Une plante pour contrer le changement climatique?

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L’Afrique du Sud semble complètement gaga du spekboom (Portulacaria afra) qui, certains le croient, pourrait aider à réduire l’effet du réchauffement planétaire. Photo : youngsgardenshop.com

Connaissez-vous le spekboom? À moins que vous ne viviez dans la république de l’Afrique du Sud, probablement pas, car c’est un nom afrikaans couramment utilisé dans ce pays pour un arbuste indigène, Portulacaria afra, qui, dans d’autres pays, est surtout cultivé comme simple plante d’intérieur. Vous le connaissez probablement mieux sous le nom de pourpier en arbre, de jade miniature ou tout simplement de portulacaria*. (Le nom «spekboom» veut dire arbre à lard, à cause de ses tiges et feuilles épaisses.) Et il y a une énorme campagne en cours en Afrique du Sud pour encourager la plantation de plus de ces spekbooms à des fins environnementales.

*Par souci de simplicité, dans cet article, j’appellerai cette plante par le nom spekboom.

Le #spekboomchallenge a été lancé en 2018 par la famille Nels de Boplass Farm à Calitzdorp, Cap-Occidental, Afrique du Sud. Ils ont promis de planter un million de spekbooms sur leur ferme d’ici 2025 et ont mis au défi les autres Sud-Africains de participer à cette promotion. 

L’idée est que le spekboom est particulièrement efficace dans la séquestration du dioxyde de carbone, un seul buisson pouvant capter 100 fois plus de dioxyde de carbone de l’air qu’un pin adulte. D’après certains, un hectare de forêt de spekboom serait aussi efficace qu’un hectare de forêt amazonienne pour la séquestration de carbone. Ce chiffre est sûrement nettement exagéré, mais il n’y a pas de doute que cet arbuste est nettement plus efficace à séquestrer le dioxyde de carbone que la plupart des plantes succulentes poussant dans ses environs, notamment parce qu’il utilise deux types de photosynthèse plutôt qu’un seul, ce qui fait presque doubler sa capacité d’absorber du CO2.

Il y a des activités de plantation de spekbooms partout dans le pays. Photo: http://www.samara.co.za

Le #spekboomchallenge a connu un énorme succès, gagnant toute l’Afrique du Sud. Alors que, il y a 3 ans, peu de Sud-Africains savaient même ce qu’était un spekboom, là le nom est sur toutes les lèvres. Partout, des villes en plantent dans les parcs, les terrains de jeu, les plates-bandes municipales, les terre-pleins et le long des rues, des entreprises paient pour en planter afin de compenser leur production de CO2, des magasins donnent de jeunes plants gratuitement aux clients et les citoyens qui n’ont jamais cultivé une plante de leur vie en cultivent maintenant en pot sur leur terrasse ou balcon. Le spekboom est le sujet de l’heure sur Facebook en Afrique australe! 

Et la fascination pour cette plante dépasse maintenant l’Afrique du Sud: en Grande-Bretagne, notamment, on a lancé The Spekboom Project avec comme but d’éliminer un demi-million de tonnes métriques de CO2 de l’atmosphère en persuadant des millions de Britanniques d’en cultiver comme plantes d’intérieur.

Le spekboom (Portulacaria afra) a récemment changé de famille botanique. Autrefois, on le croyait apparenté au pourpier (Portulaca oleracea) — c’est d’ailleurs l’origine de son nom botanique, Portulacaria — et donc, les taxonomistes l’avaient mis dans les Portulacacées. Il vient cependant d’être transféré aux Didieracées. P. afra est monotypique: la seule espèce dans le genre Portulacaria.

Programme de plantation de spekbooms organisé par une jardinerie. Photo: http://www.capetownetc.com.

Mais est-ce que la plantation massive d’une seule espèce végétale peut vraiment compenser tout le dioxyde de carbone que les humains libèrent dans l’environnement par la conduite automobile, l’industrie, l’agriculture, etc.? C’est beaucoup trop simpliste. En fait, mieux vaut réduire les émissions que d’essayer de les compenser. Mais ce projet, à la portée de tous, est quand même une idée intéressante, car chaque petite mesure entreprise pour combattre le réchauffement planétaire est un pas en avant. Et il fait du bien de voir une population participer aussi massivement à un projet environnemental.

Heureusement, il se trouve que le spekboom est facile à cultiver presque partout en Afrique du Sud: une véritable plante passe-partout!

Description

Spekboom dans la nature. Photo: Bernard Dupont, Wikimedia Commons

Le spekboom est un arbuste ou un petit arbre de jusqu’à 5 m de hauteur adapté aux climats tropicaux secs. Il peut se cultiver en pleine terre ou en pot et tolère si bien la taille qu’on peut en faire des haies étroites ou des topiaires. 

C’est une plante robuste et facile à cultiver, peu sujette aux insectes et aux maladies, tolérant à la fois la chaleur extrême et un certain froid (jusqu’à environ -2 °C, bien qu’elle réussisse mieux là où les températures restent supérieures à 4 °C). Elle s’adapte bien aussi aux sols pauvres, aux précipitations irrégulières et aux périodes de sécheresse prolongées. 

Un autre avantage du spekboom est sa résistance au feu. Ses tissus, qui sont chargés d’eau, ne brûlent pas facilement. 

Et le spekboom est comestible. En Afrique du Sud, on l’utilise dans la cuisine de tous les jours pour son goût acidulé.

Éléphant africain se nourrissant de spekboom. Photo: ezethutours.co.za

Les animaux aussi s’en nourrissent: c’est un des fourrages préférés des éléphants, des rhinocéros noirs, des buffles et des koudous, entre autres. En anglais, on appelle le spekboom «elephant bush» à cause de la passion de l’éléphant d’Afrique pour cette plante. Ce sont d’ailleurs les éléphants et les autres animaux brouteurs qui assurent principalement la multiplication de la plante dans la nature: lorsqu’ils en mangent, ils cassent inévitablement des branches et celles-ci tombent au sol… où elles s’enracinent pour produire de nouveaux fourrés de spekboom.

Restorer la forêt de spekbooms

On voit encore de grands spécimens de spekboom, mais les vastes forêts d’autrefois ont presque disparu. Photo: ispotnature.org

Le spekboom est largement distribué dans la nature en Afrique du Sud, presque d’ouest en est, avec une population plus forte dans les régions arides. Autrefois, une forêt basse surtout composée de spekbooms couvrait des millions d’hectares, notamment dans la province du Cap-Oriental. Elle fut toutefois largement abattue pour faire place à l’élevage il y a environ 200 ans et il n’en reste plus que quelques petites parcelles. On dit que cette forêt basse — essentiellement, un genre de maquis — était si dense et égale qu’un humain adulte pouvait marcher sur son sommet comme sur un tapis!

D’accord, ces forêts ont maintenant disparu depuis longtemps… mais il n’y a aucune raison pour qu’elles ne puissent pas être replantées et le #spekboomchallenge contribuera sûrement à garantir qu’elles le seront. En fait, les spekbooms sont déjà couramment utilisés pour les projets de restoration écologique dans toute la région. Par exemple, le programme Working for Ecosystems du gouvernement sud-africain propose de restaurer un million d’hectares de forêt de spekbooms au Cap-Oriental.

Le spekboom comme plante d’intérieur

Le spekboom, comme ce spekboom rampant (Portulacaria afra ‘Prostrata’), fait une excellente plante d’intérieur. Photo: revivalnursery.myshopify.com

Mais nul besoin de vivre en Afrique du Sud pour cultiver un spekboom. Vous pouvez en garder un dans votre propre salon, comme plante d’intérieur! Ou même à l’extérieur si vous vivez dans un climat sans gel (zones USDA 10–11). 

Ce n’est même pas une plante rare: la plupart des jardineries en vendent. Recherchez-le dans le rayon des cactus et succulentes. Vous le trouverez sous les noms de pourpier en arbre ou jade miniature, sinon sous son nom botanique, Portulacaria afra.

On reconnaît le spekboom par ses petites feuilles en forme de cuillère et ses tiges rougeâtres. Photo: http://www.ecoman.co.za

Cherchez une plante succulente avec une tige épaisse brun rougeâtre, de multiples ramifications et des feuilles opposées épaisses en forme de cuillère. Les feuilles rappellent celles de la plante de jade (Crassula ovata), mais en beaucoup plus petites, environ 1,25-2 cm de longueur. Les minuscules fleurs roses à blanches sont rarement produites à l’intérieur. Curieusement, le jade n’est même pas un proche parent, appartenant à un autre famille, les Crassulacées.

Le spekboom panaché ( P. afra ‘Variegata’) est particulièrement populaire. Photo: uhlig-kakteen.de

Souvent, la variété vendue en jardinerie est P. afra ‘Prostrata’, bien qu’elle soit rarement étiquetée comme telle. L’espèce a un port dressé, mais ‘Prostrata’ produit des tiges étalées, ce qui donne un effet rampant ou pleureur. Il y a aussi des cultivars à feuillage panaché, tous à port dressé, comme le très populaire P. afra ‘Variegata’, aux feuilles vertes bordées de blanc crème, ou P. afra ‘Medio-picta’, plus rare, avec une bande de couleur crème au centre de la feuille.

Si possible, donnez à la plante le plein soleil, sinon une lumière vive avec au moins quelques heures de soleil direct quotidien. Si l’emplacement souffre d’une chaleur estivale intense, toutefois, il serait sage de reculer la plante de la fenêtre à cette période de l’année. Le spekboom prospère également sous des lampes de croissance.

Vous pouvez le placer en plein air pour l’été, l’acclimatant progressivement à un emplacement partiellement ensoleillé ou même au plein soleil. Dans les climats où le soleil est très intense, comme dans le sud de la Californie, mieux vaut protéger la plante du plein soleil de midi, sinon son feuillage pourrait jaunir.

Avec une taille attentive, on peut donner au speekboom une allure de bonsaï d’intérieur. Photo: save-image.com

Arrosez votre spekboom comme la succulente qu’il est, c’est-à-dire abondamment, mais en laissant le terreau bien sécher avant d’arroser à nouveau. En été, cela peut signifier un arrosage hebdomadaire, mais en hiver, vous pouvez espacer les arrosages beaucoup plus: peut-être tous les 10 à 14 jours. D’ailleurs si vous pouvez lui fournir des conditions fraîches (moins de 10 °C), vous n’aurez peut-être pas besoin de l’arroser de l’hiver!

Le reste est un jeu d’enfant. Le spekboom tolère l’air sec (et l’air humide aussi), réussit dans n’importe quel terreau bien drainé (terreau pour plantes d’intérieur, pour cactus et succulentes, pour bonsaïs, etc.) et a besoin de peu d’engrais. Appliquez-en à un quart du taux recommandé, seulement au printemps ou en été. N’importe quel engrais conviendra.

Bouture de spekboom. Photo: desertification.wordpress.com

Le spekboom est facile à multiplier par boutures de tige. Prenez-les au printemps ou en été: les boutures prises en automne et en hiver s’enracinent plus difficilement. Pour ce faire, coupez une branche d’environ 5 à 10 cm de longueur, retirez les feuilles les plus basses et laissez l’extrémité coupée cicatriser pendant quelques jours. Après, insérez-la simplement dans un pot de terreau sec. N’arrosez pas au début (cela aide à prévenir la pourriture), mais lorsque vous voyez de nouvelles feuilles apparaître, probablement après 4 à 6 semaines, c’est un signe que la bouture a pris racine. Vous pouvez alors commencer à l’arroser normalement.


À vous de décider comment vous l’appelerez: spekboom, portulacaria, pourier en arbre ou jade miniature, mais il peut être sympathique de cultiver cette plante pour le plaisir, pour réduire (un peu) votre propre empreinte carbone… et pour répandre le #spekboomchallenge dans le monde entier!