Des plantes aux noms qui font peur!

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Source: http://www.succesrama.com

C’est l’Halloween. Ce soir, de petits fantômes et de petits monstres sonneront à nos portes dans des costumes conçus pour nous effrayer. Les plantes aussi ont parfois des noms à vous glacer le sang. Voici une sélection de végétaux aux noms horrifiants qui semblent avoir été spécialement conçus pour l’Halloween.

Sanguinaire (Sanguinaria canadensis)

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Les belles fleurs blanches de la sanguinaire cachent une sève rouge sang. Source: jardinierparesseux.com

Commençons par la sanguinaire. Elle est courante dans les forêts feuillues un peu partout dans l’est de l’Amérique du Nord et fait une excellente fleur vivace pour les jardins de sous-bois. La fleur blanc immaculé de la petite plante n’a rien de sanguin, toutefois. C’est en tranchant le rhizome que vous verrez couler la sève rouge sang qui lui a valu son nom. La sanguinaire a autrefois servi en médecine traditionnelle pour traiter les maladies sanguines et les cancers, mais son extrême toxicité la met au ban de la médecine moderne.

Plante fantôme (Monotropa uniflora)

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L’absence de chlorophylle donne à la plante fantôme une couleur blanc spectral. Source : jardinierparesseux.com

La plante fantôme, ou monotrope uniflore, doit son nom funeste à sa coloration blanc spectral unique. C’est une vivace parasite des conifères qui passe le gros de sa vie sous le sol. Seule la tige florale arquée, portant des écailles et une seule fleur en clochette, le tout d’un blanc fantomatique, ressort du sol. Beaucoup de gens la prennent pour un champignon, mais c’est bien une plante à fleurs, appartenant d’ailleurs à la famille des rhododendrons (Éricacées). Une plante aux fleurs d’une telle pâleur, parasite de surcroît, paraît particulièrement lugubre. On la trouve dans les forêts de l’hémisphère Nord.

Monstera (Monstera deliciosa)

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Les grandes feuilles découpées du monstera. Source : jardinierparesseux.com

Cette populaire plante d’intérieur est plutôt un monstre gentil. Le nom vient de ses feuilles cordiformes de taille monstrueuse, soit jusqu’à 90 cm de diamètre, pleines de trous et de découpures. Pour rester dans le thème de l’Halloween, on pourrait dire qu’elles semblent avoir été taillées par Freddy Krueger. Curieusement, ses fruits sont toxiques quand ils sont immatures, mais quand ils sont mûrs, ils sont comestibles, avec un goût d’ananas, d’où son épithète deliciosa.

Orchidée dracula (Dracula vampira)

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Les fleurs noires de l’orchidée dracula lui ont valu son nom. Source : Eric Hunt, Wikimedia Commons

Cette orchidée équatorienne tient son nom de ses grosses fleurs presque noires à trois sépales qui peuvent faire penser à la cape du mythique comte Dracula ou peut-être, avec un peu d’imagination, à une chauve-souris à trois ailes. C’est une plante épiphyte (qui pousse sur d’autres plantes) qu’on voit parfois dans les expositions d’orchidées. Inutile de dire qu’avec un nom comme Dracula vampira, elle attire tous les regards!

Palmier zombie (Zombia antillarum)

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Les épines acérées du palmier zombie sont carrément épeurantes! Source : tropical.theferns

C’est son origine, ainsi que son apparence effrayante, qui a valu le nom de zombie à ce petit palmier, car il vient d’Haïti, le pays des zombies. Son tronc (en fait, plutôt les bases de feuilles qui le recouvrent) est tellement couvert d’épines acérées que personne n’osera l’approcher.

Griffe du diable (Proboscidea louisianica)

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Vous ne voudriez pas rencontrer une capsule de graines de la griffe du diable pieds nus! Source : Steven Laymon, Bureau of Land Management & John D. Byrd, Mississippi State University, Bugwood.org

La plante est une jolie annuelle aux fleurs en trompette roses, pas menaçante du tout. Mais la capsule de graines, qui suit la floraison, est longue et noire avec deux «cornes» arquées très pointues à l’extrémité, comme de longues griffes. Elles s’accrochent aux pattes des animaux qui passent, permettant aux graines d’être répandues. Et il paraît qu’une rencontre avec cette capsule piquante quand vous êtes pieds nus n’est pas agréable du tout!

Arbre de la mort (Hippomane mancinella)

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Le fruit de l’arbre de la mort peut ressembler à une pomme… mais ne le mangez pas! Source : jardinierparesseux.com

Cet arbre, aussi appelé manicellier, est fréquent sur les plages de l’Amérique tropicale. Il produit de petits fruits verts qui ressemblent à des pommes, mais qui sont tellement toxiques qu’ils peuvent tuer la personne qui en consomme, ce qui lui a mérité son surnom macabre. D’ailleurs, tout est toxique chez cette plante. Même s’abriter sous ses branches lors d’une pluie peut vous empoisonner.

Figuier étrangleur (Ficus spp.)

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Ce figuier étrangleur s’attaque à une statue de Bouddha à Ayutthaya, Thaïlande. Source : jardinierparesseux.com

Il ne s’agit pas d’une seule espèce, mais de nombreuses espèces différentes de Ficus qui partagent le même mode de vie macabre : les graines germent sur les branches d’un arbre d’une autre espèce, puis les racines de l’étrangleur entourent graduellement le tronc de son hôte. Avec le temps, il finit par étouffer (étrangler) l’autre arbre et prend alors sa place comme grand arbre dans la forêt. Très utilisé comme plante d’intérieur, le figuier pleureur (Ficus benjamina) est, dans la nature, un de ces figuiers étrangleurs. Alors, faites attention quand vous êtes à son pied!

Fleur chauve-souris (Tacca chantrieri)

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La fleur chauve-souris rappelle le mammifère volant par sa forme et sa couleur. Source : jardinierparesseux.com

Les grandes fleurs noires de cette plante d’intérieur sont assez terrifiantes pour provoquer des cauchemars. Elles peuvent mesurer jusqu’à 30 cm de diamètre et se composent de deux «ailes» noires et de longues et minces moustaches noires qui peuvent dépasser 60 cm de longueur. On la trouve parfois en jardinerie, mais sa demande d’une forte humidité en fait une plante difficile à réussir.

Fleur cadavre (Amorphophallus titanum)

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Quand la fleur cadavre est pleinement épanouie, vous la sentez de loin! Source : Leif Jørgensen, Wikimedia Commons

Cette plante, qui produit la plus grosse inflorescence au monde, mesurant jusqu’à 3 m de hauteur, pousse à partir d’un gros tubercule souterrain. Elle produit annuellement une seule énorme feuille découpée, parfaitement dressée sur un pétiole mesurant jusqu’à 6 m et qui rappelle un tronc, donnant à la plante entière l’allure d’un arbre. Chaque 10 ans environ, elle produit une inflorescence gigantesque qui dégage une intense odeur de chair en décomposition, d’où le nom de fleur cadavre. Vous aurez deviné qu’elle attire, comme pollinisateur, les mouches à charogne. La floraison ne dure que trois jours, mais attire souvent les foules dans les jardins botaniques qui cultivent cette plante : tout le monde veut voir — et sentir! — le monstre!


Si vous cherchez un peu, vous trouverez d’autres plantes aux noms aussi épeurants : plante-araignée, géranium sanguin, maïs ‘Bloody Butcher’, griffe de sorcière et bien d’autres. Il y en aura sûrement assez pour en faire un montage macabre pour souligner l’Halloween!

 

La phénoménale fructification du figuier: une merveille du monde végétal!

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Voici un figuier commun (Ficus carica) en fruits… mais où sont les fleurs? Source: blogs.ubc.ca

Le genre Ficus (figuier) comprend plus de 850 espèces dans la famille des Moracées et est trouvé sur tous les continents sauf l’Antarctique. Les figuiers sont généralement tropicaux, mais certaines rares espèces peuvent tolérer les climats tempérés modérés, notamment le figuier commun (Ficus carica), ce fruitier méditerranéen bien connu.

Extrêmement varié, le genre comprend de grands arbres de jusqu’à 40 m de hauteur, des arbustes, des plantes épiphytes, des grimpantes et les réputés «figuiers étrangleurs», soit des hémiépiphytes qui germent sur une branche de l’arbre-hôte pour finir par l’étrangler et prendre sa place. Et leurs fruits abondants sont à la base de l’alimentation de beaucoup d’animaux de la forêt tropicale. D’ailleurs, certains oiseaux et chauves-souris se nourrissent presque exclusivement de figues… et déposent les graines de figuier dans leurs excréments, assurant ainsi la prochaine génération de l’espèce.

Des fruits pas comme les autres

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Les petits fruits du figuier pleureur (Ficus benjamina). Source: Dinesh Valke, Wikimedia Commons

Les fruits de tous les figuiers s’appellent figues, que ce soit les fruits relativement gros du figuier commun (F. carica), que nous trouvons frais ou séchés au marché, ou les petits fruits des figuiers pleureurs (F. benjamina) de nos salons. Et ils sont tous réellement très originaux!

Le figuier, en effet, ne semble jamais fleurir. On ne voit qu’un petit fruit qui se forme, grossit et change de couleur pour indiquer sa maturité. Aucune fleur n’est visible. Des fruits sans fleurs? Comment cela est-il possible?

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Les fleurs se trouvent à l’intérieur de la jeune figue. Source: http://www.tropicalfloridagardens.com

En fait, oui, le figuier fleurit, mais les fleurs se trouvent à l’intérieur du petit «fruit» en formation. (Techniquement, ce n’est pas un fruit simple, mais un faux-fruit ou infrutescence appelé sycone… mais, par commodité, j’utiliserai le mot fruit dans ce texte.)

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Fruit du banyan (Ficus benghalensis). Notez les ostioles (trous pour permettre l’entrée de la guêpe femelle). Source:  Joe Mabel, fr.wikipedia.org

Vous remarquerez qu’il y a un minuscule trou à l’extrémité de chaque fruit. C’est par ce trou (appelé ostiole) que le pollinisateur accède au fruit. Quand le fruit est prêt à être fécondé, l’ostiole ouvre marginalement et le fruit émet un parfum attisant contenant des phéromones spécifiques pour attirer une guêpe femelle de la bonne espèce.

C’est un exemple de mutualisme extrême, car la plupart des figuiers ont leur propre espèce de guêpe, la seule qui peut les polliniser, et la guêpe vit exclusivement du fruit de ce figuier. C’est un grand risque évolutionnaire à prendre, car si le figuier devait disparaître, la guêpe le suivrait rapidement dans l’extinction et, si la guêpe devait s’éteindre, le figuier n’aurait plus de pollinisateur!

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Guêpe pollinisatrice de figues. Source: JMK, Wikimedia Commons

La minuscule guêpe pénètre par l’ostiole (trou)*, apportant le pollen d’un autre figuier de la même espèce. En se frayant un chemin, la femelle endommage ses antennes et arrache ses ailes. L’ostiole commence alors à fermer, question d’empêcher des prédateurs de prendre le même chemin, malgré que parfois plus d’une femelle réussisse à le traverser avant qu’il ne se bouche complètement. La femelle visite les fleurs minuscules — il peut y en avoir des dizaines, voire des centaines! — à l’intérieur du fruit, pondant ses œufs… et pollinisant les fleurs en même temps. Puis, elle meurt, son rôle accompli.

*Chez certaines espèces, la guêpe femelle ne pénètre pas le fruit, mais y insère ses œufs de l’extérieur au moyen d’un ovipositeur, toujours en passant par l’ostiole.

Les larves éclosent et consomment une partie des petites graines en formation… mais le figuier a prévu le coup. Il est prêt à sacrifier certaines graines pour permettre le développement des autres.

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Figue coupée en deux: on voit bien les graines, chacune entourée d’un petit fruit individuel. Notez aussi l’ostiole, toujours visible à l’extrémité inférieure du fruit. Source: Kyle-the-hacker, Wikimedia Commons

Chez la plupart des espèces, les guêpes mâles, sans ailes, fécondent les guêpes femelles à l’intérieur du fruit, puis meurent, n’ayant jamais vu la lumière du jour. La femelle, désormais enceinte, quitte le fruit, devant passer par les fleurs mâles en sortant et ramassant ainsi du pollen, puis vole jusqu’à une jeune figue. Elle la pénètre… et alors le cycle recommence.

Chez certaines espèces, le mâle quitte le fruit avant de féconder la femelle, en creusant un tunnel que la femelle utilisera par la suite pour sortir. Il féconde la femelle à l’extérieur du fruit, puis meurt, et la femelle part à la recherche d’une figue à polliniser.

Manger des insectes? Jamais!

Pour ceux qui sont dédaigneux, sachez que, quand vous mangez une figue, vous ne consommez pas les corps morts des guêpes qui y sont décédées. En mûrissant, la figue produit une enzyme qui digère les cadavres et utilise leurs minéraux pour le développement du fruit.

Fruits sans pollinisation?

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Le figuier ‘Brown Turkey’ est un cultivar parthénocarpique. De telles variétés sont populaires dans les climats frais où la guêpe pollinisatrice de la figue commune ne survit pas. Source:3fatpigs.co.uk

Chez le figuier comestible, le cycle est similaire… dans le cas des variétés fertiles, du moins. Mais beaucoup de cultivars sont parthénocarpiques, c’est-à-dire qu’ils sont capables de produire des fruits sans pollinisation. En contrepartie, leurs fruits ne contiennent pas alors de graines fertiles.

Des plantes parthénocarpiques apparaissent à l’occasion dans la nature, généralement par mutation. Comme ces plantes ne produisent pas de graines, ou encore, seulement des graines infertiles, elles n’arrivent généralement pas à se reproduire à l’état sauvage et sont alors vite éliminées par sélection naturelle.

Chez les plantes cultivées, par contre, la parthénocarpie est souvent considérée comme désirable et est maintenue précieusement par les humains au moyen de multiplication asexuée (bouturage, greffage, etc.). Pas de pépins à cracher chez la banane et l’orange Navel. Pas besoin d’avoir un arbre mâle à la portée pour polliniser les fleurs de l’arbre femelle chez le kaki. Et pas besoin d’avoir la bonne guêpe au bon endroit au bon moment dans le cas du figuier.

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Figue immature avec guêpes pollinisatrices (Blastophaga psenes). Source: www.naturamediterraneo.com

En effet, la guêpe qui pollinise le figuier commun (F. carica), Blastophaga psenes, n’est pas trouvée partout où les figuiers sont cultivés aujourd’hui. Le figuier et sa guêpe sont originaires du pourtour de la Méditerranée, mais s’il a été relativement facile d’acclimater le figuier ailleurs, la guêpe s’est montrée moins commode. Dans les régions plutôt froides, notamment, on arrive souvent à cultiver des figuiers (quitte à devoir les enterrer dans des tranchées l’hiver dans certains cas), mais la guêpe n’y survit pas. Mais peu importe, puisqu’il existe des variétés parthénocarpiques qui n’ont pas besoin de pollinisation!

Et ce n’est pas d’hier que l’humain cultive des figuiers parthénocarpiques. Dans le Moyen-Orient, la plante cultivée la plus ancienne connue des archéologues est un figuier parthénocarpique datant d’au moins 11 200 ans! C’est bien avant la domestication de la deuxième plante cultivée la plus ancienne dans le secteur : le blé!


Les figues : des fleurs insignifiantes, mais des fruits pleins de surprises!20180422A blogs.ubc.ca