La fascinante histoire du fraisier de jardin

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Fraisier de jardin (Fragaria × ananassa). Photo: gardenandhappy.com.

Nous cultivons les fraises dans nos jardins depuis si longtemps qu’il est difficile de croire que le fraisier est en réalité une des plantes domestiquées d’introduction la plus récente. C’est parce que le fraisier de jardin (Fragaria × ananassa) est une espèce hybride, un croisement entre deux fraisiers qui n’auraient jamais pu «se rencontrer» dans la nature sans l’aide de l’humain. Voici son histoire.

Depuis la nuit des temps

Fraisier des bois (Fragaria vesca). Photo: http://www.gardenersworld.com

Les humains consomment des fraises depuis la nuit des temps, depuis en fait qu’ils ont découvert les petits fruits* rouges à leur arrivée en Europe et en Asie. Les fraises étaient alors utilisées comme source de nourriture, bien sûr, mais encore plus comme plante médicinale. Le fraisier des bois (Fragaria vesca), une espèce répandue partout dans l’hémisphère Nord, aurait été le fraisier le mieux connu à cette époque et, au fur et à mesure du développement de l’agriculture, les gens ont lentement appris non seulement à récolter ses fruits dans la nature, mais aussi à le cultiver dans leurs jardins.

*Botaniquement parlant, la fraise est en fait un faux-fruit, soit plusieurs fruits réunis ensemble.

À l’époque romaine, le fraisier des bois était cultivé comme plante médicinale pour traiter les maladies dépressives, mais sa culture se perdit avec la chute de l’Empire romain. Au XIVe siècle, sa culture reprit en France. Charles V, roi de France de 1364 à 1380, fit cultiver 1 200 plants de fraises dans le jardin royal. La culture du fraisier des bois s’est ensuite répandue dans toute l’Europe, atteignant notamment l’Angleterre au milieu du XVIe siècle. À ce moment-là, il y avait déjà des sélections horticoles, y compris des fraisiers à fruits blancs et des fraisiers remontants.

Fraisier musqué (F. moschata). Photo: Dendrofil, Wikimedia Commons

Le fraisier musqué (F. moschata) est une autre espèce européenne. Il est connu pour ses petits fruits d’une saveur musquée unique, considérée comme supérieure à celle de la fraise des bois. Il est cultivé depuis le XVIe siècle. D’ailleurs, le premier cultivar de fraisier connu appartient à cette espèce: le chapiron, nommé en 1576.

Le mot «fraise» dérive du mot latin pour la plante, fraga, source aussi du nom botanique, Fragaria

Arrivée de nouvelles espèces

Des espèces nord-américaines à fruits plus gros sont arrivées peu à peu en Europe, provenant de différentes sources. L’explorateur Jacques Cartier, notamment, rapporta du Canada le fraisier de Virginie (F. virginiana) vers la fin du XVIe siècle. Avec ses fruits plus gros et plus juteux, il remplaça largement le fraisier des bois dans les jardins jusqu’au XVIIIe siècle.

Fraisier du Chili (F. chiloensis). Photo: Mono Andes, flickr

Puis, un nouveau fraisier, le fraisier du Chili (F. chiloensis), cultivé depuis des millénaires par les Indiens Mapuches et Huilliches du Chili, a été importé en France en 1714 par l’explorateur français Amédée-François Frézier (oui, sans farce: son nom se prononce «fraisier»!), impressionné par la taille de ses fruits. Cependant, les cinq plantes qu’il a rapportées n’ont pas réussi à produire de fruits. Il s’est avéré que cette espèce était dioïque: les fleurs mâles et femelles étaient produites sur des plantes séparées. Et il avait seulement importé des plantes femelles.

Le fraisier des bois (F. vesca) ne pouvait pas polliniser la nouvelle espèce: nous savons maintenant qu’il est diploïde (il a deux paires de chromosomes) et qu’il ne pouvait donc pas se croiser avec le fraisier du Chili, qui est octoploïde (avec huit paires de chromosomes). Cependant, certaines espèces nord-américaines étaient octoploïdes aussi et pouvaient assurer une bonne pollinisation, notamment le fraisier de Virginie. Ainsi, le fraisier du Chili a commencé à gagner les jardins, la Bretagne devenant le centre de production principal de la fraise du Chili, mais il fallait toujours une parcelle de fraisiers de Virginie à proximité pour assurer la fécondation.

Naissance du fraisier de jardin

Et le pollen du fraisier de Virginie déposé sur les fleurs du fraisier du Chili ne faisait pas que stimuler la production des fruits. Il donnait des graines fertiles et ces graines pouvaient alors donner… des plantes hybrides. 

Les premiers fraisiers hybrides sont apparus spontanément et se sont avérés être des plantes robustes avec une bonne production d’assez gros fruits. Vers 1740, le botaniste français Antoine Nicolas Duchesne travailla avec les nouveaux fraisiers hybrides, ses recherches étant parrainées par nul autre quel le roi Louis XV, qui était ravi des nouveaux fruits savoureux et de bonne taille.

Fraisier de jardin (Fragaria × ananassa). Photo: http://www.jparkers.co.uk

Cette nouveauté, notre fraisier de jardin, fut plus tard nommée Fragaria × ananassa. L’épithète ananassa fait référence au parfum du fruit, qui rappellerait celui de l’ananas.

Comme ses deux parents, le fraisier de jardin est octoploïde. Ses fleurs sont monoïques (les fleurs sont à la fois mâles et femelles) et autofertiles: il n’est donc pas nécessaire de planter une autre espèce à proximité pour assurer la fécondation. Il produit de gros fruits sucrés de couleur rouge vif. Il en existe maintenant des centaines de variétés, dont maintenant des variétés remontantes. C’est la fraise de table que nous connaissons tous et c’est la plante que nous cultivons dans nos jardins.

De nombreux autres croisements ont été faits et continuent de l’être, ainsi le développement du fraisier continue. D’autres espèces furent ajoutées au programme d’hybridation. Le résultat est que les fraises d’aujourd’hui sont beaucoup plus grosses que les premières et que les plantes résistent mieux aux insectes et aux maladies et tolèrent mieux les conditions variables. Ont-elles meilleur goût? Tout dépend de la personne qui parle!

Malgré ces améliorations, le fraisier de jardin demeure essentiellement le résultat d’un croisement accidentel entre deux espèces étrangères au XVIIIe siècle en France.

Qui l’eût cru?

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Semis à faire à l’intérieur au début de janvier

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20160101C.jpgOui, le Nouvel An vient à peine de commencer, mais pour le jardinier passionné, c’est déjà le début d’une nouvelle saison de jardinage. Après tout, les journées sont maintenant un peu plus longues et bientôt nos plantes vont commencer à réagir à ce changement. Et parmi les premières activités horticoles à accomplir au cours de l’année à venir est de faire des semis en vue de notre jardin estival.

Non, il n’est encore pas le temps de semer la plupart des plantes de jardin: tomates, poivrons, pétunias, etc. Il est d’ailleurs plus néfaste de semer une plante trop tôt qu’un petit peu en retard. Si vous suivez ce blogue, je vous dirai au cours des mois à venir quand semer toutes vos plantes préférées. Pour l’instant, je n’ai que deux à vous suggérer :

Le dracéna vedette de nos bacs

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Jeunes plants de Cordyline australis.

Le dracéna des jardins (Cordyline australis, syn. C. indivisa) est cette plante graminiforme qu’on utilise traditionnellement dans le centre de nos bacs d’annuelles. C’est une plante à croissance incroyablement lente: à germer et à pousser. C’est pourquoi il faut le semer très, très tôt, dès le début de janvier, si vous voulez qu’il ait le temps de prendre une certaine hauteur avant le début de la saison de jardinage. Aucun traitement spécial n’est nécessaire: il suffit de patienter, voilà tout!

Pour des fraises la première année

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Fraisier.

Si vous voulez semer des fraisiers (Fragaria x ananassa et F. x rosea) en vue d’une récolte ce printemps, il est temps de les semer aussi. (Vous pouvez aussi les semer en mars pour une première production la 2ième année.)

Semez les graines dans un pot de terreau humide, les pressant dans le terreau sans les couvrir. Maintenant scellez le pot dans un sac de plastique et placez-le au frigo. Après 1 mois au froid, sortez le contenant du réfrigérateur et exposez-le à la lumière et à la chaleur: environ 16 à 24˚C. La germination est lente et irrégulière et peut prendre jusqu’à un mois.

Quand les graines germent, il est sage de cultiver les jeunes plants sous une lampe fluorescente, du moins jusqu’en avril, car sur un rebord de fenêtre, les jours naturels sont encore courts et ne stimuleront pas leur croissance. Avec une lampe, vous pouvez offrir une journée de 14 à 16 heures et ainsi encourager les jeunes plants à prendre du galon.

ideesemis.pngPlacez les semis à environ 8 à 10 cm des lampes, surélevant la lampe à mesure que les plants grandissent. Repiquez-les dans des pots individuels quand la troisième vraie feuille apparaît. Enfin, acclimatez les plants aux conditions d’extérieur assez tôt dans la saison, probablement au début de mai, et repiquez-les en pleine terre quand le sol est encore frais. La floraison et les premiers fruits suivront rapidement.

Pour plus de renseignements sur la culture des semis, je vous suggère le livre Les idées du Jardinier paresseux: Semis de Larry Hodgson.