Enfin, un prédateur des scarabées japonais!

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Le scarabée japonais a peut-être enfin un prédateur digne de ce nom! Source: Judy Gallagher, Wikimedia Commons

Depuis que le scarabée japonais (Popillia japonica) a fait son apparition au New Jersey (États-Unis) en 1912, les jardiniers cherchent une solution pour le contrôler. Désormais présent dans une bonne partie de l’Amérique du Nord et maintenant en Europe aussi (en Italie, en Russie et, depuis 2017, en Suisse), ce ravageur avide de feuillage et de fleurs d’une vaste gamme de plantes (lisez Les plantes que les scarabées japonais adorent) peut provoquer une défoliation massive, et ce, en plein été, justement quand les jardins devraient être à leur plus beau!

Dans son pays d’origine (le Japon, bien sûr), il y a plusieurs prédateurs qui contrôlent la population de scarabées japonais. À partir de 1927, des chercheurs américains ont essayé plusieurs fois d’en introduire dans leur pays, apparemment sans succès. Mais un insecte, une mouche tachnide appelée mouche du scarabée (Istocheta aldrichi), s’est mieux adaptée qu’on ne le pensait au début. Malgré un apparent échec initial au New Jersey où, à cause du climat, il y avait un décalage entre le cycle de vie de la mouche du scarabée et celui de son hôte, le scarabée (quand les scarabées ont émergé du sol en juillet, la saison de la mouche était presque terminée); la mouche du scarabée s’est établie plus au nord, en Nouvelle-Angleterre, où la correspondance des cycles de vie des deux insectes était meilleure, et y a proliféré, s’attaquant à jusqu’à 80 % des scarabées dans certaines régions.

En Ontario et au Québec, où le scarabée japonais est présent en bon nombre depuis seulement une dizaine d’années (et d’ailleurs seulement de façon très régionale: il n’y en a pas encore, par exemple, à Québec ou à l’est de cette ville), la mouche du scarabée est déjà présente et à l’œuvre depuis au moins 2014. Sylvie Machabée, de la pépinière Les Vivaces de l’Isle, se penche longuement sur le sujet dans l’article Un important prédateur du scarabée japonais est arrivé que je vous encourage à lire.

Le cycle de vie du prédateur

La mouche du scarabée est un parasitoïde : elle investit et tue son hôte.

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Mouche du scarabée (Istocheta aldrichi). Source: Collection nationale canadienne d’insectes, d’arachnides et de nématodes

La femelle de la petite mouche, de 5 mm de longueur et d’apparence anodine, se réveille en juillet, juste un peu avant que les scarabées adultes n’émergent du sol, et se nourit de nectar floral pendant une semaine ou deux. Quand les scarabées japonais apparaissent, la mouche se met à pondre des œufs blancs sur le thorax de son hôte, juste derrière la tête. Les oeufs sont facilement visibles, du moins si vous mettez vos lunettes.

La mouche pondra une centaine d’œufs pendant environ un mois. Les scarabées femelles sont les plus parasitées, car elles sont moins actives que les mâles, passant une bonne partie de leur temps prisonnières sous les mâles qui s’accouplent avec elles.

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Scarabées japonais avec des œufs de mouche du scarabée sur le thorax. Source: blog.uvm.edu, montage: jardinierparesseux.com

Les œufs éclosent en environ 24 heures. Même si le scarabée porte plusieurs œufs, une seule larve réussira à pénétrer le corps de sa victime où elle commencera à la digérer de l’intérieur, s’attaquant rapidement à ses muscles du vol. Désormais incapable de voler, le scarabée tombe au sol et s’y enfouit, cela avant d’avoir eu le temps de pondre. (Donc, comme la femelle aurait pondu de 40 à 60 œufs, beaucoup moins de scarabées naîtront l’année suivante!)

Le scarabée infesté meurt 5 à 6 jours plus tard, mais la larve de la mouche demeure tout l’hiver dans le corps mort de son hôte, sous forme de pupe, puis le cycle recommence l’été suivant. Il n’y a qu’une génération par année.

Pour encourager la mouche du scarabée

D’abord, sachez que cette mouche n’est pas disponible commercialement. Il faut donc attendre qu’elle arrive dans votre région par ses propres moyens.

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Les petites fleurs, et notamment celles des ombellifères, comme la coriandre, attirent les mouches du scarabée. Source: H. Zell, Wikimedia Commons

Une fois qu’il y a des mouches du scarabée dans votre secteur, pour en attirer un maximum dans votre jardin, plantez beaucoup de plantes à petites fleurs peu profondes, comme celles des ombellifères (coriandre, aneth, etc.), des crucifères (alysse odorante, moutarde, etc.) et des astéracées (camomille, marguerite, etc.).

Si vous voyez des scarabées portant des œufs, essayez de ne pas les tuer, peut-être en faisant un tri parmi ceux que vous ramassez manuellement.

Évitez de vaporiser des insecticides sur les scarabées quand les mouches sont présentes. Ils affectent généralement davantage la mouche (notre amie) que le scarabée.

Le résultat?

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Quand la mouche du scarabée est présente dans votre jardin depuis quelques années, il restera sans doute quelques dommages, mais probablement qu’il n’y aura plus de plantes presque entièrement défoliées. Source: www.ontariohopgrowersassociation.ca

Non, la mouche du scarabée n’éliminera pas complètement le scarabée japonais : s’il est présent dans votre localité, calculez qu’il est là pour de bon et commencez à planter en conséquence, choisissant de préférence des végétaux qu’il n’aime pas. Cependant, après quelques années d’infestation par la mouche, le nombre de scarabées peut être réduit de façon considérable. Plusieurs jardiniers américains dans les régions où la mouche du scarabée est bien établie disent qu’il est alors possible de jardiner presque comme auparavant, car la défoliation est désormais minimale.

Ajout de dernière minute!

Le Jardin botanique de Montréal fait justement une étude pour voir l’étendue de la présence de ce parasitoïde. Il demande l’aide citoyenne: si vous voyez un scarabée parasité, veuillez en prendre une photo et l’envoyer, avec les renseignements pertinents, aux Services de renseignements entomologiques d’Espace pour la vie.

Merci à Sandrine pour cette information!


L’arrivée de la mouche du scarabée est donc une bonne nouvelle! Si un choix raisonnable de végétaux et une petite mouche parasitoïde peuvent rendre le jardinage facile de nouveau, qui s’en plaindra?20180706C blog.uvm.edu

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