Petites feuilles, petite ombre; grosses feuilles, grosse ombre

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20171230A Gleditsia triacanthos 'Sunburst' oregonstate.edu

Notez l’ombre très faible sous ces Gleditsia triacanthos interims ‘Sunburst’. Source: oregonstate.edu

Si vous voulez planter un arbre sur votre terrain, mais ne voulez pas abandonner une plate-bande ensoleillée ou une pelouse à cause de l’ombre que l’arbre créera, pensez au détail suivant: plus les feuilles d’un arbre sont petites ou fines, plus la lumière passera; plus elles sont grosses, moins le soleil pénétrera jusqu’au sol.

Ainsi, les arbres aux feuilles minuscules, comme les féviers (Gleditsia spp.) et les robiniers (Robinia spp.), et ceux à feuilles très découpées, comme l’aulne à feuilles laciniées (Alnus glutinosa ‘Imperialis’), certains érables du Japon (Acer palmatum dissectum) et le bouleau Filigree Lace (Betula pendula ‘Filigree Lace’ et autres bouleaux à feuilles découpées), laissent passer beaucoup de lumière et l’on peut considérer l’espace à leur pied comme étant à la mi-ombre, voire, si l’arbre est isolé, au plein soleil.

D’autres arbres ont des feuilles très grosses et créent beaucoup d’ombre, même dans leur jeunesse, et de plus l’ombre se densifie avec le temps. C’est notamment le cas de l’érable de Norvège (Acer platanoides), du chêne rouge (Quercus rubra) et du tilleul d’Amérique (Tilia americana). Il est difficile de cultiver une plate-bande ou du gazon à leur pied.

Et que dire des arbres qui ont un feuillage de taille moyenne? Habituellement, ils créent une ombre moyenne (i.e. la mi-ombre) dans leur jeunesse, mais en grandissant, leur ombre finit par être presque aussi dense que celle des arbres à grosses feuilles.

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Les villes veulent-elles mettent fin au feuillicyclage?

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20150809FParfois il y des informations qui circulent sur l’Internet qui peuvent avoir un effet environnemental réellement désastreux et c’est le cas de l’information donnée par beaucoup de villes, dont la mienne (ville de Québec), au sujet des feuilles atteintes de la maladie appelée tache goudronneuse de l’érable (Rhytisma acerina). Ces municipalités invitent les propriétaires à ne plus recycler les feuilles atteintes de cette maladie et, par le fait-même, de ne plus faire du feuillicyclage.

Voici ce qu’en dit la Ville de Québec :

Attention! Le feuillicyclage (tondre les feuilles et les laisser au sol) ne doit pas être pratiqué lorsque des feuilles sont atteintes de la tache goudronneuse, pour éviter la propagation du champignon. Ramassez-les et déposez-les dans des sacs en papier, orange ou transparents et les mettre en bordure de rue pour la collecte des résidus verts.

Un manque total de respect pour l’environnement

Quelle horreur ! Si les propriétaires suivent cet avertissement, cela leur enlève une importante occasion pour faire geste environnemental qui fait réellement une différence. Après tout, les feuilles mortes (appelées «l’or brun des jardiniers») sont exceptionnellement riches en matière organique et réduisent ou même éliminent le besoin de fertiliser nos jardins et platesbandes. Jeter un produit d’une si grande valeur est carrément absurde! Et il n’y a rien de très écologique à mettre des feuilles mortes dans un sac (polluant) pour les faire ramasser par un camion (polluant) qui les transportera à un incinérateur qui les brûlera (polluant) et pourtant, c’est ce que ma ville me suggère de faire. Une horreur, je vous le dis !

Car c’est vraiment la fin du feuillicyclage qu’on promovoit. J’imagine mal un pauvre propriétaire assis par terre à trier ses feuilles une par une, mettant des feuilles malades dans un tas, le tas qui sera jeté, et les feuilles saines dans l’autre, celui qui servira au feuillicyclage. Et on nous pousse à abandonner le feuillicyclage, si bénéfique pour l’environnement, pour quelle raison ? À cause d’une maladie «strictement esthétique» (la ville l’a dit elle-même!) qui paraît sur un arbre que les experts disent qu’on devrait bannir (voir L’érable de Norvège : un envahisseur à bannir)?

Rien à faire pour arrêter la tâche goudronneuse

juillet 31

Feuilles atteintes de tache goudronneuse.

Il faut comprendre un détail : la maladie en question – la tache goudronneuse de l’érable – est là pour rester. Il est trop tard pour l’arrêter. Essayer de réduire l’infestation en ramassant les feuilles atteintes est un geste totalement inutile: il suffit d’une seule feuille portant les spores de cette maladie ne soit ramassée – peut-être qu’elle est coincée dans une gouttière, cachée au pied d’arbuste, fixée dans un nid d’écureuil au sommet d’un arbre ou tout simplement posée sur un terrain vague (terrain appartenant souvent à la ville elle-même!) que personne ne nettoie – pour infecter plusieurs dizaines d’arbres.

Et on trouvera au moins une certaine quantité de feuilles atteintes de la tache goudronneuse sur essentiellement tous les terrains des villes et des banlieues où l’érable de Norvège (Acer platanoides) est cultivé. Même si vous n’avez pas de spécimen de cet arbre très couramment cultivé sur votre terrain, le vent emportera des feuilles malades d’ailleurs. J’en trouve plein sur mon terrain et pourtant l’érable de Norvège le plus proche est à 3 maisons d’ici!

Si vous voulez une preuve que le ramassage des feuilles ne donne rien, regardez les terrains où les gens sont réellement très assidus à ramasser toutes leurs feuilles mortes – des vrais maniaques de la propreté! – et vous verrez que leurs érables sont aussi malades que ceux de gens qui n’en ramassent aucune.

Un pied de nez aux municipalités

Donc, je vous recommande de faire un pied de nez aux municipalités malavisées et de continuer de faire du feuillicyclage, même en présence de feuilles malades, car cette action demeure de loin la façon la plus écologique pour gérer les feuilles mortes.

Dans le fond, il n’y a qu’une seule façon véritable pour enrayer la tache goudronneuse et c’est de réduire la population des érables de Norvège. Donc, éviter d’en planter chez vous et si vous avez un érable de Norvège vieillissant, songez sérieusement à le remplacer par une autre essence.

20150809CContinuez donc a faire du feuillicyclage: l’environnement vous en remerciera!

L’érable de Norvège: un envahisseur à bannir

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20150608AL’érable de Norvège (Acer platanoides), un arbre à bannir dans l’Est du Canada? L’idée paraît un peu farfelue. Après tout, c’est l’arbre ornemental le plus vendu dans le secteur! Pourtant, plusieurs écologistes préconisent son bannissement en Amérique du Nord et même l’élimination de tout arbre existant. D’ailleurs, bon nombre municipalités américaines ne permettent plus sa plantation. Et il est défendu d’en planter dans les états de Massachusetts et de New Hampshire aussi! Quand vous lirez la suite, vous comprendrez pourquoi. Qu’attendons-nous pour agir?

L’érable de Norvège est originaire de l’Europe centrale et orientale. Dans son continent d’origine, il compose un élément parmi d’autres des forêts matures et ne cause pas de problème environnemental. En Amérique du Nord, où il a été très largement planté comme arbre de rue à partir des années 1950 en remplacement de l’orme de l’Amérique (Ulmus americanus), foudroyé par une maladie, il est cependant devenu un fléau. Le problème est que l’érable de Norvège produit énormément de semences qui atterrissent et – surtout! – germent partout.

Si ce n’était que pour ce dernier point, cet érable ne serait pas plus envahissant que la plupart des autres plantes introduites d’autres pays. Mais là où il diffère est que, au lieu de se limiter aux zones perturbées, comme le font la majorité des plantes introduites qui sont envahissantes, il s’installe aussi dans les forêts vierges, grâce à sa capacité de germer à l’ombre profonde qui y règne. Là il pousse tranquillement au début, mais finit éventuellement par dominer la forêt, créant une ombre tellement dense que rien ne peut pousser à son pied. Il fait alors concurrence aux arbres indigènes et notamment à l’érable à sucre (A. saccharum), jusqu’alors l’arbre dominant dans les forêts du Sud-est du Canada et du Nord-est des États-Unis. Et c’est l’érable de Norvège qui gagne la bataille, haut la main, d’autant plus qu’il tolère mieux les effets du réchauffement de la planète et de la pollution de l’air et des sols que l’érable à sucre.

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Certains érables de Norvège (ici Acer platanoides ‘Schwedleri’) ont un feuillage pourpre foncé.

On n’a qu’à se promener dans les forêts urbaines et périurbaines pour découvrir que, dans bien des cas, la majorité les jeunes érables qui y poussent sont des érables de Norvège: quand des érables à sucre réussissent à germer, les petits plants sont vite étouffés par les jeunes érables de Norvège, plus nombreux, plus densément feuillus et de croissance plus rapide. Dans un inventaire fait au Parc de Mont-Royal (Montréal) en 2003, par exemple, on a retrouvé trois fois plus de jeunes érables de Norvège que d’érables à sucre. À cette vitesse, il serait déjà l’arbre dominant dans ce parc d’ici 30 ans… mais heureusement, les responsables du Parc ont lancé un programme pour essayer de limiter les dégâts, voire éventuellement éliminer l’érable de Norvège du parc.

La consigne

Donc, pour protéger nos forêts, la consigne des écologistes nord-américains est d’éviter de planter l’érable de Norvège. Et celui qui en aurait déjà sur son terrain devrait sérieusement songer à le remplacer par un arbre moins agressif.

Il serait bien si les pépinières de nos régions lançaient la balle en arrêtant la production et la vente d’érables de Norvège, mais, pour l’instant, elles ne se sont montrées nullement intéressées à collaborer: vendre des érables à Norvège est trop payant, il faut croire. Il faudrait sans doute une loi qui bannisse la vente de l’érable de Norvège, comme aux États-Unis, pour les forcer à arrêter, mais… disons que l’écologie est rarement une priorité pour les différents niveaux de gouvernement au Canada depuis quelques années!

Est-ce qu’une maladie peut sauver nos forêts !

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Tache goudronneuse sur un érable de Norvège. L’érable à sucre est rarement touché par cette maladie.

Heureusement (!), il y a maintenant un incitatif qui pourrait éventuellement pousser les consommateurs à éviter la plantation de l’érable de Norvège, même sans loi l’interdisant. Depuis 2000, cet arbre est infesté par un champignon, la tache goudronneuse de l’érable (Rhytisma acerinum), une maladie qui laisse de grosses taches noires sur son feuillage et diminue ainsi son effet ornemental. Aucun traitement efficace pour cette maladie n’est connu autre qu’enlever l’arbre atteint (voir Rien à faire pour la tache goudronneuse). À date, cette infestation n’a pas encore semblé affecter les habitudes des consommateurs, qui plantent toujours autant d’érables de Norvège, mais éventuellement on peut espérer qu’ils comprennent que l’érable de Norvège a perdu son principal attrait ornemental et cessent de le planter.

Comment distinguer entre l’érable à sucre et l’érable de Norvège