Laissez geler la ciboulette en pot

Par défaut
20170930A Captain-tucker.jpg

La ciboulette est très facile à cultiver… mais préfère un hiver en pleine terre. Photo: Captain-tucker, Wikimedia Commons

La ciboulette (Allium schoenoprasum) est peut-être la plus facile des fines herbes, du moins dans les régions tempérées. Elle est vivace, très rustique (zone 2) et de longue vie, revenant fidèlement de nombreuses années, pousse au soleil ou à l’ombre, tolère aussi bien les sols secs que les sols humides et réussit dans la glaise comme dans le sable. De plus, elle est très jolie, avec une floraison durable de presque un mois en juin/juillet qui en fait une excellente plante ornementale. Les feuilles sont comestibles… et les fleurs aussi.

En pleine terre, donc, sa culture ne pourrait pas être plus facile !

Moins heureuse à l’intérieur

20170930B tesco.com.jpg

Les potées de ciboulette qu’on nous vend à l’automne ont rarement été correctement préparées pour l’hiver. Photo: tesco.com

On nous vend souvent des potées de ciboulette à l’automne pour la culture l’hiver dans la maison, mais là, ça va moins bien. En effet, la ciboulette exige un hiver froid pour bien pousser. Sans cette période de froid, les feuilles qui poussent sont minces et sans tonus. Si vous tenez à la cultiver dans la maison l’hiver, donc, il faut au moins lui faire subir une bonne gelée avant de la rentrer. Elle réagira alors comme si l’hiver était terminé et commencera une nouvelle saison de croissance (et de production !) dès décembre.20170930B tesco.com

Publicités

Rentrer les fines herbes ou non?

Par défaut

20160909A.jpg

Fines herbes placées sur un rebord de fenêtre pour une séance de photos, mais dans quel état seront-elles dans quelques semaines?

Depuis au moins 38 ans, différents magazines et émissions télévisées nous font miroiter l’idée qu’on peut facilement cultiver les fines herbes dans la maison pendant l’hiver et ainsi avoir toujours des aromates frais à ajouter à nos mets. Je le sais, car je l’ai essayé moi-même il y a 38 ans, influencé par un magazine que j’avais parcouru dans la salle d’attente de mon dentiste.

Fasciné par le concept, j’ai installé toute une variété de fines herbes devant la grande fenêtre orientée plein sud de ma cuisine. Après un début plutôt encourageant en septembre, les plantes ont commencé, pour la plupart, à dépérir peu à peu: nouvelles pousses étiolées, feuilles mortes ou desséchées, araignées rouges (tétranyques) sur certaines plantes, aleurodes (mouches blanches) sur d’autres, etc. Fin janvier, la plupart étaient mortes et celles encore en vie étaient plutôt mal en point.

L’automne suivant, je me suis repris, cette fois sous une lampe fluorescente dans la cuisine installée expressément pour la culture des fines herbes. Les résultats étaient meilleurs pour certaines plantes, mais en général quand même mitigés.

Finalement, j’ai presque abandonné la culture des fines herbes à l’intérieur. À quelques exceptions près.

Je suis venu à la conclusion que la plupart des journalistes qui font la promotion de la culture des fines herbes à l’intérieur ne savent absolument pas de quoi ils parlent et ne font que répéter, comme des perroquets, des informations erronées que d’autres journalistes aussi mal informés ont déjà dit ou écrits.

Ainsi les mauvaises informations se transmettent de génération en génération.

Plantes malheureuses

20160909C.jpg

À peine 3 semaines après la rentrée, ces basilics sont déjà morts.

Le problème, c’est que peu de fines herbes tolèrent les conditions qu’on peut leur offrir dans nos maisons pendant l’hiver, surtout le faible éclairage disponible et l’air trop sec.

En effet, même devant une grande fenêtre orientée au sud, l’éclairage reçu par les plantes en décembre et en janvier dans nos demeures est l’équivalent d’un emplacement ombragé à l’extérieur en juin et en juillet, notamment parce que les journées sont très courtes et souvent grises. Les lampes fluorescentes aident, bien sûr (réglez la minuterie de 16 à 18 heures par jour pour assurer un maximum de lumière), mais donnent un éclairage tout au plus moyen, de quoi garder les plantes en vie, mais pas vraiment en croissance active.

Aussi, le taux d’humidité de l’air dans la plupart des demeures approche davantage celui du Sahara que celui que les fines herbes aiment, soit au moins 50%.

Or, les plantes affaiblies par un manque de lumière et un air trop sec, en plus de s’étioler, deviennent sujettes aux maladies et aux insectes, notamment aux aleurodes (mouches blanches) et aux tétranyques (araignées) et finissent par dépérir.

Mais il ne faut pas abandonner tout espoir: il y a certaines fines herbes qui réussissent bien dans la maison. En voici un résumé:

Les plus faciles

20160909D.JPG

Si vous pouvez trouver un laurier-sauce sans cochenilles, c’est une plante qui s’adapte très bien aux conditions dans nos demeures.

Laurier-sauce (Laurus nobilis) : cette plante aux feuilles coriaces est la plus facile des fines herbes pour la maison. On peut la placer au soleil, à la mi-ombre ou sous une lampe fluorescente. Sa croissance est très lente (mais elle poussera quand même) et elle semble indifférente à la température tant qu’il n’y a pas de gel. À force de rentrer le laurier-sauce tous les automnes et de le sortir au soleil tous les étés, il deviendra graduellement un arbuste assez robuste, voire un petit arbre.

Attention toutefois aux cochenilles à carapace (kermès)! La présence de cochenilles sur les lauriers-sauce semble presque universelle au Québec ces temps-ci et les plantes en vente en pépinière en semblent généralement déjà infestées. Lisez Encore un laurier infesté pour plus de détails.

20160909F.jpg

Persil

Persil (Petroselinum crispum): si vous l’empotez et le placez dans un endroit bien éclairé, il poussera lentement mais sûrement tout l’hiver. Surveillez les tétranyques (araignées rouges): elles l’aiment bien. Au printemps, il commencera à fleurir et deviendra amer et inutilisable. Jetez-le alors au compost.

20160909E.jpg

Stevia

Stevia (Stevia rebaudiana): cette herbe ultrasucrée est une des rares fines herbes qui est d’origine tropicale (la plupart proviennent de climats où l’hiver est frais sinon froid) et, de ce fait, tolère très bien les températures chaudes que nous maintenons dans nos demeures. Si la plante s’étiole un peu, taillez-la tout simplement. Ne la laissez pas sécher, tout simplement.

Dans la même veine, d’autres plantes aromatiques d’origine tropicale peuvent bien pousser dans nos demeures, comme les divers géraniums à senteur (Pelargonium spp.) et le rau răm ou coriandre vietnamienne (Persicaria odorata), etc. La citronnelle (Cymbopogon spp.) aussi, mais seulement si vous pouvez lui offrir une très forte intensité lumineuse.

Les «pensez-y bien»

Voici quelques fines herbes qui réussiront dans la maison si vous rencontrez leurs besoins spéciaux.

20160909G.jpg

Ciboulette

Ciboulette (Allium schoenoprasum), mélisse (Melissa officinalis) et estragon français (Artemisia dracunculus sativa): trois plantes de climat froid qui risquent de dépérir peu à peu à la température de la pièce… à moins de leur faire subir un court hiver. Empotez-les en septembre ou octobre et laissez-les en plein air jusqu’à ce qu’elles aient subi deux ou trois bonnes gelées, soit généralement vers la fin de novembre ou au début de décembre au Québec, vers Noël ou plus tard en Europe. En les rentrant à la chaleur, les plantes se penseront rendues au printemps et recommenceront à pousser.

Origan (Origanum vulgare), sauge (Salvia officinalis) et thym (Thymus vulgaris et autres): les plantes adultes «vieillissent mal» quand on les rentre dans la maison. Mieux vaut prendre des boutures de tige cet automne et alors cultiver de jeunes plants dans la maison. Le thym citron (T. x citriodorus) est particulièrement facile à cultiver à l’intérieur.

20160909H.jpg

Les semis de basilic réussissent mieux que les plantes rentrées à l’automne.

Basilic (Ocimum basilicum): autre plante qui vieillit très mal. Même, elle survit rarement longtemps à la transition entre l’extérieur et l’intérieur. Par contre, on peut la semer à l’intérieur (sous une lampe fluorescente) et obtenir d’excellents résultats avec les jeunes plants ainsi produits. Dès que les plants plus matures commencent à moins bien pousser, semez-en d’autres. À force de semer et de récolter les plants de basilic dans leur jeunesse, on peut bien les réussir. Notez que le basilic aime la chaleur: il faut le garder dans une pièce qui reste relativement chaude même la nuit (de préférence, au-dessus de 15˚C).

Il existe toutefois certains basilics qui réussissent a bien pousser tout l’hiver dans la maison, tant qu’on peut offrir un fort éclairage du moins, comme le basilic africain (O. ‘African Blue’) et le basilic citron ‘Pesto Perpetuo’ (O. x citriodorum ‘Pesto Perpetuo’)… mais alors, ni l’un ni l’autre n’ont le même gout que le basilic classique (O. basilicum).

20160909I.jpg

Romarin: il faut le plein soleil et la fraîcheur pour bien le réussir.

Romarin (Rosmarinus officinalis): il est inutile de rentrer cette plante dans une pièce fortement chauffée: elle ne fera que dépérir. Mais si vous avez une pièce peu chauffée et très bien éclairée, où la température ne dépasse pas 15°C la nuit, que vous vous l’arrosez attentivement, juste assez pour que le terreau soit à peine humide, le romarin peut donner d’excellents résultats.

La lavande vraie (Lavandula angustifolia) aussi préfère passer ses hivers en pleine terre, mais peut parfois réussir sous les mêmes conditions que le romarin: fort éclairage et faible température. La lavande à toupet (L. stoechas et ses hybrides) peut aussi passer l’hiver dans la maison sous les mêmes conditions.

Menthe (Mentha spp.) et livèche (Levisticum officinale): il s’agit de fines herbes rustiques qui sont habituées au froid et qui préfèrent passer l’hiver dehors. Quand on essaie de les cultiver à l’intérieur, habituellement elles dépérissent peu à peu, incapables de s’acclimater à une chaleur constante et l’air sec. Mais si vous avez une pièce à peine chauffée mais très bien éclairée ou une serre froide…

À éviter

Aneth (Anethum graveolens), anis (Pimpinella anisum), coriandre (Coriandrum sativum), bourrache (Borago officinalis) et cerfeuil (Anthriscus cerefolium): il s’agit de plantes annuelles qui arrivent à la fin de leur cycle de vie à l’automne, quand elles ne sont pas déjà mortes à ce moment. On ne peut pas faire revivre une plante génétiquement programmée pour mourir! On peut toujours en semer de nouvelles (une lampe fluorescente sera alors nécessaire) pour l’utilisation de leurs feuilles, mais elles arrivent rarement à fleurir dans la maison, donc leurs graines (qui est souvent la partie consommée) ne seront pas produites.

Pendant le séjour hivernal des fines herbes…

Si vous rentrez des fines herbes pour l’hiver, il faudra leur offrir, tel que mentionné, un éclairage maximal et, de préférence, une bonne humidité atmosphérique. À cette dernière fin, un humidificateur peut être utile. Arrosez-les copieusement, mais seulement quand le terreau est sec au toucher.

Si vous cultivez vos fines herbes devant une fenêtre, il est inutile de les fertiliser à la fin de l’automne et au début de l’hiver, car elles ne pousseront pas ou si peu: attendez la mi-février ou le mois de mars, quand leur croissance redémarrera, pour commencer à le faire. Sous une lampe fluorescente, par contre, leur croissance continuera tout l’hiver et il vaudra mieux alors les fertiliser mensuellement avec un engrais tout usage pendant toute cette saison.

Surveillez la présence de prédateurs, surtout araignées rouges et aleurodes, mais aussi pucerons. Traitez-les avec un savon insecticide si vous en décelez.

Et voilà: avec ces quelques renseignements, vous devriez être capable de cultiver au moins certaines fines herbes dans votre demeure cet hiver… et d’impressionner vos invités avec des fines herbes fraîches lors de votre prochaine réception!