À la recherche de la fleur bleue

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20170829A.jpgLe bleu est parmi les plus rares des couleurs florales; seulement le noir est plus élusif. Et c’est probablement à cause de la complexité chimique impliquée dans sa production, car les abeilles, les papillons et les autres pollinisateurs distinguent très bien le bleu et visitent facilement les rares plantes qui produisent des fleurs bleues. Donc, l’évolution aurait pu mener à des fleurs bleues aussi facilement qu’aux les fleurs roses, blanches et jaunes si courantes.

Curieusement, la couleur bleue chez les plantes vient d’un pigment qui donne normalement les teintes rouge et violettes: l’anthocyanine (du grec pour bleu foncé). Pour simplifier un phénomène beaucoup plus complexe et qui implique diverses molécules et certains ions métalliques, c’est essentiellement dans des conditions alcalines que la couleur bleue des anthocyanes ressort… et la plupart des fleurs ont une sève acide. Chez les fleurs, le bleu n’est pas une couleur indépendante, c’est plutôt un genre de co-pigmentation.

C’est pour cette raison que beaucoup de plantes riches en anthocyanes ont des fleurs rouges ou violettes plutôt que bleues.

Fleurs bleues: appréciées, mais rares

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Phalaenopsis teints bleus. Photo: Tangopaso, Wikimedia Commons

Les fleurs bleues sont fort appréciées en fleuristerie, tellement d’ailleurs qu’il est courant de teindre bleu les fleurs blanches afin d’en mousser la vente. On injecte même des teintures dans les plantes vivantes pour donner une coloration bleue à leurs fleurs. C’est le cas des orchidées bleues qu’on voit si souvent sur le marché depuis quelques années: ce sont des phalaenopsis teints. À leur prochaine floraison, les fleurs seront blanches.

Partout à travers le monde, il y a des scientifiques qui travaillent à introduire des gènes de la couleur bleue dans certaines fleurs populaires — roses, œillets, chrysanthèmes, etc. — avec, en général, un succès mitigé.

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La rose bleue ‘Applause’ est plus lavande que bleue. Photo: Blue Rose Man, Wikimedia Commons

Les efforts pour créer une rose (Rosa) bleue en y transférant de gènes d’autres plantes ont abouti à un rosier aux fleurs dites bleues, ‘Applause’… mais à mes yeux, les fleurs sont en fait lavande foncé, ce qui est quand même une nouvelle couleur pour une rose.

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Les œillets bleus Mooncarnation: plus pourpres que bleus. Photo: Pagemoral, Wikimedia Commons

C’est la même chose pour les œillets (Dianthus caryophyllus): des modifications génétiques (ajouts de certains gènes venant de plantes à fleurs bleues combinées avec la suppression de gènes chez l’œillet) ont abouti à des œillets dits bleus, la série Mooncarnation… mais les fleurs sont en fait de différentes teintes de violet et de pourpre. De nouvelles couleurs pour l’œillet, certes… mais ces œillets ne sont pas du tout bleus.

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Chrysanthème bleu? Au moins, il est plus près du bleu que la rose bleue ou l’œillet bleu! Photo: Naonobu Noda/NARO

Tout récemment (le 26 juillet 2017), on a annoncé la création du premier chrysanthème (Chrysanthemum × morifolium) bleu suite à l’ajout de gènes provenant d’une campanule (Campanula medium) et d’un pois bleu (Clitoria ternatea). Cette fois-ci, on dit que c’est un vrai bleu… mais je le trouve plutôt bleu-lavande (voir l’image ci-dessus). Les hybrideurs de cette nouvelle combinaison sont même surpris d’avoir atteint leur but si facilement. Ils pensaient devoir bloquer d’autres gênes pour réussir, mais le chrysanthème s’est montré plus collaborateur qu’ils pensaient.

Ces manipulations relèvent du génie génétique, mes amis. Autrement dit, ces plantes sont des OGM, un terme qui fait peur à beaucoup de gens. Pourtant, la rose et les oeillets bleus sont sur le marché de la fleur coupée depuis plusieurs années et personne ne semble s’en plaindre.

De vraies fleurs bleues

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Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’ est véritablement bleu. Photo: Russell E, Wikimedia Commons

Évidemment, il existe des fleurs vraiment bleues, et cela, depuis des millions d’années. Je ne pense pas que personne ne niera qu’une gloire du matin ‘Heavenly Blue’ (Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’) est bleue. D’ailleurs, ce cultivar n’a pas été développé en laboratoire ni n’a même été l’objet d’hybridation, mais est une sélection d’I. tricolor, une espèce à fleurs naturellement bleues. Il fut trouvé comme tel à l’état sauvage.

Mais alors, comment définir «bleu»?

En horticulture, il y a une longue tradition d’appeler bleue toute fleur le moindrement proche de bleu. Surtout, les fleurs bleu-violet — et nettement plus violettes que bleues! – sont universellement appelées «bleues» et c’est une couleur abondante dans le monde floral. C’est sans doute un cas de «prendre ses désirs pour des réalités».

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Les campanules (ici Campanula cochleariifolia), réputées pour leurs clochettes bleues, paraissent violettes à mes yeux. Photo: Jerzy Opiola, Wikimedia Commons

Aussi, la définition de bleu varie sûrement d’un individu à un autre. En faisant des recherches pour cet article, j’ai découvert que j’ai tendance à voir les bleus plus clairs (cyan, azure, bleu ciel, etc.) comme étant «véritablement bleus», alors je que déclassaient les teintes plus foncées (indigo, cobalt, etc.), les considérant violettes. Est-ce que je suis donc trop sévère?

Évidemment, on pourrait toujours prendre la définition scientifique du bleu comme repère — les longueurs d’onde lumineuse s’étendant de 450 à 500 nanomètres — mais qui a un appareil capable de mesurer à la portée de la main?

Fleurs vraiment bleues

Voici quelques fleurs qui, à mes yeux, sont véritablement bleues. C’est un choix subjectif, je l’admets, mais puisque c’est moi qui écrit l’article…

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Allium caeruleum. Photo: col&tasha, Flickr

  1. Allium caeruleum (allium azuré) — bulbe, zone 3
  2. Amsonia spp. (amsonie bleue) — vivace, zone 4 à 6, selon l’espèce
  3. Anagallis arvensis (mouron des champs) — annuelle

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    Borage officinalis est presque le même bleu que le ciel. Photo: Sten Porse

  4. Borago officinalis (bourrache) — herbe fine annuelle
  5. Brunnera macrophylla (brunnera ou myosotis du Caucase) — vivace, zone 3
  6. Centaurea cyanea (centaurée bleuet) — annuelle
  7. Cerastium plumbaginoides (plumbago rampant) — vivace, zone 6
  8. Clitoria ternatea (pois bleu) — grimpante tropicale
  9. Commelina communis (comméline commune) — mauvaise herbe annuelle

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    Corydalis flexuosa. Photo: jardinierparesseux.com

  10. Corydalis flexuosa (corydale bleue) — vivace, zone 6
  11. Cynoglossum amabile (cynoglosse) — annuelle
  12. Eryngium spp. (panicaut, érynge) — vivace, zone 4
  13. Evolvulus x Blue Daze’ (gloire du matin compact) — annuelle
  14. Hydrangea macrocarpa (hortensia, hydrangée  grandes feuilles, hydrangée bleue) en situation acide — arbuste, zone 6
  15. Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’ (gloire du matin ‘Heavenly Blue’) — annuelle grimpante
  16. Linum perenne (lin vivace) — vivace, zone 3
  17. Linum usitatissimum (lin cultivé) — annuelle

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    Meconopsis betonicifolia. Photo: Andrew Curtis, Wikimedia Commons

  18. Meconopsis betonicifolia (pavot bleu) — bisannuelle ou vivace de courte vie, zone 3
  19. Mertensia spp. (Mertensie) — vivace, zone 4
  20. Myosotis spp. (ne-m’oubliez-pas ou myosotis) — bisannuelle, zone 3
  21. Oxypetalum caeruleum (tweedia) — annuelle
  22. Plumbago auriculata (dentelaire du Cap) — grimpante tropicale ou plante d’intérieur

Fleurs parfois bleues

Les plantes suivantes viennent dans une bonne gamme de couleurs, plusieurs plutôt violettes, mais vous pouvez aussi trouver des fleurs vraiment bleues dans ce groupe.

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Delphinium ‘Blue Fouintains’. Il y a des variétés bleues dans ce mélange, mais aussi des violets et des blancs. Photo: J.W. Jung Seed Co.

  1. Delphinium spp. (pied d’alouette, delphinium) — annuelle ou vivace, zone 2
  2. Gentiana spp. (gentiane) — vivace, zone 2 à 6, selon l’espèce
  3. Eustoma grandiflorum (lisianthus) — annuelle
  4. Hyacinthus orientalis (jacinthe) — bulbe, zone 4
  5. Iris x germanica (iris barbu, iris des jardins) — vivace, zone 3
  6. Lobelia erinus (lobélie érine) — annuelle
  7. Lupinus spp. (lupin) — annuelle ou vivace, zone 3
  8. Muscari spp. (muscari ou jacinthe à grappes) — bulbe, zone 3
  9. Salvia guaranitica (sauge guarani) — annuelle en région froide
  10. Salvia patens (sauge gentiane) — annuelle en région froide
  11. Viola x wittrockiana (pensée) — bisannuelle ou vivace de courte vie, zone 4

Fleurs bleues pas vraiment bleues

Enfin, voici quelques plantes qui sont souvent dites «bleues», mais je trouve trop violet pour appartenir à cette catégorie.

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Agérate ‘Blue Hawaii’: plutôt violet, de mon point de vue. Photo: Swallowtail Garden Seeds

  1. Aconitum spp. (aconit) — vivace, zone 3
  2. Agapanthus spp. (agapanthe, lis du Nil) — plante d’intérieur ou vivace, zone 7
  3. Ageratum houstonianum (agérate) — annuelle
  4. Anchusa spp. (buglosse) — bisannuelle ou vivace, zone 3
  5. Aquilegia coerulea (ancolie bleue) — vivace, zone 3
  6. Browallia spp. (browallia) — annuelle
  7. Campanula spp. (campanule) — bisannuelle ou vivace, zone 3
  8. Echinops spp. (chardon bleu, boule azurée) — vivace, zone 3
  9. Geranium spp. (géranium) — vivace, zones 2 à 9, selon l’espèce
  10. Hyacinthoides non-scripta (jacinthe des bois) — bulbe, zone 4
  11. Iris sibirica (iris de Sibérie) — vivace, zone 3
  12. Iris versicolor (iris versicolore) — vivace, zone 2
  13. Lobelia siphilitica (lobélie bleue) — vivace, zone 3
  14. Scilla siberica (scille de Sibérie) — bulbe, zone 320170829A
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Cultivez l’hydrangée bleue sous un climat froid

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Les haies d’hydrangées à grandes feuilles à perte de vue de la Bretagne!

Quand vous visitez une région aux climat tempéré relativement doux, comme la Bretagne, la Virginie ou la région de Vancouver, soit environ les zones de rusticité 7 à 9, vous verrez de superbes hydrangées de 2 à 2,5 m de hauteur et de largeur, couverte de centaines d’inflorescences globulaires bleu violet. C’est assez pour faire rêver de tout jardinier! «Et si je pouvais obtenir un tel effet chez moi!»

Mais vous ne pouvez pas, pas sous le climat plus froid de l’Est du Canada à tout le moins. L’hydrangée bleue (plus correctement appelée hydrangée à grandes feuilles) est mal adaptée à notre climat. Tout au plus peut-on s’attendre à une plante qui fleurit inégalement – même pas à tous les ans – et qui atteint rarement plus que 60 cm.

Pourquoi ? Blâmez le climat local. Même si certains pépiniéristes osent coller des étiquettes zone 5 ou même zone 4 sur des hydrangées à grandes fleurs (il y a des fantaisistes dans tous les domaines!), c’est une plante de zone de rusticité 7, à la rigueur 6b. Si on la cultive plus au nord, elle peut survivre (comme beaucoup d’arbustes, elle a la capacité de régénérer de sa base quand la partie supérieure meurt gelée), mais elle ne donnera jamais son plein potentiel.

Portrait d’une plante capricieuse

La plante dont nous discutons s’appelle Hydrangea macrophylla. Ses noms communs sont nombreux: hydrangée bleue, hortensia, hydrangée à grandes feuilles, hortensia à grandes fleurs, hydrangée des fleuristes, hortensia des fleuristes, quatre-saisons, etc. En France, on utilise beaucoup le nom hortensia (un ancien nom botanique), mais au Québec on semble préférer hydrangée. D’ailleurs, hydrangée à grandes feuilles est le nom le plus approprié, étant près de son nom botanique, et c’est le terme que j’utiliserai ici.

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L’hydrangée à grandes fleurs est une plante de sous-bois.

L’hydrangée à grandes fleurs est originaire de l’Asie, notamment du Japon, où elle pousse dans le sous-bois au pied de grands arbres, bien à l’abri du vent. En culture, on la vend souvent comme potée fleurie à la fête des Mères ou à Pâques et elle peut survivre quelque temps en appartement, mais pour refleurir, il lui faut un hiver très frais. Ainsi, elle ne fait pas vraiment une bonne plante d’intérieur.

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La floraison des formes sauvages consiste en une auréole de fleurons stériles entourant une corymbe de fleurons fertiles.

Cette hydrangée produit de grosses feuilles ovales et pointues à marge dentée. Elles sont de couleur vert foncé luisant et d’environ 20 cm x 15 cm. Chez l’espèce, de grosses corymbes aplaties se forment à l’extrémité des tiges, composées de petits fleurons fertiles entourés d’une auréole de gros fleurons stériles à 4 très larges pétales. Les fleurs stériles, très voyantes, servent à attirer les insectes pollinisateurs vers les petites fleurs fertiles au centre. Les variétés aux inflorescences globulaires, qui sont de loin les plus populaires en culture, sont des mutations composées presque uniquement de fleurs stériles.

En Europe, en Colombie-Britannique et aux États-Unis jusqu’à dans la région de Boston, cette plante se voit partout dans les jardins, à tel point que les habitants la considèrent quasiment banale. Pour nous, les jardiniers nordiques, qui la voyons si rarement, c’est au contraire une plante originale et exotique, donc des plus désirables. D’autant plus que les fleurs sont réellement bleues, une couleur si rare dans nos jardins.

Pour bien fleurir, il lui faut un climat frais l’été et froid l’hiver, mais sans période prolongée de gel. Elle peut pousser au plein soleil dans les régions aux étés frais ou brumeux, mais réussit mieux à la mi-ombre ailleurs, voire à l’ombre, car le sol et l’air y restent plus humides. Avec ses grandes feuilles, l’hydrangée perd énormément d’eau à l’évaporation quand on la cultive dans un milieu sec et exigera alors des arrosages fréquents. Vous n’en trouverez pas beaucoup dans les régions aux climats secs, comme dans le sud de la Californie.

Au Canada, mieux vaut le cultiver à la mi-ombre, dans un sol riche et profond et dans un endroit peu venteux, bien à l’abri des vents hivernaux. L’hydrangée à grandes feuilles aime un sol riche en humus, toujours un peu humide. Ainsi, ajoutez beaucoup de compost au sol à la plantation. L’utilisation d’un paillis est fortement recommandée aussi, surtout un paillis qui enrichira naturellement le sol en se décomposant, comme des feuilles d’automne déchiquetées, le bois raméal, etc.

On peut fertiliser à l’aide d’un engrais biologique tout usage à dégagement lent, surtout dans les sols naturellement pauvres, comme un sol sablonneux. Attention aux engrais riches en azote (où le premier chiffre est plus élevé), comme certains engrais à gazon: ils tendent à stimuler la croissance du feuillage au détriment des fleurs.

Pour obtenir des fleurs bleues

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La coloration indécise de cette hydrangée indique un sol plutôt neutre. L’application d’un produit acidifiant donnerait des fleurs plus bleues.

Chez l’espèce et la plupart des cultivars, les fleurs seront bleues dans les sols acides et roses dans les sols alcalins. C’est la présence d’aluminium assimilable dans le sol qui fait la différence. Dans un sol acide, soit à un pH de 5,5 ou moins, l’aluminium est facile à absorber et alors les fleurs seront bleues. Dans un sol alcalin, soit environ 6,5 et plus, l’aluminium se trouve habituellement bloqué dans le sol et la plante privée d’aluminium fleurira rose. Quand le sol est neutre (5,6 à 6,4), la plante tend à fleurir pourpre ou encore, il y a un mélange de fleurs bleues, pourpres et roses sur la même plante.

Les jardineries vendent énormément de sulfate d’aluminium pour faire bleuir les hydrangées à grandes feuilles. Tristement, ce produit est toxique et finira par tuer l’hydrangée si vous l’appliquez à répétition. D’ailleurs, il y a rarement besoin d’ajouter de l’aluminium au sol: il est abondant dans la plupart des régions. Des traitements avec un produit qui acidifie le sol sans augmenter le taux d’aluminium, comme l’application de soufre ou même juste l’utilisaient d’un paillis de tourbe («peat moss», un produit naturellement acide) donneront d’aussi bons résultats, coûteront moins cher et ne tueront pas la plante.

Rares sont les gens qui semblent vouloir faire rosir leurs hydrangées, mais si oui, appliquez au sol un produit alcalinisant, comme la chaux. Il est toutefois plus difficile d’obtenir une couleur rose pur qu’un beau bleu.

Notez aussi qu’il existe des hydrangées à grandes fleurs à fleurons blancs. Leur floraison n’est pas très influencée par l’acidité/alcalinité du sol, mais peut bleuir ou rosir un peu vers la fin de la saison, selon le pH du sol.

Ma suggestion: assurez d’abord la survie de votre hydrangée en lui offrant de bonnes conditions. Seulement après, quand vous aurez maîtrisé sa culture, devriez-vous vous occuper d’obtenir la couleur que vous préférez.

La taille

Un mot rapide pour expliquer que le genre Hydrangea contient des plantes aux besoins très différents en ce qui concerne la taille.

La plupart des hydrangées fleurissent sur le bois de l’année, donc sur les nouvelles pousses du printemps. On peut tailler ces hydrangées sévèrement, à l’automne ou au printemps, sans réduire leur floraison. C’est le cas, notamment, de la très populaire hydrangée arborescente ‘Annabelle’ (H. arborescens ‘Annabelle’), qui produit de grosse boules de fleurs blanches au milieu de l’été, et de l’hydrangée paniculée (H. paniculata), aux inflorescences plus allongées qui passent de blanc à rose et qui fleurit plus tardivement.

L’hydrangée à grandes fleurs appartient à un autre groupe complètement: elle fleurit sur le bois de l’année précédente, c’est-à-dire, sur le vieux bois. Si vous taillez la plante sévèrement à l’automne ou au printemps, éliminant toutes les branches, elle ne fleurira pas, car vous aurez supprimé les boutons de fleurs de l’année à venir.

Attention à ce que vous lisez sur l’Internet quant à la taille de cette hydrangée! Sous les climats doux, on peut se permettre de la tailler plus sévèrement, après la floraison, pour contrôler sa croissance débordante. Les renseignements à cet effet ne s’applique pas aux hydrangées cultivées dans les régions froides !

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À la fin du printemps, coupez le bois mort seulement.

En climat froid, soit les zones 3, 4, 5 et même 6, mieux vaut ne pas tailler du tout dans le bois vivant, et surtout à l’automne! Attendez plutôt à la fin du printemps. Car, sous notre climat, presque toutes les branches gèlent, au moins en partie. Si elles gèlent jusqu’au sol, la plante repoussera de la souche, mais ne fleurir pas de l’année. Par contre, si même une courte section de branche est toujours en vie au printemps, elle arrivera généralement à fleurir.

Donc, la taille est très simple: coupez le bois mort (facile à reconnaître, car il ne portera pas de bourgeons verts!) et faites-le vers la fin du printemps, après la reprise de la croissance.

Pourquoi les variétés remontantes ne refleurissent pas ?

Certains cultivars, comme ‘Endless Summer’ et ‘All Summer Beauty’, sont censés fleurir à la fois sur le vieux bois, au début de l’été, mais aussi sur le bois nouveau, plus tard au cours de l’été, assurant une floraison continuelle pendant toute la belle saison. On les dit «remontant», un terme horticole qui veut essentiellement dire «qui refleurit».

Force est cependant de constater que cela ne fonctionne pas toujours dans les régions froides. Logiquement, on pourrait s’imaginer que, même si toutes les tiges ont gelées l’hiver et donc que la première floraison est ratée, ces variétés devraient avoir la capacité de fleurir vers la fin de l’été. Mais cela arrive rarement.

Je n’ai jamais vu d’explication pour ce phénomène (si quelqu’un connaît la cause, je suis tout ouïe!), mais j’ai ma propre théorie. Je soupçonne que cette deuxième floraison survient non pas à partir des nouvelles pousses qui surgissent du sol au printemps, mais plutôt à partir de celles qui ont survécu à l’hiver. Donc, pendant que ses branches portent une première floraison, de nouveaux boutons commenceraient à se former à leur base, prêts à prendre la relève. Ainsi, pour obtenir une deuxième floraison, comme la première, il faudrait aussi que des branches aient survécu au froid. Autrement dit, la remontance aussi surviendrait à partir du vieux bois.

Tout dépend du climat, bien sûr, mais dans les zones 3, 4 et 5, ces cultivars remontants ne donnent pas nécessairement plus de fleurs que les hydrangées à grandes feuilles classiques.

Protection hivernale

Curieusement, les hydrangées à grandes feuilles fleurissent souvent mieux dans la région de Québec et plus à l’est, soit en zone 4b, que dans la grande région de Montréal, en zone 5b, pourtant plus chaude. Pourquoi?

À Québec, la neige tombe tôt, en abondance et disparaît tard, parfois très tard. En ce faisant, elle protège les branches des gels profonds, car la neige est un excellent isolant. À Montréal, où la neige n’est souvent que sporadique, les hydrangées, insuffisamment protégées ou découvertes trop tôt, tendent à geler et alors, bye-bye floraison.

Dans toutes les régions froides, par contre, il est toujours sage de bien protéger l’hydrangée à grandes fleurs. Pas avec un cône à rosier ou des géotextiles, car la température sous ces abris commence à monter trop vite au printemps, stimulant l’hydrangée à produire de nouvelles pousses… qui sont inévitablement tuées par un gel tardif. Il faut une protection qui ralentit la croissance printanière, qui, en fait, prolonge l’hiver. Et pour cela, rien ne bat une bonne couche de feuilles mortes.

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Les feuilles mortes: la meilleure protection hivernale!

À l’automne, après les premiers gels, recouvrez votre hydrangée de 30 cm ou même 60 cm de feuilles mortes (vous pouvez entourer la plante d’une «cage» de grillage à poule pour mieux tenir les feuilles en place). Les feuilles, humides, tendent à rester froides, même quand le soleil printanier commence à y plomber.

Au printemps, laissez ce paillis de feuilles sur place bien après que la neige soit disparue, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de risque de gel, soit, jusqu’à la fin de mai (zone 5) ou la mi-juin (zones 3 et 4). Beaucoup plus longtemps que les protections pour rosiers, etc.! À Québec, par exemple, je calcule qu’il y a risque de gel jusqu’au 10 juin environ. Le paillis gardera le sol froid plus longtemps, retardant le départ de la végétation… et protégera vos futures fleurs.

Quand vous enlevez votre protection, soyez quand même prêt à recouvrir votre hydrangée (un gros pot placé à l’envers suffira) si jamais on annonce du gel.

Faites attention en enlevant les feuilles mortes: la plante sera déjà en train de croître sous les feuilles, avec des tiges ou bourgeons pâlots fragiles que vous ne voulez pas endommager. C’est à ce moment que vous pouvez tailler, supprimant les sections mortes environ 1 cm au-delà d’un bourgeon vivant.

Avec ce traitement, vous avez de bonnes chances de voir fleurir vos hydrangées à grandes feuilles à presque tous les ans.

Les bons cultivars

Il reste quand même que certains cultivars sont naturellement plus adaptés aux climats froids que les autres. Les variétés vendues à la fête des Mères ont été choisies pour être faciles à forcer, donc pour fleurir tôt, exactement ce que vous ne voulez pas. Ce ne sont pas de bons choix pour la culture en pleine terre en région froide.

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‘Penny Mac’ serait la meilleure hydrangée à grandes feuilles pour les climats froids.

Parmi les cultivars plus résistantes au froid ou plus lents à pousser au printemps, et donc désirables pour le jardinier nordique, il y a: ‘All Summer Beauty’, ‘Blushing Bride’, ‘Bouquet Rose’, ‘Early Sensation’, ‘Endless Summer’, ‘Let’s Dance Moonlight’, ‘Let’s Dance Starlight’,t ‘Let’s Dance Big Easy’, ‘Nikko Blue’, ‘Pink Beauty’, et ‘Twist-n-Shout’, plus les séries ‘Forever and Ever’ et ‘Cityline’. ‘Penny Mac’ serait la plus florifère en climat froid de toutes les hydrangées à grandes feuilles… et donc le meilleur choix pour notre climat.

Un livre à consulter 20150625F

Je recommande le livre Les hydrangées de Denis Bernard pour ceux qui veulent en savoir plus sur la culture de toutes les hydrangées, pas seulement les hydrangées à grandes fleurs. C’est le seul livre sur le sujet qui est conçu pour les jardiniers de climat froid. M. Bernard prend une attitude très optimiste quant aux zones de rusticité, mais autrement, les renseignements dans le livre sont fort utiles.

Être paresseux et zen

Et voilà! Je vous ai livré tous les secrets pour faire fleurir, presque à coup sûr, une hydrangée à grandes fleurs. Mais c’est beaucoup de travail… trop pour un jardinier paresseux.

Personnellement, je ne fais rien de spécial pour cultiver mes hydrangées à grandes feuilles autre que de les planter dans un emplacement approprié: mi-ombragé et où beaucoup de feuilles d’automne s’accumulent tout naturellement. Ainsi, mes résultats sont variables: de bonnes années sont souvent suivies de moins bonnes années.

C’est drôle, mais je pense alors que je chéris encore davantage les fleurs que j’obtiens juste du fait qu’elles sont si rares!