Se débarrasser à jamais d’une plante envahissante

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Le phragmite ou roseau (Phragmites australis) est un exemple d’une plante aux rhizomes envahissants.

Parfois on est aux prises avec une plante à rhizomes traçants, soit des tiges souterraines qui produisent d’innombrables drageons (petits plants). Évidemment, chaque drageon produit à son tour d’autres et bientôt vous avez perdu le contrôle.

Souvent il s’agit d’une mauvaise herbe «officielle» (prêle, chiendent, phragmite, etc.), mais parfois c’est une plante dite ornementale qui s’est avérée une envahisseuse redoutable, comme la renouée du Japon (Fallopia japonica), l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria) ou le muguet (Convallaria majalis). Malheureusement, ce n’est pas le genre de détail qu’on vous mentionne en jardinerie lors de l’achat du plant. Donc, caveat emptor (que l’acheteur soit vigilant)!

L’arrachage ne résout rien!

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Un motoculteur étendra les bouts de rhizome à la grandeur du jardin!

L’une des pires méthodes pour essayer de contrôler une plante envahissante, c’est d’essayer de l’arracher. Malheureusement, cette méthode a davantage tendance à l’étendre, car le moindre morceau de rhizome qui reste dans le sol donnera une nouvelle plante. Ainsi, quand vous arrachez une plante, habituellement vous laissez en terre 3 à 5 sections de rhizomes. Imaginez la prolifération! Sarclez ou passez le motoculteur, c’est pire encore: plus vous sarclez et travaillez le sol, plus vous tranchez les rhizomes et plus vous aurez de drageons!

Arracher et sasser

20150803GL’arracher peut toutefois fonctionner si vous prenez la peine de déterrer tout le secteur et de sasser la terre avant de la remettre en place. Ainsi vous arriverez à trouver et à enlever même les très petites sections de rhizome. Mais attention: cela demande beaucoup d’efforts!

Que penser des herbicides?

Je ne suis pas un amateur d’herbicides, mais vous pouvez toujours essayer un herbicide total (qui tue toute végétation) comme le Round-Up, le vaporisant sur le feuillage de l’intrus. Ce qui est regrettable est que la plupart des plantes à rhizomes envahissants semblent au moins un peu résistantes à ce traitement. Habituellement, donc, la plante s’en trouve affaiblie, mais pas morte, et il faut répéter le traitement encore et encore. Entretemps, l’herbicide total tue toutes les autres plantes des environs, car il est surtout efficace contre les plantes sans rhizomes.

20150912CMais voici une méthode qui pourrait peut-être vous donner satisfaction. Taillez la plante sévèrement, près du sol et appliquez l’herbicide, non pas en le vaporisant, mais plutôt en le peignant (oui, avec un petit pinceau) sur l’extrémité de chaque tige écourtée. Ainsi l’herbicide ira directement aux rhizomes, car il pénétrera facilement via la blessure… et sans contaminer l’environnement proche ni endommager les plantes voisines. Il faut porter des gants protecteurs pendant l’application, bien sûr.

Une barrière contre le soleil

Voici une autre façon de voir la situation.

Rappelez-vous que toute plante verte a besoin de lumière pour vivre. Après tout, c’est l’énergie solaire, convertie en sucres et en amidons par la chlorophylle (pigment vert trouvé dans les feuilles) qui donne aux plantes leur énergie. Donc, si vous coupez le soleil…

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Un an après la pose d’une bâche noire, l’envahisseur sera mort.

La méthode la plus facile pour «couper le soleil» est de couvrir tout le secteur d’une toile noire épaisse: pas un géotextile (qui laisse passer un peu de lumière), mais une bâche en plastique, facile à trouver en quincaillerie. La toile doit couvrir plus large que la zone où la plante se trouve, sinon elle aura vite fait expédier ses rhizomes au-delà de la zone d’exclusion. Faites tenir la toile en place pendant toute une saison, du printemps à la fin de l’automne, avec des briques ou des pierres. À la noirceur sous la toile, privée de lumière, la plante va essayer de pousser, mais n’arrivera qu’à produire des tiges pâlottes, blanches, vert pâle ou roses. Même, elle s’épuisera à produire des tiges et des feuilles qui ne font pas de photosynthèse et finira par mourra.

Pour certaines plantes, et notamment la terrible renouée du Japon (Fallopia japonica), appelée la pire mauvaise herbe connue de l’humain par certains spécialistes, une saison de noirceur ne suffit pas : il faut laisser la toile en place pendant deux ans pour vraiment l’épuiser.

Évidemment, la méthode précitée convient bien aux coins où rien d’autre ne pousse, mais si vous l’appliquez à une platebande, vous allez tuer aussi tous les autres végétaux dans le secteur : vivaces, bulbes, arbustes, etc. Est-ce alors possible de sauver les plantes désirables avant de poser la toile ?

Oui, si vous les déterrez avec soin pour les replanter ailleurs (ou de les empoter en attendant de les replanter dans le jardin une fois qu’il est libre de mauvaises herbes). Mais il faut vous assurez en les déterrant qu’aucun rhizome de la plante envahissante ne se trouve mêlé aux racines de la plante que vous voulez conserver, sinon vous allez étendre le problème.

Coupez la plante pour couper la lumière

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Si vous coupez une plante envahissante encore et encore, près du sol, vous finirez pas l’épuiser.

Si vous n’êtes pas prêt à sacrifier une platebande à une toile noire pendant un an, vous pouvez toujours, si vous êtes assez assidu, éliminer la mauvaise herbe par une taille sélective. Dès le début de la saison, coupez toute tige de la plante indésirable près du sol. Ainsi, vous éliminez son feuillage et donc sa source d’énergie. Elle va répliquer en produisant de nouvelles pousses. Coupez-les aussi. Et les suivantes. Et les suivantes. Pour certaines plantes, la bataille va durer 2 ans!

Il est important de couper les repousses dès que vous les voyez, avant qu’elles aient le temps de faire beaucoup de photosynthèse. Ainsi vous verrez de moins en moins de repousses avec le temps, car l’impossibilité pour la plante de faire une photosynthèse normale commencera à saper son énergie. C’est du travail, mais ça fonctionne.

La méthode de la barrière enfoncée dans le sol

Si vous voulez juste arrêter le progrès de la plante envahissante, la contenant dans son secteur et l’empêchant d’aller plus loin, vous pouvez installer une barrière physique dans le sol, barrière que ses rhizomes ne peuvent pas franchir.

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On peut contrôler les vivaces désirables mais envahissantes en les plantant à l’intérieur d’un pot enfoncé dans le sol.

Le plus facile est d’installer cette barrière dès la plantation. Exemple : vous adorez la monarde (Monarda didyma), mais vous savez d’avance qu’elle est envahissante. Avant de la planter, installer un gros pot ou seau de plastique dont le fond a été enlevé (nécessaire pour permettre un drainage adéquat) dans le sol et plantez la future envahisseuse à l’intérieur. Pour la plupart des plantes, une barrière d’aussi peu que 30 cm de hauteur suffira, même 15 cm pour certaines plantes plus basses (règle générale, les plantes basses ont des rhizomes à fleur du sol et même une barrière peu profonde va les arrêter). Attention toutefois aux plantes qui produisent des rhizomes en profondeur, comme la renouée japonaise (Fallopia japonica): il est illusoire de penser contrôler cette plante, dont les rhizomes peuvent plonger à 3 m de profondeur, par une barrière quelconque.

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Barrière anti-rhizomes.

Pour les plantes aux rhizomes profonds, il existe un produit appelé barrière anti-rhizomes ou barrière à bambous, genre de film plastique semi-rigide d’environ 60 cm de hauteur qu’on peut insérer dans le sol tout autour de la plantation. Ce produit est largement disponible en Europe, mais je ne connais qu’une source au Canada: Canada’s Bamboo World… qui n’expédie au Québec (allez comprendre pourquoi!). Heureusement qu’on peut en trouver aussi chez Amazon.ca.

La méthode la plus paresseuse

Mais il y encore une technique plus efficace et beaucoup plus paresseuse pour composer avec les mauvaises herbes envahissantes : apprenez à les apprécier. L’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria ‘Variegata’), par exemple, fait un excellent couvre-sol coloré (blanc et vert) qui étouffe toute autre mauvaise herbe. Le muguet (Convallaria majalis) peut aussi être vu comme une jolie plante couvre-sol à petites clochettes printanières parfumées. Même la prêle (Equisetum arvense) n’est pas sans charme, avec son beau feuillage mousseux.

Quand vous voyez la plante non pas comme un problème, mais comme une solution, vous aurez réglé le problème sans lever le petit doigt!

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