Les vivaces ne sont pas toujours éternelles

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La gaillarde: spectaculaire et florifère, mais de courte vie.

Si vous arrachez vos annuelles parce qu’elles ne fleurissent qu’une seule fois et que vous les remplacez par des vivaces parce qu’elles vivent éternellement, vous vous trompez. Les vivaces vivent plus longtemps que les annuelles (un an) et les bisannuelles (2 ans), c’est certain, mais pas toujours de beaucoup. Certaines vivaces ne vivent que 2 ou 3 ans, d’autres le double, d’autres encore un peu plus. Très peu seront encore là dans 40 ans! Si j’avais à estimer la longévité moyenne d’une vivace, j’aurais dit 7 à 8 ans. C’est beaucoup mieux qu’une annuelle, mais il faut quand même prêt à remplacer une vivace de temps à autre: pour la plupart, elles ne sont pas aussi d’une aussi grande longévité que les plantes ligneuses (arbres, arbustes et conifères).

Vivaces de courte vie

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L’ancolie (Aquilegia): jolie, mais de courte vie.

Il y a notamment un groupe de vivaces que les jardiniers appellent vivaces de courte vie. Ce ne sont pas exactement des bisannuelles, car ces dernières ne fleurissent qu’une seule fois, la deuxième année, puis meurent. Les vivaces à courte vie ont la capacité de fleurir plus d’une fois, mais souvent c’est surtout la première année et la deuxième. La troisième année est un point d’interrogation.

Le problème pour le jardinier est que, quand il n’a pas cette information et qu’une vivace disparaît après seulement 2 ou 3 ans, il se sent coupable et se demande ce qu’il a bien pu faire de mal. Pourtant, disparaître après 2 ou 3 ans est parfaitement normal pour ces plantes.

Quand on sait d’avance qu’une vivace est de courte vie, on peut prendre des précautions pour prolonger son existence. Par exemple, prendre des boutures, des divisions ou la multiplier par semences, et ce, à tous les deux ans. Ainsi, votre vivace de courte reviendra d’année en année.

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La mauve musquée (Malva moschata) ne vit pas longtemps, mais se maintient en se ressemant.

Aussi, plusieurs de ces vivaces de courte vie se rachètent, au moins un peu, en se ressemant spontanément. D’accord, elles ne repoussent pas exactement où vous les avez planifiées, mais si vous êtes ouvert au concept de la platebande à l’anglaise, où les plantes se mélangent assez librement, vous pouvez trouver ces beautés éphémères très intéressantes. Et quelle joie pour le jardinier paresseux: elles ne demandent aucun soin, apparaissant çà et là comme par magie!

Ces vivaces de courte vie ont quand même un avantage: en général, elles fleurissent abondamment dès la première année de plantation, ce qui n’est pas le cas de la plupart des vivaces longévives qui prennent d’habitude au moins 3 ans avant de donner leur meilleure floraison.

Quelques vivaces de courte vie

Voici une liste de vivaces qui, du moins sous les conditions québécoises, sont souvent de courte vie. Celles marquées d’un astérisque (*) tendent à se maintenir en se ressemant.

  1. Agastache (Agastache spp.) (certaines espèces*)
  2. Ancolie (Aquilegia spp.)*
  3. Bermudienne (Sisyrinchium angustifolium)*
  4. Chrysanthème des jardins (Chrysanthemum x morifolium) (certains cultivars modernes sont longévifs)
  5. Coquelourde des jardins (Lychnis coronaria)*
  6. Coréopsis à grandes fleurs (Coreopsis grandiflora)
  7. Croix de Jérusalem (Lychnis chalcedonica)*
  8. Delphinium ou pied d’alouette (Delphinium spp.)
  9. Échinacée (Echinacea spp. (variable: certains hybrides sont de courte vie)
  10. Fumeterre aux fleurs de lait (Corydalis ochroleuca, maintenant Pseudofumaria alba)*
  11. Gaillarde (Gaillardia x grandiflora)
  12. Heuchère (Heuchera spp.) (certains cultivars sont de courte vie)
  13. Impatiente du Cap (Impatiens capensis)*
  14. Julienne des dames (Hesperis matronalis)*
  15. Knautia (Knautia spp.)*
  16. Lin vivace (Linum perenne)*
  17. Lobélie cardinale (Lobelia cardinalis)
  18. Lupin (Lupinus x russellii)*
  19. Marguerite (Leucanthemum spp.) (le cultivar ‘Becky’ est une exception: il vit très longtemps)
  20. Mauve (Malva spp.)*
  21. Œillet (Dianthus spp.) (certaines espèces*)
  22. Pâquerette (Bellis perennis)*
  23. Pavot d’Islande (Papaver nudicaule) (de longue vie sous les climats froids)
  24. Pyrèthre rose (Tanacetum coccineum)
  25. Rose trémière (Alcea rosea)*
  26. Rubeckie trilobée (Rudbeckia trilobata)*
  27. Rudbeckie velue (Rudbeckia hirta)*
  28. Scabieuse (Scabiosa spp.)
  29. Tulipe hybride (Tulipa spp.)
  30. Verveine hastée (Verbena hastata)*
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2015, l’année de la gaillarde

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Gaillardia x grandiflora ‘Gallo Bicolour’

Le Nation Garden Bureau, une association nord-américaine à but non lucratif qui fait la promotion du jardinage, a annoncé que l’année 2015 est officiellement l’Année de la gaillarde. Regardons donc un peu cette plante populaire pour voir pourquoi elle s’est méritée une telle reconnaissance.

Il y a 23 espèces dans le genre Gaillardia, toutes originaires du Nouveau Monde, avec la plus grande concentration dans le Sud-ouest des États-Unis. La plupart des espèces sont des vivaces, mais il existe aussi des annuelles et des bisannuelles. En général, les gaillardes viennent de régions au climat plutôt sec.

Le genre Gaillardia a été nommé par le botaniste français Auguste Denis Fougeroux de Bondaroy à partir de spécimens envoyés de la Louisiane. Il nomma le genre pour le naturaliste français Antoine René Gaillard de Charentonneau. La première espèce décrite fut G. pulchella, une annuelle à petites fleurs bicolores rouges et jaunes.

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Gaillardia aristata

C’est lors de l’expédition de Lewis et Clark en 1806 que l’espèce vivace G. aristata, à grosses fleurs jaunes avec à peine un de rouge à la base des rayons, fut récoltée en Montana. C’est l’espèce la plus largement distribuée dans la nature, trouvée un partout dans les Prairies canadiennes et le Midwest américain et jusqu’à dans les Rocheuses.

C’est en 1857 qu’une pollinisation croisée fortuite eut lieu entre l’espèce annuelle, G. puchella, et l’espèce vivace, G. aristata, dans un jardin belge où les deux étaient cultivées. L’espèce hybride résultant du croisement, G. x grandiflora, produisait de grosses fleurs bicolores sur des tiges solides et s’est montrée parfaitement adaptée aux conditions de jardin. C’est surtout cette « gaillarde à grandes fleurs » qui décore nos jardins aujourd’hui, bien que la gaillarde annuelle (G. pulchella) connaît une certaine popularité, notamment dans les mélanges de fleurs sauvages.

Les gaillardes sont réputées pour leur floraison abondante et durable. La plupart commencent à fleurir au mois de juin et sont encore en fleurs en septembre et même plus tard.

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Gaillardia x grandiflora ‘Fanfare’, montrant des rayons tubulaires.

La « fleur » de la gaillarde est en fait une inflorescence composée. Le disque bombé au centre est couvert de petites fleurs fertiles. Il est entouré de fleurs stériles nettement plus longues et portées à l’horizontale appelées rayons qui passent pour des pétales. Les rayons sont habituellement aplatis, mais il existe des cultivars aux rayons enroulés en trompette aussi. Cette combinaison de disque bombé et d’une auréole de rayons donne une fleur en forme de marguerite conçue pour attirer les insectes pollinisateurs et notamment les papillons, qui aiment bien atterrir sur le «plateforme» créé par de larges rayons pour par la suite pouvoir siroter le nectar des nombreux fleurons du disque.

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Gaillardia x grandiflora ‘Sunrita Burgundy’

Habituellement les rayons sont jaunes à la pointe avec une base rouge ou orange, ce qui donne l’inflorescence bicolore typique du genre, mais il existe des cultivars aux fleurs entièrement jaunes, rouges ou orange, et même, depuis peu, des gaillardes aux fleurs dites roses (plutôt pêche ou saumon).

La forme originale de la gaillarde à grandes fleurs (G. x grandiflora) mesurait tout près d’un mètre de hauteur, mais la plupart des sélections horticoles modernes sont nettement plus basses et certaines ne dépassent pas 20 cm de hauteur. Les variétés de grande et de moyenne taille, surtout, font d’excellentes fleurs coupées.

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Gaillardia pulchella ‘Sundance Bicolor’: cette gaillarde annuelle s’est mérité un prix Sélections All-America en 2003.

La gaillarde annuelle la plus cultivée est G. pulchella et mesure de 45 à 90 cm de hauteur, selon la sélection. Si la forme sauvage avait des fleurs bicolores en forme de marguerite, en culture, on semble préférer les variétés doubles : elles produisent des pompons ronds de 5 cm aux fleurs jaunes, rouges ou jaunes et rouges.

Culture

Les gaillardes préfèrent un bon drainage et peuvent avoir de la difficulté à pousser dans un sol glaiseux, surtout s’il reste longtemps détrempé. Si cela ressemble à votre sol, mieux vaut créer une petite section surélevée en en couvrant la glaise d’au moins 15 cm de terre poreuse. La qualité-même du sol (acidité, richesse, etc.) n’a que peu d’importance. Par contre, il faut le plein soleil pour cette plante habituée au soleil intense des Prairies. Malgré son excellente tolérance de la sécheresse, vous aurez une floraison plus abondante si vous l’arrosez au besoin.

En général on sème les gaillardes annuelles en pleine terre à l’automne ou tôt au printemps, puis les graines germent quand la température du sol s’élève. Pour que les variétés vivaces fleurissent la première année, mieux vaut les semer à l’intérieur vers le 15 avril, sans couvrir les graines de terreau, car il leur faut de la lumière pour germer. On peut aussi, bien sûr, acheter des plants de gaillarde vivace en pépinière.

La gaillarde vivace n’est pas une vivace très longévive : on peut s’attendre à 2 ou 3 années de floraison mais rarement plus. Il est donc sage de la diviser aux deux ans, car la division remet les pendules à zéro. Les variétés vivaces sont très rustiques (zone 3 environ), mais, malgré tout, peuvent quand même mourir l’hiver sans au moins la protection d’une mince couche de neige.

Notez aussi, la floraison perpétuelle de la gaillarde vivace «la fatigue» et si on la laisse fleurir jusqu’au gel, il est possible qu’elle ne soit plus en vie au printemps. Certains jardiniers rapportent du succès en fauchant la plante à 15 cm du sol (on peut la faire avec la tondeuse) au début de septembre. On perd alors les derniers mois de la floraison, mais cette taille radicale tend à stimuler de jeunes repousses qui hivernent mieux que les vieilles tiges fatiguées.

La gaillarde est peu touchée par les maladies et les insectes. L’exception est la jaunisse de l’aster, une maladie transmise par une cicadelle et qui provoque une bizarre de floraison verdâtre. On ne peut la guérir: détruisez toute plante qui en est atteinte.

Vous trouverez un vaste choix de gaillardes tant dans les catalogues de semences qu’en pépinière. À vous de les découvrir!