Pensée du jour

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Quand Gertrude Stein disait «Une rose est une rose est une rose est une rose», elle faisait une belle preuve de son ignorance horticole.

Citation tirée du livre Pensées pour profiter pleinement du jardinage

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Bleuet de jardin ou morelle noire?

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Depuis fort longtemps (40 ans et plus, d’après moi), il paraît dans le catalogue W. H. Perron (et dans son ancien catalogue HortiClub), un fournisseur populaire de semences populaire au Canada, un légume appelé bleuet de jardin. Ce nom m’a toujours frustré, car la plante en question n’est pas un bleuet (Vaccinium spp., de la famille des Ériacées), appelé myrtille en Europe, mais appartient plutôt à la famille des Solanacées, la famille de la pomme de terre et de la tomate. Aussi, ses fruits ne sont pas bleus, mais noirs. Et la plante a déjà un nom légitime en français: morelle noire. Alors, pourquoi publier un faux nom… et maintenir cette erreur pendant des décennies? 

Les fruits de la myrtille (Vaccinium membranaceum), que les Américains appellent
huckleberry, ne ressemblent même pas aux fruits de la morelle noire. Photo: hartmannsplantcompany.com

En fait, le nom bleuet de jardin est tout simplement une mauvaise traduction du nom américain du fruit, «garden huckleberry», huckleberry voulant dire myrtille. 

J’ai déjà écrit à la compagnie en question, suggérant une correction, mais cela n’a rien donné. 

Comestible ou toxique?

La morelle noire est toxique: on ne mange les fruits que lorsqu’ils sont bien mûrs. Photo: hiveminer.com.

Mais la morelle noire est réputée très toxique. D’ailleurs, parmi ses noms communs, il y a tue-chien, raisin du loup et tomate du diable. Que fait une plante toxique dans un catalogue de semences de légumes? 

En fait, ce sont les parties vertes de la morelle noire qui sont toxiques (tout comme les parties vertes de sa cousine, la pomme de terre). Une fois que fruit est devenu complètement noir, il est comestible. D’ailleurs, le fruit a meilleur goût (et est plus facile à séparer de la plante aussi) quand les fruits perdent un peu de leur lustre d’origine et ramollissent un peu.

Curieusement, les tiges et feuilles de cette plante très toxique sont consommées dans beaucoup de pays, notamment dans le sud-est de l’Asie et en Afrique, mais seulement après cuisson dans plusieurs eaux pour enlever les principes toxiques.

De quelle plante s’agit-il?

Le nom botanique de la morelle noire sauvage est Solanum nigrum. Ou plutôt Solanum complexe nigrum, car en fait, il y a toute une série d’espèces très apparentées qui passent sous le nom de morelle noire: S. nigrum sensu stricto bien sûr, mais aussi S. melanocerasumS. americanumS. scabrumS. retroflexum et autres. Bien malin celui qui arriverait à les distinguer! 

Actuellement, W.H. Perron indique que sa version de la morelle noire s’appelle S. melanocerasum. D’autres catalogues citent le nom S. retroflexum. Wikipedia (anglais) préfère S. scabra, alors que Wikipédia (français) garde le nom S. nigra. C’est une vraie tour de babel taxonomique!

Il existe aussi une morelle noire à fruits orange: le cultivar ‘Red Makoï’. Il dériverait, d’après Wikipedia, de S. nigrum.

Morelle Wonderberry (Solanum retroflexum). Photo: http://www.amkhaseed.com

Et de plus, il y a la morelle Wonderberry (S. burbankii), un prétendu hybride de Luther Barbank, lancée en 1909. Prétendu, car en fait le croisement théorique, entre Solanum guineense et S. villosum, serait génétiquement impossible, comme les deux plantes appartiennent à deux sections différentes du vaste genre Solanum (environ 1500 espèces) et ont un nombre de chromosomes très différent. Aujourd’hui, la présomption est que Luther Burbank, réputé pour ses notes d’hybridation très désordonnées, se serait tout simplement trompé. 

D’après Wikipedia, la morelle Wonderberry appartiendrait à l’espèce S. retroflexum.

Des fruits… pas si délicieux

J’ai semé la morelle noire pour la première fois quand j’étais enfant. J’étais déjà un habitué des catalogues de semences et passais annuellement des commandes, habituellement pour les plantes rares et originales.

N’est-ce pas que ces fleurs ressemblent à celles de la tomate? Photo: AnRo0002, Wikimedia Commons

D’après l’information sur le sachet que j’ai reçu, il fallait la traiter comme une tomate, donc je l’ai semée en godet tourbe à l’intérieur, puis je l’ai repiquée au jardin au plein soleil quand le sol s’est réchauffé. Contrairement à la tomate, aucun tuteur n’était nécessaire: la plante a plutôt formé un buisson dressé couvert de petites fleurs. La parenté avec la tomate (Solanum lycopersicum, autrefois Lycoperscon esculentum) était bien évidente dans la fleur étoilée pendante: elle avait la forme d’une fleur de tomate, mais était blanche plutôt que jaune.

Mes plantes ont produit une abondante récolte de fruits ronds noirs de la taille d’un pois. Comme la description sur le sachet de semences indiquait qu’il fallait cuire les fruits avant de les manger, ma sœur et moi avons essayé de les faire cuire dans son four Easy-Bake (un jouet très populaire à l’époque et à ma grande surprise, apparemment encore offert!). Les fruits cuits n’étaient pas particulièrement savoureux, mais étaient même plutôt amers, alors nous avons ajouté du sucre. Et encore de sucre. Et encore de sucre. Nous nous sommes retrouvés avec une sorte de sirop violet foncé qui pourrait peut-être servir de coulis. (D’autres les utilisent pour faire des tartes et des confitures.)

La morelle noire, finalement, ne m’avait pas vraiment impressionnée et mon expérience s’est arrêtée là… ou presque.

Ai-je vous mentionnée que la morelle noire est une mauvaise herbe redoutable, ses graines se répandant partout? Mon frère, maintenant propriétaire de la maison paternelle, se bat avec encore aujourd’hui, plus de 50 ans plus tard!


Le bleuet de jardin est en fait une morelle noire qui est fait un Solanum nigrum… ou peut-être un de ses cousins. Que de bisbille taxonomique autour une simple mauvaise herbe — oups, je veux dire un simple légume! 

La terre noire: un produit essentiellement inutile

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Au Canada et aux États-Unis*, on trouve dans toutes les jardineries, même dans les supermarchés, des sacs de «terre noire». Du moins, c’est ce qui est écrit sur le sac. Pour bien des jardiniers, la terre noire semble offrir le succès garanti. Après tout, plus une terre est foncée, meilleure elle est, non?

*Ailleurs au monde, on vend ce produit sous son vrai nom : tourbe noire.

Mais ce qui se trouve dans les sacs n’est pas de la véritable terre noire. D’ailleurs, ce n’est pas de la terre du tout : c’est de la tourbe. 

Déjà, le fait que la terre noire est toujours offerte au rabais devrait vous faire poser des questions. Si elle est si bonne que cela, pourquoi se vend-elle si bon marché? Une terre de grande qualité serait normalement assez coûteuse, non?

Voici ce qu’il en est:

Terre noire ou tourbe noire?

Tourbe noire vendue sous le nom terre noire. Photo: http://www.lapausejardin.fr

Il existe une véritable terre noire, le chernozem– une terre très riche en matière organique trouvée habituellement dans d’anciens marécages – mais cette terre vaut trop cher à l’agriculture (la culture maraîchère, notamment) pour vendre en sac aux consommateurs. 

On met plutôt dans ces sacs de la tourbe noire, soit la tourbe trouvée complètement au fond des tourbières, sous la couche de tourbe blonde (la couche la plus utilisée en horticulture) et la couche de tourbe brune (une tourbe de moindre qualité). La tourbe noire — on pourrait aussi l’appeler, légitimement, humus de tourbe — est tellement pauvre en minéraux qu’elle ne donne aucune fertilisation aux plantes et tellement acide qu’elle peut même être toxique pour la plupart des plantes si on l’utilise telle quelle. C’est ce produit très peu utile qu’on met dans les sacs de terre noire. 

Il est vrai que les fournisseurs de terres les plus honnêtes ajoutent de la chaux à leur tourbe noire pour au moins qu’elle ne tue pas les végétaux dans l’immédiat, mais il n’en reste que c’est un produit essentiellement bidon, presque sans utilité pour le jardinier. Sa seule utilité véritable est pour alléger un sol trop lourd, mais alors, la tourbe blonde (appelée tourbe de sphaigne ou «peat moss») est encore plus efficace à ce niveau. 

Il faut le diluer

Tristement, je reçois tous les ans des messages de jardiniers avec des plates-bandes mourantes, des arbres dépérissants, des potagers malades, etc. parce que, pensant que la terre noire était le meilleur des sols, ils avaient enlevé la terre d’origine pour la remplacer – entièrement! – par cette tourbe de troisième qualité. Une plantation directement dans de la terre noire ? Presque aucune plante ne survivra à cela!

La terre noire est un amendement qu’on peut mélanger au sol, pas une terre de plantation.

Une lueur d’espoir

Quand j’ai publié une première version de cet article en 2015, le terme «terre noire» était utilisé partout. Maintenant, je vois que certains producteurs de terre commencent à afficher «humus de tourbe» à la place, du moins, quand ce produit est utilisé comme ingrédient d’un terreau. Bravo! C’est un bon départ!

Et une autre fois, quand j’ai acheté un sac étiqueté terre noire dans une jardinerie (pas pour mon jardin, mais pour le tournage d’une émission de télévision), la commis m’a averti que ce produit ne devait pas servir comme terre de plantation, mais seulement comme amendement. Deux fois bravo!

Par contre, je ne pense pas que quelqu’un va vous aviser de l’utilité très limitée de ce produit quand vous achetez la terre noire au supermarché ou dans une quincaillerie.


Donc, ma consigne: ne cultivez pas des plantes dans de la terre noire achetée dans le commerce et, si vous avez besoin d’un amendement pour alléger un sol, préférez un autre produit. La « terre noire » commerciale n’est vraiment pas l’ami du jardinier!

Les callas hybrides: que de couleur!

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Les callas ou lis callas (Zantedeschia spp.) ont beaucoup changé depuis que je les ai cultivés pour la première fois il y a environ 40 ans. À l’époque, on ne trouvait en jardinerie que les espèces. Comme le grand calla blanc (Zantedeschia aethiopica), aussi appelé arum d’Éthiopie, même s’il vient plutôt du sud d’Afrique, avec ses énormes fleurs blanches et ses grandes feuilles en forme de tête de flèche sur une plante de 1,2 m et plus de hauteur. Ou encore, le calla jaune (Z. ellottiana), une plante beaucoup plus petite avec des fleurs jaunes plus étroites et des feuilles à points blancs.

De nos jours, cependant, ce que les jardineries nous proposent sont plutôt des callas nains: la plupart ne mesurent que 30 à 60 cm de hauteur. Ce sont des variétés hybrides avec des fleurs assez tubulaires et des feuilles plutôt étroites, parfois lancéolées, vertes ou marquées de points blancs. Les fleurs sont offertes dans une large gamme de couleurs: blanc, rose, jaune, orange, rouge, violet et même presque noir. Ces hybrides résultent de croisements entre diverses espèces de Zantedeschia telles que Z. elliotianaZ. rehmanniiZ. jucunda et Z. albomaculata.

Il est intéressant de noter que les callas hybrides ont été développés à l’origine pour l’industrie de la fleur coupée et même aujourd’hui sont produits massivement en serre à cette fin. C’est seulement par la suite que quelques producteurs se sont rendu compte qu’ils pouvaient augmenter leurs profits en vendant leurs tubercules excédentaires au public comme plantes de jardin.

Traits de famille

Le «lis» calla (à gauche) ne ressemble nullement au véritable lis (à droite). Photo: http://www.longfield-gardens.com.

Bien que souvent appelés lis calla, les callas n’ont en fait rien d’un lis. Originaires du sud de l’Afrique, ils appartiennent plutôt à la famille des Aracées (famille du philodendron) et non aux Liliacées (famille des lis). 

Si on les appelle callas, c’est que Linné les a d’abord classés dans le genre Calla en raison de leur apparence similaire à celle du calla des marais (Calla palustris), une plante aquatique des régions froides de l’hémisphère nord. Les espèces d’Afrique ont ensuite été transférées au genre Zantedeschia, du nom du botaniste italien Giovanni Zantedeschi, en 1826, mais le nom commun calla leur est resté.

L’inflorescence du calla se compose d’un spathe enroulé avec un spadice tubulaire au centre. Photo: http://www.amazon.in

L’inflorescence des callas est composée d’une bractée attrayante appelée spathe enroulée autour d’un spadice central en forme de doigt. C’est le spadice qui porte les vraies fleurs, minuscules et sans attraits. Curieusement, l’inflorescence est monoïque: la plante porte des inflorescences mâles et femelles distinctes sur la même plante.

Les plantes poussent à partir de tubercules ou de rhizomes souterrains. Les callas rhizomateux s’étendent peu à peu pour former éventuellement de vastes colonies; les types tubéreux, tels que les hybrides nains, ne sont pas aussi vagabonds et ont tendance à rester là où vous les avez plantés.

Notez que les callas sont toxiques en raison de leur forte teneur en acide oxalique. S’il n’y a presque jamais de cas d’intoxication, c’est que mordre dans une feuille ou fleur provoque instantanément une telle sensation de brûlure que la victime la crache rapidement. Malgré cela, il serait sage de placer cette plante hors de la portée des enfants et des animaux domestiques.

Ne soyez pas surpris de voir perler des gouttes de sève à la pointe des feuilles des callas. C’est qu’ils font de la guttation. Cela aide la plante, qui pousse souvent dans des conditions de grande humidité, à éliminer les surplus d’eau.

Considérations climatiques

Grand calla blanc (Zantedeschia aethiopica)). Photo: jacquesamandintl.com

Le calla le plus rustique est le grand calla blanc (Z. aethiopica): il peut être cultivé en plein air toute l’année dans une bonne partie de l’Europe (zones 8 à 10), du moins dans les secteurs où le sol ne gèle qu’en surface. Même, parfois il s’échappe des jardins pour envahir les marécages à proximité.

On arrive à le cultiver de cette façon au Canada aussi, mais seulement sur la côte ouest, où le climat est très doux, et même là, de façon très limitée. En Australie, le grand calla blanc est considéré si envahissant que sa culture est bannie!

Par contre, aucun des autres callas n’est le moindrement rustique. On peut seulement les cultiver comme plantes pérennes que dans les régions tropicales et subtropicales. Dans les régions tempérées, on les cultive habituellement comme plantes annuelles ou, à la limite, on rentre les tubercules à l’abri pour l’hiver.

La culture des callas hybrides

Ces très gros tubercules (20+) donneront une floraison maximale. Photo: http://www.kapiteyn.nl.

Les tubercules de calla sont en vente à la fin de l’hiver et au printemps, en magasin et par correspondance. Achetez des tubercules les plus gros possible (des catégories 18-20 ou 20+), car ils produisent davantage de fleurs et un feuillage plus dense.

Si vous ne pouvez pas planter les tubercules tout de suite, conservez-les au frais et au sec.

Plantez les tubercules en plein air quand il n’y a plus de risque de gel et que le sol se soit réchauffé (environ 18 °C).

Pour obtenir une floraison plus hâtive, vous pouvez aussi démarrer les tubercules à l’intérieur, mais attention: ne le faites pas trop tôt, sinon ils fleuriront dans la maison, ce qui n’est probablement pas votre but. Un démarrage 30 jours avant le repiquage en pleine terre est amplement suffisant. 

On peut aussi plantez les tubercules en pot. Photo: Gardeningwithbulbs, http://www.youtube.com

Les callas hybrides aiment la chaleur et, dans les climats aux étés frais, se cultivent alors de préférence au plein soleil dans un endroit protégé du vent. Là où les étés sont torrides, par contre, la mi-ombre est souvent préférable. Vous pouvez les cultiver en pot (ce qui simplifie leur rentrée à l’intérieur à l’automne) ou en pleine terre.

Contrairement au grand calla blanc, qui est essentiellement une plante de marécage et qui poussera même avec ses rhizomes sous l’eau, les variétés hybrides préfèrent une situation plus sèche, surtout lorsqu’elles sortent de leur dormance. Choisissez alors un endroit bien drainé. Ajoutez beaucoup de compost au sol lors de la plantation: les callas aiment les sols riches et meubles.

La plantation est un jeu d’enfant: il suffit de placer les tubercules des callas nains à environ 15 cm d’espacement et de 5 à 8 cm de profondeur, les yeux (bourgeons) pointés vers le haut, puis de les recouvrir de terre.

Arrosez une première fois pour lancer la croissance, mais par la suite, gardez l’emplacement plutôt sec jusqu’à ce que des pousses émergent du sol. Arrosez alors plus abondamment, visant un sol toujours bien humide. À cette fin, une couche de 7 cm de paillis peut aider à réduire l’évaporation. Surtout, ne laissez jamais les callas sécher complètement pendant leur saison de croissance.

En général, les callas commenceront à fleurir environ 60 à 90 jours après la plantation, donnant alors une floraison qui se poursuit du milieu de l’été au début de l’automne. Les plantes démarrées à l’intérieur fleuriront un peu plus tôt. Chaque tubercule peut produire jusqu’à 5 ou 6 fleurs en succession.

Peut-on faire refleurir les callas?

Pour être bêtement honnête, probablement pas. Les callas hybrides ne sont pas du tout aussi faciles à faire refleurir que certaines des espèces (le grand calla blanc, par exemple). Après tout, il faut se rappeler qu’ils ont été développés comme fleurs coupées, une production où les plantes sont rapidement jetées au compost après leur floraison unique. Ainsi, les hybrideurs n’ont jamais considéré la capacité de refleurir comme étant un critère de sélection sérieux. Oui, on peut récupérer et replanter les tubercules, mais souvent ils ne produisent que du feuillage par la suite. Ainsi, il est plus simple de considérer les callas hybrides comme plantes annuelles et de laisser le gel automnal les tuer. 

Si vous voulez essayer de les conserver, toutefois, voici ce qu’il faut faire:

Tout d’abord, ne lésinez pas sur l’engrais au cours de l’été. Utilisez régulièrement des engrais solubles tout usage pour tenter de produire des tubercules les plus gros possible en vue de la floraison de l’année prochaine. En outre, supprimez les fleurs fanées pour empêcher la montée en graine.

Tubercules pendant le ressuyage. Photo: Happy Garden, http://www.youtube.com

Les tubercules semblent avoir besoin d’une session de ressuyage afin de les endurcir. Alors, laissez les pots ou les tubercules dans un endroit chaud et sec pendant environ une semaine avant de les remiser. Ensuite, conservez les tubercules dans de la vermiculite, de la tourbe ou emballés dans du papier journal. Quant aux tubercules conservés en pot, empilez-les dans un coin, tout simplement. Il faut un emplacement frais (10–16 °C) et sec pour la conservation hivernale.

Vérifiez l’état des tubercules chaque mois et vaporisez-les légèrement avec de l’eau s’ils semblent se ratatiner. Quant aux tubercules conservés en pot, arrosez juste assez pour que le mélange ne se dessèche pas complètement.

Enfin, à la fin du printemps, recommencez le cycle… et croisez vos doigts!

Bonne chance!

Le bon espacement… pour paresser au jardin

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Il n’est pas très utile de laisser des espaces vides dans une plate-bande ou un potager: les mauvaises herbes finissent par s’y installer. Il faut planter assez serré pour combler l’espace tout en laissant assez de place pour que les plantes puissent atteindre leur pleine taille. Idéalement, vous planteriez de façon à ce que les plantes se touchent un peu sur tous les bords, mais qu’elles aient quand même l’espace vital nécessaire pour leur plein épanouissement.

Suggestion de jardinier paresseux: plantez les végétaux à un espacement équivalent à environ trois quarts de leur diamètre adulte.

Ainsi, une vivace qui atteindra 75 cm de diamètre à maturité pourrait être plantée à environ 60 cm d’espacement. Et un arbuste de 120 cm de diamètre à maturité à 90 cm. Bientôt, votre plate-bande sera remplie à 100 %… mais vos plantes auront quand même l’espace qu’il leur faut pour se développer.

Potager sans interligne entre les rangs: plus de légumes, moins de mauvaises herbes! Ill.: Claire Tourigny, tirée du livre Les idées du jardinier paresseux: Potager.

Dans le potager, c’est la même chose. Laissez une interligne vide de végétaux entre chaque rang, soit la façon traditionnelle de jardiner, est une invitation pure et simple aux mauvaises herbes. C’est comme si vous disiez aux plantes indésirables: venez vous installer ici, je vous ai laissé de l’espace!

Quand vous lisez sur le sachet de semences de légume X de laisser 15 cm entre les plants et 40 cm entre les rangs, faites abstraction du 2e chiffre. Plantez à 15 cm entre les plants et entre les rangs, ne laissant pas d’interligne (rang vide de végétation) qu’aux 120 cm à 150 cm environ pour vous donner accès à l’ensemble. Et paillez abondamment cet unique «rang d’accès» pour le rendre inaccessible aux plantes indésirables.

Quand vous semez ou plantez vos végétaux un peu serrés, les plantes sont heureuses et vous aussi êtes heureux. Ce sont seulement les mauvaises herbes qui vont se plaindre!

N.D.L.R. Billet originalement publié le 15 avril 2015

Pélargoniums aux feuilles jaunissantes

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Question: L’automne dernier, j’ai entré mes géraniums annuels et j’ai fait des boutures. Mes plants sont assez beaux et verts, mais les feuilles du bas deviennent jaunes et se replient sur elles-mêmes.Je ne sais pas si je les arrose trop ou pas assez ou si le contenant est trop petit. J’aimerais bien avoir l’explication de ces feuilles jaunes. 

Angéline Gagné

Quand les pélargoniums sont cultivés en plein air, la densité de leur feuillage aide à cacher les feuilles jaunissantes. Photo: Forest & Kim Starr, Wikimedai Commons

Réponse: Il est tout à fait naturel que les feuilles inférieures du «géranium des jardins» (en fait, on devrait plutôt dire pélargonium des jardins, car cette plante n’est pas un véritable géranium), soit Pelargonium hortorum, jaunissent en vieillissant. À l’extérieur, au plein soleil, cela arrive aussi, mais moins visiblement, car les plantes produisent un plus grand nombre de jeunes feuilles qui cachent en bonne partie le dépérissement des vieilles. À l’intérieur, où les conditions sont moins bonnes qu’à l’extérieur, les pélargoniums produisent des feuilles plus espacées et moins nombreuses et les perdent aussi plus rapidement. 

Pour aider à réduire le jaunissement, augmentez l’éclairage si vous pouvez et fertilisez régulièrement dès le début du printemps (mais pas l’hiver; une fertilisation hivernale tend à provoquer l’étiolement).

Le pélargonium pousse mieux quand on l’arrose modérément: les feuilles inférieures jaunissent davantage quand on l’arrose trop… mais les feuilles inférieures jaunissent aussi quand on ne l’arrose pas suffisamment. Utilisez le «test du doigt» pour savoir quand arroser: quand le terreau est sec au toucher, il est temps de bien imbiber la motte de racines d’eau. 

Quand vous arrosez un pélargonium, mieux vaux arroser le terreau, pas le feuillage. Cela réduit les risques de maladie. Photo: http://www.womanontheway.com

Si vous découvrez que le terreau assèche très rapidement, en moins d’une semaine, il serait sage de rempoter la plante dans un pot un peu plus gros: avec plus de place pour les racines, le terreau s’assèchera moins vite.

Il est aussi possible que le jaunissement soit causé par une maladie quelconque (verticilliose, mildiou, flétrissure bactérienne, etc.), mais ces maladies sont plus courantes sous des conditions de forte humidité atmosphérique, ce qui est rarement la situation à l’intérieur de nos maisons.

Enfin, même si vous ne faites rien, vos plantes devraient reprendre leur apparence et leur port habituels une fois que vous les placez à l’extérieur pour l’été. C’est que par ce jaunissement, vos plantes essaient essentiellement de vous dire: «j’en ai assez d’être à l’intérieur, je veux profiter du soleil direct en plein air.» Service que vous allez sûrement leur rendre quand il n’y aura plus de risque de grand froid.

La livèche: le céleri des jardiniers paresseux

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Produire du bon céleri (Apium graveolens dulce) est une tâche difficile. Ce légume est à croissance assez lente, mais déteste la chaleur. Il faut donc le démarrer tôt dans la maison, mais le garder au frais dans le jardin: pas toujours facile à faire. Même quand vous l’avez bien réussi une année, il faut tout recommencer la suivante, car on le cultive comme plante annuelle (en fait, c’est une bisannuelle qu’on récolte la première année).

Je vous suggère de cultiver plutôt son sosie pérenne, la livèche (Levisticum officinale), une vivace de culture simple et qui revient alors année après année, vous enlevant beaucoup d’efforts.

Un céleri géant

Il s’agit d’une plante très apparentée au céleri, à la fois génétiquement (les deux appartiennent aux Apiacées), gustativement et physiquement: on pourrait dire que c’est un céleri vivace géant.

Les fleurs de livèche sont portées sur de hautes tiges dressées. Photo: http://www.amazon.com

La livèche produit au printemps une rosette de longues feuilles tripennées vert luisant aux folioles triangulaires dentées… tellement similaires à celles du céleri qu’on pourrait s’y méprendre. La tige florale qui s’élève du milieu de la rosette est creuse, tout comme les pétioles des feuilles, et porte des feuilles de moindre taille avec moins de folioles que celles de la rosette. Au sommet de la tige, il y a de multiples ombelles de fleurs jaunes.

On peut boire le jus de tomate (ou un Bloody Mary) en utilisant un pétiole de livèche comme paille. Photo: http://www.macombdaily.com

Toute la plante sent le céleri et sert d’ailleurs de substitut au céleri. Son goût étant plus fort que le céleri, il s’agit d’en utiliser un peu moins dans vos recettes. On utilise notamment les pétioles creux comme pailles pour le jus de tomate, ce qui donne en le sirotant un goût similaire à celui du V-8. Les feuilles, les tiges, les graines et même les racines sont comestibles aussi. Les graines, notamment, ont un goût de fenouil et peuvent servir à aromatiser les mets. Quant aux feuilles, on peut les conserver congelées ou séchées afin de pouvoir les utiliser en toute saison.

La livèche est aussi une plante médicinale, utilisée notamment pour aider la digestion et prévenir les calculs rénaux. 

C’est une grande vivace de 1,2-2,5 m de hauteur et 90 cm de diamètre. On peut la cultiver dans un potager, bien sûr, mais, avec ses attrayantes fleurs jaune pâle en juin et juillet, la livèche est suffisamment jolie pour mériter une place dans la plate-bande ornementale. Ainsi, c’est le choix idéal pour un aménagement comestible («foodscaping»), tellement à la mode actuellement.

Culture

C’est une grande vivace de jusqu’à 2,5 m de hauteur. Photo: Anra2005, Wikimedia Commons

La livèche est particulièrement facile à cultiver. Elle s’adapte à bien des conditions, du plein soleil à la mi-ombre, et presque tout sol bien drainé lui convient, mais elle est plus performante dans un sol riche et plutôt humide, pas trop alcalin. Elle est très pérenne, vivant 7 à 15 ans, et est rustique dans les zones 3 à 8.

On la multiplie surtout par division, car les graines germent difficilement. Essayez des graines fraîchement cueillies, les semant à l’extérieur en août, pour plus de succès. Sa croissance à partir de semences est plutôt lente.

La livèche ne semble souffrir d’aucun insecte ou maladie très importante et serait résistante aux cerfs et aux lapins. Il n’y a pas de cultivars.

Vous trouverez des plants de livèche dans presque toute pépinière qui se spécialise tant soit peu dans les herbes aromatiques et médicinales. 


La livèche : un légume essentiel pour tout jardinier vraiment paressux

N.D.L.R. Texte adapté d’un billet originalement publié le 26 avril 2015