À la recherche de la fleur bleue

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20170829A.jpgLe bleu est parmi les plus rares des couleurs florales; seulement le noir est plus élusif. Et c’est probablement à cause de la complexité chimique impliquée dans sa production, car les abeilles, les papillons et les autres pollinisateurs distinguent très bien le bleu et visitent facilement les rares plantes qui produisent des fleurs bleues. Donc, l’évolution aurait pu mener à des fleurs bleues aussi facilement qu’aux les fleurs roses, blanches et jaunes si courantes.

Curieusement, la couleur bleue chez les plantes vient d’un pigment qui donne normalement les teintes rouge et violettes: l’anthocyanine (du grec pour bleu foncé). Pour simplifier un phénomène beaucoup plus complexe et qui implique diverses molécules et certains ions métalliques, c’est essentiellement dans des conditions alcalines que la couleur bleue des anthocyanes ressort… et la plupart des fleurs ont une sève acide. Chez les fleurs, le bleu n’est pas une couleur indépendante, c’est plutôt un genre de co-pigmentation.

C’est pour cette raison que beaucoup de plantes riches en anthocyanes ont des fleurs rouges ou violettes plutôt que bleues.

Fleurs bleues: appréciées, mais rares

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Phalaenopsis teints bleus. Photo: Tangopaso, Wikimedia Commons

Les fleurs bleues sont fort appréciées en fleuristerie, tellement d’ailleurs qu’il est courant de teindre bleu les fleurs blanches afin d’en mousser la vente. On injecte même des teintures dans les plantes vivantes pour donner une coloration bleue à leurs fleurs. C’est le cas des orchidées bleues qu’on voit si souvent sur le marché depuis quelques années: ce sont des phalaenopsis teints. À leur prochaine floraison, les fleurs seront blanches.

Partout à travers le monde, il y a des scientifiques qui travaillent à introduire des gènes de la couleur bleue dans certaines fleurs populaires — roses, œillets, chrysanthèmes, etc. — avec, en général, un succès mitigé.

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La rose bleue ‘Applause’ est plus lavande que bleue. Photo: Blue Rose Man, Wikimedia Commons

Les efforts pour créer une rose (Rosa) bleue en y transférant de gènes d’autres plantes ont abouti à un rosier aux fleurs dites bleues, ‘Applause’… mais à mes yeux, les fleurs sont en fait lavande foncé, ce qui est quand même une nouvelle couleur pour une rose.

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Les œillets bleus Mooncarnation: plus pourpres que bleus. Photo: Pagemoral, Wikimedia Commons

C’est la même chose pour les œillets (Dianthus caryophyllus): des modifications génétiques (ajouts de certains gènes venant de plantes à fleurs bleues combinées avec la suppression de gènes chez l’œillet) ont abouti à des œillets dits bleus, la série Mooncarnation… mais les fleurs sont en fait de différentes teintes de violet et de pourpre. De nouvelles couleurs pour l’œillet, certes… mais ces œillets ne sont pas du tout bleus.

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Chrysanthème bleu? Au moins, il est plus près du bleu que la rose bleue ou l’œillet bleu! Photo: Naonobu Noda/NARO

Tout récemment (le 26 juillet 2017), on a annoncé la création du premier chrysanthème (Chrysanthemum × morifolium) bleu suite à l’ajout de gènes provenant d’une campanule (Campanula medium) et d’un pois bleu (Clitoria ternatea). Cette fois-ci, on dit que c’est un vrai bleu… mais je le trouve plutôt bleu-lavande (voir l’image ci-dessus). Les hybrideurs de cette nouvelle combinaison sont même surpris d’avoir atteint leur but si facilement. Ils pensaient devoir bloquer d’autres gênes pour réussir, mais le chrysanthème s’est montré plus collaborateur qu’ils pensaient.

Ces manipulations relèvent du génie génétique, mes amis. Autrement dit, ces plantes sont des OGM, un terme qui fait peur à beaucoup de gens. Pourtant, la rose et les oeillets bleus sont sur le marché de la fleur coupée depuis plusieurs années et personne ne semble s’en plaindre.

De vraies fleurs bleues

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Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’ est véritablement bleu. Photo: Russell E, Wikimedia Commons

Évidemment, il existe des fleurs vraiment bleues, et cela, depuis des millions d’années. Je ne pense pas que personne ne niera qu’une gloire du matin ‘Heavenly Blue’ (Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’) est bleue. D’ailleurs, ce cultivar n’a pas été développé en laboratoire ni n’a même été l’objet d’hybridation, mais est une sélection d’I. tricolor, une espèce à fleurs naturellement bleues. Il fut trouvé comme tel à l’état sauvage.

Mais alors, comment définir «bleu»?

En horticulture, il y a une longue tradition d’appeler bleue toute fleur le moindrement proche de bleu. Surtout, les fleurs bleu-violet — et nettement plus violettes que bleues! – sont universellement appelées «bleues» et c’est une couleur abondante dans le monde floral. C’est sans doute un cas de «prendre ses désirs pour des réalités».

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Les campanules (ici Campanula cochleariifolia), réputées pour leurs clochettes bleues, paraissent violettes à mes yeux. Photo: Jerzy Opiola, Wikimedia Commons

Aussi, la définition de bleu varie sûrement d’un individu à un autre. En faisant des recherches pour cet article, j’ai découvert que j’ai tendance à voir les bleus plus clairs (cyan, azure, bleu ciel, etc.) comme étant «véritablement bleus», alors je que déclassaient les teintes plus foncées (indigo, cobalt, etc.), les considérant violettes. Est-ce que je suis donc trop sévère?

Évidemment, on pourrait toujours prendre la définition scientifique du bleu comme repère — les longueurs d’onde lumineuse s’étendant de 450 à 500 nanomètres — mais qui a un appareil capable de mesurer à la portée de la main?

Fleurs vraiment bleues

Voici quelques fleurs qui, à mes yeux, sont véritablement bleues. C’est un choix subjectif, je l’admets, mais puisque c’est moi qui écrit l’article…

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Allium caeruleum. Photo: col&tasha, Flickr

  1. Allium caeruleum (allium azuré) — bulbe, zone 3
  2. Amsonia spp. (amsonie bleue) — vivace, zone 4 à 6, selon l’espèce
  3. Anagallis arvensis (mouron des champs) — annuelle

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    Borage officinalis est presque le même bleu que le ciel. Photo: Sten Porse

  4. Borago officinalis (bourrache) — herbe fine annuelle
  5. Brunnera macrophylla (brunnera ou myosotis du Caucase) — vivace, zone 3
  6. Centaurea cyanea (centaurée bleuet) — annuelle
  7. Cerastium plumbaginoides (plumbago rampant) — vivace, zone 6
  8. Clitoria ternatea (pois bleu) — grimpante tropicale
  9. Commelina communis (comméline commune) — mauvaise herbe annuelle

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    Corydalis flexuosa. Photo: jardinierparesseux.com

  10. Corydalis flexuosa (corydale bleue) — vivace, zone 6
  11. Cynoglossum amabile (cynoglosse) — annuelle
  12. Eryngium spp. (panicaut, érynge) — vivace, zone 4
  13. Evolvulus x Blue Daze’ (gloire du matin compact) — annuelle
  14. Hydrangea macrocarpa (hortensia, hydrangée  grandes feuilles, hydrangée bleue) en situation acide — arbuste, zone 6
  15. Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’ (gloire du matin ‘Heavenly Blue’) — annuelle grimpante
  16. Linum perenne (lin vivace) — vivace, zone 3
  17. Linum usitatissimum (lin cultivé) — annuelle

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    Meconopsis betonicifolia. Photo: Andrew Curtis, Wikimedia Commons

  18. Meconopsis betonicifolia (pavot bleu) — bisannuelle ou vivace de courte vie, zone 3
  19. Mertensia spp. (Mertensie) — vivace, zone 4
  20. Myosotis spp. (ne-m’oubliez-pas ou myosotis) — bisannuelle, zone 3
  21. Oxypetalum caeruleum (tweedia) — annuelle
  22. Plumbago auriculata (dentelaire du Cap) — grimpante tropicale ou plante d’intérieur

Fleurs parfois bleues

Les plantes suivantes viennent dans une bonne gamme de couleurs, plusieurs plutôt violettes, mais vous pouvez aussi trouver des fleurs vraiment bleues dans ce groupe.

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Delphinium ‘Blue Fouintains’. Il y a des variétés bleues dans ce mélange, mais aussi des violets et des blancs. Photo: J.W. Jung Seed Co.

  1. Delphinium spp. (pied d’alouette, delphinium) — annuelle ou vivace, zone 2
  2. Gentiana spp. (gentiane) — vivace, zone 2 à 6, selon l’espèce
  3. Eustoma grandiflorum (lisianthus) — annuelle
  4. Hyacinthus orientalis (jacinthe) — bulbe, zone 4
  5. Iris x germanica (iris barbu, iris des jardins) — vivace, zone 3
  6. Lobelia erinus (lobélie érine) — annuelle
  7. Lupinus spp. (lupin) — annuelle ou vivace, zone 3
  8. Muscari spp. (muscari ou jacinthe à grappes) — bulbe, zone 3
  9. Salvia guaranitica (sauge guarani) — annuelle en région froide
  10. Salvia patens (sauge gentiane) — annuelle en région froide
  11. Viola x wittrockiana (pensée) — bisannuelle ou vivace de courte vie, zone 4

Fleurs bleues pas vraiment bleues

Enfin, voici quelques plantes qui sont souvent dites «bleues», mais je trouve trop violet pour appartenir à cette catégorie.

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Agérate ‘Blue Hawaii’: plutôt violet, de mon point de vue. Photo: Swallowtail Garden Seeds

  1. Aconitum spp. (aconit) — vivace, zone 3
  2. Agapanthus spp. (agapanthe, lis du Nil) — plante d’intérieur ou vivace, zone 7
  3. Ageratum houstonianum (agérate) — annuelle
  4. Anchusa spp. (buglosse) — bisannuelle ou vivace, zone 3
  5. Aquilegia coerulea (ancolie bleue) — vivace, zone 3
  6. Browallia spp. (browallia) — annuelle
  7. Campanula spp. (campanule) — bisannuelle ou vivace, zone 3
  8. Echinops spp. (chardon bleu, boule azurée) — vivace, zone 3
  9. Geranium spp. (géranium) — vivace, zones 2 à 9, selon l’espèce
  10. Hyacinthoides non-scripta (jacinthe des bois) — bulbe, zone 4
  11. Iris sibirica (iris de Sibérie) — vivace, zone 3
  12. Iris versicolor (iris versicolore) — vivace, zone 2
  13. Lobelia siphilitica (lobélie bleue) — vivace, zone 3
  14. Scilla siberica (scille de Sibérie) — bulbe, zone 320170829A
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Moins de travail, plus de fleurs!

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Autrefois, les annuelles ne refleurissaient que si on supprimait leurs fleurs fanées.

Les annuelles sont populaires depuis le milieu du XIXe siècle, soit l’époque où les jardiniers découvrirent que ces plantes avaient la capacité de fleurir tout l’été… s’ils supprimaient régulièrement les fleurs fanées. S’ils laissaient les annuelles de l’époque «monter en graine» (produire des semences), leur floraison prenait fin rapidement, mais s’ils les éliminaient, elles fleurissaient jusqu’en septembre. C’est que, quand une plante sauvage commence à produire des semences, cela stimule la production d’une hormone qui dit à la plante d’arrêter de fleurir pour consacrer son énergie à la production de semences, mais si on supprime les fleurs auparavant, les hormones qui stimulent la floraison continuent de circuler. C’est pourquoi des générations de jardiniers ont pris l’habitude de supprimer les fleurs fanées de leurs annuelles, assurant ainsi une floraison pendant tout l’été.

Mais les annuelles modernes ne sont pas les mêmes qu’en 1850. D’abord, il s’en est rajouté beaucoup de nouvelles dont la floraison est naturellement continue (le bégonia des jardins, Begonia semperflorens, par exemple). Mais surtout, la génétique des annuelles a été modifiée au cours des années. À force de récolter toujours les graines des plantes les plus florifères, et ce, à chaque génération, les semenciers ont fini par développer des lignées qui refleurissent, qu’on supprime leurs fleurs ou pas. Ainsi la majorité des annuelles modernes – zinnias, cosmos, pélargoniums, etc. – fleurissent abondamment tout l’été et on n’a pas besoin de supprimer leurs fleurs vieillissantes.

Toujours du progrès

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La pensée ‘Matrix’ est résistante à la chaleur et peut fleurir tout l’été.

Et ça va en s’améliorant: à chaque année, il y a des progrès. Par exemple, avez-vous essayé des lignées modernes de pensée (Viola x wittrockiana), comme les séries Panola, Matrix, Dynamite et Universal Plus? Les lignées plus anciennes arrêtaient de fleurir quand il faisait chaud pour reprendre à l’automne, avec le retour du temps plus frais; les lignées modernes continuent de fleurir, jusqu’aux gels, sans ralentir le moindrement.

Il y a seulement quelques années, aussi, je conseillais toujours aux jardiniers de rabattre leurs lobulaires, aussi appelées alysses odorantes, (Lobularia maritima) et aussi leurs lobélies érines (Lobelia erinus), de moitié au milieu de l’été, au moment où leur floraison faiblissait, ce qui les stimulaient à repousser et à recommencer à fleurir pour le reste de l’été. Mais depuis 2009, je ne donne plus le même conseil.

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Lobulaire ‘Blushing Princess’ fleurira d’avril à décembre sans la moindre taille.

C’est l’année où les premières lobulaires hybrides (Lobularia x hybrida), sont arrivés sur le marché. Ces plantes (je connais les séries Knight, Princess et Stream) fleurissent fidèlement tout l’été et d’ailleurs presque jusqu’à Noël, et ce, sans la moindre taille. C’est que ces nouveaux lobulaires sont stériles et comme elles ne produisent pas de graines, ne reçoivent pas l’habituel signal hormonal qui leur dit d’arrêter de fleurir pour consacrer leur énergie à la production de semences. Ainsi elles fleurissent jusqu’à ce que le gel les tue.

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Lobélie érine hybirde ‘Techno Heat Electric Blue’

À environ la même période, on a introduit aussi des lobélies érines hybrides, stériles aussi, notamment les séries ‘Lucia’, ‘Laguna’, ‘Techno Heat’ et ‘Waterfall’. Et encore, comme elles non plus ne reçoivent pas de signal hormonal d’arrêter de fleurir, elles s’épanouissent vraiment tout l’été.

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À quand un pavot somnifère (Papaver somnifera) qui fleurira tout l’été?

Il reste quand même quelques exceptions à la règle que les annuelles modernes fleurissent tout l’été même sans taille. Les pavots annuels, comme le coquelicot (Papaver rhoeas) et le pavot somnifère (P. somniferum), ne fleurissent qu’une seule fois, au début de l’été, qu’on supprime leurs fleurs ou pas. Aussi la dauphinelle (Consolida spp.). Mais ce sont des exceptions à la règle. De nos jours, on peut dire que la vaste majorité des annuelles de jardin fleurissent tout l’été, même sans suppression des fleurs fanées.

Convaincre les jardiniers forcenés

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Les jardiniers forcenées tiennent à supprimer les fleurs fanées, même quand ça ne leur donne rien.

Évidemment, je n’arriverai jamais à convaincre les jardiniers travaillants d’arrêter de supprimer les fleurs fanées de leurs annuelles: ils sont tellement convaincus qu’il faut travailler 10 heures par jour 7 jours par semaine pour qu’un jardin soit beau qu’ils ne me croiront pas.

Mais si jamais un petit gène de jardinier paresseux coule dans vos veines, faites-en l’expérience cet été pour voir. Assoyez-vous et regardez vos annuelles pousser et fleurir, vous levant seulement pour les arroser en période de sècheresse. La plupart fleuriront tout l’été sans le moindre effort de votre part, je vous le jure!