Le perce-neige: pour des fleurs tôt, tôt, tôt

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Allez dans une jardinerie à cette saison et vous verrez des étalages presque sans fin de bulbes à floraison printanière — tulipes, narcisses, jacinthes, etc. — chacun plus désirable que l’autre. Des plantes hautes ou basses, hâtives ou tardives, doubles ou simples… et dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ces plantes populaires assureront un feu roulant de couleurs au printemps: il suffit de les planter à l’automne, voilà tout. Mais il y a aussi, dans les mêmes étalages, des bulbes un peu moins voyants, aux couleurs un peu plus modestes, qui sont moins connus des jardiniers. Moins connus, mais pas moins intéressants. Et l’un de ses «bulbes négligés» est le perce-neige.

Perce-neige commun (Galanthus nivalis). Photo: http://www.crocus.co.uk

Allez dans une jardinerie à cette saison et vous verrez des étalages presque sans fin de bulbes à floraison printanière — tulipes, narcisses, jacinthes, etc. — tous plus désirables les uns que les autres. Des plantes hautes ou basses, hâtives ou tardives, doubles ou simples… et dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ces plantes populaires assureront un feu roulant de couleurs au printemps: il suffit de les planter à l’automne, voilà tout.

Mais il y a aussi, dans les mêmes étalages, des bulbes un peu moins voyants, aux couleurs un peu plus modestes, qui sont moins connus des jardiniers. Moins connus, mais pas moins intéressants. Et l’un de ces «bulbes négligés» est le perce-neige.

Une petite plante qui a fait le tour du monde

Distribution des différentes espèces de Galanthus. Ill.: Nalagtus, Wikimedia Commons

Le nom «perce-neige» désigne toute plante du genre Galanthus, un genre d’environ 20 plantes bulbeuses assez similaires, toutes originaires d’Europe ou d’Asie. L’espèce la plus couramment cultivée est le perce-neige commun, Galanthus nivalis, originaire d’Europe. C’est d’ailleurs une des plantes les plus largement distribuées du continent et elle y forme des tapis blancs au printemps à la fonte des neiges.

Le nom Galanthus vient du grec: gala veut dire lait, et anthis, fleur, une référence à la couleur blanc lait de la fleur.

Le perce-neige fleurit souvent à travers la neige. Photo: auntiedogmasgardenspot.wordpress.com

Il s’agit d’une plante à bulbe, donc possédant un petit «oignon» que l’on plante à l’automne. La plante pousse sous la neige durant l’hiver et est ainsi prête à fleurir dès que celle-ci fond. D’où son nom commun, perce-neige, car c’est une des premières fleurs du printemps. En Europe, on le considère comme une plante à floraison hivernale, car il fleurit habituellement en janvier ou février. Au Québec, où je vis, la floraison a habituellement lieu en avril ou mai, mais débute parfois à la fin de mars dans les emplacements où la neige fond de bonne heure. Elle dure longtemps: 3 semaines et davantage. Plus le printemps est froid, plus longtemps la floraison persiste.

Ne pas confondre

Nivéole du printemps (Leucolum vernum) à gauche et perce-neige commun (Galanthus nivales) à droite. Photo: powo.science.kew.org & http://www.easytogrowbulbs.com

Ne confondez pas les perce-neiges (genre Galanthus) avec les nivéoles (genre Leucojum), un autre bulbe à floraison printanière. Les deux sont apparentés, appartenant tous deux à la famille des Amaryllidacées, mais les perce-neiges portent trois sépales blancs bien séparés, comme une hélice, avec une couronne blanc et vert au centre, alors que les tépales des nivéoles forment une coupe blanche avec un point vert à l’extrémité de chacun. De plus, les nivéoles sont des plantes de plus grande taille qui fleurissent plus tard dans la saison que les perce-neiges.

Une description

Le perce-neige commun est une plante toute simple: chaque bulbe ne produit que 2 feuilles étroites graminiformes qui sortent en même temps que les fleurs. Elles continuent de pousser après la floraison, atteignant 15 cm de longueur.

C’est une fleur toute simple: trois sépales blancs et une couronne blanche marquée de vert. Photo: André Karwath, Wikimedia Commons

La fleur unique est portée sur une tige arquée d’environ 10 cm de hauteur et pend sur un mince pédicelle. Elle est composée d’un ovaire ovale vert suspendu qui se termine en trois sépales blanc pur de bonne longueur et d’une couronne intérieure plus courte (en fait, trois pétales très rapprochés) et souvent peu visible lorsque la fleur est vue de haut. La couronne est blanche marquée de vert à son extrémité. 

Un seul bulbe formera une petite colonie avec les années. Photo: http://www.whiteflowerfarm.com

Le bulbe se divise annuellement et donc, en peu de temps, ce qui était à l’origine un seul bulbe devient une petite colonie. Alors, l’effet s’améliore avec le temps. Le perce-neige est très longévif et fleurira annuellement pendant jusqu’à 150 ans au même endroit. 

Le perce-neige est peu touché par les prédateurs: même les écureuils, si friands des bulbes de tulipes, l’évitent… et tant mieux pour eux, car les bulbes des perce-neiges sont toxiques. Malgré cette toxicité, le perce-neige est utilisé en médecine depuis fort longtemps et est sous étude pour ses effets contre la maladie d’Alzheimer. N’essayez pas les traitements maison! Il faut savoir bien doser la plante pour éviter tout effet nocif.

Plantez sans tarder

Les bulbes de perce-neige doivent avoir cette apparence au moment de la plantation. S’ils sont ratatinés et secs, retournez-les au magasin! Photo: wimastergardener.org

Plantez les perce-neiges peu après leur arrivée en magasin, soit entre le début de septembre et la mi-octobre. On les plante à environ 8 à 10 cm de profondeur et autant d’espacement. Pour un bel effet, plantez-les par groupes d’au moins 10 bulbes. 

Le perce-neige se plaît dans tout sol bien drainé, tant qu’il y a un peu de soleil printanier. Il peut donc pousser sous des arbres à feuilles caduques, car le soleil pénètre à leur pied au printemps. Le perce-neige est totalement indifférent à l’ombre estivale, car son feuillage jaunit et disparaît avant que le déploiement des feuilles des arbres ne débute. Il se pérennise bien dans les sous-bois et dans le gazon dans les zones 3 à 8. 

Théoriquement, les perce-neiges se répandent avec le temps par semis spontané. Photo: Lisa Stewart, @LGSpace

Théoriquement, aussi, les perce-neiges se ressèment abondamment… mais pas chez moi. Alors que les scilles (Scilla sibiricaS. bifoliaS. mischtschenkoana et autres), les gloires des neiges (différentes espèces de Chionodoxa) et les puschkinias (Puschkinia scilloides) se multiplient à qui mieux mieux dans mes plates-bandes et ma pelouse, les perce-neiges restent sagement là où je les ai plantés, se contenant de former des touffes de plus en plus larges. Pour en avoir d’autres, je dois les multiplier par division, facile à faire au moment où le feuillage jaunit à la fin du printemps. Vous n’avez pas à remiser les bulbes récoltés jusqu’à l’automne avant de les planter (une idée fausse, mais bien ancrée chez les jardiniers amateurs): il est beaucoup plus facile de les replanter immédiatement après la récolte. 

Aucun arrosage ni fertilisation n’est habituellement nécessaire pour les perce-neiges: en fait, après la plantation initiale, le perce-neige n’exige aucun entretien! 

Une fleur coupée aussi!

Le premier bouquet de la saison! Photo: Lori Aab, pinterest.ca

Enfin, on peut aussi faire de petits bouquets de perce-neiges quand ils sont en fleurs tôt au printemps. Vous découvrirez alors que les fleurs sont doucement parfumées, un détail qui nous échappe habituellement quand les perce-neiges poussent au sol, loin de nos narines.

Variétés

Galanthus nivalis ‘Flore-Pleno’ produit des fleurs doubles… pas toujours évident à voir quand on regarde d’en haut les fleurs penchées. Photo: http://www.ebay.co.uk

Les différentes espèces de perce-neige se ressemblent beaucoup et il n’est donc pas nécessaire de dépenser de l’argent pour l’achat de variétés plus rares à moins d’être collectionneur: dans la plupart des cas, le perce-neige commun (G. nivalis) suffit. Il y a quand même une variété à fleurs doubles du perce-neige commun appelée G. nivalis ‘Flore-Pleno’ que vous pourriez trouver intéressante, ou encore, une espèce plus grande, le perce-neige géant (G. elwesii), qui pourrait peut-être vous tenter. Mais je trouve que ce dernier porte mal son nom commun, car le «géant» ne mesure qu’environ 20 cm de hauteur! Parfois, je vois aussi en magasin G. woronowii, environ de la taille du perce-neige commun, mais à feuilles plus larges.

Le cultivar ‘Wendy’s Gold’ produit des fleurs jaunes et blanches. Photo: katob427.com

Si le choix est plutôt maigre dans les jardineries locales au Canada, les Américains et surtout les Européens profitent d’un choix beaucoup plus vaste d’espèces et d’hybrides: ‘Dionysus’, ‘Hippolyta’, ‘Magnet’, ‘Mount Everest’, ‘Wendy’s Gold’, etc. On y trouve même des galanthophiles, amateurs de perce-neiges qui collectionnent les hybrides les plus récents et les plus rares. J’ai déjà visité le jardin printanier d’une galanthophile américaine au Maryland: j’ai été ébahi par toute la variété que ce simple petit bulbe pouvait offrir! 

Où en trouver?

Voici la meilleure source que je connaisse au Canada: Phoenix Perennials, mais le choix est quand même plutôt mince.

En Europe, il y a beaucoup plus de choix, surtout en Suisse et au Royaume-Uni. Essayez North Green Snowdrops ou Swiss Drops

Aux États-Unis, la meilleure source est probablement Carolyn’s Shade Gardens.


Le perce-neige: facile à cultiver, bon marché et résultats garantis. Que demander de plus d’un bulbe à floraison printanière?

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À chaque mois sa plante, octobre 2019: le cymbidium

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L’histoire du cymbidium 

Les tiges se cachent dans une jungle de tendres feuilles vertes. Et ces tiges plient presque sous le poids des fleurs. Le cymbidium (Cymbidium spp.) fleurit durant quatre à six semaines avec un flambeau de fleurs en rouge, violet, rose, orange, jaune, vert ou bicolore qui dégagent parfois un agréable parfum. Sa taille imposante et son apparence valent au cymbidium d’être qualifié de «reine des orchidées». C’est une plante saisonnière uniquement disponible en automne et en hiver… ce qui la rend encore plus désirée!

Origine

Le cymbidium a l’air d’une plante tropicale, mais il est en fait originaire de régions assez froides. Cette orchidée sait survivre sur les versants sud de la chaîne de l’Himalaya où elle pousse parfois en épiphyte (sur des troncs d’arbre), mais surtout sur des roches ou même en pleine terre, ce qui est inhabituel pour une orchidée. Même sur ces sols rocailleux et peu fertiles, sous les nuits froides de la montagne et sous les rayons du soleil les plus intenses, le cymbidium est toujours en mesure de nous offrir ses fleurs élégantes et mystérieuses. Cela en fait une plante très robuste qui résiste très bien au «climat rude» de nos intérieurs!

Assortiment de cymbidiums

Les couleurs de la lèvre de la fleur contrastent souvent avec celle des sépales.

Le cymbidium vient dans de nombreuses couleurs, du blanc crème au vert en passant par le marron, le rouge, le jaune, le rose et le blanc pur. Les tépales peuvent être unis, rayés ou tachetés. La couleur de la lèvre varie également et contraste souvent avec la couleur des tépales. La pointe du pistil, par contre, est toujours blanche. 

La plante pousse lentement et met environ cinq ans pour passer d’un simple semis à une plante fleurie. Cela fait de cette orchidée une plante très précieuse. 

Vous trouverez parfois de grands cymbidiums de 90 cm de hauteur et plus, mais normalement ce sont les cymbidiums dits miniatures, d’environ 45 à 60 cm de hauteur, qui sont proposés. Certains portent une tige florale retombante et sont alors utilisés en suspension.

Une fleur coupée aussi

Si les fleurs de cymbidium vous paraissent familières, c’est que cette plante est très utilisée dans la fleuristerie comme fleur coupée, notamment pour les corsages et boutonnières.

Que regarder lors de lachat d’un cymbidium

La gamme de couleurs est presque complète chez le cymbidium: choisissez alors votre teinte préférée!
  • Les cymbidiums sont généralement proposés de septembre à mars. 
  • En cherchant une variété convenable, prêtez attention à la taille du pot, au nombre de tiges florales par plante, au nombre de boutons et de fleurs par tige et à la couleur et au dessin des fleurs et de la lèvre. Idéalement, prenez une plante surtout en boutons, car cela indique qu’elle n’est qu’au début de la floraison, alors qu’un spécimen pleinement fleuri peut être vers la fin de son spectacle. Par contre, il est bien de choisir une plante portant au moins une fleur ouverte pour vous assurer que sa coloration vous plaît. 
  • Recherchez un cymbidium capable de se tenir debout dans son pot sans que vous soyez obligé de lester le pot avec du gravier, car les fleurs sont souvent très pesantes. 
  • Vérifiez l’état des fleurs et des feuilles, car elles sont parfois abîmées lors du transport. Souvent, le producteur insère des tuteurs dans le pot pour que les tiges florales ne cassent pas lors des déplacements. Vous pouvez les enlever à la maison si vous cherchez un port moins rigide. 
  • La fleur peut être affectée par le botrytis (moisissure grise). De plus, les plantes peuvent être endommagées par le froid, surtout en hiver. Les tissus atteints deviennent alors vitreux ou se décolorent.
  • Assurez-vous de l’absence d’insectes tels que les cochenilles et les araignées rouges.

Conseil de soins

Offrez un bon éclairage, mais évitez le soleil chaud.
  • Pendant la floraison, le cymbidium aime les endroits où la lumière est indirecte. Visez également une humidité ambiante de 40 à 70%.
  • Arrosez quand le terreau est sec, habituellement en immergeant le pot dans de l’eau tiède durant une demi-heure. Un arrosage toutes les deux semaines est normalement suffisant.
  • La plante est trop grande pour l’immersion? Arrosez-la alors modérément par le haut une fois par semaine, tout en veillant à ce que les racines ne trempent pas dans l’eau.
  • Vous pouvez ajouter de l’engrais tout usage à l’eau d’immersion ou d’arrosage une fois par mois. 
  • Lorsque le cymbidium a fini de fleurir, supprimez les tiges florales. 
  • Pour stimuler une autre floraison, placez la plante dans un endroit plus frais et plus ensoleillé. Il faut normalement des températures de 10 à 15 °C pour stimuler la plante à fleurir de nouveau, difficiles à donner dans la maison. Typiquement, alors, on place les cymbidiums à l’extérieur pendant l’été et on ne les rentre que lorsqu’il y a menace de gel tard à l’automne. Sous les climats doux, on peut même les laisser en plein air à l’année.
  • Rempotez tous les trois ans environ, après la floraison. Les terreaux pour orchidées traditionnels sont toutefois trop aérés pour cette plante semi-terrestre. Ajoutez-y 20% de perlite et de tourbe pour les densifier ou achetez sur Internet un terreau spécifiquement élaboré pour les cymbidiums.

Conseils pratiques pour la présentation 

Pour un effet ravissant, multipliez le nombre de plants!

Le cymbidium est une plante spectaculaire pour fêter le retour de la vie à l’intérieur. Sa disponibilité saisonnière et donc limitée en refait une découverte annuelle pour l’amateur de plantes d’intérieur. En outre, la plante est proposée dans les belles couleurs tendance de l’automne. 

Sa taille est souvent suffisamment grande pour pouvoir le placer sur le plancher dans un beau cache-pot, sinon, soulignez la beauté des spécimens plus petits en les entourant de plantes vertes. Et si votre budget le permet, présentez-en plusieurs de diverses tailles et hauteurs. 

Le cymbidium est une orchidée vraiment extraordinaire convenant à tous les décors. À découvrir absolument!

Cet article est adapté d’un communiqué de www.maplantemonbonheur.fr.
Styliste: Elize Eveleens, Klimprodukties.

Que faire d’un nymphéa tropical l’hiver?

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Nymphéas tropicaux. Photo: http://www.aquascape.com

Du point de vue du jardinier, il y a deux grandes catégories de nymphéas (Nymphaea spp.): les nymphéas rustiques, qui tolèrent le froid et qui peuvent alors hiverner dans un jardin d’eau pendant l’hiver dans les régions tempérées (du moins, tant que l’eau ne gèle pas complètement), et les nymphéas tropicaux, qui ne tolèrent pas le froid, mais pas du tout!

Et les nymphéas tropicaux sont spectaculaires, fleurissant plus abondamment et plus longtemps que les nymphéas rustiques, avec des fleurs souvent plus grosses et plus parfumées. Il est difficile de résister à leur charme! Mais qu’en faire l’hiver? À moins de vivre sous un climat très doux ou même tropical (les zones de rusticité 9 à 12), la situation ne paraît pas très rose.

Le conseil des experts

Gel gagnant un étang de nymphéas. Photo: http://www.klehm.org

Le conseil habituel des experts est de les laisser geler, car il n’est pas facile de conserver les nymphéas tropicaux l’hiver. La plupart des catalogues de plantes aquatiques sont d’accord sur ce point: il vaut mieux traiter les nymphéas tropicaux comme des annuelles. Jetez-les à l’automne et, au début de l’été, il suffira alors d’en acheter d’autres. 

Voilà qui est parfait si votre budget vous permet une telle largesse, mais ce sont des plantes coûteuses. N’existe-t-il pas d’autres options?

Oui, heureusement. Il y a même deux options. Vous pouvez soit les mettre en dormance et les garder «au sec» (relativement parlant) dans un sous-sol, soit les maintenir en croissance dans une pièce chauffée et bien éclairée. 

Nymphéas tropicaux en dormance

Même dans la nature, les nymphéas tropicaux ont généralement une période de dormance où ils perdent leur feuillage et leurs fleurs et se retirent pendant quelques mois sous l’eau. Parfois, cela correspond à une période de l’année où les températures sont plus fraîches. Ou alors, cela peut correspondre à la saison sèche où leur étang s’assèche en partie ou complètement. Vous pouvez essayer de provoquer une telle dormance à la maison.

Dans ce cas, entrez le pot après que le gel ait tué le feuillage. À ce point, l’eau sera devenue froide et la plante sera déjà en dormance. 

Supprimez le feuillage avant d’entrer la plante. Scellez la plante dans son pot dans un sac de plastique transparent. Placez le tout à l’ombre à une température minimale de 15 °C, peut-être dans un sous-sol. Surveillez l’humidité pendant tout l’hiver: il faut garder le terreau humide en tout temps, mais pas détrempé. (Même en dormance, la plante ne tolérera pas la sécheresse.)

En avril, il est temps de réveiller votre nymphéa tropical. Photo: waterlily-lotus.eu

En avril, il sera temps de réveiller la plante. Placez alors la potée dans un aquarium ou sous l’eau dans un bac ou un seau. Utilisez un chauffe-aquarium pour garder l’eau à 20 °C ou plus, signalant à la plante qu’il est temps de se réveiller. Bientôt, de nouvelles feuilles monteront à la surface.

Au début de l’été, quand l’eau de votre bassin aura atteint environ 20 °C, vous pourrez réintroduire la plante dans son milieu de séjour estival. 

Nymphéas tropicaux en croissance

L’autre méthode consiste à les conserver en croissance durant la majeure partie de l’hiver. 

On peut garder un nymphéa tropical en croissance l’hiver sous un éclairage intense et une bonne chaleur. Photo: Star-Advertiser

Dans ce cas, n’attendez pas le gel: rentrez la plante pendant que l’eau du bassin est encore tiède.

Placez alors le pot dans un bac sans trous de drainage et gardez-le rempli d’eau. Il faut un éclairage maximal et des températures estivales, donc peut-être dans une serre ou sous un éclairage artificiel intense. Maintenez une température minimale de l’eau de 20 °C. À cette fin, l’aide d’un chauffe-aquarium peut être nécessaire. 

Sous ces conditions, souvent la plante continue de pousser et même de fleurir jusqu’au début de l’hiver (vers Noël), mais il ne faut pas vous inquiéter si, par la suite, elle passe par une courte période de dormance. Si oui, elle recommencera un nouveau cycle de croissance et de floraison quelques semaines plus tard. 

Encore une fois, attendez que l’eau de votre bassin soit réchauffée à au moins 20 °C avant de replacer le nymphéa à l’extérieur pour l’été.


Les nymphéas tropicaux sont si charmants qu’ils méritent bien quelques soins spéciaux pendant les mois d’hiver, n’est-ce pas?

10 faits fascinants au sujet des bulbes

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Ill.: http://www.pinclipart.com & http://www.freeiconspng.com

Pour la plupart des jardiniers, l’automne rime avec plantation de bulbes. Alors que nos autres plantes se mettent en dormance et révèlent alors des espaces vides dans nos plates-bandes, nous pouvons profiter de leur déchéance pour combler les espaces libérés avec de magnifiques bulbes à floraison printanière comme les tulipes, les narcisses, les crocus et les jacinthes. Et ils sont si facilement disponibles, à la fois en ligne, dans les jardineries et même dans les supermarchés!

Donc, pour vous mettre davantage dans l’ambiance de la saison de plantation des bulbes, voici quelques informations intéressantes à leur sujet, des détails que vous ne saviez peut-être pas.

Quelques organes néophytes. Ill.: http://www.grossestruffes.com

1. Tous les «bulbes» ne sont pas des bulbes véritables. Les vrais bulbes sont composés d’une tige verticale souterraine entourée d’écailles (feuilles modifiées) utilisées pour le stockage d’aliments. (Pensez à un oignon, avec ses multiples couches de feuilles charnues). Les plantes de la famille du lis (tulipes, lis, muscaris, etc.) et de l’amaryllis (narcisses, amaryllis, oignon, etc.) produisent souvent de véritables bulbes. D’autres plantes, toutefois, ont développé différents organes de stockage souterrains: cormes, tubercules, rhizomes, racines charnues et bien d’autres. Le terme correct pour toutes les plantes qui produisent un organe d’emmagasinage souterrain est «géophyte»… mais personne ne vous grondera si vous les appelez tous bulbes!

Champs de bulbes aux Pays-Bas. Photo: boatbiketours.com

2. Le Royaume des Pays-Bas (la Hollande) est le pays qui produit la plus grande quantité de bulbes, représentant environ 77% de l’offre mondiale. Quelque 4,2 milliards de bulbes y sont cultivés chaque année, dont la moitié est exportée. Les bulbes néerlandais sont vendus à travers le monde.

La plupart des bulbes sont cultivés pour la fleur coupée. Photo: http://www.flowerfox.com.au

3. La plupart des bulbes de fleurs ne sont pas vendus pour la plantation en pleine terre dans les jardins domestiques, mais plutôt pour la plantation en serre pour la production de fleurs coupées dans l’industrie de la fleuristerie. Dans certains cas, comme pour les tulipes et les glaïeuls, plus de 90% des bulbes cultivés sont utilisés comme fleurs coupées.

4. Presque tous les bulbes à floraison printanière ont besoin d’un long et froid hiver pour s’épanouir. Il demeure quand même possible de cultiver ces bulbes, dont les tulipes, les jacinthes et les narcisses, dans les régions tropicales et subtropicales, mais alors, il faut les empoter et les placer dans un entrepôt frigorifique pendant plusieurs mois. Lorsqu’ils sont exposés à la lumière et à la chaleur de nouveau après ce traitement au froid, ils fleurissent. On appelle cette façon de stimuler une floraison, en faisant subir à la plante un traitement au froid, le forçage.

5. Bien que les Pays-Bas soient aujourd’hui réputés pour leur production de bulbes, en fait, aucun bulbe n’est indigène dans ce pays. D’ailleurs, dans la plus grande partie du pays, le sol est trop humide au cours de l’été pour que les bulbes puissent y survivre. Ainsi, les bulbes doivent être déterrés à la fin du printemps et replantés à l’automne. Toutes les variétés de bulbes actuellement cultivés aux Pays-Bas — y compris leurs fameuses tulipes! – ont été importées à l’origine d’autres pays.

L’écureuil gris aime bien les bulbes de tulipe et de crocus, mais déteste les bulbes de narcisse et de jacinthe. Photo: Pixabay

6. L’écureuil gris (Sciurus carolinensis) est un prédateur sérieux des bulbes et a malheureusement été introduit dans les régions tempérées du monde entier (France, Angleterre, Japon, etc.). Là où les écureuils posent un problème, il suffit de choisir des bulbes qu’ils n’aiment pas. En fait, ils n’apprécient vraiment que les tulipes et les crocus. La plupart des autres bulbes (narcisses, jacinthes, perce-neiges, etc.) ont un goût que les écureuils n’apprécient pas ou encore, sont toxiques pour eux. Ils peuvent parfois déterrer ou grignoter un bulbe non approprié, mais ils apprennent rapidement à les laisser tranquilles… pour se concentrer sur les tulipes et les crocus.

Le corme de l’arum titanum est le «bulbe» le plus pesant au monde. Photo: www-eiu-edu

7. Le «bulbe» le plus pesant au monde est le corme de l’arum titan (Amorphophllus titanum). Le record pour cet organe est tenu par un spécimen de 154 kg cultivé au Jardin botanique royal d’Édimbourg en 2015. La plante est tout aussi gigantesque que son bulbe, son unique feuille pouvant atteindre 7 m de hauteur et 5 m d’envergure.

8. Les bulbes se plantent eux-mêmes! La plupart ont des racines contractiles: au fur et à mesure de leur croissance, les racines descendent en profondeur, puis tirent le bulbe vers le bas. Au bout de quelques années, le bulbe finit par atteindre la profondeur appropriée pour son espèce, selon les conditions.

Un seul bulbe de la tulipe cassée ‘Semper Augustus’ s’est vendu pour 10 000 florins en 1633: environ le coût d’un grande domaine à la campagne de nos jours. Ill.: Anonyme, Wikimedia Commons

9. Jadis fort réputées, les tulipes cassées (celles aux fleurs striées, à l’instar du vieux cultivar ‘Semper Augustus’), souvent appelés tulipes Rembrandt pour le peintre qui aimait les incorporer à ses tableaux, sont causées par un virus non létal, mais facilement transmissible. En conséquence, la culture des tulipes cassées est illégale aux Pays-Bas.

10. Plusieurs bulbes de fleurs sont comestibles. Les tulipes, les cannas, les alliums, les lis, les muscaris, les dahlias et les camassias sont des exemples de bulbes que vous pouvez manger si vous le souhaitez, bien que vous trouverez sûrement que beaucoup, y compris les tulipes, nécessitent une certaine préparation avant d’être très intéressants à déguster. N’essayez pas n’importe quel bulbe, toutefois, car plusieurs sont toxiques, dont les narcisses, les jacinthes, les amaryllis, et surtout le soi-disant «quamash de la mort» (Zigadenus venenosus). 

Ail de Bulgarie: un bulbe à découvrir

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Ail de Bulgarie (Allium siculum). Photo: ellishollow.remarc.com.Photo:

L’un de mes bulbes préférés est l’ail de Bulgarie ou nectaroscordum (Allium siculum), mieux connu sous son ancien nom botanique, Nectaroscordum siculum ou peut-être sous le nom Nectaroscordum bulgaricum. (Des études d’ADN récentes démontrent que les deux sont essentiellement la même plante et qu’elles appartiennent toutes les deux au genre Allium, avec l’ail, l’oignon, le poireau et une multitude d’espèces ornementales. Le genre Nectaroscordum a donc été éliminé.)

Ce que j’aime le plus à propos de cette plante à bulbe est sa capacité à perdurer. J’ai planté 10 bulbes dans une plate-bande il y a 25 ans. Ils sont toujours là. Même, il y en a plus maintenant, car le bulbe se divise avec le temps et aussi, la plante se ressème dans une certaine mesure si vous ne supprimez pas les fleurs fanées. Ainsi, je peux compter sur la floraison des ails de Bulgarie année après année au début de l’été, peu après la fin de la saison de floraison des tulipes et des narcisses, soit vers la mi-juin au Québec, mais aussi tôt que le début de mai dans les régions au climat doux.

La coloration est plus intense à l’intérieur de la fleur, mais on ne voit cet effet qu’en penchant la tête. Photo: Dolly442, Wikimedia Commons.

L’ail de Bulgarie n’est pas le genre de plante dont la floraison est tellement saisissante que vous la voyez de loin. Je dirais plutôt que sa beauté est appréciable, mais subtile. Les clochettes cireuses retombantes sont portées à l’extrémité de minces pédicelles au sommet de tiges solides de 80 à 100 cm et leur couleur n’est pas très éclatante: vert pâle à crème avec une rayure violet assez délavé à l’extérieur. À l’intérieur, les couleurs sont beaucoup plus vives: crème avec une large bande violette, mais vous ne verrez l’intérieur de la fleur que si vous penchez la tête pour la regarder par le dessous. Malgré cela, l’effet est quand même très satisfaisant et l’apparence quand même curieuse de l’ombelle très aérée attire tout de même les regards.

Les fleurs se forment dans une gaine étroite pointue et dressée qui tombe à maturité. Les pédicelles se courbent vers le bas pendant la floraison, puis remontent vers le ciel quand ils produisent des capsules de graines. (L’ail de Bulgarie n’est pas le seul Allium à faire des mouvements curieux au cours de sa floraison. Pensez à l’ail commun qui dessine une spirale avec sa tige florale avant de se redresser!)

Le feuillage se tord curieusement. Photo: Mark McDonough, http://www.pacificbulbsociety.org

Le feuillage est également unique: les feuilles longues et lancéolées de couleur bleu-gris forment une touffe au sol mais, curieusement, ne sont pas aplaties comme elles paraissent à première vue, mais plutôt triangulaires en coupe transversale. De plus, elles se tordent à divers degrés au fur et à mesure de leur croissance. Il n’y a aucune autre plante avec des feuilles semblables et il est donc facile de reconnaître l’ail de Bulgarie bien avant la floraison.

Pas d’ennemis!

Une bonne nouvelle: aucun prédateur ne semble s’intéresser à l’ail de Bulgarie. Ni les cerfs, ni les lapins, ni les écureuils, qui se désintéressent totalement des bulbes. La teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella), cet insecte ennemi des oignons et poireaux de nos jardins, l’évite aussi. C’est que la plante est bien protégée contre les prédateurs. Quand on endommage ses feuilles, elle dégage instantanément une odeur d’ail très intense ainsi que des agents lacrymogènes encore beaucoup plus forts que ceux qui vous font pleurer en pelant son cousin, l’oignon. D’ailleurs, le seul animal qui semble se délecter de l’ail de Bulgarie est l’humain, car il est utilisé comme herbe culinaire dans certains pays, notamment en Bulgarie, d’où le nom commun.

Les abeilles adorent l’ail de Bulgarie. Photo: lcerevisia, http://www.flickr.com

Les fleurs, au contraire, ont une odeur agréable qui semble attirer bon nombre d’abeilles. D’ailleurs, son ancien nom botanique Nectaroscordum signifie «ail qui produit du nectar». Dans son aire d’origine, soit la région méditerranéenne, l’ail de Bulgarie est considéré comme une plante mellifère.

L’ail de Bulgarie est populaire auprès des fleuristes. Photo: Sophie, http://www.pinterest.at

Les fleurs sont très jolies en arrangement floral aussi. Notez que l’odeur désagréable provoquée en coupant la tige florale se dissipe aussitôt que vous plongez la tige dans l’eau.

Culture facile

Bulbes d’ail de Bulgarie. Photo: http://www.avonbulbs.co.uk

Les bulbes d’ail de Bulgarie sont offerts à l’automne et ne sont pas difficiles à trouver: même ma jardinerie locale en offre! Si vous n’en trouvez pas dans votre région, sachez que beaucoup de catalogues qui vendent des bulbes par correspondance les proposent aussi. 

Plantez les bulbes à environ 10 à 15 cm de profondeur et à 10 cm d’espacement dans un sol bien drainé de toute qualité, au soleil ou à l’ombre partielle. Les bulbes semblent prospérer dans les climats tempérés à doux, soit dans les zones de rusticité 4 à 10. Comme pour tous les bulbes à floraison printanière, feuilles et fleurs disparaissent après la floraison et la plante entre en dormance. 

Cette plante ne nécessite essentiellement aucun soin, sauf peut-être des arrosages occasionnels si vous la cultivez dans une région réellement aride et peut-être la suppression des fleurs fanées si vous voulez empêcher la plante de se ressemer.


L’ail de Bulgarie: curieux, attrayant, facile à cultiver et — si vous lisez cet article à l’automne — en vente actuellement dans une jardinerie près de chez vous!

Mauvaise herbe ou plante adventice?

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Si vous aimez une mauvaise herbe, elle n’est plus une mauvaise herbe! Ill.: http://www.delachauxetniestle.com

Il y a un courant de bienséance écologique qui essaie d’éradiquer le terme «mauvaise herbe». Après tout, disent ces personnes affables, il n’est pas gentil de dire du mal d’un être vivant et «mauvaise herbe» est un terme bien négatif. De plus, cette plante spontanée n’est pas nécessairement mauvaise dans toutes les situations. Un pissenlit, par exemple, est rarement aimé dans la pelouse, mais très apprécié quand on le sème comme légume à feuillage comestible ou comme plante médicinale. Et qu’est-ce qu’une mauvaise herbe, disent-ils, sinon une plante dont on n’a pas encore découvert les vertus? 

(En fait, je connais bien les vertus du pissenlit, mais ne tiens pas à le voir dominer mon potager!)

Il est donc devenu plus politiquement correct d’appeler ces plantes non pas «mauvaises herbes», mais «plantes adventices».

Quelle absurdité! 

Profession: malherbologue! Ill.: clipartstation.com & http://www.cleanpng.com

Des générations de jardiniers ont utilisé le terme «mauvaise herbe» et l’utilisent encore. D’ailleurs, que faire avec les termes «malherbolologie» et «malherbologue» si on élimine le terme mauvaise herbe?! Faut-il créer de nouveaux termes là aussi?! 

Tout le monde comprend le sens du mot mauvaise herbe, même si certaines personnes ne daignent plus l’utiliser. Et d’accord, si une plante est indésirable dans une situation X et considérée comme un légume ou une plante médicinale dans une situation Y, elle peut bien être à la fois mauvaise et utile, selon la circonstance. Où est le problème?

Pourquoi «plante adventice» ne convient pas

Quant à «plante adventice», le terme préconisé par les âmes sensibles de l’horticulture pour remplacer mauvaise herbe, il me semble qu’elle ne décrit pas ce que je désigne comme une mauvaise herbe. 

Toutes ces plantes, herbacées et arbres, poussent spontanément et sont donc adventices, mais je ne les appellerais pas mauvaises herbes. Photo: http://www.oceanaconservation.org

Une plante adventice, d’après la définition du dictionnaire, est une plante qui pousse dans un endroit sans y avoir été intentionnellement installée. D’accord, mais ce n’est pas parce qu’une plante arrive chez vous à l’improviste qu’elle n’est pas désirable. 

Chez moi, il y a quantité de plantes qui se sont installées sans que je les plante et qui sont donc adventices, mais que j’aime et que j’apprécie. Les myosotis, les molènes, les asters, etc. Elles ne sont pas des mauvaises herbes, puisque je les veux. Mais elles sont adventices puisque je ne les ai pas plantées. 

Et le contraire est aussi vrai: il y a plusieurs végétaux que j’ai plantés, mais qui se sont avérés incompatibles avec ma façon de jardinier, généralement parce qu’ils sont trop envahissants: pétasite du Japon, euphorbe petit-cyprès, etc. Ce ne sont pas des plantes adventices, puisque je les ai plantées, mais elles sont, à mes yeux, des plantes indésirables, donc des mauvaises herbes.

Et il y a un deuxième problème avec le terme plante adventice. Glissez ce terme dans une conversation et vous verrez bien que presque personne ne vous comprendra. Il me semble que la communication est l’art de se faire comprendre. Si 95% de la population ne comprend pas le sens d’un terme, quel est le but de l’utiliser?

Plante indésirable: peut-être le terme du compromis

Plante indésirable ou mauvaise herbe? Choisissez le terme que vous préférez! Photo: gobeyond.blog

Si vous n’êtes pas capable d’employer le terme mauvaise herbe de peur d’offusquer un pissenlit, peut-être que le terme «plante indésirable» conviendrait davantage? 

Il me semble que ce terme exprime bien l’idée d’une plante qu’on ne veut pas. Je l’utilise librement dans mes écrits comme synonyme de mauvaise herbe. Mais quand j’écris, mauvaise herbe demeure le terme de base.

Quand vous lisez mes écrits, donc, sachez que je n’ai pas peur d’insulter les plantes que je ne veux pas (et que la plupart des jardiniers ne veulent pas non plus) en les appelant mauvaises herbes. Parfois, dans la vie, il faut oublier la rectitude politique et appeler les choses par leur nom.

N.D.L.R. Texte adapté d’un billet originalement publié le 19 janvier 2016

Ces plantes qui se recouvrent de sable

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Abronie à feuilles larges montrant de jolies fleurs… et des feuilles recouvertes de sable. Photo: slandnature.ca

Personne n’aime avaler du sable. C’est une des raisons pour lesquelles nous rinçons le céleri avant de le manger. Et, apparemment, les autres animaux n’aiment pas plus le sable que les humains. C’est donc peut-être une des raisons pour lesquelles certaines plantes se couvrent de petites particules de roche.

Appelées plantes psammaphores, ces plantes curieuses vivent sur les plages et dans les déserts de sable du monde entier. Il en existe plus de 200 espèces dans quelque 88 genres. Ainsi, elles ne sont pas rares, mais si vous passez devant une, vous ne la remarquerez peut-être pas, car le sable camoufle parfois très bien ces plantes. Elles partagent toutes la même caractéristique: des feuilles collantes qui attrapent et retiennent le sable apporté par le vent.

Il y a plusieurs théories pour expliquer pourquoi ces plantes se recouvrent de sable. En voici six:

  1. C’est peut-être parce que cette couverture de sable les rend moins attrayantes pour les prédateurs qui n’aiment pas avaler du sable. 
  2. Peut-être que le revêtement de sable les camoufle et les cache de ces mêmes prédateurs. 
  3. Peut-être le sable reflète-t-il une partie de la lumière excessivement forte de ces milieux très exposés, gardant les feuilles plus au frais (si vous avez déjà essayé de marcher pieds nus sur une plage par une journée ensoleillée, vous comprendrez ce concept!).
  4. Le sable protège peut-être les plantes des rayons ultraviolets dommageables. 
  5. Un recouvrement de sable peut aider à protéger les feuilles des dommages lors de tempêtes de sable.
  6. Enfin, une théorie suggère que le sable aide la plante à absorber plus d’eau à partir de la rosée.

Deux hypothèses mises à l’épreuve

Comme il s’est avéré impossible d’éliminer tout le sable de la très épineuse navarretie à senteur de miel, les chercheurs en ont simplement ajouté plus! Photo: Eric LoPresti

Dans une étude publiée en 2016, Eric LoPresti et Richard Karban, de l’Université de Californie, ont testé deux plantes psammaphores californiennes, l’abronie à feuilles larges (Abronia latifolia) et la navarretie à senteur de miel (Navarretia mellita), afin de déterminer si les deux premières des hypothèses précédentes étaient fondées, soit si le revêtement de sable de ces plantes était un moyen de dissuasion pour les herbivores ou si cette couche de sable agissait surtout comme un camouflage.

Pour tester la première hypothèse, ils ont essuyé certaines abronies pour enlever toute trace de sable, laissant d’autres couvertes à titre de témoins. La navarretie s’est montrée moins commode: il s’est avéré impossible d’enlever tout le sable de ses feuilles épineuses. Alors, ils ont tout simplement enduit certaines navarreties de plus de sable afin de les comparer aux plantes normalement sablées. 

Les résultats ont été concluants. Les abronies libérées du sable étaient consommées deux fois plus souvent que les plantes couvertes de sable. Pour la navarretie, celles couvertes d’une quantité anormalement élevée de sable n’ont subi pratiquement aucun dommage: une seule plante sur 19 a eu quelques feuilles broutées, contre 8 sur 18 pour les plantes non traitées.

Pour vérifier si le camouflage était un facteur dans la prédation, ils ont encore nettoyé certaines abronies de tout sable, puis les ont recouvertes de sable vert d’environ la couleur des feuilles d’origine, ce qui les faisait ressortir des dunes de sable bronzé des environs. 

Il faut croire que l’effet camouflage n’est pas valable pour cette plante: les plantes recouvertes de sable vert n’étaient pas plus grignotées que celles revêtues de sable de couleur ordinaire.

Le désert du Namib possède le plus grand nombre de plantes psammaphores au monde. Voici Strumaria (Bokkeveldiawatermeyeri, une de ces espèces, presque parfaitement camouflée à mes yeux. Photo: Lotus-Salvinia.de, http://www.flickr.com

Ainsi, du moins pour l’abronie, la psammaphorie n’est pas liée au camouflage, mais plutôt à l’aversion pour la consommation de sable… ce qui ne veut pas dire que d’autres plantes psammaphores n’utilisent pas le sable comme camouflage.

Tout cela a du sens: on sait que les dents des animaux herbivores se nourrissant dans les zones sableuses s’usent plus rapidement que celles des mêmes espèces se nourrissant dans d’autres habitats, tellement qu’ils y meurent plus jeunes. Et soyons honnêtes ici: manger des plantes couvertes de sable est vraiment dégueulasse – c’est comme mâcher du papier de verre! – et en tant qu’herbivore, il me semble je suis bien placé pour l’affirmer!

Cultiver ses propres plantes psammaphores

Vous ne serez sûrement pas surpris d’apprendre que les plantes psammaphores n’ont pas la cote comme plantes ornementales… et encore moins comme légumes. Même, je ne connais aucune espèce de psammaphores qui est couramment cultivée. Apparemment, les jardiniers ne voient pas beaucoup de beauté dans les plantes couvertes de sable beige. 

Mais peut-être cet article pourrait-il servir de point de lancement pour une nouvelle tendance? Que diriez-vous de cultiver des plantes psammaphores, mais de remplacer le sable de couleur beige si ennuyeux qui recouvre ces plantes dans la nature par des brillants de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel? Ainsi, on pourrait vendre ces plantes désormais hautement pigmentées en jardinerie! 

Si vous trouvez des façons amusantes ou intrigantes de cultiver des plantes psammaphores, je me ferai un plaisir d’en publier les photos sur ce blogue!