Mythe horticole : poivron mâle ou femelle?

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La forme d‘un poivron n’a rien à voir avec son sexe. Photo: http://www.amazon.com

Question : Mon épicier m’a expliqué qu’il y avait des poivrons mâles et femelles, mais je ne me souviens pas de son explication. Comment peut-on les distinguer et comment cela affecte-t-il leur utilisation?

Linda R.

Réponse : En fait, il n’y a pas de poivron mâle ou femelle. C’est un mythe horticole. C’est regrettable que votre épicier le partage. Vous lui monterez le texte de ce blogue. 

D’après cette fausse croyance, un fruit à trois lobes est mâle, un fruit à quatre lobes est femelle. Photo: http://www.dadubuzz.fr

L’histoire derrière cette croyance est que la plupart des poivrons (Capsicum annuum) ont 4 lobes (bosses à la base du fruit, ou compartiments si vous les coupez), mais que parfois, on en trouve avec seulement 3 lobes qui paraissent alors plus longilignes. Or, le poivron à 4 lobes serait, d’après cette croyance, un poivron femelle et son goût serait plus doux, donc, plus intéressant à manger cru, comme dans les salades et les sandwichs. Le poivron à 3 lobes serait mâle, avec un goût plus intense, et conviendrait mieux à la cuisson.

Évidemment, c’est un non-sens et il est facile de le prouver. Il suffit d’ouvrir le fruit. 

Fruit supposément mâle (à trois lobes), mais bien enceinte (il y a des graines à l’intérieur)! Photo: http://www.instructables.com

Est-ce qu’il y a des graines à l’intérieur? Oui, bien sûr. Or, s’il y a des graines, résultat d’une pollinisation, le fruit ne peut pas être mâle. Un fruit mâle n’aurait pas de graines du tout.

En fait, on peut difficilement parler de sexe quand il s’agit d’un fruit. La fleur à l’origine du poivron, par contre, était bisexuée : mâle et femelle. Par extension, si vous voulez absolument donner un sexe à un fruit, le poivron aussi serait bisexué. 

Mais alors, le nombre de lobes ? 

Poivron à 7 lobes. Non, il n’est pas multisexe: c‘est juste une petite mutation sans importance et il demeure parfaitement comestible. Photo: Hai-yu, http://www.reddit.com

En fait, les poivrons et les piments (car les piments forts sont tout simplement des formes du très variable Capsicum annuum contenant plus de capsaïcine, un composé chimique qui irrite les papilles) peuvent avoir 1, 2, 3, 4, 5 ou 6 lobes, même plus. Le nombre est largement déterminé par la génétique de la plante. Le poivron typique, de forme plutôt cubique, a 4 lobes, mais produit parfois un fruit à 3 ou 5 lobes. Il existe des lignées de poivrons à 3 lobes (le poivron hongrois ou banane, par exemple, qui peut être fort ou doux, selon la lignée), mais ils sont moins connus. Et il est très courant de trouver, sur n’importe quelle plant de poivron, un fruit qui n’a pas le nombre normal de lobes pour la variété en question: une petite mutation sans importance.

La forme du fruit n’a aucun effet direct sur le goût et le fruit produit peut servir autant cru que cuit, peu importe le nombre de lobes. 

Chaque lignée de poivron (‘Olympus’, ‘California Wonder’, ‘Gourmet’, etc.) a son propre goût. Quand vous achetez des semences ou des plants pour votre potager, il suffit de lire la description pour voir si son goût vous conviendrait. 

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Une haie pour l’ombre en climat froid

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Haie d’if hybride (Taxus × media ‘Hicksii’). Photo: sublimegardendesign.com

Question : J’ai actuellement une haie de cèdres dans un endroit ombragé. Elle va très mal et certains plants sont morts. J’aimerais donc la remplacer par une haie qui pousse bien à l’ombre et au soleil et qui conserve ses feuilles l’hiver. Est-ce que l’if est un bon choix? Je réside en zone 5b. 

Jean-François Lebel

Réponse : Le choix d’arbustes tolérant l’ombre et qui conservent leurs feuilles l’hiver en climat froid est minimal. C’est vrai que l’if est un excellent choix, surtout l’if du Japon (Taxus cuspidata), qui est plus rustique que les autres (zones de rusticité 4a à 9), et qui pousse très bien à l’ombre et au soleil. Il en existe plusieurs cultivars, mais ‘Cuspidata’ et ‘Columnaris’ sont de bons choix, étant naturellement plus hauts que larges. Et l’if hybride (T. × media), un peu moins rustique (zones 5 à 9), peut quand même très bien convenir. Le cultivar ‘Hicksii’, à croissance bien dressée, fait une très bonne haie. Cependant, les ifs coûtent plusieurs fois plus cher que le «cèdre» (thuya, Thuja occidentalis). 

Haie de pruche (Tsuga canadensis). Photo: T. Davis Sydnor, The Ohio State University, Bugwood.org

Pensez aussi à la pruche du Canada ou tsuga du Canada (Tsuga canadensis), adaptée aux zones de rusticité 4a à 7. Nul besoin de chercher un cultivar coûteux : l’espèce conviendrait parfaitement. Il suffit de la tailler pour l’encourager à prendre la forme d’une haie.

Haie de buis (Buxus × ‘Green Mountain’). Photo: http://www.thetreecenter.com

Vous pourriez aussi essayer le buis. Pas le buis commun (Buxus sempervirens ‘Suffruticosa’), toutefois, soit le buis à haie classique qu’on utilise dans les grands jardins d’Europe, car il n’est pas aussi résistant au froid (zones 6 à 9). Cependant, certains cultivars sont plus rustiques, comme ‘Mont Bruno’ (zones 4b à 9), qui, à 1 m de hauteur, peut faire une haie naine. Et il existe aussi des buis hybrides plus rustiques qui peuvent faire une haie à feuillage persistant un peu plus haute (environ 1,5 m de hauteur). Deux bons choix sont B. × ‘Green Mountain’ et B. × ‘Green Velvet’, les deux adaptés aux zones 4b à 9. La croissance des buis est toutefois très lente et il faut avoir un peu de patience si vous voulez les utiliser en haie.

Haie de houx bleu (Ilex × meservae). Photo: http://www.quickhedge.com

Enfin, certains houx à feuillage persistant sont tout juste assez rustiques pour votre climat et peuvent pousser à l’ombre… ou du moins, à l’ombre partielle. C’est notamment le cas des houx bleus (Ilex × meservae), zones 5b à 9. Évitez les emplacements exposés aux vents hivernaux pour ces plantes à la limite de leur rusticité. 

D’où viennent les raisins sans pépins?

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Raisins sans pépins ‘Somerset’. Photo: Gurney’s

Question : Je suis un jardinier assez débutant, mais je cultive une vigne ‘Somerset’ avec beaucoup de succès depuis quelques années et je suis vraiment très fier de mes résultats. Deux boisseaux de fruits cet automne à partir d’un seul pied que je laisse pousser plus ou moins à sa guise! Mais les raisins sont sans pépins et cela m’intrigue. S’ils sont sans pépins, comment se reproduisent-ils? Et quelle est leur origine?

Sam

Réponse : La réponse à la première question est assez simple : les vignes sans pépins ne se reproduisent pas, pas par semences en tout cas. Mais vous pouvez facilement bouturer n’importe quelle vigne et ainsi produire une plante identique. Ou vous pouvez la greffer sur un autre pied de vigne. Ainsi, une fois qu’une vigne à raisins sans pépins a été développée, on peut facilement le multiplier par bouturage ou greffage.

Boutures de vigne à raisins. Photo: http://www.yellowfarmhousegarden.com

Il en va de même pour les vignes aux fruits fertiles, soit ceux qui ont des pépins : à moins de vouloir expérimenter ou faire de l’hybridation, jamais on ne les multiplie à partir de pépins. À la place, les pépinières de production multiplient les variétés intéressantes par bouturage ou greffage et nous les vendent.

Il en va de même pour la plupart des autres fruitiers : pommiers, orangers, framboisiers, poiriers, cerisiers, etc. Rarement les multiplie-t-on par semences. Au lieu de cela, on les clone par bouturage ou greffage.

Les avantages des raisins sans pépins

Raisins avec pépins. Photo: http://www.carefoundation.co.uk

À l’origine, les raisins sans pépins servaient surtout pour la production de raisins secs. De nos jours, toutefois, la plupart des raisins de table vendus sont sans pépins, du moins, en Amérique. Cracher des pépins en public n’est plus considéré comme le summum de la sophistication et il est tout simplement plus élégant de manger un raisin tout entier plutôt que de devoir discrètement disposer des pépins dans un mouchoir. 

En revanche, les pépins sont souvent considérés comme avantageux pour les raisins à vin. Dans le cas de certaines variétés, du moins, les tannins dégagés par les pépins aident à donner au vin son goût particulier.

Mais d’où viennent les raisins sans pépins ?

Maintenant, la deuxième question : quelle est l’origine des raisins sans pépins? Et d’ailleurs, il en existe des dizaines de variétés! C’est plus compliqué à expliquer.

De temps en temps, mère Nature commet une erreur et produit, à partir de graines, une plante incapable de produire des graines viables. Les graines commencent à se former, puis avortent, mais souvent le fruit continue à mûrir. 

Il y a, dans les raisins sans pépins, de tout petits points: c’est tout ce qu’il reste des graines avortées. Photo: fredo.co.za

C’est ce qu’il se passe avec les raisins sans pépins. Si vous coupez un raisin sans pépins en deux, vous y trouverez de tous petits points à peine perceptibles : il s’agit d’embryons avortés. Les minuscules points noirs à l’intérieur des bananes — un autre fruit sans pépins! – sont également des embryons avortés.

Le raisin sans pépins est connu depuis au moins l’époque romaine: Pline l’Ancien en fait mention en 75. Le raisin vert de table le plus courant, ‘Thompson’s Seedless’, sans pépins, par exemple, est une très vieille variété qui porte différents noms dans différents pays. On ne connaît pas son origine, mais il date sûrement de plusieurs siècles. Il serait le parent, directement ou indirectement, de la plupart des raisins sans pépins produits aujourd’hui.

Pour créer de nouvelles vignes à raisins sans pépins, il faut passer par la culture in vitro. Photo: http://www.freshplaza.com

Les hybrideurs de fruits peuvent quand même croiser des vignes à raisins sans pépins, car leurs fleurs sont fertiles, et ainsi produire de nouvelles variétés sans pépins. Pour cela, toutefois, il faut pratiquer ce qu’on appelle la «récupération des embryons». En effet, peu après que le fruit fertilisé commence à se développer, on se hâte d’en retirer l’embryon avant qu’il ne soit avorté, puis le stimule à continuer son développement en culture in vitro (c’est-à-dire en éprouvette) jusqu’à ce qu’il soit assez gros pour germer et produire une nouvelle vigne à raisin. On pourrait donc dire que les raisins sans pépins sont des bébés-éprouvettes !

Mais cela est seulement nécessaire si vous voulez créer une nouvelle variété sans pépins. Si vous avez déjà une vigne de raisins sans pépins dont les traits vous plaisent, comme ‘Somerset’, il suffit de la bouturer pour en obtenir d’autres !

Quand un cactus de Noël fleurit en novembre

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Un soi-disant cactus de Noël… en fleurs un bon mois trop tôt. Photo: Peter coxhead, Wikimedia Commons

Mes cactus de Noël sont tous en fleurs… presque deux mois avant Noël! Et c’est normal! Car mes plantes ne sont pas de véritables cactus de Noël (S. buckleyi), mais plutôt de proches parents, des cactus que les Américains appellent «Thanksgiving cactus» ou «crab cactus» (S. truncata)… et cette espèce fleurit tout naturellement au mois de novembre (mois de la fête de l’Action de grâces américaine). Probablement que vos cactus de Noël sont aussi des faux… et que, si vous lisez cet article en novembre, ils sont aussi en fleurs!

Comment différencier les deux cactus

Le vrai cactus de Noël: port pleureur, tiges sans dents et fleurs retombantes… à Noël! Photo: http://www.plumjam.com

Le véritable cactus de Noël (S. x buckleyi et aussi son ancêtre, S. russelliana) porte des tiges nettement pleureuses, aplaties et légèrement crénelées, mais sans dents pointues. De plus, ses fleurs (toujours de couleur fuchsia) sont nettement retombantes, suspendues de l’extrémité de la tige. Et elles s’épanouissent vraiment à Noël, du moins, dans l’hémisphère Nord. Ce cactus est rarement vendu en pépinière, mais on le trouve parfois dans les maisons privées, passé d’un jardinier à un autre au cours des générations.

Cactus d’automne (S. truncata): notez les tiges aplaties clairement dentées et les fleurs portées à l’horizontale. Photo: Dwight Sipler, Wikimedia Commons

S. truncata produit quant à lui des tiges d’abord dressées puis arquées portant des dents pointues et ses fleurs sont portées à l’horizontale ou sont même légèrement dressées. Aussi, contrairement à celles du véritable cactus de Noël, elles viennent dans une bonne gamme de couleurs : rouge, fuchsia, magenta, lavande, rose, blanc, jaune et même orange. On trouve facilement ce cactus dans tous les magasins dans le temps des Fêtes, même dans les supermarchés.

À gauche, le cactus d’automne (Schlumbergera truncata) avec des tiges à marge crénelée; à droite, le véritable cactus de Noël (Schlumbergera  x buckleyi), avec des tiges dentées. Photo: 3Point141, flickr

Comment appeler S. truncata? Je propose de le nommer cactus d’automne, mais d’autres auteurs suggèrent faux cactus de Noël ou schlumbergera tronqué. À vous de choisir. Et si vous voulez l’appeler cactus de Noël, libre à vous… pourvu que vous compreniez que sa floraison sera déjà terminée bien avant cette saison.

Pour une floraison à Noël

En magasin, on ne voit que des cactus d’automne forcés en vue d’une floraison retardée. Photo: mortimer-nursery.com

Mais comment expliquer le fait que votre « cactus de Noël », qui est en fait un cactus d’automne, était en fleurs à Noël quand vous l’avez acheté et qu’il s’épanouisse maintenant en novembre? C’est une question de température. Les serriculteurs ont découvert que, s’ils chauffent peu leurs serres (ce qui leur fait d’ailleurs économiser des frais de chauffage !), ils peuvent facilement retarder la floraison des cactus d’automne jusqu’aux semaines précédant Noël.

À la maison, si vous pouvez assurer deux choses : des jours courts (de moins de 12 heures) à partir de la mi-septembre (nécessaires pour stimuler la floraison chez les deux types de cactus, de Noël et d’automne) et des températures inférieures à 15 °C en tout temps, vous pourrez retarder la floraison jusqu’en décembre. À la température normale de la maison, par contre, habituellement votre faux cactus de Noël, qui est en fait un cactus d’automne, commencera presque toujours à fleurir à la fin d’octobre ou en novembre.

Cactus d’automne en mélange. Photo: http://www.bakker.com

Personnellement, j’ai appris à apprécier une floraison peu importe quand elle survient. Ainsi, je ne suis pas déçu que mes cactus d’automne fleurissent en octobre ou novembre, mais au contraire très content de les voir s’épanouir. Et quand mon véritable cactus de Noël fleurit plus tard, habituellement de la mi-décembre au début de janvier, j’apprécie cette floraison aussi. D’ailleurs, les deux espèces de cactus, celui d’automne et celui de Noël, refleurissent habituellement chez moi vers la fin de l’hiver, et de cela non plus, je ne me plains pas.

Vive les fleurs en toute saison… mais maintenant au moins vous comprenez pourquoi votre faux cactus de Noël fleurit si tôt !

N.D.L.R. Texte adapté d’un billet originalement publié le 15 novembre 2015

Ma mauvaise herbe préférée : la molène commune

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Molène commune (Verbascum thapsus). Photo: Wikimedia Commons

On dit que la mauvaise herbe d’une personne est la fleur sauvage d’une autre… et je suis tout à fait d’accord. J’ai même une « mauvaise herbe » préférée : la molène commune (Verbascum thapsus). On la trouve sur la liste des mauvaises herbes nuisibles de tous les agriculteurs — après tout, le bétail ne la mange pas et elle prend de la place — et pourtant c’est une magnifique fleur sauvage qui paraît spontanément dans nos jardins où elle n’est peut-être pas si indésirable.

La molène commune est originaire d’Eurasie et d’Afrique du Nord mais, en raison de sa capacité à se semer elle-même et de sa grande adaptation aux conditions variables, elle est maintenant présente presque partout dans le monde, du moins dans les régions tempérées, y compris en Amérique du Nord, en Australie et même à Hawaï ! Elle a probablement été introduite dans ces nouveaux milieux par des graines accidentellement mélangées avec des céréales.

Notre plante porte une foule de noms communs, y compris molène vulgaire, grande molène, bonhomme, bouillon blanc, cierge de Notre-Dame, herbe de Saint-Fiacre et tabac du diable. En anglais, on l’appelle parfois « cowboy toilet paper » ! Quant au nom molène, il dérive de la texture moelleuse de la feuille. Touchez-y ! C’est comme caresser l’oreille d’un ourson en peluche !

La jolie molène en fleurs. Photo: Larry Allain, U.S. Geological Survey

Même les gens qui la considèrent comme une mauvaise herbe à contrôler doivent bien admettre que la molène est une fort jolie plante. 

Je reçois régulièrement des photos de lecteurs qui la voient apparaître à l’improviste dans leur jardin et qui veulent savoir ce que c’est. Souvent, ils écrivent : « Je ne me souviens pas d’avoir planté cela », signe certain qu’ils ne se sont pas rendus compte qu’il s’agissait d’une « mauvaise herbe », mais la prennent pour une plante ornementale qu’ils ont plantée et oubliée.

Cycle de croissance

Rosette argentée de la molène commune. Photo: commonsensehome.com

La molène commune est une bisannuelle. La première année, elle produit une rosette basse de feuilles épaisses, sessiles, duveteuses, lancéolées à ovales d’environ 50 cm de long. À ce stade, toute la plante a une apparence argentée et elle est déjà très attrayante. 

La deuxième année, une tige droite épaisse se développe à partir du centre de la rosette, généralement sans ramification, atteignant 1 à 2 m de hauteur. Elle porte une masse serrée de fleurs jaunes parfumées à 5 pétales. Elles s’ouvrent plus ou moins de bas en haut, quelques-unes à la fois. Chaque fleur ne dure qu’une journée, mais la floraison se maintient pendant une durée de jusqu’à 3 mois, beaucoup plus longtemps que la plupart des plantes ornementales que nous cultivons exprès. 

Les fleurs se transforment lentement en capsules qui produisent jusqu’à 240 000 graines minuscules par plante.

Chardonneret sur un épi de molène. Photo: themeditativegardener.blogspot.com

À la mi-automne, les feuilles meurent et se décomposent peu à peu, mais la tige florale reste debout tout l’hiver. Dans ma cour, elle fournit des graines aux chardonnerets (Spinus tristis) lors de leur migration vers le sud, puis de nouveau lorsqu’ils reviennent dans mon jardin au printemps. 

Effet hivernal. Photo: Jennifer Keir, ravenwoodwildcraft.ca

Je trouve les épis morts particulièrement attrayants quand ils sont partiellement recouverts de neige. La tige florale, même si elle est bien morte, peut quand même rester debout pendant 2 ou 3 années si vous ne la supprimez pas.

Une mauvaise herbe utile

Personnellement, j’utilise cette plante uniquement comme plante ornementale, mais elle est largement utilisée comme plante médicinale à travers le monde. Par exemple, dans certaines régions, l’huile de molène est utilisée pour traiter les verrues, les furoncles et les hémorroïdes, et dans d’autres, les cataplasmes de racine de molène en poudre traitent les éruptions cutanées, les plaies et les infections de la peau. On peut également en faire une boisson (filtrez-la pour éliminer les poils irritants) qui a également des usages médicinaux.

Ou utilisez la tige séchée trempée dans de la cire comme torche ou ses fibres comme mèches de bougie. On peut aussi l’employer en teinturerie pour donner aux étoffes de jolis coloris jaunes ou verts. Et autrefois, on faisait sécher les feuilles pour servir de papier toilette. On dit même que c’est la molène est à l’origine du papier hygiénique ! Et il y a beaucoup d’autres utilisations encore.

Pas si envahissante

La molène attire toujours les regards. Photo: http://www.etsy.com

Je reconnais que la molène peut être une mauvaise herbe, c’est-à-dire qu’elle peut germer dans des endroits où elle n’est pas désirée. Mais elle est assez facile à arracher quand cela se produit. Bizarrement, ce n’est pas une espèce très compétitive : elle ne germera pas à l’ombre des autres plantes, par exemple, et ne survivra pas non plus aux labours. Au lieu de cela, elle « remplit les trous », s’installant dans des endroits vides du paysage. Ainsi, habituellement on voit paraître des plantes éparpillées plutôt que de grosses colonies.

En conséquence, la molène ne domine jamais le paysage, mais apparaît spontanément ici et là, toujours une surprise pour le jardinier… et une surprise agréable, j’espère ! Personnellement, je ne fais jamais l’effort de la semer moi-même, mais tous les ans, j’ai au moins une molène commune en fleurs sur mon terrain, et parfois 3 ou 4. 

Les graines de molène peuvent survivre dans le sol pendant un siècle et plus (sans farce !). Ainsi, même si vous n’avez pas vu une molène sur votre terrain depuis fort longtemps, elle peut soudainement réapparaître.

Et puis, elle disparaît tout aussi rapidement, réapparaît de nouveau ailleurs, et disparaît encore. La molène : la spontanéité faite fleur ! 

Feuilles de narcisses à l’automne : que faire ?

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Feuilles de narcisses précoces. Photo: http://www.pennlive.com

Il arrive à l’occasion que certains narcisses (Narcissus spp.) commencent à produire des feuilles à l’automne, mais seulement sous des circonstances exceptionnelles, habituellement quand l’hiver tarde à arriver. Ces narcisses hâtifs, exposés à un sol froid mais libre de gel pendant une période anormalement longue, peuvent alors « penser » que le printemps est arrivé et se mettre à pousser. 

Ces mêmes bulbes fleurissent aussi tôt que la fin décembre dans le sud de l’Europe quand l’hiver est particulièrement doux, mais en climat froid, à cette période, ça va rarement au-delà d’un certain développement des feuilles. Quand le froid arrive enfin, leur croissance s’arrête, la plante fige et reste au beau fixe pour le reste de l’hiver. Il y a rarement plus de dommages qu’une extrémité de feuille brunie. La floraison a lieu au printemps, après la fonte des neiges, comme à l’habitude.

Feuilles de muscari poussant à l’automne. Photo: Photobucket.

D’ailleurs, il n’y a pas que les narcisses qui le font : parfois, l’ail (Allium sativum) commence à germer précocement à l’automne sous les mêmes conditions. Et le muscari d’Arménie, ou jacinthe à grappe (Muscari armeniacum), le fait toujours, sans en souffrir le moindrement.

Soyez zen!

Donc, si vous voyez des bulbes commencer à produire des feuilles à l’automne, il ne vaut pas la peine de paniquer; vous n’avez même pas à réagir. Vous pouvez, si vous le voulez, couvrir les feuilles en germination d’une épaisse couche de feuilles mortes ou d’un autre paillis, mais même cela n’est pas vraiment nécessaire.

L’apparition des feuilles de certains bulbes à l’automne est un phénomène exceptionnel peut-être, mais tout à fait normal.

Peut-on composter les feuilles de noyer?

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Feuilles de noyer noir (Juglans nigra). Photo: Lucid, flickr

Le noyer noir (Juglans nigra) et, à un moindre degré, les autres espèces de noyer (Juglans) ainsi que les caryers (Carya), dégagent un produit appelé juglone qui est allélopathique, c’est-à-dire toxique pour la plupart des autres végétaux. Ainsi, le noyer souffre peu de concurrence, car peu d’autres végétaux peuvent bien pousser à son pied (pour une liste des végétaux résistants à la juglone, lisez Quoi planter au pied des noyers). La juglone est présente dans tous les organes du noyer: feuilles, branches, écorce, bois, mais surtout dans les racines et la coque des noix. 

La question qui se pose alors est: peut-on mettre les feuilles «toxiques» du noyer noir dans le compost? Une équipe de l’Université de l’Ohio s’est penchée sur cette question et la réponse est oui: la juglone se décompose en quelques semaines au contact de l’air, de l’eau et des bactéries. Si les feuilles sont finement déchiquetées, la décomposition est encore plus rapide. Et le compost de feuilles de noyer est, paraît-il, d’excellente qualité. 

La sciure et les copeaux de noyer ainsi que les résidus des coques de noix sont toutefois plus lents à se décomposer: on recommande de les composter pendant 6 mois avant de les utiliser dans le jardin.

N.D.L.R. Texte adapté d’un billet originalement publié le 15 octobre 2015