Le laurier-rose: pas un remède contre la COVID-19!

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Le laurier-rose est jolie, mais très toxique: il ne faut jamais l’utiliser dans les remèdes maison. Photo: Tangopaso, Wikimedia Commons

Apparemment, le dernier «remède miracle» contre le virus COVID-19 est l’oléandrine, un extrait du laurier-rose (Nerium oleander). Il est promu par l’homme d’affaires américain Mike Lindell, grand ami et ardent allié du président américain Donald Trump. Il est le vice-président de Phoenix Biotechnology, une société qui produit l’extrait. Il a dit dans une entrevue avec Anderson Cooper que l’oléandrine était «le miracle de tous les temps» et qu’il avait été testé sur plus de 1 000 sujets, mais les scientifiques prétendent qu’aucune étude de ce genre n’existe. 

Sous l’égide de Trump, l’Institut de recherche médicale sur les maladies infectieuses de l’armée américaine a effectué un test préliminaire de l’oléandrine contre le COVID-19, mais a abandonné les recherches suite à des résultats non concluants.

Cela ne veut pas dire que l’oléandrine ne pourrait pas avoir des utilisations médicales intéressantes, car, même si c’est un composé fort toxique, de nombreux composés toxiques, lorsqu’ils sont adéquatement dilués, ont des propriétés médicinales utiles. Cependant, je crains que si les gens en viennent à croire que l’oléandrine est un remède contre le COVID-19, ils puissent prendre les choses en main et essayer de se traiter directement avec des parties du laurier-rose, avec des résultats fatals.

Certaines des couleurs du laurier-rose. Photo: jardinplusdherynia

Alors, soyez prévenu que le laurier-rose, un bel arbuste ou arbre cultivé en plein air dans les climats doux (zones de rusticité 8 à 12) et comme plante d’intérieur dans les climats tempérés, est extrêmement toxique dans toutes ses parties: fleurs, feuilles et racines. Même sa sève blanche collante est toxique. Elle a déjà été qualifiée de «probablement la plus toxique de toutes les plantes ornementales» et même l’ingestion d’une seule feuille peut tuer un enfant. Il doit être placé hors de la portée des enfants, des animaux domestiques et des animaux de ferme et si vous le taillez ou le rempotez, portez toujours des gants.

Le laurier-rose contient de nombreux éléments toxiques en plus de l’oléandrine, notamment des glycosides cardiaques, de l’oléondroside, des saponines, de la digitoxigénine, du nérioside et d’encore autres toxines, dont certaines n’ont pas encore été identifiées.

Comment reconnaître un laurier-rose

Illustration botanique du laurier-rose (Nerium oleander). Ill.: Jean-Pierre Redouté

Le laurier-rose est un arbuste ou un petit arbre à croissance plutôt dressée. À l’extérieur, il peut atteindre jusqu’à 7,5 m de hauteur, bien qu’il existe des variétés naines. À l’intérieur, il atteint rarement 3 m de hauteur. Il porte des feuilles étroites, pointues, coriaces et vert foncé avec une nervure médiane proéminente. Elles sont produites par paires ou groupes de trois. Certaines variétés ont un feuillage panaché.

Les fleurs apparaissent en grappes au bout des branches. Elles mesurent 2,5 à 5 cm de diamètre avec 5 larges pétales et un long tube derrière la fleur. Les variétés à fleurs doubles ont, bien sûr, plus de pétales. Les fleurs sont souvent parfumées. Malgré le nom laurier-rose, les fleurs ne sont pas nécessairement roses, mais peuvent être roses, rouges, blanches ou jaunes. Les graines, assez rarement produites, apparaissent en capsules étroites appariées et ont des «parachutes» similaires à ceux des graines de pissenlit.

Laurier-sauce (Laurus nobilis) à gauche, laurier-rose (Nerium oleander) à droite. Photos: uk.lush.com et Florida Gardener

Surtout, ne confondez pas le laurier-rose (feuilles étroites) avec le laurier-sauce (Laurus nobilis), à feuilles plus larges à marge légèrement ondulée et à floraison insignifiante, dont on utilise les feuilles en cuisine. Aussi, la feuille de laurier-rose dégage une sève laiteuse (le laurier-sauce libère peu de sève et, de plus, elle est transparente) et aussi, seul le laurier-sauce sent bon quand on le froisse.

Si, malgré ses informations, vous avez toujours tendance à confondre les deux plantes, ne m’invitez pas à dîner chez vous!

Je n’ai rien contre la culture du laurier-rose en tant que plante ornementale, mais même envisager son utilisation comme remède maison est imprudent à l’extrême.