtes en Europe. On en décore copieusement les maisons à Noël… et pourquoi pas, puisque cette grimpante à feuillage persistant pousse abondamment partout! Cette tradition ne semble jamais s’être établie en Amérique du Nord, sans doute parce que le lierre n’y est pas indigène, mais qu’il y existe surtout comme plante d’intérieur, plus rarement comme grimpante ou couvre-sol en plein air, et est donc de distribution beaucoup plus limitée.

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Rose de Noël (Helleborus niger). Source: 4028mdk09, Wikimedia Commons

La rose de Noël (Helleborus niger), qui n’est pas du tout un rosier (Rosa sp.), mais plutôt une plante vivace, est la plante de Noël dans le sud-est de l’Europe, là où l’Église orthodoxe domine. Leur Noël a lieu au milieu de janvier quand cette vivace est en fleurs: c’est la première fleur de l’année, d’ailleurs. On l’utilise surtout en plate-bande, mais il s’en vend aussi des potées fleuries dans les jardineries. Ailleurs, cette plante fleurit trop tard pour être une plante de Noël: à Pâques ou même en mai au Québec!

En Europe, le «sapin de Noël» est souvent un épicéa (épinette) ou un pin, voire un genévrier ou un autre conifère, selon ce qui est disponible localement.

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Bûche de Noël. Source: maeclair.net

Dans beaucoup de régions d’Europe, la tradition de la bûche de Noël demeure profondément ancrée. Les Québécois seront surpris d’apprendre qu’il s’agit d’une véritable bûche, une grosse, qu’on allume en soirée la veille de Noël et qui brûle pendant tout la nuit et jusqu’au soir de Noël le lendemain. Au Québec — on ne sait pas trop comment —, la bûche est devenue un… gâteau!

Dans les Balkans, on appelle la bûche de Noël «badnjak» (ou «budnik», selon la langue locale) et c’est toujours un chêne (Quercus), symbole de longévité. Ceux qui n’ont pas de foyer où brûler une bûche vont souvent décorer leur appartement avec des brindilles de chêne.

Grèce et Moyen-Orient

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Couronne décorée de grenades (Punica granatum). Source: http://www.clubbotanic.com

La principale plante de Noël dans cette région est la grenade (Punica granatum), qui mûrit justement à cette saison. On en décore portes, foyers, tables, etc., autant avec le vrai fruit rouge qu’avec des grenades artificielles.

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Fragon faux houx (Ruscus aculeatus). Source: Dominicus Johannes Bergsma, Wikimedia Commons

D’autres plantes souvent utilisées dans les décorations sont le fragon faux houx (Ruscus aculeatus) et le buisson ardent (Pyracantha spp.), les deux au feuillage persistant vert et aux baies rouges. D’ailleurs, ces deux plantes sont utilisées de cette façon un peu partout dans le sud de l’Europe.

En Israël, on offre des branches d’olivier (Olea europaea) à Noël aux amis en symbole de paix.

Mexique

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Poinsettias en vente au Mexique dans un marché à Noël. Source: casita-colibri.blog

Le poinsettia (Euphorbia pulcherrima) est originaire du Mexique et est populaire dans ce pays, où on l’appelle «flor de Nochebuena» (fleur de la nuit sainte). On décore aussi avec le fragon faux houx et le buisson ardent, comme dans le sud de l’Europe, ainsi qu’avec des plantes locales qui sont attrayantes à Noël.

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Punch de Noël mexicain avec fruits de manzanita (Crataegus mexicana). Source: www.goya.com

La manzanita, aussi appelée tejocote ou manzanilla (Crataegus mexicana), une aubépine à gros fruits, est autre plante traditionnellement utilisée comme décoration de Noël dans bien des régions d’Amérique centrale. On enfile les fruits orange sur un fil comme guirlande et l’on s’en sert aussi pour produire le punch de Noël.

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Noche de Los Rábanos. Source: AlejandroLinaresGarcia, Wikimedia Commons

L’une des traditions les plus curieuses est cependant la Nuit des radis (Noche de Los Rábanos), fêtée dans la région d’Oaxaca, où l’on sculpte des radis et prépare des montages de radis pour le 23 décembre.

Amérique du Sud

De l’autre côté de l’Équateur, il y a une complication: les plantes fleurissent à la saison opposée à celle de l’hémisphère Nord, donc nos plantes de Noël fleurissent en général… six mois trop tard! Ainsi, le poinsettia est appelé «fleur de Pâques» (flor de pascua) dans bien des pays d’Amérique du Sud, car il fleurit à cette saison alors que notre cactus de Noël (Schlumbergera) est appelé «flor de Maio» (fleur de mai) dans son pays d’origine, le Brésil. En contrepartie, c’est notre cactus de Pâques (Hatiora gaertneri, anc. Rhipsalidopsis gaertneri) qui devient le «cactus de Navidad» (cactus de Noël) en Amérique du Sud. C’est littéralement le monde à l’envers!

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Faux-poivrier (Schinus terebinthifolius). Source:Javier Alejandro, flickr

À la place de «nos» fleurs de Noël, les Sud-Américains ont tendance à utiliser comme plantes des Fêtes des plantes indigènes qui fleurissent ou qui fructifient à la fin de décembre. Des branches de faux-poivrier (Schinus terebinthifolius et S. molle), connu dans le nord pour le poivre rose qu’il produit, sont par exemple utilisés pour décorer les églises et les maisons dans le temps des Fêtes, car elles sont remplies de petites baies rouges à cette saison.

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Orchidée de Noël vénézuélienne (Cattleya percivaliana), QuazDelaCruz,

Au Venezuela, c’est une orchidée qui annonce Noël: Cattleya perciviliana. Ailleurs en Amérique du Sud, c’est plutôt Angraecum sesquipedale, originaire de Madagascar, mais populaire dans plusieurs pays, qu’on appelle «orquídea de navidad» (orchidée de Noël) ou «estrella de Belén» (étoile de Bethléem) pour ses grosses fleurs étoilées blanches qui s’épanouissent à cette saison. Dans certaines régions d’Amérique du Sud, d’autres plantes à fleurs étoilées blanches qui fleurissent à la bonne saison portent le nom «estrella de Bélen», par exemple un bulbe appelé Ornithogalum umbellatum.

Au Paraguay, on décore la maison et les crèches de «flores de coco», soit les longues inflorescences parfumées d’un palmier, le coyol (Acrocomia aculeata), une tradition préchrétienne qui vient du peuple guarani indigène.

Asie

En général, le concept de Noël est relativement récent sur ce continent et c’est surtout une fête commerciale d’inspiration américaine. Il n’y a pas de plantes vraiment traditionnelles associées avec cette célébration, du moins, pas de longue date. La plupart des plantes de Noël sont donc des introductions récentes, généralement les mêmes plantes de Noël qu’on voit en Amérique du Nord (poinsettias, cactus de Noël, etc.). On voit, par exemple, des sapins de Noël dans les centres commerciaux, rarement chez les gens, et habituellement ils sont artificiels.

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Bambou céleste (Nandina domestica). Source: http://www.mailordertrees.co.uk

La population chrétienne au Japon est plus solidement établie que dans la plupart des pays asiatiques et a adopté la tradition du sapin de Noël, habituellement un véritable sapin ou un épicéa (épinette). Le bambou céleste, Nandina domestica, qui n’est pas un bambou du tout, mais un arbuste, décore les jardins à cette saison avec ses fruits écarlates et ses feuilles rouges. Le chrysanthème (Chrysanthemum morifolium), populaire en toute saison au Japon, l’est particulièrement à Noël aussi.

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Pomme imprimée portant un souhait de paix. Source: gbtimes.com

En Chine, on donne souvent une pomme emballée de papier de couleur ou avec une image imprimée sur son épiderme la veille de Noël, car le mot mandarin pour «veille de Noël», soit «nuit de paix» (Ping’an Ye), ressemble au mot pomme (píngguǒ).

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Palmier de Noël (Adonidia merrillii). Source: palmpedia.net

Dans les régions tropicales d’Asie, il y a le palmier de Noël (Adonidia merrillii), mieux connu sous son ancien nom, Veitchia merrillii, qui fait office de symbole de Noël. Avec son tronc trapu et ses frondes relativement courtes, il ressemble à un palmier royal nain… et il se décore de fruits rouges à Noël. Originaire des Philippines et de la Malaisie, ce palmier est maintenant cultivé un peu partout dans les tropiques, pas seulement en Asie.

Enfin, en Inde, le cyprès de Monterey doré (Cupressus macrocarpa ‘Goldcrest’) commence à se populariser comme sapin de Noël, mais autrement, cette fête est peu célébrée dans ce pays.

Afrique

Les traditions des plantes de Noël sont davantage établies dans le sud de l’Afrique que dans le centre et le nord, apportées dans cette région par les Européens qui s’y sont établis (notamment les Néerlandais et les Anglais).

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La « fleur de Noël » en Afrique du Sud est l’hortensia (Hydrangea macrophylla). Source: pxhere

Encore, les saisons étant inversées, leur choix de plantes de Noël est fort différent de celui des Européens et des Nord-Américains. Notamment, l’hortensia (Hydrangea macrophylla), bien connu dans l’hémisphère Nord pour sa floraison estivale, s’y appelle «Christmas flower» (fleur de Noël) et est probablement la plante de Noël la plus populaire! Par contre, on y trouvera quand même aussi des potées de poinsettias, les pépiniéristes locaux ayant réussi à les faire fleurir pour Noël en couvrant les serres de production de toiles noires à partir de 18 h pour assurer les jours courts nécessaires à l’initiation de leur floraison.

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Christmas bells (Sandersonia aurantiaca), une plante à bulbe. Source: http://www.alanjolliffe.com

Différentes plantes indigènes servent aussi de fleurs de Noël, notamment le «Christmas bush» (Pavetta spp.), les «Christmas bells» (Sandersonia aurantiaca) et le «Christmas berry» (Chironia baccifera) et aussi plusieurs plantes australiennes, car le climat des deux régions est similaire (lisez plus loin pour quelques exemples). Les Africains fêtent aussi Noël avec beaucoup de plantes qui sont pour nous des fleurs estivales, comme les marguerites, les roses et les zinnias.

Le sapin de Noël est bien populaire en Afrique du Sud, mais on utilise plutôt à cette fin des conifères adaptés aux conditions locales, comme le cyprès (Cupressus spp., notamment C. macrocarpa), le cryptoméria du Japon (Cryptomeria japonica) et divers pins (Pinus spp.).

Australie

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Sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla). Source: AlfredSin, flickr

En Australie, le «sapin» de Noël traditionnel est le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla). Si, dans l’hémisphère Nord, on l’utilise surtout comme plante d’intérieur et qu’il y dépasse rarement 1,5 m de hauteur, dans son Australie natale, il peut éventuellement atteindre jusqu’à 65 m de hauteur, soit l’équivalant de 20 étages! On utilise aussi d’autres conifères venant d’autres parties du monde comme arbres de Noël, notamment différents pins.

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Australian Christmas tree (Nuytsia floribunda). Source: JarrahTree, Wikimedia Commons

Et les Australiens ont leur propre «Australian Christmas tree» (arbre de Noël australien), Nuytsia floribunda, mais il ne s’agit pas d’un conifère, mais plutôt d’un feuillu. D’ailleurs, c’est un arbre parasite (ou plutôt hémiparasite, puisqu’il fait de la photosynthèse) qui soutire la majeure partie de son eau et de ses minéraux des plantes avoisinantes! Il produit des épis mousseux de fleurs jaune orange dans le temps des Fêtes.

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L’un des arbustes de Noël australiens (Ceratopetalum gummiferum). Source: gdaymateowyagoin, flickr

Aussi, chaque État australien semble avoir son propre «Christmas bush» (arbuste de Noël), toujours un arbuste indigène qui produit des masses de fleurs ou de fruits colorés à la bonne saison, dont Correa spp., Chromolaena odorata, Ceratopetalum gummiferum et Prosanthera laisanthos. Et plusieurs bulbes qui fleurissent à Noël sont populaires, notamment divers Blandfordia, qui portent le nom de «Christmas bells». Et l’Australie a aussi sa propre orchidée de Noël: Calanthe triplicata, une espèce indigène.

Nouvelle-Zélande

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Le New Zealand Christmas tree (Meterosideros excelsa). Source: Ed323, Wikimedia Commons

Parlez d’arbre de Noël à un Néozélandais et il pensera non pas à un conifère, mais au Meterosideros excelsa, un arbre feuillu au port arrondi, qui se couvre de fleurs plumeuses rouges à Noël. On l’appelle «New Zealand Christmas Tree» ou «pōhutukawa». Et l’alstroemère perroquet (Alstroemeria psittacina), un bulbe introduit qui produit des fleurs tubulaires rouges à pointe verte, est couramment cultivé sous le nom de «New Zealand Christmas Bells» (cloches de Noël néozélandaises).


Donc, où que vous voyagiez à travers le monde, il y a toujours des fleurs et des plantes associées à Noël. Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à m’en faire part à jardinierparesseux@gmail.com.20171224A HC

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Les plantes d’intérieur patrimoniales

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20160120A.jpgSi vous visitez n’importe quelle jardinerie ou même une grande surface, il y a toujours un département de plantes d’intérieur, mais elles vendent essentiellement toujours les mêmes variétés depuis des années. Cependant, quand vous visitez des particuliers, vous remarquerez plusieurs plantes d’intérieur ne sont jamais (ou presque jamais) offertes en pépinière. Souvent ces gens ont reçu ces plantes d’amis ou lors d’échanges. Et si vous retracez l’histoire de la plante en question, vous découvrirez qu’elle est échangée ainsi, de jardinier en jardinier, depuis très longtemps, souvent un siècle ou plus, souvent passée d’une génération à l’autre dans la même famille, entre amis ou parfois dans un marché aux puces.

La plupart de ces plantes ont déjà été commercialisées, mais ne le sont plus depuis belle lurette. N’essayez pas de les retrouver dans le commerce: vous perdrez votre temps. Posez quelques questions lors une réunion de société d’horticulture, cependant, et vous trouverez facilement une petite bouture ou une division. Faute d’un meilleur nom, je appelle ces végétaux «plantes d’intérieur patrimoniales», mais si vous avez une meilleure suggestion, je suis tout ouïe!

Conditions

Pour être une plante d’intérieur patrimoniale digne de mention, d’après ma définition du moins, il faudrait que la plante ait une longue histoire de culture comme plante de maison: au moins 30 ans. Aussi, il serait important qu’elle soit essentiellement absente du marché commercial. Ainsi j’élimine d’office la plante araignée (Chlorophytum comosum ‘Vittata’), même si elle peut effectivement être passée de génération en génération, car n’importe qui peut facilement en acheter une dans une jardinerie, ce qui diminue sa valeur patrimoniale. C’est la même chose pour le célèbre philodendron grimpant (Philodendron hederaceum, généralement connu sous son ancien nom, P. scandens oxycardium). Il fut introduit en 1936 par la chaîne de magasins Woolworth et il est fort possible que votre spécimen ait une longue histoire dans votre famille tout comme vous auriez pu l’acheter la semaine dernière. C’est la même chose pour les divers dracénas (Dracaena spp.), le pothos (Epipremnum aureum), le caoutchouc (Ficus elastica), le jade (Crassula argentea), le hoya (Hoya carnosa), le clivia (Clivia miniata), le dieffenbachia (Dieffenbachia spp.) et pour plusieurs autres. Non pas que je veux douter de l’ancienneté de la lignée cultivée chez vous qu’on peut tracer, j’en suis certain, jusqu’à l’arche de Noé, mais il y aurait pu avoir des substituts, puisque ces plantes sont encore très courantes sur le marché. Donc la preuve de sa patrimonialité est difficile à faire.

Quelques plantes patrimoniales

Voici quelques exemples de végétaux qui, d’après moi, sont des plantes d’intérieur qui sont véritablement passées d’une génération à une autre depuis fort longtemps et presque jamais offertes dans le commerce: des plantes d’intérieur patrimoniales. Juste les maintenir est une contribution à sauvegarder un élément de notre histoire horticole commune et aussi un petit pied de nez aux professionnels de l’horticulture qui calculent qu’une plante d’intérieur n’a pas besoin de durer plus de 8 semaines.

Trois bégonias historiques

Dans ce groupe il y a au moins trois bégonias avec une très longue histoire à raconter.

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Begonia x erythrophylla

Le bégonia nénuphar (Begonia x erythrophylla) est parmi les premiers hybrides de bégonia jamais produits et fut introduit en Allemagne en 1845. Avec ses feuilles d’apparence cirée presque rondes de couleur rouge vin, ses fleurs roses en hiver et son port légèrement retombant à cause de ses rhizomes rampants qui débordent du pot, il fait un excellent choix pour le panier suspendu.

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Begonia x ricinifolia ‘Immense’

B. x ricinifolia ‘Immense’) porte bien son nom. Avec ses grandes feuilles vertes en forme d’étoile asymétrique qui peuvent mesurer jusqu’à 1 m de largeur, cet hybride de 1847 ne donne pas sa place. Les verticilles d’écailles poilues rouges sur ses pétioles créent autant de surprise, sans parler de son épais rhizome rampant. Il fleurit l’hiver, produisant des bouquets de petites fleurs rose pâle.

Ces deux premiers bégonias peuvent être multipliés par boutures de feuilles et même par boutures de section de feuille, ouvrant grand les possibilités d’échange!

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Begonia ‘Lucerna’

Le bégonia aile d’ange (Begonia ‘Lucerna’ [‘Corallina de Lucerna’]) fut hybridé en Suisse en 1892 et est encore largement distribué. Avec son port dressé, ses feuilles en forme d’aile joliment tachetée d’argent et ses fleurs pendantes roses en été, il ne ressemble nullement à ses deux cousins. Ce bégonia se multiplie par boutures de tige.

Iris d’appartement

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Neomarica northiana

L’iris d’appartement (Neomarica northiana) ou plante des apôtres (ainsi appelée car on dit que le plant doit avoir 12 feuilles avant de fleurir) fut introduit dans les années 1920. Il ressemble à un iris par son feuillage ensifore en éventail et ses fleurs éphémères bleu et blanc (elles ne durent qu’une journée chacune). Les feuilles émergent d’une tige aplatie ressemblant à une feuille ordinaire, mais après la floraison la tige continue de s’allonger et forme un bébé à son extrémité. Le poids du bébé fait pencher la tige et, quand il y a plusieurs tiges retombantes, la plante fait une jolie plante retombante. Je vois souvent cette plante dans les maisons, mais jamais en pépinière.

Billbergie penchée

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Billbergia nutans

On voit rarement cette broméliacée (Billbergia nutans) à rosette très étroite et aux feuilles presque graminiformes, poussant dans de denses touffes, ailleurs que dans les jardins botaniques… et les maisons privées. Dans les années 1930, pourtant, il fut très populaire comme plante de Noël, car il fleurit tout naturellement à cette saison et tolère sans peine les conditions d’intérieur les plus diverses. Il faut croire que ses fleurs retombantes vertes à marge pourpre foncé, portées sur une tige arquée rose, ne sont pas assez colorées pour le marché moderne, ou pas assez durables (elles ne persistent qu’environ 2 semaines alors que les fleurs de l’aechméa fascié, une autre broméliacée durent 6 mois!), mais c’est une excellente plante pour les échanges, car il produit une profusion de rejets et fleurit fidèlement à tous les ans.

Le vrai cactus de Noël

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Schlumbergera x buckleyi

On peut mettre le vrai cactus de Noël (Schlumbergera x buckleyi), avec ses longues branches retombantes aux marges crénelées et aux fleurs pendantes, sur la liste des plantes d’intérieur partimoniales, car quand l’avez-vous vu en pépinière la dernière fois? C’est plutôt son cousin, le cactus d’automne (S. truncata), aux tiges fortement dentées, mais qui préfère fleurir en novembre, qu’on voit dans les magasins. Il s’y fait passer pour l’original, mais les bons jardiniers ne sont pas dupes. Découvrez ici comment distinguer entre les deux. Le vrai cactus de Noël n’est pas apprécié des pépiniéristes et alors on ne le trouve presque jamais en vente, car ses branches retombantes s’entremêlent avec celles de ses voisins, rendant son transport compliqué. Ainsi ils préfèrent offrir des cactus d’automne, au port dressé et donc moins sujet à se mélanger, quitte à tricher pour forcer ces derniers à fleurir à Noël.

Fougère de Boston

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Le véritable Nephrolepis exaltata ‘Bostoniensis’

Il est très risqué d’inclure cette plante sur la liste des plantes d’intérieur patrimoniales, car il y a beaucoup de sosies encore sur le marché, l’espèce Nephrolepsis exaltata, sans parler d’autres Nephrolepis, ayant donné naissance à plus de 100 cultivars au cours du dernier siècle! Mais la «vraie» fougère de Boston, Nephrolepis exaltata ‘Bostoniensis’, est une plante plus grosse que les cultivars modernes, avec des frondes de souvent 1 m de longueur qui retombent tout droit vers le sol. Cette plante, introduite en 1894, avec ses nombreux rhizomes rampants minces et poilus, tombant plus bas encore que le feuillage comme de minces spaghettis verts, trônait sur un piédestal dans le parloir (une pièce uniquement réservée pour les invités de marque… et les funérailles) de chaque maison. On trouve encore des spécimens gigantesques de cette fougère, notamment dans les églises et les couvents, mais plus rarement, à cause de sa taille, dans les maisons privées.

Le pandanus

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Pandanus veitchii

Encore une plante trouvée rarement ailleurs que lors des échanges (bien que j’ai récupéré le mien d’une poubelle il y a quelques années), le pandanus (Pandanus veitchii) est un arbre polynésien qui a abouti dans les serres de Veitch Nurseries d’Angleterre vers la fin les années 1800. Dans la maison, il forme une assez grosse plante aux feuilles linéaires arquées d’apparence vernissée, avec de petits crochets acérés à la marge et au revers de la feuille. Les feuilles sont striées blanc et vert. Avec le temps la plante produit des racines aériennes assez impressionnantes… et une profusion de bébés qui émergent de sa base et à travers ses feuilles qui permettent de le partager avec des amis. Encore une plante qu’on ne voit jamais en jardinerie, mais que je vois dans beaucoup de fenêtres quand je prends ma marche du soir.

Le kalanchoé de Grémont

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Kalanchoe daigremontiana

Cette plante succulente au port dressé (Kalanchoe daigremontiana, anc. Bryophytum daigremontianum) est reconnue surtout pour ses longues feuilles triangulaires à la marge crénelée d’où pendent de nombreuses petites plantes appelées propagules. Elles tombent au moindre toucher et s’enracinent dans les pots voisins. Ainsi, chaque propriétaire en a toujours des dizaines à offrir aux visiteurs. Les jardineries n’apprécient pas sa tendance à envahir les autres plantes qu’ils mettent en vente (après tout, imaginez le désherbage qu’il leur faudrait faire!) et l’offrent rarement, mais le kalanchoé de Grémont, habituellement appelé tout simplement kalanchoé, est couramment cultivé dans bien des demeures. Offrez-lui beaucoup de soleil et laissez-le sécher entre deux arrosages et il n’est pas du tout difficile à cultiver. Mais vous aussi risquez de trouver sa tendance à sauter de pot en pot un peu désagréable.

Il existe plusieurs autres kalanchoés qui produisent le même genre de propagule, mais K. daigremontiana est le «plus patrimonal» de son genre.

Piléa à feuilles de pépéromia

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Pilea peperomioides

Ce piléa (Pilea peperomioides) a une histoire fascinante. Contrairement aux autres plantes mentionnées ici, il n’a jamais été produit commercialement, mais c’est néanmoins propagé à travers le monde uniquement par le partage de boutures. C’est le missionnaire norvégien Agnar Espegren qui a trouvé cette plante poussant en pot en Yunnan, Chine. Il a ramené une bouture en Norvège en 1946 et a commencé à partager la plante avec ses parents et amis. Dès le début des années 1980, la plante avait déjà fait le tour du monde et j’ai pu obtenir une bouture d’une amie. Je l’appelais la plante mystère, que je n’arrivais pas à l’identifier. Je pensais toutefois que c’était un pépéromia. Il m’a fallu plusieurs années de recherche pour apprendre son vrai nom et pour découvrir que ce n’était pas un pépéromia, mais un piléa qui ressemblaient à un pépéromia, le sens du nom Pilea peperomioides. Les feuilles vertes parfaitement rondes sont la principale attraction de cette plante, car il fleurit rarement. J’avais publié un article sur son histoire à l’époque, dans la défunte revue À Fleur de pot.

Et d’autres?

Avez-vous d’autres suggestions d’autres plantes d’intérieur patrimoniales, soit des plantes d’intérieur passées de génération en génération depuis fort longtemps, mais presque jamais offertes dans le commerce? Si oui, laissez-moi le savoir.