Une fleur d’automne à mettre en vedette

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Chelone obliqua

Parmi les vedettes du jardin automnal se trouve une plante vivace unique, la galane (Chelone spp.). Cette plante est toujours solidement debout, jamais penchée, jamais brisée, même quand la lumière est très faible ou le vent très fort. Si seulement toutes les plantes se comportaient ainsi!

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La fleur en forme de tête de tortue. Ici, Chelone lyonii.

À la toute fin de l’été et à l’automne, des fleurs blanches ou roses tubulaires s’épanouissent sur un court épi au sommet de chaque tige. Elles sont curieusement assemblées, étant plutôt fermées à l’extrémité, avec seulement une petite ouverture et ressemblent à un bec. Les Acadiens trouvaient que la fleur ressemblait à une tête de tortue et l’ont appelée «la tortue», d’où son nom botanique, car Chelone (on prononce «ké-LONNE») est le nom grec pour tortue. Le nom couramment utilisé – galane – dériverait d’une mauvaise prononciation de Chelone, tout simplement.

La fleur curieuse des galanes est conçue pour ne permettre qu’aux pollinisateurs les plus forts, soit les bourdons (les grosses abeilles duveteuses de nos jardins) et les colibris, d’y pénétrer. Malgré cela, on voit souvent les papillons s’y arrêter pour essayer de voler un peu de nectar avec leur longue trompe.

Les feuilles des galanes sont opposées (en paires), avec la paire immédiatement inférieure placée à 90 degrés, ce qui donne un effet de croix quand on regarde la plante de dessus. La tige des galanes est carrée. Tout botaniste amateur sait que cela indique habituellement que c’est une plante de la famille des lamiacées (famille de la menthe), mais pas cette fois-ci: les galanes appartiennent plutôt à la famille des plantaginacées, avec les digitales (Digitalis spp.), les mufliers (Antirrhinum spp.) et surtout la fleur charnière ou plante obéissante (Physostegia virginiana), qui partage la même tige carrée et les mêmes feuilles placées en croix.

Enfin il n’y a que quatre espèces de galane, toutes originaires de l’est de l’Amérique du Nord. Les trois suivantes sont les plus intéressantes pour le jardinier amateur.

Galane oblique (C. obliqua)

Chelone obliqua

Chelone obliqua

C’est l’espèce offerte le plus souvent en pépinière. Ses fleurs sont d’un rose soutenu. Elle forme des touffes denses de tiges dressées, sans ramification, portant de grandes feuilles lancéolées légèrement dentées et d’un vert très foncé. Les feuilles ont un très court pétiole… ce qui permet de distinguer cette galane de la suivante. La galane oblique atteint environ de 60 à 90 cm de hauteur. Sa floraison débute, selon l’emplacement, à la fin d’août ou au début de septembre et persiste pendant deux mois ou plus, habituellement jusqu’aux neiges. Il y a aussi un cultivar à fleurs blanches: ‘Alba’… qui n’est probablement qu’un pseudonyme pour C. obliqua. Zone 3.

Galane de Lyon (C. lyonii)

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Chelone lyconii

Presque identique à l’espèce précédente, celle-ci possède des feuilles qui sont munies d’un pétiole un peu plus long. Elle atteint de 60 à 120 cm de hauteur, et ses fleurs sont du même rose que la galane oblique.

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‘Hot Lips’

Le cultivar le plus courant de cette espèce est ‘Hot Lips’, qui ressemble à l’espèce, mais qui est un peu plus compact : environ de 60 à 90 cm. Ses fleurs sont d’un rose plus foncé, et ses tiges sont rougeâtres.

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‘Tiny Tortuga’

C. lyonii ‘Tiny Tortuga’ est une introduction 2014 de la galane de Lyon. Très naine, elle n’atteint que 35 cm de hauteur et pourrait facilement servir en bordure de platebande.

Enfin, il y a aussi une autre variété de petite taille, C. lyonii ‘Pink Temptation’, qui atteint environ 40 cm de hauteur.

Toutes ces plantes sont rustiques en zone 3.

Galane glabre (C. glabra)

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Chelone glabra

C’est la galane des forêts et des marécages québécois et acadiens. On la distingue facilement des autres par ses fleurs blanches ou blanches teintées de rose. Aussi, ses feuilles sont plus étroites et ne portent aucun pétiole (elles sont fixées directement à la tige).

Cette galane est une plante des sous-bois très humides dans la nature, mais elle pousse quand même très bien dans un sol de jardin ordinaire. C’est une grande plante de 90 à 180 cm, selon le niveau d’humidité du sol (plus le sol est humide, plus la plante est haute).

Je la considère toutefois comme la moins intéressante des galanes pour le jardin ornemental, car ses fleurs sont moins denses, ont tendance à brunir assez rapidement. Aussi, elle ne pousse pas en touffe dense, mais de façon assez ouverte, ce qui en fait un plant un peu dégarni. Cette espèce est donc surtout intéressante pour les amateurs de fleurs indigènes. Zone 3.

Il existe aussi un cultivar, C. glabra ‘Black Ace’, au feuillage particulièrement foncé, presque noir, et aux fleurs plus denses. Zone 3.

Fausse galane (Chelonopsis yagiharana)                                                                               

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Chelonopsis yagiharana

Chelonopsis est le pendant asiatique du genre Chelone, avec un port et un feuillage très semblable, mais aux fleurs tubulaires qui s’ouvrent complètement à l’extrémité, en trompette. Donc, aucune ressemblance avec une tortue! Le lobe inférieur est nettement plus long et large que les autres. La seule espèce présentement offerte est cette espèce japonaise de taille relativement compacte: 30-60 cm. Sa rusticité exacte n’est pas connue encore, mais elle semble bien se comporter en zone 4.

Culture

Les galanes sont de culture très facile. Elles aiment un sol de jardin riche en matières organiques et toujours un peu humide. Elles tolèrent les sols mal drainés et peuvent, de ce fait, pousser en bordure des jardins d’eau. Arrosez-les en cas de sécheresse, toutefois, car leur tolérance de la sécheresse est limitée. L’utilisation d’un paillis pour garder le sol plus humide sera appréciée. Aussi, ajoutez annuellement un peu de compost au pied de la plante pour maintenir la qualité du sol.

Côté ensoleillement, tout va! Oui, ces plantes poussent aussi bien au soleil qu’à l’ombre. Dans la nature, on les trouve habituellement dans des forêts denses où peu de lumière pénètre. Si vous les cultivez en plein soleil, où le sol risque davantage de les assécher, l’utilisation d’un épais paillis est toutefois fortement conseillée, car un paillis aide à retenir l’humidité.

Les galanes poussent lentement mais sûrement. La touffe grossira peu à peu et, après une dizaine d’années, il pourrait être nécessaire de la diviser pour réprimer son élan.

Pour une multiplication rapide et facile, prenez des boutures de tige. On peut aussi diviser les plantes, au printemps de préférence, mais aussi à l’automne (vous perdrez toutefois les fleurs pour une saison, car il faut les supprimer avant de procéder à la division).

Enfin, dans la nature, le feuillage des galanes est parfois percé par des insectes, mais curieusement il est rarement touché dans nos jardins. Et même si elles poussent dans un milieu humide où les limaces sont nombreuses, elles ne semblent pas s’intéresser aux galanes. Tristement, les cerfs de Virginie raffolent de cette plante: si vous avez un problème avec ce mammifère, les galanes ne sont pas de bons choix pour vos plates-bandes!

Où trouver des galanes?

Les galanes – et surtout la galane oblique et les hybrides de la galane de Lyon – sont souvent offertes en jardinerie. Si vous n’en trouvez pas cet automne, demandez au marchand de vous en réserver une pour le printemps. Ou encore, allez voir un spécialiste en vivaces, comme Les vivaces du Merle Bleu à Saint-Raymond, Les vivaces de l’Isle à Bécancour ou les Jardins de Michel à Saint-Eustache. La dernière pépinière offre le plus vaste choix de variétés.

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