La vie sexuelle olé olé des orchidées

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Les orchidées utiliseraient n’importe quel subterfuge — mais vraiment n’importe quel! — pour séduire un pollinisateur! Source: thecliparts.com, Clipart Library & pngimg.com

Beaucoup de végétaux produisent du pollen en quantités copieuses, pollen qui est libéré massivement dans l’air et transporté au loin par le vent, dans l’espérance qu’une seule graine trouve par hasard une fleur réceptive de la bonne espèce. Cela fonctionne (sinon, les espèces en question auraient disparu), mais quel gaspillage d’une ressource précieuse! Parfois, le paysage au complet est couvert d’une mince couche de pollen qui ne servira jamais.

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Typiquement, les fleurs pollinisées par des insectes doivent offrir beaucoup de nectar pour contenter leurs transporteurs de pollen… mais les orchidées ne sont pas aussi généreuses! Source: www.sarahplusbees.com

D’autres végétaux utilisent un agent de transport de pollen plus fiable que le vent, habituellement un insecte, parfois un oiseau (un colibri, par exemple) ou un mammifère (certaines chauves-souris). Habituellement, ils offrent une quantité abondante de nectar à tout passant. Pensez à la marguerite commune [Leucanthemum vulgare] qui peut être pollinisée indifféremment par une abeille, une mouche, un papillon ou une guêpe. De plus, elle produit plus de pollen que strictement nécessaire pour les pollinisateurs qui aiment en manger un peu. Elle peut se permettre d’être généreuse, car elle calcule que l’un de ses nombreux invités, chargé de pollen après sa visite, atterrira éventuellement sur une autre plante de la même espèce et y laissera choir un peu de son pollen, ce qui assurera la fécondation. Si cela vous paraît risqué, sachez que ce l’est beaucoup moins que de lancer le pollen en l’air en espérant qu’il tombe au bon endroit!

Or, les orchidées ne sont pas aussi généreuses. Bien qu’elles soient presque toujours pollinisées par des insectes (plus rarement par des mammifères ou des oiseaux) et que leur pollen lourd ne puisse pas être transporté par le vent, elles sont très chiches dans leur production de pollen. Elles ne produisent pas des «quantités» de pollen, mais seulement deux pollinies (masses de pollen) par fleur. Évidemment, il est alors très important pour la fleur que l’insecte qui prend ses pollinies si rares les dépose sur une autre orchidée de la bonne espèce. Ainsi, les orchidées font tout pour plaire à leur pollinisateur préféré, utilisant des combinaisons savantes de couleurs, de parfums, de formes, de goûts et de textures pour mieux le séduire.

L’orchidée abeille

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La fleur de l’orchidée abeille (Ophrys apifera) imite parfaitement une abeille femelle, même jusqu’aux ailes. Source: BerndH, Wikimedia Commons

L’orchidée abeille (Ophrys apifera), une orchidée terrestre européenne appelée aussi (et je ne l’ai pas inventé!) orchidée prostituée, en est un exemple. Cette orchidée produit une fleur qui est physiquement presque identique à la femelle de ses abeilles solitaires pollinisatrices (genres Tetralonia et Eucera). Elle est de la même couleur, de la même taille et offre même une texture hirsute similaire. Mais le coup de grâce est le parfum: la fleur dégage une phéromone (hormone sexuelle) très similaire à celle de la femelle de l’abeille, mais juste assez différente pour être spécialement aguichante. Ainsi, si elle a à choisir entre la fleur et une femelle, l’abeille mâle préférera souvent la fleur!

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Abeille mâle (Eucera sp.) avec des pollinies d’orchidée collées sur la tête. Source: pinterest

En essayant de copuler avec elle, le mâle se place justement au bon endroit pour ramasser les pollinies de la fleur qui lui restent alors collées sur la tête. Frustré, il s’en va et évite les prochaines fleurs d’orchidée abeille qu’il voit, se souvenant de son insuccès. Mais plus il s’en éloigne, plus l’envie lui reprend et alors il s’essaie de nouveau avec une plante située à une certaine distance. Cela assure une pollinisation croisée, ce qui convient à l’orchidée, car cette autre plante sera génétiquement assez éloignée de la fleur d’origine, évitant ainsi toute consanguinité.

Lorsque ce mâle se pose  sur la nouvelle fleur, les pollinies collées sur sa tête se trouvent coincées par une structure de la fleur et sont carrément arrachées… et d’autres se collent à lui avant qu’il ne reparte.

On peut souhaiter qu’il finisse par trouver une dulcinée de son espèce avant de mourir d’épuisement!

Beaucoup d’orchidées imitent la senteur des insectes femelles et incitent la pseudocopulation des mâles, mais peu imitent aussi bien l’apparence de la femelle que l’orchidée abeille.

Des fleurs trompeuses

Une situation semblable n’est pas rare parmi les orchidées. Beaucoup d’orchidées sont mimétiques: elles imitent d’une façon ou d’une autre (par l’odeur, l’apparence, la texture, etc.) un insecte ou autre objet qui peut attirer les insectes et ce, bien sûr, dans le but d’affrioler un pollinisateur.

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Beaucoup d’orchidées sont des trompeuses: elles n’offrent rien à leurs pollinisateurs. Source: scarletblack.ca & moziru.com

Une estimation suggère que, sur les 20 000 espèces d’orchidées, environ 8 000 sont ce qu’on appelle des «fleurs trompeuses»: elles prétendent offrir quelque chose d’intéressant à un pollinisateur, mais ne livrent pas la marchandise. Parfois, comme dans le cas de l’orchidée abeille, c’est le sexe. D’autres fois, c’est un parfum qui suggère une abondance de nectar.. mais quand l’insecte visite la fleur, il n’y a rien à siroter. Et parfois, le leurre est beaucoup plus imaginatif!

Un essaim d’abeilles

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La floraison de plusieurs oncidiums, dont O. sphacelatum, rappelle un essaim d’abeilles. Source: sitecgdw.com

Par exemple, certains Oncidium d’Amérique du Sud et centrale ont des fleurs qui imitent subtilement l’apparence des abeilles du genre Centris, mais ce n’est pas dans le but de les attirer sexuellement. Les petites fleurs sont regroupées en masse sur des tiges arquées qui bougent sous la moindre brise, au point même d’avoir l’air de frémir. Quand l’abeille Centris, de nature très territoriale, voit ce qui semble être un essaim de ses congénères envahir son espace, elle passe à l’attaque… et, ce faisant, ramasse des pollinies par accident. Fatiguée de l’affrontement, elle se retire, mais voyant un autre affront à son territoire ailleurs, elle attaque aussi le 2e essaim de fleurs et y dépose les pollinies, assurant ainsi la fécondation. Puis, elle repart avec les pollinies de la deuxième plante… et ainsi de suite.

Le sabot de la vierge

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La «sabot» du sabot de la vierge (ici Cypripedium pubescens) est un piège à insectes. Le prix pour en ressortir est de ramasser les pollinies de la fleur! Source: D. Gordon E. Robertson, Wikimedia Commons

Il ne faut pas croire que les orchidées trompeuses sont strictement originaires des tropiques. Le joli sabot de la vierge (Cypripedium spp.), une orchidée des forêts des régions tempérées de l’hémisphère nord, n’est pas en reste. Malgré un nom qui semble promettre une pureté immaculée, elle est tout aussi aguicheuse que les orchidées tropicales… et comme tant d’autres, ses promesses sont fausses.

Son labelle, un pétale muté en forme de sabot, dégage une odeur mielleuse qui promet un abondant nectar. L’insecte (une mouche, un bourdon ou une abeille solitaire, selon l’espèce de sabot de la vierge en question) atterrit sur le labelle et cherche le nectar. Il avance un peu… pour se retrouver sur la surface lisse de l’intérieur du labelle. Ainsi, il glisse jusqu’au fond du labelle, certain d’avoir touché le gros lot, mais non, il n’y a pas de nectar du tout. Pire, quand il essaie de s’en aller, des poils inclinés vers le bas l’empêchent de remonter par le même chemin: il est donc prisonnier. Éventuellement, il découvre une ouverture au fond de la fleur. Il s’y rend, mais doit se tortiller pour passer… déposant les pollinies, s’il en portait, et, en sortant du trou, s’en faisant coller de nouvelles.

Des odeurs moins agréables 

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Peu de fleurs d’orchidées sont aussi répugnantes que celles de Bulbophyllum phalaenopsis. Puantes, elles semblent grouiller d’asticots. Source: C T Johansson

La gigantesque orchidée Bulbophyllum phalaenopsis ne gagnera sûrement pas de concours de beauté. Ses pétales rouge pourpré ressemblent à de la viande pourrie et grouillent d’excroissances rappelant des asticots. De plus, elle dégage une odeur nauséabonde… le tout, pour attirer son pollinisateur préféré, la mouche à charogne.

Elle n’est pas seule, d’ailleurs. Plusieurs orchidées, dont les Dracula, attirent les mouches pollinisatrices avec une odeur qui paraît désagréable à nos narines, mais qui est considérée comme le parfum le plus séduisant au monde par les mouches.

Des fleurs qui imitent d’autres fleurs

Quand une plante abondante et attrayante a trouvé la clé de succès avec les pollinisateurs, il n’est pas rare qu’une orchidée du secteur apprenne à l’imiter pour profiter de ses pollinisateurs.

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Les deux premières fleurs nourrissent leurs visiteurs, mais la dernière est une fleur trompeuse et n’offre rien. Source: Guérin Nicolas, Mercewiki et Dick Culbert, Wikimedia Commons

En Amérique du Sud et centrale, par exemple, il y a une asclépiade (Asclepias curassavica) et un lantana (Lantana camara) dont les fleurs partagent la même coloration (orange avec un centre jaune) et aussi les mêmes pollinisateurs — notamment des guêpes et des papillons — et qui produisent tous deux beaucoup de nectar pour assurer leur fréquentation assidue par leurs transporteurs de pollen préférés. Alors, certaines espèces d’Epidendrum — dont E. radicans — se sont mises à les imiter en produisant des fleurs avec exactement les mêmes couleurs… mais avec la différence que ces orchidées n’offrent rien en récompense. Trompeuses, elles profitent de l’intérêt des insectes pour les fleurs des deux autres espèces pour assurer leur fécondation, mais ne produisent aucun nectar.

Plus encore

Évidemment, il y a beaucoup d’autres déviances dans la vie sexuelle tordue des orchidées dont j’aurais pu vous parler:

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On appelle le Catasetum fimbriatum l’orchidée arbalète tellement il lance son pollen avec force! Source: catasetum-ian.blogspot.ca

• Les Catasetum lancent leurs pollinies sur la tête de leur pollinisateur avec une telle force qu’il est parfois sonné ou même tué par l’expérience;

• L’orchidée de Darwin (Angraecum sesquipedale) tient tant à préserver son nectar des voleurs qu’elle l’emmagasine au fond d’un éperon de 30 cm de longueur. Ainsi, seul son pollinisateur exclusif, un papillon nocturne nommé Xanthopan morgani praedicta, dont la trompe est juste assez longue, peut aller le chercher;

• Le Holcoglossum amesianum, si son pollinisateur ne se présente pas, s’autopollinise d’une façon très physique que je n’oserais pas décrire dans un blogue qui pourrait être lu par des enfants;

• Etc.


Décidément, les orchidées sont des aguicheuses… et elles séduisent les humains aussi, puisque nous les récompensons pour leur tendance à s’offrir de façon si éhontée en les cultivant dans nos maisons et nos jardins!

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Les plantes de Noël autour du monde

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Il y a différentes plantes associées à Noël à travers le monde. Source: jardinierparesseux.com

Je pense que je peux dire sans me tromper que la plante de Noël la plus populaire en Amérique du Nord est le poinsettia (Euphorbia pulcherrima): les magasins en regorgent à cette saison! Mais d’autres plantes aussi sont populaires: le cactus de Noël (Schlumbergera spp.), le kalanchoé de Noël (Kalanchoe blossfeldiana), l’amaryllis (Hippeastrum spp.), le piment de Noël (Capsicum annuum), le cerisier de Jérusalem (Solanum pseudocapsicum), la fougère givrée (Selaginella martensii ‘Frosty’), le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla) et, bien sûr, le sapin de Noël (Abies balsamea et autres). Depuis quelques années, le thé des bois, aussi appelé gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens), s’est ajouté à la liste.

Mais les plantes de Noël diffèrent autour du monde. Jetons un coup d’œil sur ce qu’il se passe ailleurs.

Nouvelle-Angleterre

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Polystichum acrostichoides. Source: Krzysztof Ziarnek, Kenraiz

En plus des plantes précitées, j’ajouterais à la liste des plantes de Noël le polystic faux-acrostic (Polystichum acrostichoides), qu’on appelle aux États-Unis «Christmas fern» (fougère de Noël), car ses frondes sont persistantes et peuvent servir dans la fabrication de guirlandes et de couronnes. La même fougère pousse aussi au Québec, mais nous ne semblons pas l’utiliser comme décoration de Noël.

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Ilex verticillata Berry Poppins®. Source: Proven Winners.

Les branches de houx verticillé (Ilex verticillata), à feuilles caduques, donc sans feuilles à Noël mais chargées de baies rouges, sont fort appréciées dans les arrangements de Noël dans cette région. Encore une fois, cette plante pousse également chez nous et les branches sont parfois vendues dans les boutiques des fleuristes, mais elles ne semblent pas spécialement associées au temps des Fêtes au Québec.

En Europe

En général, les plantes présentées dans le premier paragraphe (poinsettias, cactus de Noël, kalanchoé de Noël, etc.)  sont populaires en Europe aussi, bien que le poinsettia, qu’on appelle étoile de Noël en France, ne domine pas le paysage à Noël comme il le fait de l’autre côté de l’Atlantique. Mais il y a d’autres plantes associées avec Noël (et le jour de l’An) qui sont plus propres à l’Europe.

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Ilex aquifolium. Source: AnemoneProjectors, Wikimedia Commons

Par exemple, le houx (Ilex aquifolium), un symbole de Noël très important, est un arbuste ou même un grand arbre aux feuilles persistantes dentées et aux fruits rouges qu’on cultive dans bien des jardins de l’Ancien Monde.

Nous le connaissons au Québec, mais surtout sous la forme de cartes de Noël et de guirlandes de plastique, car les houx à feuillage persistant sont rarement assez rustiques pour notre climat et ceux qui le sont sont de petits arbustes frileux généralement emballés de géotextile à Noël et donc inaccessibles.

En Europe, par contre, les branches de houx sont utilisées abondamment à Noël. On les fixe aux portes et aux fenêtres des maisons. Aujourd’hui, on prétend que c’est en guise d’invitation, mais en fait, cette tradition relève d’une vieille croyance selon laquelle ces branches empêchaient les mauvais esprits d’entrer.

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Bouquet de gui suspendu. Source: mistletoematters.wordpress.com

La tradition d’utiliser du gui (Viscum album) — avec ses petits fruits ronds blancs translucides — comme décoration du jour de l’An est encore très répandue sur le Vieux Continent et date d’ailleurs de l’époque des druides, mais peine à survivre en Amérique. C’est que le gui, une plante parasite qui vit aux dépens de son arbre hôte, ne pousse pas dans le nord-est du continent nord-américain, et qu’on ne peut même plus obtenir des branches de gui fraîches. Il y a quand même des guis nord-américains similaires, notamment dans le genre Phoradendron, qui sont présents dans le sud et l’ouest de l’Amérique du Nord, mais la tradition de s’embrasser sous le gui se perd néanmoins en Amérique alors qu’elle est plus tenace en Europe.

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Couronne d’Hedera helix. Source: bcinvasives.ca

Le lierre européen ou lierre anglais (Hedera hélix) est la guirlande traditionnelle des Fêtes en Europe. On en décore copieusement les maisons à Noël… et pourquoi pas, puisque cette grimpante à feuillage persistant pousse abondamment partout! Cette tradition ne semble jamais s’être établie en Amérique du Nord, sans doute parce que le lierre n’y est pas indigène, mais qu’il y existe surtout comme plante d’intérieur, plus rarement comme grimpante ou couvre-sol en plein air, et est donc de distribution beaucoup plus limitée.

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Rose de Noël (Helleborus niger). Source: 4028mdk09, Wikimedia Commons

La rose de Noël (Helleborus niger), qui n’est pas du tout un rosier (Rosa sp.), mais plutôt une plante vivace, est la plante de Noël dans le sud-est de l’Europe, là où l’Église orthodoxe domine. Leur Noël a lieu au milieu de janvier quand cette vivace est en fleurs: c’est la première fleur de l’année, d’ailleurs. On l’utilise surtout en plate-bande, mais il s’en vend aussi des potées fleuries dans les jardineries. Ailleurs, cette plante fleurit trop tard pour être une plante de Noël: à Pâques ou même en mai au Québec!

En Europe, le «sapin de Noël» est souvent un épicéa (épinette) ou un pin, voire un genévrier ou un autre conifère, selon ce qui est disponible localement.

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Bûche de Noël. Source: maeclair.net

Dans beaucoup de régions d’Europe, la tradition de la bûche de Noël demeure profondément ancrée. Les Québécois seront surpris d’apprendre qu’il s’agit d’une véritable bûche, une grosse, qu’on allume en soirée la veille de Noël et qui brûle pendant tout la nuit et jusqu’au soir de Noël le lendemain. Au Québec — on ne sait pas trop comment —, la bûche est devenue un… gâteau!

Dans les Balkans, on appelle la bûche de Noël «badnjak» (ou «budnik», selon la langue locale) et c’est toujours un chêne (Quercus), symbole de longévité. Ceux qui n’ont pas de foyer où brûler une bûche vont souvent décorer leur appartement avec des brindilles de chêne.

Grèce et Moyen-Orient

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Couronne décorée de grenades (Punica granatum). Source: http://www.clubbotanic.com

La principale plante de Noël dans cette région est la grenade (Punica granatum), qui mûrit justement à cette saison. On en décore portes, foyers, tables, etc., autant avec le vrai fruit rouge qu’avec des grenades artificielles.

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Fragon faux houx (Ruscus aculeatus). Source: Dominicus Johannes Bergsma, Wikimedia Commons

D’autres plantes souvent utilisées dans les décorations sont le fragon faux houx (Ruscus aculeatus) et le buisson ardent (Pyracantha spp.), les deux au feuillage persistant vert et aux baies rouges. D’ailleurs, ces deux plantes sont utilisées de cette façon un peu partout dans le sud de l’Europe.

En Israël, on offre des branches d’olivier (Olea europaea) à Noël aux amis en symbole de paix.

Mexique

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Poinsettias en vente au Mexique dans un marché à Noël. Source: casita-colibri.blog

Le poinsettia (Euphorbia pulcherrima) est originaire du Mexique et est populaire dans ce pays, où on l’appelle «flor de Nochebuena» (fleur de la nuit sainte). On décore aussi avec le fragon faux houx et le buisson ardent, comme dans le sud de l’Europe, ainsi qu’avec des plantes locales qui sont attrayantes à Noël.

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Punch de Noël mexicain avec fruits de manzanita (Crataegus mexicana). Source: www.goya.com

La manzanita, aussi appelée tejocote ou manzanilla (Crataegus mexicana), une aubépine à gros fruits, est autre plante traditionnellement utilisée comme décoration de Noël dans bien des régions d’Amérique centrale. On enfile les fruits orange sur un fil comme guirlande et l’on s’en sert aussi pour produire le punch de Noël.

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Noche de Los Rábanos. Source: AlejandroLinaresGarcia, Wikimedia Commons

L’une des traditions les plus curieuses est cependant la Nuit des radis (Noche de Los Rábanos), fêtée dans la région d’Oaxaca, où l’on sculpte des radis et prépare des montages de radis pour le 23 décembre.

Amérique du Sud

De l’autre côté de l’Équateur, il y a une complication: les plantes fleurissent à la saison opposée à celle de l’hémisphère Nord, donc nos plantes de Noël fleurissent en général… six mois trop tard! Ainsi, le poinsettia est appelé «fleur de Pâques» (flor de pascua) dans bien des pays d’Amérique du Sud, car il fleurit à cette saison alors que notre cactus de Noël (Schlumbergera) est appelé «flor de Maio» (fleur de mai) dans son pays d’origine, le Brésil. En contrepartie, c’est notre cactus de Pâques (Hatiora gaertneri, anc. Rhipsalidopsis gaertneri) qui devient le «cactus de Navidad» (cactus de Noël) en Amérique du Sud. C’est littéralement le monde à l’envers!

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Faux-poivrier (Schinus terebinthifolius). Source:Javier Alejandro, flickr

À la place de «nos» fleurs de Noël, les Sud-Américains ont tendance à utiliser comme plantes des Fêtes des plantes indigènes qui fleurissent ou qui fructifient à la fin de décembre. Des branches de faux-poivrier (Schinus terebinthifolius et S. molle), connu dans le nord pour le poivre rose qu’il produit, sont par exemple utilisés pour décorer les églises et les maisons dans le temps des Fêtes, car elles sont remplies de petites baies rouges à cette saison.

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Orchidée de Noël vénézuélienne (Cattleya percivaliana), QuazDelaCruz,

Au Venezuela, c’est une orchidée qui annonce Noël: Cattleya perciviliana. Ailleurs en Amérique du Sud, c’est plutôt Angraecum sesquipedale, originaire de Madagascar, mais populaire dans plusieurs pays, qu’on appelle «orquídea de navidad» (orchidée de Noël) ou «estrella de Belén» (étoile de Bethléem) pour ses grosses fleurs étoilées blanches qui s’épanouissent à cette saison. Dans certaines régions d’Amérique du Sud, d’autres plantes à fleurs étoilées blanches qui fleurissent à la bonne saison portent le nom «estrella de Bélen», par exemple un bulbe appelé Ornithogalum umbellatum.

Au Paraguay, on décore la maison et les crèches de «flores de coco», soit les longues inflorescences parfumées d’un palmier, le coyol (Acrocomia aculeata), une tradition préchrétienne qui vient du peuple guarani indigène.

Asie

En général, le concept de Noël est relativement récent sur ce continent et c’est surtout une fête commerciale d’inspiration américaine. Il n’y a pas de plantes vraiment traditionnelles associées avec cette célébration, du moins, pas de longue date. La plupart des plantes de Noël sont donc des introductions récentes, généralement les mêmes plantes de Noël qu’on voit en Amérique du Nord (poinsettias, cactus de Noël, etc.). On voit, par exemple, des sapins de Noël dans les centres commerciaux, rarement chez les gens, et habituellement ils sont artificiels.

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Bambou céleste (Nandina domestica). Source: http://www.mailordertrees.co.uk

La population chrétienne au Japon est plus solidement établie que dans la plupart des pays asiatiques et a adopté la tradition du sapin de Noël, habituellement un véritable sapin ou un épicéa (épinette). Le bambou céleste, Nandina domestica, qui n’est pas un bambou du tout, mais un arbuste, décore les jardins à cette saison avec ses fruits écarlates et ses feuilles rouges. Le chrysanthème (Chrysanthemum morifolium), populaire en toute saison au Japon, l’est particulièrement à Noël aussi.

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Pomme imprimée portant un souhait de paix. Source: gbtimes.com

En Chine, on donne souvent une pomme emballée de papier de couleur ou avec une image imprimée sur son épiderme la veille de Noël, car le mot mandarin pour «veille de Noël», soit «nuit de paix» (Ping’an Ye), ressemble au mot pomme (píngguǒ).

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Palmier de Noël (Adonidia merrillii). Source: palmpedia.net

Dans les régions tropicales d’Asie, il y a le palmier de Noël (Adonidia merrillii), mieux connu sous son ancien nom, Veitchia merrillii, qui fait office de symbole de Noël. Avec son tronc trapu et ses frondes relativement courtes, il ressemble à un palmier royal nain… et il se décore de fruits rouges à Noël. Originaire des Philippines et de la Malaisie, ce palmier est maintenant cultivé un peu partout dans les tropiques, pas seulement en Asie.

Enfin, en Inde, le cyprès de Monterey doré (Cupressus macrocarpa ‘Goldcrest’) commence à se populariser comme sapin de Noël, mais autrement, cette fête est peu célébrée dans ce pays.

Afrique

Les traditions des plantes de Noël sont davantage établies dans le sud de l’Afrique que dans le centre et le nord, apportées dans cette région par les Européens qui s’y sont établis (notamment les Néerlandais et les Anglais).

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La « fleur de Noël » en Afrique du Sud est l’hortensia (Hydrangea macrophylla). Source: pxhere

Encore, les saisons étant inversées, leur choix de plantes de Noël est fort différent de celui des Européens et des Nord-Américains. Notamment, l’hortensia (Hydrangea macrophylla), bien connu dans l’hémisphère Nord pour sa floraison estivale, s’y appelle «Christmas flower» (fleur de Noël) et est probablement la plante de Noël la plus populaire! Par contre, on y trouvera quand même aussi des potées de poinsettias, les pépiniéristes locaux ayant réussi à les faire fleurir pour Noël en couvrant les serres de production de toiles noires à partir de 18 h pour assurer les jours courts nécessaires à l’initiation de leur floraison.

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Christmas bells (Sandersonia aurantiaca), une plante à bulbe. Source: http://www.alanjolliffe.com

Différentes plantes indigènes servent aussi de fleurs de Noël, notamment le «Christmas bush» (Pavetta spp.), les «Christmas bells» (Sandersonia aurantiaca) et le «Christmas berry» (Chironia baccifera) et aussi plusieurs plantes australiennes, car le climat des deux régions est similaire (lisez plus loin pour quelques exemples). Les Africains fêtent aussi Noël avec beaucoup de plantes qui sont pour nous des fleurs estivales, comme les marguerites, les roses et les zinnias.

Le sapin de Noël est bien populaire en Afrique du Sud, mais on utilise plutôt à cette fin des conifères adaptés aux conditions locales, comme le cyprès (Cupressus spp., notamment C. macrocarpa), le cryptoméria du Japon (Cryptomeria japonica) et divers pins (Pinus spp.).

Australie

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Sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla). Source: AlfredSin, flickr

En Australie, le «sapin» de Noël traditionnel est le sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla). Si, dans l’hémisphère Nord, on l’utilise surtout comme plante d’intérieur et qu’il y dépasse rarement 1,5 m de hauteur, dans son Australie natale, il peut éventuellement atteindre jusqu’à 65 m de hauteur, soit l’équivalant de 20 étages! On utilise aussi d’autres conifères venant d’autres parties du monde comme arbres de Noël, notamment différents pins.

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Australian Christmas tree (Nuytsia floribunda). Source: JarrahTree, Wikimedia Commons

Et les Australiens ont leur propre «Australian Christmas tree» (arbre de Noël australien), Nuytsia floribunda, mais il ne s’agit pas d’un conifère, mais plutôt d’un feuillu. D’ailleurs, c’est un arbre parasite (ou plutôt hémiparasite, puisqu’il fait de la photosynthèse) qui soutire la majeure partie de son eau et de ses minéraux des plantes avoisinantes! Il produit des épis mousseux de fleurs jaune orange dans le temps des Fêtes.

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L’un des arbustes de Noël australiens (Ceratopetalum gummiferum). Source: gdaymateowyagoin, flickr

Aussi, chaque État australien semble avoir son propre «Christmas bush» (arbuste de Noël), toujours un arbuste indigène qui produit des masses de fleurs ou de fruits colorés à la bonne saison, dont Correa spp., Chromolaena odorata, Ceratopetalum gummiferum et Prosanthera laisanthos. Et plusieurs bulbes qui fleurissent à Noël sont populaires, notamment divers Blandfordia, qui portent le nom de «Christmas bells». Et l’Australie a aussi sa propre orchidée de Noël: Calanthe triplicata, une espèce indigène.

Nouvelle-Zélande

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Le New Zealand Christmas tree (Meterosideros excelsa). Source: Ed323, Wikimedia Commons

Parlez d’arbre de Noël à un Néozélandais et il pensera non pas à un conifère, mais au Meterosideros excelsa, un arbre feuillu au port arrondi, qui se couvre de fleurs plumeuses rouges à Noël. On l’appelle «New Zealand Christmas Tree» ou «pōhutukawa». Et l’alstroemère perroquet (Alstroemeria psittacina), un bulbe introduit qui produit des fleurs tubulaires rouges à pointe verte, est couramment cultivé sous le nom de «New Zealand Christmas Bells» (cloches de Noël néozélandaises).


Donc, où que vous voyagiez à travers le monde, il y a toujours des fleurs et des plantes associées à Noël. Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à m’en faire part à jardinierparesseux@gmail.com.20171224A HC

L’orchidée de Darwin

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Orchidée de Darwin (Angraecum sesquipedale) avec son long éperon vue à l’Orchidofolie.

Lors de l’Orchidofolie, exposition annuelle des Orchidophiles de Québec, tenu les 8 et 9 avril 2017, j’ai vu une orchidée assez exceptionnelle. Je l’ai reconnu instantanément: c’était l’orchidée de Darwin (Angraecum sesquipedale). Et comment ne pas le remarquer, avec son long éperon vert qui s’élance vers le bas? C’est une belle orchidée, certes, avec de grosses fleurs blanches, parfumée la nuit de surcroît. Cependant, son histoire est encore plus fascinante.

Une découverte surprenante

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Louis-Marie Aubert du Petit-Thouars. Illustration: Wikimedia Commons

En 1798, le botaniste français Louis-Marie Aubert du Petit-Thouars découvre au Madagascar une orchidée à grosses fleurs blanches portant un très long éperon. Il ne nomme la plante que 25 ans plus tard, en 1822, l’appelant Angraecum sesquipedale. Angraecum vient du mot malais pour orchidée, «angrek», alors que sesquipedale fait référence au très long éperon et veut dire «un pied et demi », soit 45 cm. Effectivement, si on compte le labelle dont l’éperon est une extension, il atteint de 30 à 45 cm de longueur.

Une prédiction qui se réalise

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Charles Darwin. Photo: Elliot & Fry, Wikimedia Commons

En 1862, un orchidophile britannique envoie des spécimens fleuris de cette plante, alors appelée couramment étoile de Madagascar, à Charles Darwin. L’éperon, le plus long dans le monde végétal, fascine le célèbre homme de science et père de la biologie moderne.

Voyez-vous, chez les fleurs, un tel éperon, aussi appelé nectaire ou éperon nectarifère, est une projection de la fleur qui contient du nectar et une fleur ne produit du nectar que pour attirer un pollinisateur. Ainsi un insecte ou autre pollinisateur vient aspirer le nectar et, ce faisant, ramasse du pollen qu’il déposera tout aussi accidentellement lors qu’il visite une autre fleur (de la même espèce, on espère).

Mais seulement les insectes à longue trompe ont accès aux éperons. Ainsi la plante s’assure d’une certaine fidélité dans sa pollinisation: elle présélectionne les pollinisateurs, éliminant ceux moins portés à assurer sa fécondation.

Mais l’éperon démesuré de l’étoile de Madagascar ne contient du nectar que dans les derniers centimètres de son extrémité. À quoi pouvait bien servir du nectar placé aussi loin des pollinies de la fleur?

Darwin le devine presque tout de suite. Il annonce qu’il est désormais certain qu’on trouvera, au Madagascar, un papillon de nuit avec une trompe d’au moins 22 cm de longueur et qui sera alors capable d’atteindre le nectar au fond de l’éperon. (Pourquoi spécifie-t-il un papillon de nuit? C’est parce que la fleur est blanche et dégage un parfum nocturne intense, une combinaison classique des fleurs pollinisées par les papillons nocturnes.)

La prédiction est accueillie avec beaucoup de scepticisme par la communauté scientifique de l’époque. Mais Darwin avait raison.

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Sphinx de Darwin (Xanthopan morganii praedicta). Photo: Esculapio, Wikimedia Commons

En 1903, 40 ans plus tard, et bien après la mort de Darwin en 1882, un tel papillon fut identifié. Le sphinx de Darwin (Xanthopan morganii praedicta), effectivement un papillon de nuit, a une trompe de 22 cm qu’il porte enroulé. Le sphinx approche d’abord la fleur, attiré par son odeur, puis une fois qu’il l’a inspectée, probablement pour bien l’identifier, recule de plus de 30 cm, allonge sa trompe, puis se rapproche pour l’enfoncer jusqu’au fond de l’éperon. Pour siroter le nectar, il doit avoir la tête dans la fleur, où il ramasse par inadvertance la pollinie (masse de pollen) qu’il transportera plus tard à une autre orchidée de Darwin, assurant sa fécondation.

Curieusement, même en 1903, la relation ne pouvait qu’être postulée: personne n’avait encore vu un sphinx polliniser une fleur d’Angraecum sesquipedale. Il a fallu presque un siècle de plus, en 1992, avant qu’une équipe de chercheurs de l’université d’Erlangue réussisse à prendre une photo d’un sphinx en action!

Le sphinx de Darwin est l’unique pollinisateur de ce qu’on appelle désormais l’orchidée de Darwin. Les deux ont d’ailleurs coévolué, chacun s’adaptant à la forme de l’autre pour assurer une symbiose parfaite.

N’est-ce pas que la nature est merveilleuse?IMG_2665