La mauvaise méthode pour tailler un arbre

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Qui n’a pas déjà vu un arbre coupé de façon radicale, avec toutes les branches à la même longueur? On appelle cela officiellement écimage ou étêtage… mais «topper un arbre» dans le langage québécois courant. Et l’arbre qui résulte d’une taille aussi sévère s’appelle un têtard (sans farce!). Il y a même des «émondeurs» (bien qu’ils ne méritent pas un tel nom) qui se spécialisent dans ce genre de taille. 

Il est incroyable de penser que, au 21esiècle, il existe encore des gens qui pensent que cela est bénéfique à l’arbre et qui sont prêts à payer pour un tel massacre. Pourtant, force est de constater que cette technique est encore très populaire.

Cette taille laisse une foule de chicots, des portes d’entrée pour les maladies et les insectes. Photo: http://www.gardening-guy.com

Dites-vous bien qu’une bonne partie des arbres ainsi taillés vont en mourir! En taillant toutes les branches à la même longueur sans égard à leur structure plutôt que de couper attentivement aux endroits où la blessure peut le mieux se recouvrir rapidement d’écorce saine (on dit qu’elle se compartimente), on crée une vaste quantité de chicots, chacun étant une source de pourriture et une porte d’entrée pour les insectes indésirables.

De plus, après une telle taille, l’arbre réagit en produisant des touffes de gourmands à l’extrémité des branches plutôt que de véritables branches de remplacement. L’élagueur vous a probablement promis que, grâce à sa taille, il y aura moins d’ombre sur votre terrain, mais, très rapidement, grâce à la densité des gourmands, l’ombre sous l’arbre sera plus profonde que jamais.

Une véritable forêt de gourmands provoquée par une taille malsaine. Photo: http://www.statesmanjournal.com

Ces gourmands sont faiblement fixés à l’arbre, puisqu’une pourriture interne s’est installée à l’emplacement de la taille, et tendent alors à chuter sous un fort vent ou sous le poids de la neige. D’ailleurs, une fois qu’on a commencé à étêter un arbre, il faut répéter l’opération tous les 3 ou 4 ans, sinon les nouvelles branches tombent les unes après les autres. La pourriture s’installe peu à peu et, dans beaucoup de cas, la mort s’ensuit de 10 à 15 ans plus tard.

On n’écime pas les arbres, point à la ligne. Ill.: http://www.arborday.org

La solution est facile: laissez vos arbres pousser à leur guise, n’intervenant que s’il y a un vrai problème. 

Si jamais vous jugez qu’il y a une taille à faire, il faut l’entreprendre sélectivement, éliminant les branches mortes, faibles ou endommagées. S’il faut raccourcir une branche saine, faites-le avec beaucoup d’attention, pas à l’aveuglette. Et utilisez toujours les services d’un arboriculteur qui s’y connaît. S’il vous offre de tailler votre arbre en boule, c’est un profiteur, pas un élagueur!

N.D.L.R. Billet originalement publié le 18 mars 2015

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Piment et poivron: la même plante

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Le cuisinier connaît deux sortes de piments: le poivron, ou piment doux, au goût sucré, et le piment, ou piment fort, au goût piquant. Le botaniste n’en connaît qu’un seul, car pour lui, piment et poivron sont la même plante.

En effet, la majorité des cultivars de ces deux légumes sont dérivés de la même plante sauvage, Capsicum annuum, parfois avec quelques gènes de C. frutescens ou de C. chinense ajoutés, notamment dans le cas du piment (piment fort). Et même si l’on connaît surtout chez le poivron le type aux gros fruits plutôt cubiques (le poivron cloche) et, chez le piment, de petits fruits coniques, en fait les deux peuvent avoir de gros fruits ou de petits fruits, des fruits ronds, allongés, coniques, cubiques ou complètement difformes, et les deux viennent dans une vaste gamme de couleurs.

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Tableau: saveurpassion.over-blog.com

La vraie différence entre un piment et un poivron réside dans leur goût: le piment contient de la capsaïcine, un élément si piquant qu’il brûle non seulement la langue, mais même les doigts (il faut porter des gants de latex lors de la récolte des piments très forts); le poivron, très peu, voire aucune. Son goût est donc doux et sucré. 

On mesure l’effet de la capsaïcine par l’échelle Scoville. Les poivrons offrent normalement entre 0 et 100 SHU (Scoville heat unit), les piments de type Habanero, au goût dit «explosif», de 200 000 à 300 000 SHU… et la capsaïcine pure mérite un incroyable 16 millions de SHU!

Piment ‘Carolina Reaper’

Piment ‘Carolina Reaper’. Photo: Dale Thurber, Wikimedia Commons

Acutellement, c’est le piment ‘Carolina Reaper’ qui détient le record mondial du piment le plus fort: jusqu’à 2 200 000 de SHU. Manger un seul fruit de ce piment peut envoyer certains consommateurs à l’hôpital!

Pour les cœurs pas trop sensibles, voici une vidéo montrant deux Américaines qui osent essayer de manger un piment ‘Carolina Reaper’. Vous trouverez de nombreuses vidéos montrant de tels exploits sur Internet.

Cultiver ses propres piments

Semis de piment. Photo: growhotpeppers.com

Seulement dans les climats très doux peut-on songer à semer les piments/poivrons en pleine terre; ailleurs, il faut les semer à l’intérieur environ 9 semaines avant la date du dernier gel. On peut les semer en pot de plastique ou en alvéole, mais comme les racines sont un peu fragiles au repiquage, un semis en godet de tourbe pressée est préférable.

Au jardin, il leur faut un emplacement chaud, au plein soleil. Dans les régions aux étés frais, comme dans le Nord-du-Québec, mieux vaut les cultiver sous abri.

Les piments les plus piquants viennent de climats chauds. Photo: ya-webdesign.com

Ce n’est pas pour rien que les pays chauds ont la réputation d’avoir les piments les plus piquants: l’intensité d’un piment est contrôlée en partie seulement par sa génétique; l’environnement joue aussi un rôle. Ainsi, les piments cultivés à des températures diurnes de 35 °C, qui sont un peu stressés par un manque d’eau et qui sont plantés dans un sol plutôt pauvre donneront les piments les plus forts.

Les piments cultivés sous un climat plus frais, bien arrosés et qui profitent d’une fertilisation riche en azote risquent de paraître un peu fades aux papilles d’un connaisseur de piments forts! On peut cependant «améliorer» l’intensité des piments en les cultivant dans des contenants — de préférence des contenants de couleur foncée — pour augmenter au maximum la chaleur. Aussi, évitez les engrais riches en azote et laissez le terreau s’assécher un peu avant d’arroser de nouveau. Il n’en reste pas moins qu’un piment très fort, comme le ‘Carolina Reaper’, aura un goût à faire monter les larmes aux yeux, peu importe le climat où on le cultivera.

Achat

Beaucoup de semenciers offrent une certaine sélection de poivrons et de piments (voir Catalogues sur le site Jardinier paresseux), mais si vous voulez acheter des semences de piments ‘Carolina Reaper’ ou d’autres piments incroyablement piquants, essayez Faucher plantes & pavés (Canada) ou Capsicums (France).

Ces concombres qui ne font pas roter

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Vous avez sans doute déjà remarqué que les concombres (Cucumis sativus) font parfois éructer. Cela est dû à la présence de cucurbitacéine dans le fruit. Parfois, en période de chaleur et de sécheresse, la quantité de cucurbitacéine augmente dans le fruit, lui donnant un goût amer et désagréable… et provoquant des éructations chez les personnes sensibles. 

Pour éviter ce problème, paillez bien le pied des plants et assurez-vous d’arroser avant que la plante ne souffre de sécheresse. Et semez des concombres sans amertume («bitterfree» ou «burpless» si vous consultez un catalogue de langue anglaise). La cucurbitacéine est réduite ou absente de ces cultivars.

Les concombres anglais, japonais, perses et libanais sont généralement sans amertume et c’est aussi le cas du concombre arménien, qui est en fait d’une autre espèce (Cucumis melo flexuosus plutôt que C. sativus). Mais il y a aussi beaucoup de concombres plus classiques qui ne font pas roter.

Voici une liste de quelques variétés sans éructation. À cette saison où il est temps d’acheter ses semences, ce sont des variétés à rechercher.

Concombre ‘Garden Sweet Burpless’. Photo: Sweet Burpless http://www.gardensalive.com

‘Beit Alpha’
‘Big Burpless’
‘Burpless Beauty’
‘Burpless Bush’
‘Burpless Hybrid’
‘Burpless No. 26’ ou  ‘Burpless #26’
‘Burpless Tasty Green’
‘Chelsea Prize’
‘Chinese Snake’
‘Cool Breeze’
‘County Fair’
‘Early Spring Burpless’
‘English Telegraph’
‘Garden Sweet Burpless’
‘Green Knight’
‘Manny’
‘Marketmore 80’
‘Muncher’
‘Orient Express’
‘Palace King’
‘Perseus’
‘Spring Burpless’
‘Suyo Long’
‘Sweet Burpless’
‘Sweet Slice’
‘Sweet Success’
‘Sweeter Yet’
‘Summer Dance’
‘Tanja’
‘Tasty Green’
‘Tendergreen’ (‘Tendergreen Burpless’)
‘Thunder’
‘Wautoma’

Un pommier de production qui mute en pommier à petits fruits

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Question: J’ai dû abattre deux pommiers il y a quelques années et des tiges ont repoussé de leurs pieds. J’ai laissé repousser l’une de ces tiges qui, après plusieurs années, a donné des fleurs et des fruits. À mon grand étonnement, les fruits ne dépassent guère 2 à 3 cm à maturité alors que l’arbre d’origine donnait de grosses pommes. Est-ce la forme juvénile du pommier? 

André Jolin

Réponse: Non. 

Les pommiers aux gros fruits que nous cultivons sont greffés sur des porte-greffes, toujours un autre pommier (Malus pumila). Il s’agit parfois d’un pommier sans valeur commerciale produit par semences, mais souvent de nos jours, on utilise un pommier nain qui est connu pour sa capacité de réduire les dimensions futures du greffon. (On obtient ainsi un pommier à gros fruits, mais au port nain ou semi-nain.) Les deux types de porte-greffes (pommier par semences et pommier nain) produisent inévitablement des pommes de piètre qualité: petites, irrégulières, de faible conservation, etc.

Donc, quand vous avez coupé le pommier d’origine, il n’est plus resté que la base du tronc qui était, en fait, génétiquement différent: c’était celui d’un pommier à petits fruits. De ce fait, le nouveau tronc qui a poussé était celui du porte-greffe et, par conséquent, quand il a fleuri, il a produit de petits fruits.

Notez qu’un jeune pommier à gros fruits aurait donné, dès sa première production, de gros fruits. Ainsi, il n’est pas question d’une plante juvénile. 

D’ailleurs, vous auriez vécu la même situation avec presque n’importe quel arbre fruitier: cerisier, prunier, poirier, etc. Ils sont inévitablement produits par greffage et si par malheur la partie supérieure meurt, ce qui repoussera de la base sera une autre variété, probablement une forme aux fruits de moindre intérêt.

Greffage à la rescousse

Vous pouvez toujours greffer un pommier à gros fruits sur le pommier à petits fruits. Photo: growingfruit.org

Vous pouvez, bien sûr, arracher le pommier porte-greffe aux petits fruits et le remplacer par un pommier à gros fruits de la variété que vous désirez, mais vous pourriez aussi greffer des branches d’un pommier désirable sur le pommier à petits fruits, lui faisant reprendre son rôle d’origine, soit celui de porte-greffe. Vous pourriez même greffer plusieurs variétés de pommiers sur le même porte-greffe.

Le meilleur moment pour procéder au greffage est au printemps, au moment où les bourgeons commencent à gonfler.

Luther Burbank, le magicien des plantes

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Ce sont ses compatriotes qui ont nommé Luther Burbank le Plant Wizard (magicien des plantes), car il semblait produire des miracles. Mais le miracle se cachait plutôt dans la capacité de ce génie de l’hybridation de savoir quelle plante croiser avec quelle autre et dans le fait d’être assez entêté pour poursuivre un projet pendant des décennies si nécessaire. En effet, au fil de ses centaines de milliers de croisements, il a fini par lancer non moins de 800 variétés — fruits, fleurs, céréales, herbes, arbres, légumes, etc. — dont plusieurs changèrent à jamais la face de l’horticulture. Et même s’il est mort depuis presque un siècle, il est toujours considéré comme l’hybrideur le plus connu du monde entier.

Burbank a gagné son renom de son vivant et était fort estimé de plusieurs personnes d’influence dont Thomas Edison et l’industriel Andrew Carnegie. Par contre, il n’était pas nécessairement apprécié des botanistes de son époque, qui lui reprochaient son manque de rigueur scientifique. Souvent, il n’avait qu’un souvenir très approximatif des parents exacts de ses créations, car il ne prenait pas de notes fiables. Plusieurs de ses hybrides furent d’ailleurs si hors des normes du moment qu’il fut traité de menteur et d’escroc à plus d’une reprise. Pourtant, la plupart de ses «croisements impossibles» furent éventuellement confirmés. 

Sa vie

Luther Burbank. Photo: theroadstraveled.com

Burbank est né le 7 mars 1849 à Lancaster, dans le Massachusetts, aux États-Unis, treizième enfant d’une famille de dix-huit. Il n’a jamais fait d’études poussées ni n’a étudié en horticulture. Il a plutôt appris les bases de sa future carrière dans le jardin de sa mère où il se passionnait surtout pour le greffage des fruitiers et l’hybridation des légumes.

À la mort de son père, alors qu’il n’avait que 18 ans, il utilisa son héritage pour acheter une ferme à Lunenburg, dans le Massachusetts. Il y développa son premier hybride, et d’ailleurs celui qui connaîtra le plus de succès mondial, soit la pomme de terre ‘Burbank’. Issue de semences récoltées d’un fruit de la variété ‘Early Rose’, la pomme de terre ‘Burbank’ produisait une abondance de gros tubercules à chair blanche, mais ce qui a surtout intéressé son hybrideur était qu’elle était résistante au mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans), la maladie qui avait provoqué la Grande famine irlandaise (1845–1849) en anéantissant la récolte du populaire tubercule. Lancée en 1873, la pomme de terre ‘Burbank’ connut un succès rapide et permit au jeune homme (il n’avait que 24 ans) de commencer à se créer une réputation d’excellence dans l’hybridation.

La ‘Russet Burbank’ est probablement la pomme de terre la plus cultivée au monde. Photo: http://www.specialtyproduce.com

Plus tard, ‘Burbank’ allait donner naissance, par mutation spontanée, à un clone de couleur rousse appelé ‘Russet Burbank’. Ce clone demeure la pomme de terre la plus populaire aux États-Unis et est toujours cultivé à travers le monde. La plupart des frites de McDonald’s sont à base de pommes de terre ‘Russet Burbank’.

Burbank vendit les droits sur la pomme de terre ‘Burbank’ pour 150 dollars et utilisa cet argent pour s’établir à Santa Rosa, Californie, en 1875. Il y installa une ferme expérimentale dotée de serres et d’une pépinière. Inspiré par le livre de Charles Darwin, De la variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication, il commença à faire des croisements à grande échelle dont certains allaient donner des résultats fort intéressants, mais d’autres, être voués à l’échec, par exemple sa tentative de croiser un pétunia avec un plant de tabac, tous deux de la famille des Solanacées, mais seulement des parents très éloignés. Il n’en a résulté que des plantes faibles, peu productives, sans feuilles intéressantes à fumer ni fleurs assez ornementales pour la plate-bande.

Burbank se maria deux fois, mais n’eut jamais d’enfants. Il était souvent dans une situation financière difficile: il était peut-être un magicien avec les plantes, mais il ne pouvait certainement pas équilibrer un budget! Finalement, un groupe d’amis forma la Luther Burbank Society pour gérer ses affaires afin qu’il puisse se concentrer uniquement sur son dada, l’hybridation.

Luther Burbank est décédé d’une insuffisance cardiaque le 11 avril 1926, à l’âge de 77 ans. Le célèbre horticulteur a été enterré dans une tombe non identifiée au Luther Burbank Home and Gardensà Santa Rosa, en Californie. Ce site historique existe toujours et vaut la visite si vous êtes en Californie. Il est ouvert tous les jours, gratuitement.

Quelques-unes de ses réalisations

Grande marguerite

La populaire grande marguerite (Leucanthemum vulgare), ici le cultivar ‘Alaska’ . Photo: http://www.amazon.com

Burbank adorait les marguerites (Leucanthemum vulgare), mais trouvait leurs fleurs trop petites et leur floraison trop brève. Alors, il s’est mis à essayer d’améliorer la situation. Il y travailla pendant presque 20 ans, faisant des croisements multiples qui, finalement, ont impliqué quatre espèces de Leucanthemum différentes, avant de réaliser son rêve. Ainsi, en 1901, il lançait ce qu’il appela en anglais le «Shasta daisy», pour le mont Shasta, une montagne couverte de neige du nord de la Californie. Ce nom n’a jamais pris racine en français et on l’appelle plutôt grande marguerite. La plante a maintenant son propre nom botanique: Leucanthemum × superbum. La grande marguerite demeure l’une des vivaces les plus largement cultivées dans le monde. La variété ‘Alaska’, que Burbank créa lui-même, est toujours cultivée de nos jours.

Pruniers

Prunier japonais ‘Santa Rosa’ (Prunus salicina). Photo: http://www.bowerandbranch.com

Burbank a toujours été très intéressé par les fruitiers et considérait son travail sur les pruniers comme son plus grand accomplissement. À son époque était surtout cultivé le prunier européen (Prunus domestica), mais il introduisit d’Asie le prunier japonais (P. salicina) et d’autres espèces peu connues. Finalement, il lança plus de 30 cultivars de prunier, parfois des pruniers japonais purs, parfois des hybrides, dont au moins trois, ‘Santa Rosa’, ‘Burbank’ et ‘Wickson’, sont encore cultivés.

Il travailla également avec d’autres fruits à noyau dont la pêche, la nectarine, l’abricot et la cerise, produisant entre autres le pêcher ‘July Elba’ et le nectarinier ‘Flaming Gold’, tous deux toujours cultivés de nos jours.

Prunier sans noyau

Prunier sans noyau. Photo: Cooking Up a Story, http://www.youtube.com

À partir d’un prunier européen (Prunus domestica) appelé ‘Sans Noyau’, qui avait bien, malgré son nom, un noyau, mais un de seulement environ la moitié de la taille de celui des autres prunes, Burbank s’est efforcé pendant plusieurs années de développer une prune sans noyau du tout, donc que l’on pourrait simplement lancer dans la bouche et manger sans avoir un noyau à cracher. Il a connu un certain succès, mais les résultats n’étaient pas toujours fiables: parfois, il y avait un restant de noyau au centre du fruit. De toute façon, la prune sans noyau n’a jamais connu de succès commercial. C’est que, à l’époque, les producteurs de prunes étaient payés au poids et que les prunes sans noyau étaient beaucoup plus légères que celles à noyau. Il fallait donc en cueillir plus pour gagner le même montant d’argent, ce qui ne leur a, bien sûr, jamais plu.

On a longtemps pensé le prunier sans noyau de Burbank perdu, mais un clone a récemment été redécouvert et maintenant d’autres chercheurs travaillent à l’améliorer. Qui sait, peut-être la prune du futur, basée sur les travaux d’hybridation de Luther Burbank, sera-t-elle sans noyau?

Abricot-prune

Pluot ‘Burbank’ (Prunus salicina × Prunus armeniaca). Photo: http://www.treesofantiquity.com

Il s’agit d’un croisement entre un prunier japonais (P. salicina) ou autre prunier asiatique et un abricotier (P. armeniaca), ce qui donne un fruit avec l’aspect et la chair d’une prune, mais le goût d’un abricot. Lorsque Burbank introduisit l’abricotier-prune (maintenant appelé pluot) pour la première fois au début des années 1900, il fut vilipendé par certains autres hybrideurs, convaincus que ce croisement était impossible et qu’il avait menti. Mais presque un siècle plus tard, d’autres ont pu répéter son croisement et l’ont même amélioré (les pluots de Burbank étaient 50% prune et 50% abricot; les pluots modernes sont 75% prune et 25% abricot, ce qui donne un fruit de qualité supérieure). Ainsi, on peut assez facilement trouver des pluots sur le marché, du moins dans certaines régions.

Mûre blanche

Mûre ‘Iceberg’ (Rubus×). Photo: http://www.homedepot.com

Burbank était très fier de cette création, même si elle n’a jamais connu de succès commercial au cours de sa vie. Il a commencé avec une mûre sauvage de couleur pâle trouvée dans le New Jersey et appelée ‘Crystal White’ qu’il a ensuite croisée avec d’autres mûres pâles. Il lui a fallu plus de 65 000 croisements infructueux pour finalement aboutir à une variété à fruits blancs purs de grande qualité, ‘Iceberg’, souvent vendue sous le nom Snowbank. Il l’a lancée en 1894, mais encore une fois, le fruit n’a pas plu au public. 

Ce cultivar existe encore et refait surface de temps en temps, habituellement en tant que «nouveauté» même s’il est plus que centenaire!

Cactus sans épines

Cactus sans épines ‘Burbank Spineless’ (Opuntia×). Photo: Picssr, Flickr

Burbank a introduit plus de 60 variétés de cactus sans épines entre 1907 et 1925. Son idée était que les cactus sans épines pourraient changer des déserts en pâturages verdoyants où le bétail pourrait brouter des cactus sans se remplir la bouche d’épines et où, grâce à leurs fruits et leurs raquettes comestibles, les cactus pourraient également nourrir l’humanité. La plupart sont des croisements entre le figuier de Barbarie (Opuntia ficus-indica) et le nopal (O. tuna). 

Encore, Burbank n’a eu aucun succès commercial avec ces plantes de son vivant, mais certaines lignées sont maintenant cultivées à grande échelle, notamment au Mexique.

Autres créations

Voici quelques-unes des créations de Burbank. Malheureusement, la plupart ont aujourd’hui disparu:

Légumes

  • Maïs ‘Rainbow’ (1911)
  • Pois ‘Burbank Admiral’ (1908)
  • Pomme de terre ‘Burbank’ (1873)
  • Rhubarbe ‘Crimson Winter’ (1900)
  • Tomate ‘New Burbank Early’ (1915)

Fruits

  • Cerisier ‘Black Giant’ (1911)
  • Cognassier ‘Van Deman’ (1893)
  • Fraisier ‘Robusta’ (1920)
  • Mûre sans épines ‘Sebastopol’ (1920)

Fleurs

Pavot de Californie ‘Burbank Crimson’. Ill.: Mihran Kevork, California State Library
  • Amarante ‘Molten Fire’ (1922)
  • Amaryllis ‘Burbank’s Giant Hybrid’ (1906)
  • Calla ‘Lemon Giant’ (1893)
  • Hémérocalle ‘Surprise’ (1917)
  • Pavot de Californie ‘Burbank Crimson’ (1904)
  • Rosier ‘Burbank’(1899)
  • Verveine ‘Mayflower’ (1901)

Arbres

  • Noyer ‘Paradox’ (1893)

Le 7 mars

L’anniversaire de la naissance de Luther Burbank, le 7 mars, est maintenant célébré en Californie en tant que Journée de l’arbre. D’ailleurs, depuis 2011, on appelle l’événement la Semaine de l’arbre et elle s’étend du 7 au 14 mars.

Ailleurs, mars est probablement trop tôt pour planter un arbre en souvenir de Luther Burbank, mais peut-être pourriez-vous au moins croquer quelques frites McDonald en l’honneur de cet homme qui a changé pour toujours la face de l’horticulture?

Des épines-vinettes non envahissantes… et non disponibles!

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L’épinette-vinette de Thunberg (Berberis thunbergii) est un arbuste ornemental très utilisé dans nos aménagements. Originaire du Japon, il offre de belles petites feuilles luisantes (souvent rouges, pourpres, dorées ou bicolores chez les cultivars les plus populaires), des tiges très épineuses qui en font une excellente haie-barrière et souvent une croissance dense et attrayante. Donc, l’arbuste parfait, non?

Pas tout à fait!

Forêt envahie d’épines-vinettes de Thunberg. Photo: Leslie_J. Mehrhoff, University of Connecticut, Bugwood.org

Sous certaines conditions, cet arbuste ornemental au comportement autrement modèle s’est avéré très envahissant à cause de ses semis spontanés déposés çà et là par les oiseaux. En effet, les oiseaux mangent goulûment ses fruits et répandent ses graines dans leurs fientes. C’est notamment le cas dans le nord-est et le centre des États-Unis où le climat semble particulièrement propice à sa dispersion. Parfois, on voit des sous-bois entièrement dominés par un tapis d’épines-vinettes échappées, cela au détriment de la flore indigène. Le problème est tellement sérieux que les états du Massachusetts et de New York ont banni l’épinette-vinette de Thunberg et que d’autres états songent à les imiter. 

Par contre, l’état de New York, qui avait banni l’épinette-vinette de Thunberg en 2015, recule déjà. Dans l’intérêt de l’environnement, il permet maintenant la vente et la culture des variétés stériles d’épinette-vinette de Thunberg, et ce, depuis 2018. Sans graines, ces cultivars restent sagement là où on les plante et ne sont donc nullement envahissants.

L’hybrideur des épines-vinettes stériles

Fruits d’épine-vinette fertiles, à gauche, et stériles, à droite. Remarquez les graines avortées dans le deuxième cas. Aucune germination n’est possible. Photo: Dr Mark Brand

Le chercheur Dr Mark Brand, de l’Université du Connecticut, travaille depuis plus de 15 ans au développement d’épines-vinettes stériles. Il croise et recroise des variétés déjà peu fertiles jusqu’à ce qu’il arrive à des variétés totalement stériles: la plante produit des fruits de façon normale et peut donc toujours nourrir les oiseaux, mais la graine à l’intérieur avorte au début de son développement. Ces plantes doivent quand même été testées dans divers environnements pour s’assurer de leur stérilité totale. Puis, il sélectionne parmi les plantes stériles celles qui créent le meilleur effet ornemental.

Jusqu’ici, seulement deux cultivars ont été lancés de la série WorryFree™ («sans souci»), bien que d’autres soient à l’étude. 

Épine-vinette WorryFree Crimson Cutie. Photo: SynRG, LLC

Il y a actuellement Crimson Cutie™ (‘UCONNBTCP4N’), une variété naine au port plutôt étalé de 45 à 60 cm de hauteur et de 90 à 110 cm de diamètre aux feuilles pourpre foncé; essentiellement une réplique stérile de ‘Crimson Pygmy’. Ce cultivar est déjà largement distribué aux États-Unis.

Épine-vinette WorryFree Lemon Glow. Photo: SynRG, LLC

Le cultivar Lemon Glow™ (‘UCONNBTB048’), au feuillage jaune chartreuse, sera lancé à grande échelle au printemps 2019. Plus arrondi que son cousin, il mesure environ 90 cm par 90 cm.

Les deux se cultivent au plein soleil ou à la mi-ombre (mais leur feuillage est plus coloré au soleil) dans tout sol bien drainé. Ils sont rustiques en zone 3.

Une bonne nouvelle, mais…

Pour l’instant, les épines-vinettes WorryFree ne sont offertes qu’aux États-Unis. Il n’y aura pas de restriction pour importer les nouvelles épines-vinettes WorryFree en France ou ailleurs en Europe. C’est juste une question de temps. Mais, au Canada, c’est une autre histoire. Car, théoriquement, au Canada, les épines-vinettes sont bannies.

Il faut remonter à 1966 pour comprendre la situation. 

La rouille, qui peut être dévastatrice pour le blé, passe une partie de son cycle de vie sur l’épine-vinette commune (Berberis vulgaris). Photo: http://www.ars.usda.gov

Cette année-là, Agriculture Canada interdit la vente et la distribution de toutes les épines-vinettes (Berberis spp.) pour protéger ses cultures de blé. En effet, la rouille noire du blé (Puccinia graminis) utilise certaines épines-vinettes à feuillage caduque comme hôtes secondaires. Autrement dit, elle passe une partie de son cycle de vie sur le blé et une partie sur une épine-vinette. 

D’ailleurs, plusieurs autres pays, dont la France, ont instauré des règlements similaires, d’ailleurs avant même le Canada, bannissant les épines-vinettes ou, du moins, leur culture près des champs de blé.

Cependant, il s’est rapidement avéré que l’hôte secondaire de la maladie est l’épine-vinette commune (B. vulgaris), pas l’épinette-vinette de Thunberg (B. thunbergii). Cette dernière est complètement inoffensive à cet égard. Donc, les interdictions frappant l’épine-vinette de Thunberg ont été levées ailleurs dans le monde, sauf au Canada, où elles demeurent en vigueur.

Cependant, après 35 ans de pressions exercées par les pépinières productrices d’arbustes, Agriculture Canada a finalement cédé en 2001 et a permis la vente de 11 cultivars d’épine-vinette de Thunberg qui ont été testés individuellement et qui se sont révélés exempts de rouille. Ils sont d’ailleurs maintenant parmi les arbustes les plus vendus au Canada.

Les épines-vinettes de Thunberg colonnaires, comme ‘Helmond Pillar’ et Sunjoy Gold Pillar™, ne peuvent pas être vendues au Canada même si elles ne sont pas porteuses de la rouille du blé, cela à cause d’un règlement mal conçu. Photo: springmeadownursery.com

Depuis 2001, plusieurs nouveaux cultivars d’épine-vinette fort intéressants ont été introduits dans d’autres pays, dont les magnifiques variétés au port colonnaire ‘Helmond Pillar’, à feuilles pourpres, et Sunjoy Gold Pillar™ (‘Maria’), aux feuilles dorées, mais leur vente demeure toujours illégale au Canada. D’après ce que j’entends dire, Agriculture Canada n’a pas la moindre intention de lever la restriction sur les épines-vinettes non porteuses de maladies tout simplement pour accommoder les consommateurs qui s’y intéressent. 

Maintenant qu’il y a un enjeu environnemental à considérer, cependant, et qu’il y a donc la possibilité d’offrir aux jardiniers des cultivars qui ne sont pas nuisibles à nos écosystèmes, j’ose espérer voir Agriculture Canada se réveiller.

Aurons-nous un jour des épines-vinettes WorryFree au Canada? J’espère que oui… et d’ailleurs bientôt!

Agastache fenouil: herbe de l’année 2019

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L’herbe de l’année 2019, ainsi nommée par l’International Herb Association, est l’agastache fenouil (Agastache foeniculum), également appelé anis hysope, hysope anisée ou grande hysope. L’agastache fenouil n’est certainement pas l’une des herbes culinaires et médicinales les plus connues et peu de jardiniers le connaissent, mais il est joli, facile à cultiver et très utile, méritant amplement sa mise en vedette en 2019!

Qu’est-ce l’agastache fenouil?

Cette plante herbacée aromatique vivace est originaire de l’est et du centre de l’Amérique du Nord, dont du Québec. 

Le nom Agastache vient du grec «agan» (abondance) et de «stachys» (épi), faisant référence à ses nombreux épis floraux.

Quant à ses épithètes communs et botaniques, ils font référence au fenouil (le sens de foeniculum). Pourtant, les deux plantes, fenouil et agastache fenouil, ne sont pas apparentées et, physiquement, ne se ressemblent nullement. L’agastache fenouil appartient à la famille de la menthe (les Lamiacées) et le fenouil, à celle de la carotte (les Apiacées). Par contre, l’odeur et le goût anisé de l’agastache rappellent bien ceux du fenouil.

L’agastache fenouil est une plante attrayante, formant une touffe dense de tiges dressées portant des feuilles ovales légèrement dentées et blanchâtres au revers. Les tiges sont surmontées d’un épi de fleurs lavande pourpre (le cultivar ‘Alabaster’ [‘Alba’] porte des fleurs blanches) qui persistent tout l’été, de juin à septembre dans l’hémisphère Nord. 

Les abeilles visitent fréquemment les fleurs d’agastache fenouil. Photo: Hellen Linda Drake, http://www.youtube.com

C’est une excellente plante mellifère que les abeilles visitent abondamment. Par une belle journée d’été, le bourdonnent autour des fleurs est constant. Le miel produit est réputé pour son goût légèrement anisé.

Les colibris visitent aussi les fleurs (quand les abeilles ne sont pas présentes) ainsi que les papillons, les syrphes et plusieurs autres pollinisateurs. Cependant, l’odeur anisée de la plante semble repousser les cerfs, les lapins et les autres mammifères, qui laissent l’agastache fenouil tranquille.

Compte tenu de sa hauteur, généralement d’environ 120 à 150 cm, l’agastache fenouil est probablement plus utile non pas dans le jardin d’herbes aromatiques, où il pourrait ombrager ses voisins plus petits, mais à l’arrière-plan de la plate-bande, où sa floraison estivale sera la plus appréciée.

Utilisations

Fleurs séchées d’agastache fenouil. Photo: therunninggarlic.wordpress.com

L’agastache fenouil est une herbe à la fois culinaire et médicinale. Dans la cuisine, les fleurs et les feuilles sont utilisées comme assaisonnement ainsi que dans les tisanes, les sirops et les salades, parfois en remplacement de l’estragon (Artemisia dracunculus sativa). Si vous avez besoin d’un rafraîchisseur d’haleine, mâchez-en quelques feuilles et bientôt votre haleine sera parfaitement pure! Séchées, les fleurs et les feuilles peuvent être conservées pour un usage culinaire futur ou être ajoutées au pot-pourri.

Sur le plan médical, cette plante est utilisée depuis longtemps par les peuples autochtones du Nouveau Monde pour traiter les plaies, la fièvre, la toux et la diarrhée.

Comment cultiver l’agastache fenouil

Compte tenu du fait qu’il est peu connue, vous n’allez probablement pas trouver des plants d’agastache fenouil dans votre jardinerie locale. Cherchez-les plutôt auprès des pépinières spécialisées en herbes aromatiques, s’il y en a dans votre région, ou encore, commandez des plants par correspondance. Les semences sont encore plus faciles à trouver que les plants et bon nombre de semenciers, surtout ceux qui offrent des herbes, en mettent dans leur catalogue.

Il est possible d’obtenir des plantes déjà en fleurs l’année même du semis, mais il faut alors démarrer les semences à l’intérieur très tôt, dès la fin de janvier ou au début de février dans l’hémisphère Nord. Or, l’éclairage naturel est très faible si tôt dans la saison; vous aurez donc probablement besoin d’un éclairage artificiel (lampes fluorescentes ou DEL) pour assurer de bons résultats. Vous pouvez aussi démarrer les semences à l’intérieur environ 4 à 6 semaines avant la date du dernier gel ou même simplement les semer en pleine terre quand le sol se réchauffe, mais alors les jeunes plantes ne fleuriront pas avant la deuxième année.

Plantez en plein soleil (à la rigueur, à la mi-ombre) dans un sol assez riche, légèrement acide à neutre, et humide, mais bien drainé, en espaçant les plants d’environ 45 cm (18 pouces). Une fois établi, l’agastache fenouil est assez résistant à la sécheresse, mais il réussit quand même mieux quand le sol reste au moins un peu humide en tout temps. 

C’est une plante extrêmement résistante au froid, capable de croître dans la zone de rusticité 2, voire 1, et d’ailleurs, elle préfère les étés frais et les hivers froids. Pour cette raison, cette plante ne fait pas un bon choix pour les régions aux hivers très doux (zones 9 à 11). Si les étés dans votre région sont très chauds, un bon paillis peut être utile pour garder ses racines au frais.

Avec le temps, généralement après 3 ou 4 ans, la base de la plante devient ligneuse et la plante ne repousse plus. Vous pouvez prévoir le coup en préparant des boutures de tige aux trois ans. Ou encore, plus facilement, conservez quelques-uns des nombreux semis qu’elle produit, car l’agastache fenouil se ressème généreusement et peut même devenir assez envahissant. (Un bon paillage aidera à prévenir un auto-ensemencement excessif.)

Autres agastaches

L’agastache fenouil est loin d’être le seul des quelques 20 espèces d’agastache qui peuvent être d’intérêt pour les jardiniers. 

Agastache coréenne (Agastache rugosa). Photo: http://www.mylestaryseeds.com.my

Très semblable à l’agastache fenouil et, comme lui, tout aussi florifère qu’utile, il y a l’agastache coréen ou menthe-réglisse coréenne (A. rugosa). Un peu plus compact, il atteint 90 cm de hauteur, parfois 120 cm, avec des épis plus courts et plus denses de fleurs bleu lavande. On pourrait le voir comme la version asiatique de l’A. foeniculum nord-américain, avec un goût mélangeant menthe et réglisse. Comme on peut s’y attendre vu son origine, l’agastache coréen est couramment utilisé dans la cuisine asiatique. Zone 5. 

A. rugosa ‘Blue Spike’ et ‘Liquorice Blue’ sont deux lignées d’agastache coréen offertes par semences, mais elles sont apparemment identiques à l’espèce. Zone 5.

A. rugosa ‘Honey Bee Blue’ est similaire à l’espèce quant à ses fleurs bleu lavande, mais il est plus court (60–90 cm). Plus rare, il y a aussi ‘Honey Bee White’, des mêmes dimensions, mais à fleurs blanches. A. rugosa ‘Little Adder’, quant à lui, est encore plus bas: 40–45 cm et porte les mêmes fleurs bleu lavande que l’espèce. Les trois fleurissent tout l’été et peuvent servir de plantes comestibles, médicinales et ornementales. Zone 5.

Agastache rugosa ‘Golden Jubilee’. Photo: Sélections All-America

L‘agastache coréen a également donné naissance à un cultivar très populaire aux feuilles jaune chartreuse, A. rugosa ‘Golden Jubilee’, lauréat du prix Sélections All-America en 2003. Il mesure environ 50 cm de hauteur et est tout aussi florifère que l’espèce. Comme ses feuilles jaune lime contiennent moins de chlorophylle que l’espèce, le plein soleil est essentiel. Attention, ‘Golden Jubilee’ se ressème abondamment. Comme il est fidèle au type à partir de semences, les plantules seront jaune chartreuse et donc faciles à repérer si vous avez besoin de réduire leur nombre ou de les déplacer. Zone 5.

Agastache faux-népéta (Agastache nepetoides). Photo: Christopher Noll, wisflora.herbarium.wisc.edu

Un autre parent très proche est l’agastache faux-népéta (A. nepetoides). Il diffère notamment d’A. foeniculum par sa taille (1,5 à 3 m!) et sa floraison plus tardive (fin d’été et automne), mais aussi par ses petites fleurs jaune à blanc verdâtre plutôt parsemées sur un épi vert, une combinaison de valeur ornementale plutôt limitée. Même si son feuillage n’est pas très aromatique, l’agastache faux-népéta est utilisé en médecine douce, notamment comme plante à infuser pour soulager les démangeaisons dues à l’herbe à puce. Zone 2.

Des variétés qui restent à leur place

Les meilleurs agastaches pour les jardiniers paresseux sont sans doute les différents hybrides stériles. La plupart sont issus de croisements entre A. foeniculum et A. rugosa ou de leurs cultivars et ne produisent aucune graine fertile. Ainsi, vous n’avez pas à contrôler les semis égarés comme chez les autres agastaches. 

Agastache ‘Blue Fortune’. Photo: http://www.perennialresource.com

A. ‘Blue Fortune’, avec ses épis bleu lavande produits toute la saison, est la variété hybride la plus connue et est, à mon avis, une vivace réellement exceptionnelle. À environ 60 à 90 cm de hauteur, A. ‘Blue Fortune’ attire tous les regards par ses fleurs si séduisantes. Plantez-le au milieu de la plate-bande pour vous assurer d’une couleur fiable tout l’été. Par contre, il faut se rappeler qu’il est, comme tous les agastaches, assez éphémère. N’oubliez donc pas de le multiplier à partir de boutures tous les 3 ans environ. Zone 4.

Parmi les autres agastaches stériles à essayer, il y a ‘Blue Boa’ (épis épais de fleurs bleu violet foncé) et A. ‘Black Adder’ (fleurs rose lavande pourvues de bractées pourpre foncé). Les deux sont de zone 5.

Des agastaches plutôt annuelles

Agastache ‘Kudos Ambrosia’ est un exemple d’un agastache peu rustique généralement utilisé comme annuelle. Photo: http://www.terranovanurseries.com

Les agastaches du sud-ouest de l’Amérique du Nord (A. cana, A. aurantiacaA. rupestris, A. mexicana et leurs hybrides) appartiennent à une catégorie totalement différente. Ce sont des plantes de petite taille avec de petites feuilles et des fleurs tubulaires rouges, jaunes, orange, roses ou violettes. Les Américains les appellent «hummingbird mints», car ils sont pollinisés par les colibris («hummingbirds»).

Originaires du sud-ouest de l’Amérique du Nord (Arizona, Texas, Mexique, etc.), ces agastaches sont adaptés aux climats secs et aux étés chauds et ne sont pas très rustiques (zone 7, peut-être 6 à la rigueur, même si les pépiniéristes persistent à les étiqueter avec la zone 5). Leur goût est plus proche de celui de la menthe que de celui du fenouil. Ils sont également utilisés en médecine et en cuisine dans leurs régions locales, mais rarement dans les régions plus tempérées. Il en existe de nombreux hybrides qui deviennent de plus en plus populaires, surtout en tant qu’annuelles, mais ils peuvent servir de vivaces de courte vie dans les régions aux hivers relativement doux.


Voilà un aperçu rapide des attraits de l’agastache fenouil, une plante qui mérite parfaitement sa reconnaissance comme herbe de l’année 2019!