Ces plantes que je n’aurais jamais dû planter!

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20161119I.gifUn de mes pires défauts dans le jardinage est que je suis très attirés par les nouveautés horticoles et les plantes que je ne connais pas. À tel point que j’ai tendance à acheter des plantes «juste pour voir» en me fiant sur le peu d’information indiquée sur leur étiquette, sans avoir vérifié adéquatement leur réputation. Ainsi j’ai réussi à introduire dans mes jardins des plantes très envahissantes qui m’ont causé de gros ennuis. Oui, les pires mauvaises herbes chez moi sont des plantes que j’ai introduites moi-même! Si seulement j’avais pris la peine de faire quelques recherches avant de les planter!

En voici quelques exemples:

L’euphorbe qui dévore ma platebande

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Euphorbe ‘Fen’s Rudy’

J’ai planté l’euphorbe petit-cyprès ‘Fen’s Ruby’ (Euphorbia cyparissias ‘Fen’s Ruby’) à cause de sa belle apparence en pot au printemps: comme un petit conifère rouge pourpre avec des fleurs chartreuses contrastantes. Je savais pourtant que plusieurs euphorbes (mais pas toutes) étaient envahissantes, mais elle était si mignonne!

 

12 ans plus tard, je la combats toujours. La plante prolifère grâce aux stolons souterrains qui courent dans tous les sens. Et elle n’est même pas si belle que ça, car sa jolie coloration printanière ne persiste pas, les feuilles devenant vert plus ordinaire pour le reste de l’été. Pire, quand je l’arrache, elle dégage une sève laiteuse toxique qui colle sur les mains. Il ne faut surtout pas en mettre dans les yeux par accident!

Des semis par milliers

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Anthrisque ‘Ravenswing’

Il est difficile de ne pas se laisser séduire par l’anthrisque ‘Ravenswing’ (Anthriscus sylvestris ‘Ravenswing’): son feuillage luisant fortement découpé est d’un superbe pourpre foncé, presque noir. On dirait une fougère noire… quand elle n’est pas en fleurs, du moins. Car les ombelles de fleurs blanches, qui rappellent celles de la carotte sauvage (Daucus carota), n’ont rien d’une fougère, mais font un joli contraste avec le feuillage.

 

Il ne m’a même pas pris un an avant de me rendre compte que j’avais fait une gaffe en plantant cette plante. Au printemps suivant, il y avait plein de petits semis partout… la moitié de la même pourpre foncé que le cultivar, l’autre moitié à feuillage vert ordinaire. Par la suite j’ai appris que le secret pour garder cette plante sous contrôle est de toujours supprimer les fleurs avant qu’elles ne montent en graines, car jamais cette plante ne drageonne, elle se répand seulement par semences.

Mais il est désormais trop tard. Alors j’arrache, j’arrache, j’arrache. De toute évidence, les graines peuvent vivre de nombreuses années, car même si j’arrache les semis dès que je les vois et ne les laisse jamais fleurir, de nouvelles semis réapparaissent chaque printemps.

Pas fait pour les sols sablonneux

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Macleaya

Je dois admettre que j’étais encore un jardinier jeune et naïf quand j’ai planté un macleaya (Macleaya cordata) pour la première fois. C’était il y a presque de 40 ans. Je n’avais aucune idée qu’une plante vendue dans une jardinerie pouvait être une plante envahissante. Et le macleaya peut être à développement relativement modeste dans un sol lourd, mais je l’avais planté dans un sol sablonneux. Trois ans plus tard, l’emplacement était une jungle de macleaya, et avec sa sève orange qui tache tout, essayer de l’éliminer faisait donc tout un dégât!

 

J’ai eu le bon sens de déménager: problème résolu!

La mauvaise étiquette

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Sorbaria à feuilles de sorbier

Je savais que le sorbaria à feuilles de sorbier (Sorbaria sorbifolia) était envahissant et je ne l’aurais jamais planté exprès, mais… je me suis fait avoir par une étiquette menteuse.

 

Je voulais le sorbaria d’Aitchison (S. tomentosa angustifolia, syn. S. aitchisonii), une espèce qui n’est pas du tout envahissante. Les deux espèces se ressemblent passablement toutefois et avant que je me rende compte de l’erreur, le mal était fait.

Aujourd’hui je saurais distinguer entre les deux juste par leur feuillage, car j’ai fini par trouver et planter le «bon» sorbaria d’Aitchison et ses feuilles sont plus sveltes, mais à l’époque j’étais moins connaisseur. On m’avait bel et bien vendu la mauvaise variété, le sorbaria à feuilles de sorbier qui court désormais en roi et maître sur une partie de mon terrain. Si je n’arrive pas à prendre le contrôle, c’est qu’ il a traversé la clôture et vit maintenant principalement chez un voisin qui le laisse pousser à sa guise. Ainsi, à tous les ans, je dois arracher les nombreuses pousses qui traversent de mon côté de la clôture.

Le phénomène des plantes mal identifiées est malheureusement très courant dans l’industrie horticole. On dirait que, tant qu’une plante se vende, son identité est sans importance pour certains pépiniéristes. Pourtant, d’autres prennent l’identification correcte de leurs plantes très au sérieux. Je n’ai vraiment pas de solution à donner ici, sauf de vous plaindre quand vous vous faites avoir.

La mauvaise renouée

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J’ai planté la renouée du Japon envahissante en pensant planter une variété ornementale!

Ce n’est pas la seule fois où je me suis fait avoir avec une plante mal identifiée, non plus. Il y avait aussi le cas de la renouée du Japon…

 

La renouée du Japon (Fallopia japonica) a tellement mauvaise réputation comme plante envahissante qu’on la voit rarement en pépinière. L’Union internationale pour la conservation de la nature la considère d’ailleurs comme l’une des plantes les plus envahissantes de la planète! Mais il existe des cultivars plus ornementaux que l’espèce dont quelques-uns qui ne drageonnent que peu ou pas. Le cultivar panaché, F. japonica compacta ‘Milk Boy’ (‘Variegata’), par exemple, se contrôle bien et est relativement disponible.

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Fallopian japonica ‘Crimson Beauty’: superbe, mais impossible à trouver.

C’est le superbe cultivar ‘Crimson Beauty’, un extraordinaire vivace de 4 m de hauteur aux fleurs rouge rosé et qui pousse en touffe, ne produisant aucun drageon, que je lorgnais, et ce, depuis que je l’ai vu en vedette au Jardin Longwood il y a 35 ans. Réellement, j’ai rarement vu une aussi belle vivace! Mais je ne voyais jamais des plantes de ce cultivar, ni en pépinière, ni en catalogue. Puis, en 2003, je l’ai enfin vu dans un catalogue ontarien et bien sûr je l’ai fait venir.

Il n’a pas fleurit la première année, mais la deuxième, les fleurs étaient… blanches. Je croyais les voir rougir avec le temps, mais non. Peut-être que les plantes immatures n’ont pas encore leur coloration finale? Mais le troisième été, j’ai compris que j’avais fait une gaffe terrible, que ce n’était pas ‘Crimson Beauty’, mais l’espèce, car tout d’un coup, en plus des fleurs blanches, des drageons ont commencé à fuser de tous côtés.

J’ai contacté la pépinière qui m’avait vendu la plante et le patron s’est excusé, prétextant qu’on lui avait vendu la plante sous un faux nom. Il a offert de me rembourser les 8$ que j’avais dépensé pour achat de la plante. J’aurais préféré qu’il vienne personnellement la faire disparaître!

En déterrant la plante-mère (pas une mince tache: les racines de cette plante descendent jusqu’en Chine!) et en supprimant toujours les drageons dès que je les ai vus, j’ai fini par l’éliminer. Mais il a fallu 5 ans d’efforts, car le drageonnement a persisté longtemps!

Vérifiez avant de planter

20161119gN’importe qui peut faire la gaffe d’acheter un végétal envahissant par accident. Après tout, le fait que la plante soit une mauvaise herbe n’est pas le genre de détail que le vendeur indique sur l’étiquette!

Mais une fois rendu à la maison, ne faites pas ce que j’ai fait: prenez le temps de vérifier ce qu’on dit au sujet de la plante sur l’Internet avant de la planter. Après tout, mieux devoir retourner au magasin pour un remboursement que de voir votre terrain envahi par une mauvaise herbe que vous n’arrivez pas à contrôler!

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Contrôler les faux amis

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Les faux amis vous charment par leur apparence… puis viennent étouffer vos plantes préférées!

Dans le jardin, un faux ami est une plante ornementale qui peut finir par devenir une mauvaise herbe des plus déplaisantes. On peut les planter et les utiliser, bien sûr – et d’ailleurs, elles sont presque toutes de culture facile – mais il ne faut pas les laisser échapper à notre contrôle, sinon elles ne sont plus que des mauvaises herbes comme tant d’autres. Le problème pour le jardinier est que ces espèces ont des rhizomes vagabonds, des tiges souterraines qui produisent des rejets à une certaine distance de la plante-mère. Ainsi, la plante s’élargit de plus en plus avec le temps pour finir, dans bien des cas, à étouffer ses voisines et pousser en exclusivité.

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On peut contrôler les plantes aux rhizomes vagabonds en les plantant à l’intérieur d’une barrière infranchissable.

Idéalement, vous éviterez de cultiver des plantes aussi envahissantes, mais si vous y tenez quand même, plantez-les au moins de façon à contrôler leur tendance  à vagabonder. Comme ces plantes poussent à partir de rhizomes souterrains, on peut les contrôler en les plantant à l’intérieur d’une barrière infranchissable installée dans le sol… dès l’achat. La plus commode est un seau de plastique ou un grand pot en plastique. Enlevez le fond (il faut quand même assurer un certain drainage!) et enfoncez la barrière dans le sol, le laissant dépasser d’environ 5 cm. Plantez ces plantes à l’intérieur de la barrière… et elles ne pourront pas s’en échapper.

Il faut toutefois que la barrière soit assez profonde pour contrôler les rhizomes. Règle générale, plus la plante est haute, plus loin les rhizomes plongent dans le sol. Ainsi, un pot de 20 cm de hauteur pourra facilement contrôler une vivace basse, comme le muguet ou l’aspérule odorante, un seau de 30 à 35 cm de hauteur sera nécessaire pour une vivace de taille moyenne, comme la monarde ou le coqueret. Quant aux envahisseurs de grande taille, comme la renouée du Japon, qui peut dépasser facilement 2 m de hauteur), il faudrait une barrière d’au moins 1,5 m de profondeur, comme un tuyau d’égout placé debout… ce qui serait difficile à installer. Mieux vaut éviter de planter les faux amis de grande taille!

Attention aux stolons

Notez que ces barrières ne sont pas aussi efficaces dans le cas des plantes qui produisent des stolons (tiges qui rampent sur le sol plutôt que sous le sol comme les rhizomes), car les stolons tendent à sauter par-dessus la barrière, à moins à l’occasion. D’accord, on a laissé les 5 cm supérieur de la barrière dépasser le sol, mais éventuellement un stolon égaré finit toujours par le dépasser. Donc, un peu de surveillance et une taille occasionnelle sont recommandées pour ces plantes, comme  la menthe (Mentha spp.), la petite pervenche (Vinca minor), le fraisier (Fragaria spp.) et la bugle rampante (Ajuga reptans).

Du paillis pour prévenir les semis égarés

Certains faux amis ne le sont pas à cause de leurs rhizomes ou stolons vagabonds, mais en raison de leurs semences qui germent partout. Pour ces végétaux, donc, une barrière physique ne règle rien. Par contre, si vous gardez toujours les sol couvert d’un paillis, ils ne peuvent pas germer. Voilà donc la solution dans leur cas. Parmi les végétaux envahissants par leurs semis, il y a plusieurs chardons ornementaux (EchinopsOnopordumCirsium, etc.), l’onagre bisannuel (Oeonothera biennis), la plupart des mauves (Malva spp.) et l’agastache fenouil (Agastache foeniculum).

Liste des faux amis à rhizomes rampants

Les vivaces suivantes sont toutes relativement à très envahissantes à cause d’un système de rhizomes ou de stolons. Faites attention où vous les planterez!

  1. Achillea millefolium (achillée millefeuille) zone 3

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    Herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria ‘Variegata’)

  2. Achillea ptarmica (achillée sternuatoire) zone 3
  3. Aegopodium podagraria (herbe aux goutteux) zone 3
  4. Ajuga reptans (bugle rampante) zone 4
  5. Anemone canadensis (anémone du Canada) zone 2
  6. Anemone hupehensisA. hybrida (anémone d’automne) zone 4
  7. Armoracia rusticana (raifort) zone 3
  8. Arrhenatherum elatius bulbosum ‘Variegatus’ (arrhénanthère bulbeuse) zone 4
  9. Artemisia ludoviciana (armoise de Louisane) zone 2
  10. Artemisia stelleriana (armoise de Steller) zone 2
  11. Asarum spp. (asaret, gingembre sauvage) zones 3-6
  12. Bromus inermus ‘Skinner’s Gold’ (brome inerme doré) zone 3
  13. Campanula glomerata (campanule à bouquet) zone 2
  14. Campanula punctata (Campanule ponctuée) zone 3
  15. Campanula rapunculoides (Campanula fausse raiponce) zone 3
  16. Chrysanthemum rubellum ‘Clara Curtis’ (chrysanthème ‘Clara Curtis’)
  17. Convallaria majalis (muguet) zone 1
  18. Dactylis glomerata ‘Variegata’ (dactyle pelotonné) zone 5
  19. Dicentra formosa (coeur saignant du Pacifique) zone 3
  20. Duchesnea indica  (fraisier des Indes) zone 5
  21. Euphorbia amygdaloides (euphorbe amygdaloïde) zone 6
  22. Euphorbia cyparissias (euphorbe-cyprès) zone 4

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    La renouée japonaise (Fallopia japonica) est le pire des faux amis. Il peut former de vastes monocultures où rien d’autre ne pousse.

  23. Euphorbia griffithii (euphorbe de Griffith) zone 5
  24. Fallopia japonica (renouée japonaise, «bambou») zone 3
  25. Filipendula spp. (reine des prés) zone 3
  26. Fragaria spp. (fraisier) zone 3
  27. Galium odoratum (aspérule odorante) zone 3
  28. Gaultheria procumbens (thé du Canada) zone 2
  29. Glyceria maxima ‘Variegata’ (glycérie panachée) zone 5
  30. Helianthus (tournesol vivace, plusieurs espèces) zone 3
  31. Helianthus tuberosus (topinambour, artichaut de Jérusalem) zone 4
  32. Hemerocallis fulva (hémérocalle fauve) zone 3
  33. Hippophae rhamnoides (argousier) zone 3
  34. Houttuynia cordata ‘Chameleon’ (plante caméléon) zone 4
  35. Kalimeris spp. (kalimeris, aster de Mongolie) zone 3
  36. Lamium galeobdolon (ortie jaune) zone 3
  37. Lamium maculatum (lamier maculé)
  38. Leymus arenaria ‘Glauca’ (élyme des sables) zone 4
  39. Lysimachia clethroides (lysimaque de Chine) zone 3
  40. Lysimachia nummularia (herbe aux écus) zone 3
  41. Lysimachia punctata (lysimaque ponctuée) zone 4
  42. Macleaya spp. (macleaya) zone 3
  43. Matteuccia struthiopteris (fougère plume d’autruche) zone 3
  44. Mentha spp. (menthe) zones 2 à 5
  45. Miscanthus sacchariflorus (miscanthus commun) zone 2
  46. Monarda spp. (monarde) zone 3
  47. Onoclea sensibilis (fougère sensible) zone 3

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    Pétasite du Japon (Petasites japonicus)

  48. Pachysandra terminalis (pachysandre du Japon) zone 4
  49. Persicaria affinis, anc. Polygonum affine (renouée du Népal) zone 3
  50. Persicaria amplexicaulis, anc. Polygonum amplexicaule (persicaire amplexicaule) zone 4
  51. Persicaria bistorta, anc. Polygonum bistorta (renouée bistorte) zone 3
  52. Petasites japonicus (pétasite du Japon) zone 3
  53. Phalaris arundinacea ‘Picta’ (ruban de bergère) zone 4
  54. Phragmites australis (roseau commun, phragmite) zone 3
  55. PhyllostachysPleoblastus, Sasa, etc. (bambous rustiques) zones 5-10

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    Coqueret (Physalis alkekengi franchetii)

  56. Physalis alkekengi franchetii (coqueret, amour en cage, lanterne chinoise) zone 3
  57. Physostegia virginiana (physostégie de Virginie) zone 3
  58. Polygonatum spp. (sceau de Salomon) zone 3
  59. Ranunculus repens (bouton d’or) zone 4
  60. Rudbeckia laciniata (rudbeckie laciniée) zone 3
  61. Solidago canadensis (verge d’or du Canada) zone 2
  62. Spartina pectinata ‘Aureomarginata’ (spartine pectinée dorée) zone 4
  63. Stachys byzantina (épiaire laineux, oreilles d’agneau) zone 3
  64. Symphtyum spp. (consoude) zone 2 ou 3
  65. Tanacetum vulgare (tanaisie) zone 3

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    Tanaisie (Tanacetum vulgare)

  66. Tiarella spp. (tiarelle) zone 3
  67. Trifolium repens (trèfle blanc) zone 3
  68. Vinca minor (petite pervenche) zone 4
  69. Viola rivinia ‘Purpurea’, syn. V. labradorica (violette du Labrador) zone 4
  70. Waldsteinia spp. (faux fraisier) zone 3

Des arbustes et arbres aussi

Il existe aussi des arbres et des arbustes aux drageons envahissants. Voici un texte à leur sujet.

Se débarrasser à jamais d’une plante envahissante

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Le phragmite ou roseau (Phragmites australis) est un exemple d’une plante aux rhizomes envahissants.

Parfois on est aux prises avec une plante à rhizomes traçants, soit des tiges souterraines qui produisent d’innombrables drageons (petits plants). Évidemment, chaque drageon produit à son tour d’autres et bientôt vous avez perdu le contrôle.

Souvent il s’agit d’une mauvaise herbe «officielle» (prêle, chiendent, phragmite, etc.), mais parfois c’est une plante dite ornementale qui s’est avérée une envahisseuse redoutable, comme la renouée du Japon (Fallopia japonica), l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria) ou le muguet (Convallaria majalis). Malheureusement, ce n’est pas le genre de détail qu’on vous mentionne en jardinerie lors de l’achat du plant. Donc, caveat emptor (que l’acheteur soit vigilant)!

L’arrachage ne résout rien!

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Un motoculteur étendra les bouts de rhizome à la grandeur du jardin!

L’une des pires méthodes pour essayer de contrôler une plante envahissante, c’est d’essayer de l’arracher. Malheureusement, cette méthode a davantage tendance à l’étendre, car le moindre morceau de rhizome qui reste dans le sol donnera une nouvelle plante. Ainsi, quand vous arrachez une plante, habituellement vous laissez en terre 3 à 5 sections de rhizomes. Imaginez la prolifération! Sarclez ou passez le motoculteur, c’est pire encore: plus vous sarclez et travaillez le sol, plus vous tranchez les rhizomes et plus vous aurez de drageons!

Arracher et sasser

20150803GL’arracher peut toutefois fonctionner si vous prenez la peine de déterrer tout le secteur et de sasser la terre avant de la remettre en place. Ainsi vous arriverez à trouver et à enlever même les très petites sections de rhizome. Mais attention: cela demande beaucoup d’efforts!

Que penser des herbicides?

Je ne suis pas un amateur d’herbicides, mais vous pouvez toujours essayer un herbicide total (qui tue toute végétation) comme le Round-Up, le vaporisant sur le feuillage de l’intrus. Ce qui est regrettable est que la plupart des plantes à rhizomes envahissants semblent au moins un peu résistantes à ce traitement. Habituellement, donc, la plante s’en trouve affaiblie, mais pas morte, et il faut répéter le traitement encore et encore. Entretemps, l’herbicide total tue toutes les autres plantes des environs, car il est surtout efficace contre les plantes sans rhizomes.

20150912CMais voici une méthode qui pourrait peut-être vous donner satisfaction. Taillez la plante sévèrement, près du sol et appliquez l’herbicide, non pas en le vaporisant, mais plutôt en le peignant (oui, avec un petit pinceau) sur l’extrémité de chaque tige écourtée. Ainsi l’herbicide ira directement aux rhizomes, car il pénétrera facilement via la blessure… et sans contaminer l’environnement proche ni endommager les plantes voisines. Il faut porter des gants protecteurs pendant l’application, bien sûr.

Une barrière contre le soleil

Voici une autre façon de voir la situation.

Rappelez-vous que toute plante verte a besoin de lumière pour vivre. Après tout, c’est l’énergie solaire, convertie en sucres et en amidons par la chlorophylle (pigment vert trouvé dans les feuilles) qui donne aux plantes leur énergie. Donc, si vous coupez le soleil…

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Un an après la pose d’une bâche noire, l’envahisseur sera mort.

La méthode la plus facile pour «couper le soleil» est de couvrir tout le secteur d’une toile noire épaisse: pas un géotextile (qui laisse passer un peu de lumière), mais une bâche en plastique, facile à trouver en quincaillerie. La toile doit couvrir plus large que la zone où la plante se trouve, sinon elle aura vite fait expédier ses rhizomes au-delà de la zone d’exclusion. Faites tenir la toile en place pendant toute une saison, du printemps à la fin de l’automne, avec des briques ou des pierres. À la noirceur sous la toile, privée de lumière, la plante va essayer de pousser, mais n’arrivera qu’à produire des tiges pâlottes, blanches, vert pâle ou roses. Même, elle s’épuisera à produire des tiges et des feuilles qui ne font pas de photosynthèse et finira par mourra.

Pour certaines plantes, et notamment la terrible renouée du Japon (Fallopia japonica), appelée la pire mauvaise herbe connue de l’humain par certains spécialistes, une saison de noirceur ne suffit pas : il faut laisser la toile en place pendant deux ans pour vraiment l’épuiser.

Évidemment, la méthode précitée convient bien aux coins où rien d’autre ne pousse, mais si vous l’appliquez à une platebande, vous allez tuer aussi tous les autres végétaux dans le secteur : vivaces, bulbes, arbustes, etc. Est-ce alors possible de sauver les plantes désirables avant de poser la toile ?

Oui, si vous les déterrez avec soin pour les replanter ailleurs (ou de les empoter en attendant de les replanter dans le jardin une fois qu’il est libre de mauvaises herbes). Mais il faut vous assurez en les déterrant qu’aucun rhizome de la plante envahissante ne se trouve mêlé aux racines de la plante que vous voulez conserver, sinon vous allez étendre le problème.

Coupez la plante pour couper la lumière

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Si vous coupez une plante envahissante encore et encore, près du sol, vous finirez pas l’épuiser.

Si vous n’êtes pas prêt à sacrifier une platebande à une toile noire pendant un an, vous pouvez toujours, si vous êtes assez assidu, éliminer la mauvaise herbe par une taille sélective. Dès le début de la saison, coupez toute tige de la plante indésirable près du sol. Ainsi, vous éliminez son feuillage et donc sa source d’énergie. Elle va répliquer en produisant de nouvelles pousses. Coupez-les aussi. Et les suivantes. Et les suivantes. Pour certaines plantes, la bataille va durer 2 ans!

Il est important de couper les repousses dès que vous les voyez, avant qu’elles aient le temps de faire beaucoup de photosynthèse. Ainsi vous verrez de moins en moins de repousses avec le temps, car l’impossibilité pour la plante de faire une photosynthèse normale commencera à saper son énergie. C’est du travail, mais ça fonctionne.

La méthode de la barrière enfoncée dans le sol

Si vous voulez juste arrêter le progrès de la plante envahissante, la contenant dans son secteur et l’empêchant d’aller plus loin, vous pouvez installer une barrière physique dans le sol, barrière que ses rhizomes ne peuvent pas franchir.

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On peut contrôler les vivaces désirables mais envahissantes en les plantant à l’intérieur d’un pot enfoncé dans le sol.

Le plus facile est d’installer cette barrière dès la plantation. Exemple : vous adorez la monarde (Monarda didyma), mais vous savez d’avance qu’elle est envahissante. Avant de la planter, installer un gros pot ou seau de plastique dont le fond a été enlevé (nécessaire pour permettre un drainage adéquat) dans le sol et plantez la future envahisseuse à l’intérieur. Pour la plupart des plantes, une barrière d’aussi peu que 30 cm de hauteur suffira, même 15 cm pour certaines plantes plus basses (règle générale, les plantes basses ont des rhizomes à fleur du sol et même une barrière peu profonde va les arrêter). Attention toutefois aux plantes qui produisent des rhizomes en profondeur, comme la renouée japonaise (Fallopia japonica): il est illusoire de penser contrôler cette plante, dont les rhizomes peuvent plonger à 3 m de profondeur, par une barrière quelconque.

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Barrière anti-rhizomes.

Pour les plantes aux rhizomes profonds, il existe un produit appelé barrière anti-rhizomes ou barrière à bambous, genre de film plastique semi-rigide d’environ 60 cm de hauteur qu’on peut insérer dans le sol tout autour de la plantation. Ce produit est largement disponible en Europe, mais je ne connais qu’une source au Canada: Canada’s Bamboo World… qui n’expédie au Québec (allez comprendre pourquoi!). Heureusement qu’on peut en trouver aussi chez Amazon.ca.

La méthode la plus paresseuse

Mais il y encore une technique plus efficace et beaucoup plus paresseuse pour composer avec les mauvaises herbes envahissantes : apprenez à les apprécier. L’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria ‘Variegata’), par exemple, fait un excellent couvre-sol coloré (blanc et vert) qui étouffe toute autre mauvaise herbe. Le muguet (Convallaria majalis) peut aussi être vu comme une jolie plante couvre-sol à petites clochettes printanières parfumées. Même la prêle (Equisetum arvense) n’est pas sans charme, avec son beau feuillage mousseux.

Quand vous voyez la plante non pas comme un problème, mais comme une solution, vous aurez réglé le problème sans lever le petit doigt!