Le bouturage étape par étape

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20170306a.jpgLe bouturage est loin d’être une technique nouvelle. Depuis que les plantes existent, la plupart se reproduisent, du moins à l’occasion, par bouturage. Une branche tombe au sol et, si les conditions conviennent, produit des racines, et alors une nouvelle plante est née. Il n’est pas plus difficile de faire des boutures à la maison… si on sait comment s’y prendre.

D’abord, le bouturage consiste à sectionner une partie d’une plante et à la stimuler à produire des racines et de nouvelles tiges. Autrement dit, la partie sectionnée, la bouture, devient une nouvelle plante à part entière.

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Il est aussi possible de faire des boutures de feuilles de certaines plantes, comme la sansevière ou langue de belle-mère… mais ici nous nous concentrerons sur les boutures de tige.

Plusieurs parties d’une plante peuvent se bouturer. Certaines plantes (notamment les mauvaises herbes comme le chiendent et la renouée japonaise) ont la capacité à se régénérer à partir d’une section de racine ou de rhizome dans le sol (on parle alors d’une bouture de racine), mais c’est plutôt rare. C’est la même chose pour les boutures de feuilles ou de sections de feuilles: seulement certaines plantes, comme les violettes africaines, les crassulas et les sansevières, s’y prêtent. Par contre, le bouturage des tiges réussit chez presque toute plante qui produit des tiges: plantes d’intérieur, arbustes, arbres, vivaces et beaucoup d’autres encore.

Concentrons-nous ici sur le bouturage des tiges de plantes d’intérieur, car ces plantes sont facilement disponibles en toute saison. La même technique peut toutefois s’appliquer aux plantes d’extérieur. Oui, vous pouvez suivre exactement les mêmes étapes avec les mêmes produits pour bouturer un rosier, un forsythia ou une échinacée, à la différence que vous le ferez quand les plantes sont en croissance, donc pendant l’été.

Quand faire des boutures?

Les boutures réussissent plus facilement quand la plante est en croissance. Les mois de mars, avril et mai, quand les plantes d’intérieur commencent à sortir de leur léthargie hivernale sous l’influence des jours de plus en plus longs, sont particulièrement propices au bouturage, mais on peut continuer de faire des boutures jusqu’au début de l’automne. D’ailleurs, c’est au mois de septembre que beaucoup de jardiniers bouturent les «annuelles récupérables» (pélargoniums, fuchsias, pétunias, bégonias, etc.) qu’ils vont conserver l’hiver pour replanter au jardin l’été suivant.

Étape par étape

1. Commencez par préparer le contenant qui recevra la bouture. Un pot de plastique classique convient parfaitement, mais on peut aussi improviser avec un pot de yogourt ou autre; il faut alors percer un trou de drainage dans le fond. Évitez les gros pots: les plantes s’enracinent mieux dans de petits pots de 5 à 7,5 cm (2 à 3 po) de diamètre ou dans des alvéoles. On peut par contre faire partager un pot ou un plateau plus large à plusieurs boutures.

20170305B.JPG2. Remplissez le pot de terreau pour plantes d’intérieur ou pour semis ou encore, de perlite ou de vermiculite. Évitez la terre de jardin et même le compost, car vous voudrez le terreau le plus stérile possible.

3. Mouillez bien le terreau et laissez drainer tout surplus d’eau.

20170306C.JPG4. Au moyen d’un crayon, percez un trou dans le terreau au centre du pot, trou qui recevra la bouture.

20170306xxx.jpg5. Maintenant, prélevez avec un couteau ou un sécateur bien aiguisé une tige saine ayant au moins trois nœuds et de préférence quatre ou cinq (le nœud est l’emplacement sur la tige où des feuilles sont fixées ou ont déjà été fixées).

20170306E.jpg6. Enlevez les fleurs et les boutons floraux (ils saperont l’énergie de la plante). Il faut aussi enlever les feuilles inférieures si elles se trouveront couvertes de terreau.

20170306F.JPG7. Pour les plantes qu’on veut voir se ramifier abondamment, comme les coléus et les hibiscus, pincez la bouture (c’est-à-dire, supprimez le bourgeon qui se trouve à l’extrémité de la tige). Cela la stimulera la production de plusieurs nouvelles tiges plutôt qu’une seule. Pour les plantes où une tige unique est la norme (dieffenbachias, dracaenas, philodendrons, etc.), il n’est pas nécessaire de pincer.

20170306G.jpg8. Parmi les plantes «faciles à bouturer», il y a le philodendron, le coléus, les piléas et les bégonias. Toutes ont des tiges molles, sans écorce, et produisent des racines facilement. Plus difficiles sont les plantes ligneuses (les «plantes à bois»), comme l’hibiscus, le dracaena et le croton. Pour ces plantes, appliquez une hormone d’enracinement sur la partie inférieure de la bouture. Cette hormone stimulera ces tiges récalcitrantes à produire des racines.

9. Glissez la bouture, partie inférieure vers le bas bien sûr, dans le trou préparé précédemment, jusqu’au deuxième ou troisième nœud. Tassez doucement le terreau pour que la bouture se tienne debout. (Pour une très grosse bouture, un tuteur peut être nécessaire pour la solidifier.)

020984_truc869.jpg10. La vaste majorité des boutures s’enracineront mieux sous une forte humidité: recouvrez alors le pot d’un dôme ou d’un sac de plastique transparent, créant de ce fait une mini-serre où l’humidité relative sera à presque 100%. On parle alors d’une «bouture à l’étouffée».

11. Placez le pot dans un emplacement bien éclairé, mais à l’abri du soleil direct, et aussi relativement chaud (de 21 à 24˚C).

12. Maintenant, patientez! En effet, certaines boutures reprennent très rapidement (le coléus en seulement quatre à sept jours!), mais d’autres peuvent prendre deux ou trois semaines, même plus d’un mois pour les boutures à tige ligneuse.

13. Vous saurez que le bouturage est réussi quand vous voyez de nouvelles feuilles sortir, signe que les racines commencent à faire leur travail. Enlevez alors la mini-serre et placez la plante (elle n’est plus une bouture) dans un endroit convenant à ses besoins.

Cactées et succulentes

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Laissez la tige sécher jusqu’à ce que un cal se forme.

Les cactées et succulentes n’ont pas besoin d’une forte humidité pour s’enraciner et peuvent même pourrir si on les fait à l’étouffée.

Pour ces plantes, donc, coupez la tige… et laissez-la sécher pendant quelques temps, soit jusqu’à ce que la blessure devienne calleuse, avant de la mettre en pot. Vous pouvez tout simplement déposer les boutures sur le côté dans une assiette ou sur une tablette en attendant. Cela prend 2 à 3 jours dans le cas de la plupart des succulentes, mais un mois ou plus pour certaines succulentes à tige très épaisse (de gros cactus et euphorbes, notamment).

Même après que vous aurez piqué la bouture dans un pot de terreau, n’arrosez pas tant que vous ne voyez pas des signes de croissance, ce qui peut parfois prendre encore un mois ou deux. Ces plantes produiront facilement des racines même dans un terreau sec.

À éviter: le bouturage dans l’eau

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Les boutures faites dans l’eau commencent bien, mais finissent souvent par pourrir.

Le texte suivant surprendra bien des jardiniers, car il y a une longue tradition de faire des boutures dans un verre d’eau, mais je déconseille fortement cette technique. Je ne dis pas que cela ne fonctionne pas parfois, mais en général, ça finit mal.

Le problème, c’est que les racines produites sur une bouture placée dans un verre d’eau s’acclimatent à un milieu aquatique. Quand vous transplantez la bouture dans un pot plus tard (et très peu de végétaux peuvent passer toute leur vie dans un verre d’eau), les racines aquatiques pourrissent et la jeune plante doit recommencer à zéro en produisant un nouveau lot de racines. Souvent, elle n’a plus assez de réserves pour ce faire et meurt.

Donc, pour assurer un bon taux de succès, je suggère de toujours faire vos boutures directement dans un terreau.

Après le bouturage

Selon la taille de la plante bouturée, le petit pot dans laquelle elle s’est enracinée deviendra trop petit plus ou moins rapidement. N’hésitez pas à rempoter vos boutures dans un pot de taille appropriée aux dimensions de la plante.


Maintenant que vous savez comment faire, essayez le bouturage vous-même: votre pouce est plus vert que vous ne le pensez!20170306a

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C’est la saison des boutures de feuille

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Saviez-vous que, dans l’hémisphère nord, les boutures de plantes d’intérieur prennent racine plus rapidement au printemps qu’à d’autres saisons? La meilleure période est entre la fin de février et la mi-mai, lorsque les plantes commencent leur saison de croissance. Et cela s’applique aussi aux boutures de feuille.

Il peut paraître bizarre de penser qu’une plante entière peut pousser à partir d’une seule feuille. C’est l’équivalent de pouvoir régénérer un être humain à partir d’un doigt coupé! Pourtant, c’est possible… pour un nombre limité de plantes. Certaines succulentes (Echeveria, Crassula, Sedum, etc.) produiront même une plante à partir d’une feuille tombée sur le rebord de votre fenêtre! En général, cependant, il faut mettre la bouture en terre pour réussir à la multiplier.

Regardons le cas de la violette africaine (Saintpaulia) qui est assez typique.

422_1-2.KPrélevez une feuille en santé et coupez la base du pétiole (tige de la feuille) nettement, à à entre 45˚ et 90˚. Insérez le pétiole dans un pot de terreau humide sur 1 à 3 cm, à un angle de façon à ce que le limbe de la feuille soit dirigée vers le haut pour mieux capter de la lumière. Une hormone d’enracinement n’est pas nécessaire, mais il est utile de recouvrir l’ensemble d’un dôme ou d’un sac de plastique transparent pour augmenter l’humidité (culture à l’étouffée). Placez la bouture dans un endroit moyennement éclairé et sans soleil direct, mais plutôt chaud (plus de 18˚C la nuit). Après quelques semaines, en général, mais parfois quelques mois, de petites feuilles paraîtront à la base de la feuille-mère: il s’agit de petits plants.

422_3-4.KQuand ces plants ont environ 1/3 de la hauteur de la feuille-mère, dépotez et démêlez-les (il y en a presque toujours plus d’un et parfois 5 ou 6!), les empotant chacun dans leur propre petit pot. Ils peuvent être en fleurs moins de 6 mois plus tard.

Cette même méthode fonctionnera sur le gloxinia, la grassette, les bégonias (surtout les bégonias rhizomateux) et la langue de belle-mère.

20150226CDans le cas de certaines succulentes (Echeveria, Crassula, Sedum, Cotyledon, Kalanchoe, Aeonium, etc.), c’est encore plus facile. Il suffit de coucher une feuille entière sur une potée de terreau à peine humide et, même sans arroser, une plantule se formera à l’extrémité de la feuille. Parallèlement, des racines paraîtront et se dirigeront directement vers le terreau. Ce n’est qu’après que les racines se soient enfoncées dans le terreau qu’il faut commencer à arroser. En quelques mois, vous aurez un beau plant en pleine croissance.

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Sections de feuille de bégonia rex. Photo: https://thegardenilivein.wordpress.com

On peut même faire des boutures de sections de feuille de plusieurs plantes (violette africaine, gloxinia, streptocarpus, plusieurs bégonias et autres). Il s’agit de couper une feuille en sections, chacune portant une nervure importante, et de les presser dans un substrat humide (encore, une culture à l’étouffée serait nécessaire pour plusieurs). Après quelques semaines ou mois, un bébé plante sortira du substrat.

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Boutures de section de sansevière. Notez que les plantules perdront leur panachure et seront donc entièrement vertes. Photo: forums.gardenweb.com

Dans le cas de la sansevière, on peut aussi faire des boutures de section de feuille, mais la technique est un peu différente. Coupez la longue feuille en sections de 5 à 15 cm et pressez la partie inférieure de chaque section dans le terreau. (Attention: si vous inversez la bouture par inadvertance, mettant le haut vers le bas, aucune plantule n’apparaîtra!) Avec le temps, un petit plant sortira de chaque bouture. Cette technique fonctionne très bien aussi pour le streptocarpus. La culture à l’étouffée n’est pas nécessaire ni même souhaitable pour la sansevière, mais est très utile pour le streptocarpus.

Notez que, curieusement, si vous faites des boutures de feuille à partir de certaines plantes panachées, comme par exemple Sansevieria trifasciata ‘Laurentii’ (photo ci-dessus) ou S. trifasciata ‘Bantel’s Sensation’, les plantules produites seront entièrement vertes, sans la moindre panachure. C’est que ces plantes sont des chimères, combinant deux sortes de tissus dans une même plante, et que seuls les tissus chlorophylliens (les parties vertes) ont la capacité de produire une plantule.

Exemples de plantes qui se multiplient par boutures de feuille

Asplenium bulbifère (Asplenium bulbiferum)
Bégonia rhizomateux (Begonia spp.)
Bégonia rex (Begonia rex)
Cotylédon (Cotyledon spp.)
Echevéria (Echeveria spp.)
Faux zamier (Zamioculcas zamiifolia)
Gloxinia (Sinningia speciosa)
Grassette (Pinguicula spp.)
Jade (Crassula spp.)
Kalanchoé (Kalanchoe spp.)
Papyrus d’intérieur (Cyperus alternifolius)
Péperomia (Peperomia spp.)
Sansevière ou langue de belle-mère (Sansevieria trifasciata)
Sinningia miniature (Sinningia cvs)
Streptocarpus (Streptocarpus spp.)
Tolmiéa (Tolmiea menziesii)
Violette africaine (Saintpaulia spp.)