Ces chenilles qui font du camping

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Le nombre de chenilles présentes peut être remarquable! Source: J.R. Carmichael, Wikimedia Commons

Il y a une quantité incroyable de chenilles sur votre terrain? Elles sont noires avec des marques bleues (ou rouges), une striure longitudinale blanche et des rangées de poils brun roux? Et surtout, tous les soirs, elles se retirent dans un abri de soie, une «tente» en langage commun? Il s’agit de chenilles à tente, l’un des prédateurs les plus courants — et les plus visibles — de nos arbres.

Il existe plusieurs espèces de chenilles à tente en Amérique du Nord, dont la livrée des forêts (Malacosoma disstria), la plus courante, la chenille à tente estivale (Hyphantria cunea) et la tordeuse du cerisier (Archips cerasivorana). La plus connue en Europe est la livrée des arbres (Malacosoma neustria). Toutes peuvent faire beaucoup de dégâts, défoliant ou presque leur arbre hôte (habituellement, mais pas toujours, un fruitier). De plus, elles se dispersent sur d’autres arbres et arbustes des environs, retournant toutefois dans leur tente chaque soir.

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La nuit, les chenilles se retirent dans leur «tente», un nid tissé protecteur. Source: Esc861, Wikimedia Commons

Il y a des années où les nids de chenilles à tente sont plutôt parsemés: on ne voit qu’une tente çà et là. Alors, les dégâts sont moindres. D’autres années, par contre, la plupart des arbres hôtes dans le secteur sont infestés et alors la défoliation peut être considérable. Pour plusieurs espèces, ces années d’épidémie ont lieu tous les 10 ans environ.

Leur cycle de vie

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Cocon de chenille à tente. Source: D.-Monkman

Les petites chenilles éclosent au printemps, au réveil des feuilles. On voit rarement les dégâts au début, car ils sont relativement mineurs tant que les chenilles sont petites, mais vers la fin de leur période d’activité (d’environ 7 à 8 semaines), quand les chenilles sont à leurs plus gros, la défoliation peut être majeure. Après, les chenilles quittent leur arbre et cherchent un endroit protégé au sol, dans un tas de bois ou sur une structure et s’y fabriquent un cocon de soie blanche ou jaune. Le papillon femelle émerge environ 2 semaines plus tard, vole jusqu’à un arbre propice, pond discrètement ses œufs sur une branche et meurt presque aussitôt. C’est de ces œufs qu’émergera la prochaine génération au printemps suivant.

Intervenir ou pas?

Dans un milieu naturel, il n’y a normalement pas lieu d’intervenir. D’abord, un arbre en santé peut supporter d’être défolié de temps en temps et d’ailleurs se recouvrira de feuilles neuves en seulement quelques semaines. Aussi, l’infestation est généralement sporadique: les chenilles ne reviennent pas d’année en année, ainsi l’arbre peut récupérer. De plus, il faut penser que les chenilles à tente ont un rôle à jouer dans la nature. Notamment, plusieurs animaux s’en nourrissent, dont plus de 60 espèces d’oiseaux, incluant, en Amérique, les orioles, les geais, les mésanges et les juncos. Donc, la consigne est alors de laisser dame Nature faire son œuvre.

Dans votre cour, par contre, quand elles s’installent dans un arbre ornemental, il peut être nécessaire de les contrôler… et c’est si facile à faire!

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Attendez en soirée pour couper le nid: les chenilles y seront. Source: www.planetnatural.com

Leur habitude de se réunir le soir dans un nid tissé entre les branches est aussi leur point faible! À la nuit tombée, il s’agit de couper les rameaux sur lesquels le nid est installé et de mettre la tente dans un sac de plastique scellé que vous mettrez par la suite aux vidanges.

Un tronc collant

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Si on applique une barrière collante autour du tronc, les chenilles ne pourront plus descendre au sol pour envahir les autres arbres du terrain. Source: www.tanglefoot.com

Si un nid de chenilles à tente est hors de portée, badigeonnez du Tanglefoot, une colle qui ne sèche pas, tout autour du tronc dans une bande 15 cm de largeur. Au moins, cela empêchera les parasites d’aller vers d’autres arbres quand ils en auront fini avec le premier. Si vous préférez ne pas salir votre tronc avec de la colle, vous pouvez l’entourer d’une bande de plastique serrée et appliquer la colle sur la bande.

Du BTK à la rescousse

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Btk. Source: www.naturalinsectcontrol.com

Une autre possibilité est de pulvériser l’arbre avec du BTK (Bacillus thuringiensis kurstaki), un insecticide biologique. Les chenilles qui en mangent les spores deviennent malades, arrêtent de manger et en meurent environ une semaine plus tard.


La chenille à tente : elle fait des dégâts souvent spectaculaires, certes, mais, finalement, elle n’est pas si nuisible. À vous de décider si vous devez agir.20180620A J.R. Carmichael, WC

Chenille à tente estivale : moins nuisible qu’elle n’en a l’air

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Nid de chenilles à tente estivales dans un pommetier. Photo: G. Barriault

La chenille à tente estivale (Hyphantria cunea) est le stade larvaire d’un papillon de nuit blanc plutôt discret. Sa petite taille dément le dommage qu’elle fait ou, devrais-je dire, qu’elles font, car elles sont très grégaires et vivent en colonie : souvent d’énormes tentes de soie remplies de feuilles minées jusqu’à ne laisser que les nervures, de fientes abondantes et de 200 à 300 chenilles.

Malgré son nom, la chenille à tente estivale (Hyphantria cunea) est souvent plus automnale qu’estivale dans les régions septentrionales, car elle apparaît à la fin d’août ou en septembre. D’ailleurs, en anglais, on l’appelle « fall webworm » (tisseuse d’automne). Contrairement à la livrée de forêts (Malacosoma spp.), plus courante, qui apparaît au début de l’été et qui mange les feuilles à l’extérieur de sa tente, la chenille à tente estivale recouvre de sa tente de soie une ou deux branches, généralement à partir de leur extrémité, et consomme les feuilles à l’intérieur de sa tente. À mesure que les chenilles grandissent, la tente s’agrandit aussi. La tente sert également d’abri aux nombreuses chenilles de la colonie, les protégeant contre les intempéries et les prédateurs, comme les oiseaux (plus de 40 espèces se nourrissent de la chenille à tente estivale), et même contre les pesticides.

La chenille à tente estivale n’est pas non plus la même espèce que la chenille processionnaire (Thaumetopoea pityocampa), une autre chenille à tente trouvée uniquement dans l’Ancien Monde et qui a la caractéristique de se promener à la queue leu leu d’un arbre à l’autre.

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Chenille à tente estivale. Photo: Melissa McMasters, Flickr

La chenille à tente estivale est de couleur très variable, avec une tête noire à rougeâtre et un corps jaune clair à vert et des touffes de poils gris à blanc qui émergent de deux rangées de tubercules noirs le long du dos. À vous de décider si vous la trouvez jolie ou laide : les avis sont nettement partagés !

Distribution

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La chenille à tante estivale est maintenant distribuée un peu partout dans l’hémisphère nord. Illustration: entnemdept.ufl.edu

À l’origine, cet insecte était strictement limité à l’Amérique du Nord. Cependant, la chenille à tente estivale a été accidentellement importée dans l’Ancien Monde et elle est maintenant largement répandue dans toute l’Europe et progresse rapidement en Asie aussi. On la trouve autant dans les climats chauds que tempérés, partout où il y a des arbres à feuilles caduques (elle ne s’attaque pas aux conifères).

Cycle de vie

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Femelle pondant des œufs sous une feuille.. Photo: UF School of Forest Resources & Conservation

À l’automne, les larves quittent leur nid pour hiverner sous forme de pupe dans les fissures d’écorce, dans la litière forestière et sous le sol. Les adultes volants émergent en été et la femelle pond bientôt met des masses de centaines d’œufs poilus sous une feuille du nouvel arbre hôte, près de l’extrémité d’une branche. Ils éclosent environ une semaine plus tard et les jeunes chenilles, encore minuscules, commencent aussitôt à se bâtir une nouvelle tente en soie pour se protéger des prédateurs et des éléments. Les dommages se manifestent généralement vers la mi-août, en augmentant nettement en septembre. Dans des climats plus doux, cependant, le cycle commence plus tôt et il peut y avoir une deuxième génération.

Faut-il traiter ou non ?

En fait, vous n’avez pas nécessairement à traiter les chenilles à tente estivales. Comme elles commencent leur cycle tard dans la saison, lorsque l’arbre hôte (presque n’importe quel arbre à feuilles caduques semble convenir, bien qu’elles semblent préférer les pommetiers dans les cours urbains) a déjà emmagasiné le gros de ses réserves pour la saison suivante, même les branches complètement défoliées ont tendance à revenir en parfait état au printemps suivant. Pourquoi alors traiter quelque chose qui ne fait aucun mal ?

C’est toutefois vrai que si l’infestation revient année après année, cela peut affaiblir l’arbre, mais c’est rarement le cas.

En outre, les chenilles à tente estivales sont une source importante de nourriture pour plus de 40 espèces d’oiseaux et des dizaines d’insectes prédateurs aussi. Si vous les laissez tranquilles, vous contribuez en fait à nourrir la faune locale.

Traitements possibles

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Arbre sévèrement défolié par des chenilles à tente estivales. Par contre, cet arbre sera probablement en parfait état au printemps suivant. Photo: entnemdept.ufl.edu

Cela dit, les nids ont une apparence disgracieuse, d’autant plus quand il y a plusieurs tentes dans le même arbre, comme cela arrive souvent. Vous pouvez donc vous sentir obligé à réagir. Voici alors quelques suggestions sur ce que vous pouvez faire.

Le traitement traditionnel consiste à couper et à détruire la branche sur laquelle la tente se trouve. Cela fonctionne parfaitement… lorsque vous pouvez atteindre le nid de manière sécuritaire, mais il peut être hors de portée, haut dans l’arbre. Aussi, ce genre d’élagage inégal peut nuire sérieusement à la symétrie de l’arbre.

Si vous décidez d’éliminer les branches infestées, vous pouvez détruire les chenilles en enterrant le nid ou le plongeant dans de l’eau savonneuse. Ou scellez-le tout simplement dans un sac de plastique et mettez-le aux ordures. Traditionnellement, on nous disait de brûler le nid, mais pourquoi polluer l’air quand cela n’est pas nécessaire ?

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Un jet d’eau puissant détruira le nid et la plupart des chenilles. Photo: http://www.northeasttreeinc.com

À mon avis, une meilleure façon de les éliminer consiste plutôt à détruire le nid avec un jet d’eau à haute pression. Cela éliminera la plupart des chenilles ainsi que leur abri. Pour supprimer les chenilles restantes, pulvérisez des feuilles dans les environs avec du Btk (Bacillus thuringiensis kurstaki), un insecticide biologique. Quand elles auront mangé les feuilles, le Btk les rendra malades et elles cesseront bientôt de se nourrir pour finir par mourir.

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Le Btk est mortel aux chenilles, mais ne dérangent pas les autres insectes.

D’accord, vous pouvez également utiliser d’autres pesticides couramment offerts commercialement, comme le pyrèthre, mais le Btk a l’avantage de supprimer uniquement les chenilles et de ne pas nuire aux insectes bénéfiques ni en fait à toute autre forme de vie. En outre, les chenilles traitées avec le Btk peuvent encore être consommées par les oiseaux et les insectes bénéfiques : l’ingestion de chenilles atteintes de Btk ne les rendra pas malades à leur tour, alors que cela peut être le cas si les larves ont été traitées avec d’autres insecticides.

Lorsque les chenilles arrivent près de la maturité et commencent à quitter leur nid pour se promener en trop grand nombre sur votre terrain, ce qu’elles font juste avant de commencer leur pupaison, vous pouvez tout simplement les écraser, les pulvériser avec un insecticide doux comme le savon insecticide ou le neem (deux autres insecticides qui ne nuisent pas aux oiseaux), les récolter manuellement pour les déposer dans de l’eau savonneuse… ou apprendre à les tolérer.

Beaucoup de gens sont prêts à payer de bons montants pour qu’un arboriculteur vienne traiter leurs arbres ou supprimer les nids, mais je trouve cela un peu exagéré, compte tenu des dommages limités causés à l’arbre. Cependant, lorsque le même arbre a plusieurs nids et se fait bouffer tout son feuillage, ce qui peut arriver, il est difficile de résister à l’idée qu’il faut absolument traiter.

Et la prévention ?

Parfois, on recommande de vaporiser les troncs d’arbres de son terrain avec de l’huile au stade dormant (huile horticole) au début du printemps pour tuer les pupes qui y hivernent, mais il est peu probable que cela arrête une infestation en devenir. D’abord, seulement une partie des pupes hiverne sur le tronc, mais de plus, les papillons femelles se déplacent, souvent sur de grandes distances, donc éliminer les pupes sur votre terrain n’aura pas nécessairement le moindre effet.

Seront-elles de retour l’an prochain ?

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Nid de chenilles à tente estivales. Photo: Michigan Department of Natural Resrources

La population des chenilles à tente estivales varie énormément d’année en année et de région en région. Une saison de forte infestation n’est pas toujours garante d’une infestation majeure l’année suivante, tout comme on peut n’avoir jamais eu de problème avec cet insecte dans le passé pour vivre subitement une attaque multiple. Pour l’instant, du moins, il n’y semble pas avoir de façon de prédire quand les nids de chenilles à tente estivales seront abondants ou presque absents au cours d’une année donnée.


La chenille à tente estivale : elle cause des dommages si visibles que vous vous sentez souvent obligés de la traiter, mais comme les arbres atteints souffrent rarement de ses infestations, c’est à vous de décider se une telle intervention est nécessaire ou non.20170915A G. Barriault

Ces chenilles qui font du camping

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20150612AIl y a plein de chenilles sur votre terrain? Elles sont noires avec des marques bleues (ou rouges), une striure longitudinale blanche et des rangées de poils roux? Et surtout, à tous les soirs, elles se retirent dans un abri de soie, une «tente» en langage commun? Il s’agit de chenilles à tente, l’un des prédateurs les plus courants – et les plus visibles – de nos arbres. 20150612B

Il existe plusieurs espèces de chenilles à tente, dont la livrée des forêts (Malacosoma disstria), la plus courante, la chenille à tentes estivale (Hyphantria cunea) et la tordeuse du cerisier (Archips cerasivorana). Toutes peuvent faire beaucoup de dégâts, défoliant ou presque leur arbre hôte (habituellement, mais toujours, un fruitier). De plus, elles se dispersent sur d’autres végétaux des environs, retournant toutefois dans leur tente chaque soir.

Il y a des années où les nids de chenilles à tente sont plutôt parsemées: on ne voit qu’une tente çà et là. Alors, les dégâts sont moindres. D’autres années, par contre, la plupart des arbres hôtes dans le secteur sont infestés et alors la défoliation peut être considérable.

Dans un milieu naturel, il n’y a normalement pas lieu d’intervenir. D’abord, un arbre en santé peut supporter d’être défolié de temps en temps et d’ailleurs se recouvrira de feuilles neuves en seulement quelques semaines. Aussi, l’infestation est sporadique: les chenilles ne reviennent pas d’année en année. De plus, il faut penser que les chenilles à tente ont un rôle à jouer dans la nature. Notamment, plusieurs animaux s’en nourrissent, dont plus de 60 espèces d’oiseaux, incluant les orioles, les geais, les mésanges et les juncos. Donc, la consigne est alors de laisser dame Nature faire son travail.

Dans votre cour, par contre, quand elles s’installent dans un arbre ornemental ou fruitier, il peut avoir lieu de les contrôler… et c’est si facile à faire!

Leur habitude de se ramasser le soir dans un nid tissé entre les branches est aussi leur point faible! La nuit tombée, il s’agit coupez les rameaux sur lesquelles le nid est installé et de mettre la tente dans un sac de plastique scellé que vous mettrez par la suite aux vidanges.

Un tronc collant 20150612C

Si le nid de chenilles à tente est hors de portée, badigeonnez du Tanglefoot, une colle qui ne sèche pas, tout autour du tronc dans une bande 15 cm de largeur. Au moins cela empêchera les parasites d’aller vers d’autres arbres quand elles ont fini avec le premier. Si vous préférez ne pas salir votre tronc avec de la colle, on peut l’entourer d’une bande de plastique serrée et appliquer la colle sur la bande.

Du BTK à la rescousse

Une autre possibilité est de pulveriser l’arbre avec du BTK (Bacillus thuringiensis kuristaki), une bactérie bénéfique. Les chenilles qui mangent les spores deviennent malades et en meurent environ une semaine plus tard.