L’euphorbe à nervures blanches: la succulente qui se partage

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Euphorbe à nervures blanches (Euphorbia leuconeura). Photo: plantsam.com

Vous n’avez jamais entendu parler de l’euphorbe à nervures blanches (Euphorbia leuconeura)? Je ne suis pas surpris. C’est une plante d’intérieur assez obscure, certainement pas une espèce que l’on voit souvent en jardinerie. Cependant, elle a fait le tour du monde dans un système parallèle… en tant que plante qui se partage entre jardiniers amateurs. Un voisin, un ami ou un parent vous en donne une, puis vous la cultivez et produisez des bébés que vous donnez à quelqu’un d’autre. Et c’est ainsi que cette plante est multipliée depuis au moins une génération. En effet, je me souviens l’avoir vue pour la première fois lors d’un échange de plantes il y a environ 30 ans.

Je sais pertinemment que cette plante est beaucoup plus cultivée que ce qu’on pourrait penser, car les gens ne cessent de m’envoyer des photos avec la question: «quel est le nom de cette plante?» Ou encore, ils apportent un spécimen ou une bouture à une conférence que je donne. C’est une plante très originale qu’on ne peut pas confondre avec toute autre. 

Une description

Spécimen mature à plusieurs ramifications. Photo: Tommy Kronkvist, Wikimedia Commons

L’euphorbe à nervures blanches (Euphorbia leuconeura) est un arbuste succulent, même un petit arbre, atteignant jusqu’à 1,8 m (6 pi) de hauteur. Elle vient du Madagascar où elle est menacée d’extinction à cause de la destruction de son habitat. Certaines personnes trouvent qu’elle ressemble à un cactus, mais elle appartient plutôt à une famille très différente, les Euphorbiacées. Ainsi, elle est une proche parente de la couronne d’épines ou épine du Christ (E. milii) et même du poinsettia (E. pulcherrima).

Plante juvénile à nervures blanches. Photo: http://www.kakteen-matk-berlin.de

Vous aurez sans doute deviné que l’épithète leuconeura veut dire à nervures blanches. Pour comprendre pourquoi, il faut cependant voir un spécimen juvénile. Les jeunes plantes portent des feuilles aux nervures blanc argenté: un effet assez saisissant. La coloration blanche s’estompe avec le temps, cependant, et les nervures deviennent vertes. Les feuilles matures sont vert foncé et coriaces, mesurant jusqu’à 15 cm (6 pouces) de long et 6,5 cm (2 ½ po) de large. Le pétiole et parfois le limbe de la feuille sont souvent teints de rouge, surtout quand la plante reçoit un éclairage intense.

Avec le temps, la tige s’épaissit et devient angulaire. Photo: Reda Tomingas, Flickr

Sur les jeunes plants, la tige est tubulaire, assez mince et verte ou rougeâtre, mais s’épaissit rapidement puis développe 4 à 5 angles distincts avec une marge velue brune. La tige mature est verte, marquée de croissants brun pâle aux points d’attache des anciennes feuilles. La tige pousse tout droit au début, ne se ramifiant qu’après plusieurs années ou si elle est taillée.

Les fleurs ne sont pas trop impressionnantes et passent souvent inaperçues. Photo: Baja-Costero, garden.org

Après environ un an, la plante commence à produire d’abondantes, mais minuscules fleurs blanches à l’aisselle des feuilles supérieures. Sans pétales, elles sont relativement insignifiantes et peu attrayantes. Elles s’autopollinisent, produisant des capsules de graines qui s’ouvrent de manière explosive, projetant des graines jusqu’à 2 m de distance. Les graines germent facilement et bientôt de jeunes plants d’euphorbe à nervures blanches commencent à apparaître dans les pots de toutes les plantes d’intérieur à proximité, même dans le jardin estival si la plante est placée à l’extérieur pendant la belle saison. Si vous ne voulez pas que la plante se ressème spontanément, supprimez régulièrement les capsules de graines avant qu’elles n’éclatent.

Une culture très facile

C’est une plante largement adaptée, facile à cultiver à l’intérieur.

Elle préfère le plein soleil ou la lumière vive, mais tolérera l’ombre. Sous un faible éclairage, attendez-vous à ce que la plante s’étiole et nécessite un tuteurage.

Jeunes spécimens d’Euphorbia leuconeura. Photo: http://www.instawas.com

Bien que cette plante soit succulente et tolère alors les terreaux secs, mieux vaut la traiter comme une plante verte, l’arrosant abondamment dès que son terreau commence à sécher. En effet, les plantes qu’on laisse trop sécher perdent beaucoup de feuilles inférieures et seront alors moins attrayantes que les spécimens cultivés dans un sol légèrement humide. Même, la plante peut se montrer caduque et perdre toutes ses feuilles, surtout quand c’est pendant l’hiver qu’elle manque d’eau.

Notre euphorbe tolère parfaitement la température de nos demeures. C’est plutôt la fraîcheur qu’elle craint. Calculez une température minimale de 10 °C; 15 °C est encore mieux.

Vous pouvez la cultiver dans à peu près n’importe quel terreau d’empotage: soit un mélange pour plantes d’intérieur ou pour cactus et succulentes. Il faudrait sans doute rempoter les jeunes plants annuellement dans des pots de plus en plus grands. Utilisez un pot lourd pour les gros spécimens, car cette plante devient très pesante en vieillissant.

Fertilisez votre euphorbe à nervures blanche si vous le souhaitez, en utilisant l’engrais de votre choix, mais faites-le légèrement, uniquement pendant la principale saison de croissance (du printemps au début de l’automne). Elle poussera très bien même si vous ne lui donnez aucune fertilisation.

Enfin, elle est indifférente à l’humidité atmosphérique, tolérant aussi bien l’air sec que humide.

La multiplication

Les semis germent un peu partout. Photo: growandcare.com

Quant à la multiplication, la plante s’en occupe! Elle se ressème non seulement dans son propre pot, mais dans les pots de toutes les plantes des environs. Oui, c’est un peu une mauvaise herbe! Vous pouvez alors récolter ces jeunes semis et les planter dans leur propre pot. Vous pouvez également cueillir les graines (couvrez la plante avec un filet pour les attraper) et les semer dans un petit pot. Il suffit de les recouvrir d’un peu de terreau et d’arroser assez pour que le terreau soit un peu humide. Les graines germent en environ un mois à des températures chaudes (22 à 25 °C). 

Enfin, vous pouvez également prendre des boutures si vous avez besoin de plus de plantes.

Lors de la taille, portez des lunettes et des gants de protection, car la sève blanche laiteuse est irritante et toxique. Si vous en recevez sur la peau, lavez-la tout simplement… mais n’attendez pas des heures! Gardez cette plante hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

Si votre plante est si haute qu’elle a besoin d’un tuteur, il est probablement préférable d’en démarrer une nouvelle. Photo: MiniHamster5, reddit.com

Les gros spécimens deviennent lourds et occupent beaucoup d’espace. Vous pourriez les tailler bien sûr, mais plus vous le faites, plus ils repoussent, devenant de plus en plus massifs. Il est alors souvent plus facile de les mettre au compost et de les remplacer par l’un des jeunes semis qui apparaissent spontanément partout.

Et avis à mes lecteurs des régions au climat doux: je déconseille carrément la culture de cette plante en plein air dans un climat tropical (zones de rusticité 10 et plus). Elle est tout simplement beaucoup trop envahissante… et avez-vous vraiment besoin d’une nouvelle mauvaise herbe? Dans les régions tempérées, il n’y a toutefois aucune risque que cette plante frileuse s’échappe.

Où en trouver 

L’euphorbe à nervures blanches est rarement offerte en jardinerie, car beaucoup de pépinières la trouvent trop envahissante, contaminant leurs autres cultures. 

Par contre, on trouve assez facilement des plants et des semences en ligne, non seulement dans les pépinières spécialisées en succulentes, mais aussi auprès de fournisseurs tels qu’eBay et Etsy. Et, bien sûr, vous pouvez facilement trouver des spécimens dans les échanges de plantes et les marchés aux puces ou via votre club de jardinage local. Il suffit de montrer une photo lors d’une réunion horticole (inutile de demander cette plante par son nom commun ou botanique: peu de ses propriétaires le connaissent!) et vous verrez des mains se lever. Oui, pour une plante obscure, l’euphorbe à nervures blanches est en fait incroyablement commune!

Le cactus tête de vieillard: tout de blanc vêtu

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Cactus tête de vieillard (Cephalocereus senilis). Photo: Manzel Pumpkin, pinterest.ca

Le cactus tête de vieillard (Cephalocereus senilis) est une populaire plante succulente de la famille des Cactacées. Il est généralement vendu sans étiquette d’identification, mélangé à d’autres cactus et plantes succulentes. Il est cependant assez facile à identifier: un cactus colonnaire complètement recouvert de longs poils blancs. 

De toute évidence, cette couverture blanche hirsute suggère les cheveux blancs d’un vieil homme. D’ailleurs, même le nom botanique le dit. Cephalo signifie tête (cereus réfère à une chandelle, une référence à sa forme colonnaire) et senilis signifie vieux.

La couverture laineuse de ce cactus semble presque une invitation à lui donner un petit câlin, mais ce serait une erreur. Sous le duvet, il y a des épines acérées pointant vers l’extérieur. Aïe!

Poilu pour une bonne raison

Les poils protègent le cactus tête de vieillard contre un environnement hostile. Photo: http://www.giromagicactusandsucculents.com

Mais qu’est-ce qui a poussé cette plante à développer une telle chevelure, d’autant plus surprenante que la plupart des cactus sont relativement glabres? La réponse est: son environnement.

Là où il pousse dans la nature, en altitude dans les montagnes du Mexique, le cactus tête de vieillard est soumis à un ensoleillement et à une chaleur extrêmement intenses pendant la journée, mais à des températures parfois sous le point de congélation pendant les nuits d’hiver.

Les longs poils aident à le protéger des deux. Pendant la journée, ils empêchent les rayons ultraviolets néfastes d’endommager les jeunes cellules fragiles et aussi, le duvet emprisonne une couche d’air près de la tige, la gardant plus au frais. Pendant l’hiver, la même couche d’air emprisonne la chaleur pendant la journée et fournit ainsi une certaine isolation contre les vents froids nocturnes.

Sur les spécimens matures, les poils inférieurs finissent par tomber, ne laissant que la partie supérieure couverte de duvet. Ce type de croissance velue seulement à la tête de la plante est appelé céphalium.

Cultiver votre propre tête de vieillard

J’ai fait pousser un cactus tête de vieillard pour la première fois quand j’étais enfant… et je l’ai vite perdu à la pourriture. C’est que je l’avais mis dans un terrarium où il est difficile de donner plus qu’un éclairage moyen alors que cette plante du désert préfère un ensoleillement intense. J’ai eu plus de chance avec mon deuxième sujet que j’ai cultivé en pot individuel devant une fenêtre ensoleillée. Je l’ai gardé environ 7 ans, jusqu’à ce que je quitte la maison paternelle pour étudier à l’extérieur. Quand je suis revenu, il avait disparu. (Je soupçonne qu’il soit tombé sur le plancher et que personne de ma famille n’ait eu envie d’essayer de rempoter une plante si piquante!)

La première règle avec cette plante est de lui donner le plein soleil ou presque. Avec tout ce poil qui repousse déjà le soleil, ce cactus n’acceptera tout simplement rien de moins. 

Quant à l’arrosage, c’est un cactus désertique et à croissance très lente de surcroît. Oui, arrosez-le abondamment, en imbibant complètement le terreau d’eau, mais attendez que le terreau soit bien sec avant d’arroser de nouveau. Si vous avez un endroit frais à froid, mais à l’abri du gel en hiver (ce qu’il aimera beaucoup), il est fort possible qu’il n’ait aucun besoin d’arrosage du tout entre la fin de l’automne et le début du printemps. Dans des conditions plus chaudes, il lui faudrait sans doute quelques arrosages pendant l’hiver.

Théoriquement, le cactus tête de vieillard peut tolérer un léger gel… mais le vôtre fera beaucoup mieux si vous le gardez au-dessus de 10 °C pendant l’hiver. 

Cactus têtes de vieillard dans un jardin public de climat doux. Photo: World of Succulents

Pour les lecteurs de climat tropicaux, cette plante peut pousser en pleine terre seulement dans les régions au climat aride où il y a peu de risque de gel.

Vous devriez rempoter votre tête de vieillard d’intérieur toutes les 3 ou 4 années environ, en utilisant des pots de plus en plus gros et de plus en plus lourds pour empêcher cette plante pesante de basculer. Un terreau pour cactus, qui en théorie se draine mieux qu’un terreau ordinaire, semblerait idéal, mais, très honnêtement, il poussera très bien aussi dans la plupart des terreaux pour plantes d’intérieur. 

Les engrais trop concentrés risquent de provoquer un étiolement. Si vous décidez de le fertiliser, faites peut-être une ou deux applications de l’engrais de votre choix par année, au printemps ou à l’été, au quart du taux recommandé. Et même si vous ne le fertilisez jamais, il poussera quand même très bien.

Si les poils deviennent sales avec le temps, faites-lui un genre de shampoing avec de l’eau savonneuse et une vieille brosse à dents. 

Ce cactus fleurit à l’âge adulte, à partir de son céphalium. http://www.inaturalist.org

Ne vous attendez pas à voir ce cactus fleurir. La plante doit être mature avant d’y parvenir, ce qui peut facilement prendre deux ou trois décennies, même à l’état sauvage. Personnellement, je n’ai jamais vu les fleurs blanc rosé, même pas sur de gros spécimens cultivés dans les serres publiques.

Votre mignon petit cactus tête de vieillard deviendra éventuellement un grand cierge. Dans la nature, il peut atteindre jusqu’à 15 m de hauteur avec une tige de jusqu’à 45 cm de diamètre… mais après 100 ans environ! Il ne se ramifie pas et pousse normalement en solitaire, mais certains spécimens peuvent éventuellement former des rejets à la base. Pour cela, cependant, il faudrait aussi attendre plusieurs décennies.

Quand votre plante devient trop haute, probablement après 15 ans ou plus, coupez-la à 5 cm au-dessus du niveau du sol, ce qui la forcera à produire des rejets que vous pourrez ensuite prélever, faire enraciner et planter en pot individuel. Vous pouvez également faire enraciner la tête de la plante si vous laissez la blessure exposée à l’air pendant plusieurs semaines jusqu’à ce qu’elle soit complètement cicatrisée.

Autres cierges poilus

Il existe d’autres cactus cierges recouverts de poils blancs, la plupart poussant dans les mêmes conditions de haute altitude que le cactus tête de vieillard.

Le cierge laineux (Espostoa lanata) paraît similaire dans sa jeunesse, mais avec des épines dorées qui ressortent clairement de ses cheveux blancs. Sa culture est identique à celle du cactus tête de vieillard.

Fleurs de cierge de Strauss (Cleistocactus strausii). Photo: World of Succulents

Le cierge de Strauss (Cleistocactus strausii) ressemble aussi aux deux précédents au début, mais est plus svelte, avec des tiges multiples plus étroites et des poils blancs plus courts et moins denses. Il fleurit assez facilement à l’intérieur, avec de curieuses fleurs tubulaires rouges, mais seulement après environ 15 ans.

Et vous trouverez de nombreux autres cactus de type «tête de vieillard» proposés par des producteurs spécialisés.


Le cactus tête de vieillard: à croissance lente, mais régulière, et très tolérant à la négligence, il pourrait être exactement la plante qu’il vous faut pour compléter votre collection de cactus et succulentes.

Petite succulente qui pue gros!

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Photo: World of succulents & 3.bp.blogspot.com

L’autre jour, ma femme m’a dérangé pendant que je lisais mon journal matinal. «Je pense que quelque chose est mort dans la verrière, s’est-elle plainte. Ça sent horriblement mauvais là-dedans!» Je me suis alors levé pour accomplir mon devoir d’homme. (Sortir les ordures, déboucher les toilettes, ramasser les animaux morts: nous, hommes, savons très bien quel est notre rôle dans un mariage!)

Je présumais que l’odeur venait d’une souris morte. À l’automne, les souris sylvestres rentrent souvent chez nous et j’en attrape plusieurs (placer des pièges à souris: encore un travail d’homme!). Mais il n’y avait aucune souris en vue, morte ou vivante… et la puanteur était vraiment affreuse!

La fleur est énorme! Photo: http://www.onsseeds.com

C’est en me dirigeant avec mon nez que j’ai découvert le pot aux roses: une énorme fleur en forme d’étoile de près de 30 cm de diamètre. Mon stapélia géant (Stapelia gigantea), aussi appelé, avec raison, fleur de charogne, était épanoui. Bien sûr, j’avais vu les gros boutons en forme d’oignon grossir au cours des dernières semaines, mais il avait déjà fleuri dans le passé et je n’avais jamais vraiment remarqué l’odeur, sinon avec le nez fourré dans la fleur. Mais cette fois, la pestilence était intense. Habituellement, la plante était encore à l’extérieur au moment de sa floraison, alors probablement qu’une bonne partie de la puanteur était emportée par les courants d’air, mais cette année, je l’ai rentrée de bonne heure à cause de l’automne exceptionnellement froid. De plus, il faisait un beau soleil ce matin-là: la fleur ne semble pas dégager son effluve désagréable par temps nuageux.

Quoi qu’il en soit, la fleur devait disparaître… et les boutons aussi (il y avait deux autres fleurs en chemin). Par temps plus chaud, j’aurais pu mettre la plante à l’extérieur pendant la durée de la floraison (environ une semaine), mais il faisait réellement très froid. Alors, je les ai supprimés au sécateur et jetés dans le compost.

L’année prochaine, avec un peu de chance, mon stapélia fleurira plus tôt ou encore, le temps sera assez clément afin que je puisse le laisser à l’extérieur pendant qu’il s’épanouit.

Pourquoi une telle puanteur?

Le stapélia a de bonnes raisons de produire son horrible odeur: c’est pour attirer les pollinisateurs.

Mouche visitant une fleur de stapelia géant. Photo: Ton Rulkens, http://www.flickr.com

Il pousse dans les régions désertiques d’Afrique du Sud où les insectes pollinisateurs habituels (abeilles, syrphes, papillons et autres) sont rares. Les mouches à charogne, cependant, sont présentes partout. Elles pondent leurs œufs sur la chair en décomposition des animaux morts et leurs larves se nourrissent de la charogne. Le stapélia a donc appris à attirer le pollinisateur le plus abondant de son secteur en imitant la chair morte.

Les pétales de la fleur géante sont jaune ocre pâle, comme la graisse d’animal pourrissant au soleil, avec des lignes transversales grenat comme des veines pleines de sang. Les pétales sont épais et froissés comme de la chair en décomposition. Les fleurs sont même entourées de longs poils blancs rappelant la fourrure d’une gazelle. Et puis, il y a bien sûr la puanteur. Des mouches de charogne viennent de loin pour la visiter.

Les mouches atterrissent sur la fleur et entrent dans son centre, où l’odeur est plus intense. Pensant s’être trouvé de la chair en putréfaction, elles y pondent quelques œufs. En sortant de la fleur, elles frôlent les étamines et ramassent accidentellement un peu de pollen. Puis elles atterrissent sur une autre fleur de stapélia, déposent le pollen au centre, pondent encore quelques œufs, puis ramassent plus de pollen avant de repartir à la recherche d’une autre fleur.

Les œufs de mouche éclosent en seulement quelques jours, mais les asticots ne trouvent pas de chair en putréfaction à manger et meurent rapidement de faim, tombant au sol, où ils se décomposent. Les minéraux qu’ils libèrent ainsi sont absorbés ensuite par la plante, de sorte que certains experts considèrent le stapélia comme un carnivore passif.

Une fleur puante et carnivore? C’est à la fois horrifiant et fascinant.

Cultiver la puanteur

Orbea variegata est une autre fleur de charogne. Photo: worldofsucculents.com

Le stapélia géant (S. gigantea) n’est qu’une des quelque 50 espèces de stapélia (Stapelia spp.), mais elle est la plus grande de son genre. Toutes sont pollinisées par des mouches. C’est aussi le cas des plantes des genres apparentés OrbeaHuerniaCaralluma, etc. Vous pouvez trouver des stapélias et autres fleurs de charogne en jardinerie, au moins occasionnellement. Sinon, visitez une pépinière spécialisée en cactus et succulentes. Parfois, on en trouve aussi en ligne.

Le stapélia géant est très facile à cultiver. Placez-le au plein soleil ou dans un endroit très éclairé lorsqu’il est à l’intérieur et à des températures d’intérieur normales (jamais moins de 10 °C). Offrez-lui un arrosage régulier et abondant au printemps et en été. Ne fertilisez que très légèrement, encore entre le printemps et la fin de l’été. L’hiver, réduisez beaucoup les arrosages, laissant la plante bien s’assécher avant d’arroser de nouveau.

Votre plante profitera aussi d’un été passé en plein air où elle s’adaptera à la fois au soleil et à l’ombre partielle. Notez qu’elle peut rougir un peu au plein soleil, mais que c’est normal pour cette espèce.

Seulement dans les climats libres de gel peut-on songer à cultiver le stapélia en permanence au jardin.

La floraison automnale est provoquée par les jours courts de la saison. Si les fleurs sont pollinisées, elles produiront une capsule de graines qui, en s’ouvrant, libérera des graines munies d’un parachute qui seront transportées au loin par le vent. Notez que cette plante risque de devenir envahissante dans les climats tropicaux arides. Elle est notamment devenue une mauvaise herbe à Hawaii.

Le stapelia géant peut ressembler vaguement à un cactus, mais il n’y est pas apparenté. Photo: sg.carousell.com

La plante elle-même est constituée de tiges succulentes droites quadrangulaires vert foncé, sans épine, mesurant environ 20 à 30 cm de hauteur. Vous pensez peut-être que le stapélia ressemble à un cactus, mais il est plutôt dans la famille des Apocynacées, avec les hoyas et les asclépiades. Le stapélia géant se ramifie abondamment à la base, formant de grosses touffes avec le temps. Il est facile à multiplier par division et par bouturage; un peu moins par semis.


Une plante aux fleurs qui puent? Beaucoup de gens n’en voudront pas, mais si vous aimez les curiosités, vous l’adorerez!

Couronne d’épines sans branche

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Photo: Rachel Bernier

Question: J’ai eu il y a environ 2 ans cette plante (qui était beaucoup plus petite!). Comment faire pour avoir d’autres tiges sur la même plante au lieu d’un tronc central unique? 

Rachel Bernier

Réponse: Votre plante est une couronne d’épines (Euphorbia milii), aussi appelée épine du Christ. Il en existe de nombreux cultivars avec des fleurs de toutes sortes de couleurs et aussi des variétés qui se ramifient beaucoup et d’autres presque pas. On dirait que les variétés à tiges minces et à petites feuilles se ramifient plus facilement que les variétés à grosses feuilles et à tiges épaisses comme la vôtre. 

Après une taille sévère, cette couronne d’épines a produit plusieurs ramifications. Photo: http://www.weh.net

Pour la forcer à produire des rameaux, coupez-lui la tête.  Cela élimine la «dominance apicale» et oblige une redistribution des hormones de croissance qui, espérons-le, stimuleront le réveil de quelques boutons dormants plus bas sur la tige.

Vous pouvez tout simplement «pincer» (avec un sécateur, car cette plante est trop épineuse pour pincer avec le pouce et l’index!), soit tailler seulement la pointe de croissance, ou vous pourriez la rabattre sévèrement, peut-être à 10 cm du sol. Cela obligera la couronne d’épines à produire au moins une branche et probablement plusieurs. 

Portez des gants pour tailler une couronne d’épines: non seulement la plante est-elle piquante, mais sa sève est irritante, même toxique si on l’avale. Et après la taille, vaporisez la blessure d’eau fraîche pour arrêter la production de sève blanche qui, autrement, peut couler quelque temps.

Si jamais votre plante ne produit qu’une branche, laissez la nouvelle tige pousser un peu et supprimez encore son extrémité. Il faut parfois répéter la taille pour forcer certaines plantes récalcitrantes à se ramifier. 

L’autre possibilité serait de bouturer la tête (encore, vaporisez la blessure pour arrêter l’écoulement de la sève) et de la planter dans le même pot. Si vous faites cela 2 ou 3 fois, la potée paraîtra bien fournie même si aucune plante ne se ramifie.

D’autres plantes aussi

Et couper la tête de la plupart des autres plantes d’intérieur au port vertical aura le même effet: supprimer la partie supérieure stimulera la production de branches plus bas. Donc, si votre schefflera, avocatier, dieffenbachia, etc. semble vouloir monter tout droit vers le plafond, tranchez-lui la tête! Il y a bien quelques exceptions (les palmiers, par exemple, ne produisent pas de ramifications), mais elles sont très rares.

Quand un cactus de Noël fleurit en novembre

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Un soi-disant cactus de Noël… en fleurs un bon mois trop tôt. Photo: Peter coxhead, Wikimedia Commons

Mes cactus de Noël sont tous en fleurs… presque deux mois avant Noël! Et c’est normal! Car mes plantes ne sont pas de véritables cactus de Noël (S. buckleyi), mais plutôt de proches parents, des cactus que les Américains appellent «Thanksgiving cactus» ou «crab cactus» (S. truncata)… et cette espèce fleurit tout naturellement au mois de novembre (mois de la fête de l’Action de grâces américaine). Probablement que vos cactus de Noël sont aussi des faux… et que, si vous lisez cet article en novembre, ils sont aussi en fleurs!

Comment différencier les deux cactus

Le vrai cactus de Noël: port pleureur, tiges sans dents et fleurs retombantes… à Noël! Photo: http://www.plumjam.com

Le véritable cactus de Noël (S. x buckleyi et aussi son ancêtre, S. russelliana) porte des tiges nettement pleureuses, aplaties et légèrement crénelées, mais sans dents pointues. De plus, ses fleurs (toujours de couleur fuchsia) sont nettement retombantes, suspendues de l’extrémité de la tige. Et elles s’épanouissent vraiment à Noël, du moins, dans l’hémisphère Nord. Ce cactus est rarement vendu en pépinière, mais on le trouve parfois dans les maisons privées, passé d’un jardinier à un autre au cours des générations.

Cactus d’automne (S. truncata): notez les tiges aplaties clairement dentées et les fleurs portées à l’horizontale. Photo: Dwight Sipler, Wikimedia Commons

S. truncata produit quant à lui des tiges d’abord dressées puis arquées portant des dents pointues et ses fleurs sont portées à l’horizontale ou sont même légèrement dressées. Aussi, contrairement à celles du véritable cactus de Noël, elles viennent dans une bonne gamme de couleurs : rouge, fuchsia, magenta, lavande, rose, blanc, jaune et même orange. On trouve facilement ce cactus dans tous les magasins dans le temps des Fêtes, même dans les supermarchés.

À gauche, le cactus d’automne (Schlumbergera truncata) avec des tiges à marge crénelée; à droite, le véritable cactus de Noël (Schlumbergera  x buckleyi), avec des tiges dentées. Photo: 3Point141, flickr

Comment appeler S. truncata? Je propose de le nommer cactus d’automne, mais d’autres auteurs suggèrent faux cactus de Noël ou schlumbergera tronqué. À vous de choisir. Et si vous voulez l’appeler cactus de Noël, libre à vous… pourvu que vous compreniez que sa floraison sera déjà terminée bien avant cette saison.

Pour une floraison à Noël

En magasin, on ne voit que des cactus d’automne forcés en vue d’une floraison retardée. Photo: mortimer-nursery.com

Mais comment expliquer le fait que votre « cactus de Noël », qui est en fait un cactus d’automne, était en fleurs à Noël quand vous l’avez acheté et qu’il s’épanouisse maintenant en novembre? C’est une question de température. Les serriculteurs ont découvert que, s’ils chauffent peu leurs serres (ce qui leur fait d’ailleurs économiser des frais de chauffage !), ils peuvent facilement retarder la floraison des cactus d’automne jusqu’aux semaines précédant Noël.

À la maison, si vous pouvez assurer deux choses : des jours courts (de moins de 12 heures) à partir de la mi-septembre (nécessaires pour stimuler la floraison chez les deux types de cactus, de Noël et d’automne) et des températures inférieures à 15 °C en tout temps, vous pourrez retarder la floraison jusqu’en décembre. À la température normale de la maison, par contre, habituellement votre faux cactus de Noël, qui est en fait un cactus d’automne, commencera presque toujours à fleurir à la fin d’octobre ou en novembre.

Cactus d’automne en mélange. Photo: http://www.bakker.com

Personnellement, j’ai appris à apprécier une floraison peu importe quand elle survient. Ainsi, je ne suis pas déçu que mes cactus d’automne fleurissent en octobre ou novembre, mais au contraire très content de les voir s’épanouir. Et quand mon véritable cactus de Noël fleurit plus tard, habituellement de la mi-décembre au début de janvier, j’apprécie cette floraison aussi. D’ailleurs, les deux espèces de cactus, celui d’automne et celui de Noël, refleurissent habituellement chez moi vers la fin de l’hiver, et de cela non plus, je ne me plains pas.

Vive les fleurs en toute saison… mais maintenant au moins vous comprenez pourquoi votre faux cactus de Noël fleurit si tôt !

N.D.L.R. Texte adapté d’un billet originalement publié le 15 novembre 2015

Que faire d’une succulente prisonnière de cailloux collés?

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Euphorbe cristée entourée d’une paillis de pierres collées ensemble. Photo: FeathersOfJade, reddit.com

Question: Le mois dernier, j’ai acheté une succulente dans un pot recouvert de pierres collées ensemble. J’ai du mal à déterminer quand je devrais l’arroser et quelle quantité d’eau lui donner, car je ne sais pas quand son terreau commence à sécher. Que devrais-je faire?

Liliane Armstrong

Réponse: Vous devriez enlever la couche de cailloux collés!

Ce paillis de pierres collées est conçu pour mieux retenir le terreau lorsque la plante ainsi traitée voyage du producteur initial au magasin de revente et puis à la maison de l’acheteur. Il est souvent utilisé sur des plantes qui paraissent matures, mais qui sont en fait mal enracinées. En recouvrant le terreau d’une couche de galets imbibés de colle ou de résine (non toxique, on espère!), la plante peu solide et son terreau seront maintenus fermement en place, de sorte que même si elle basculait pendant le transit, cela ne causerait aucun dommage. C’est lorsque vous arrivez à la maison avec la plante que les complications commencent.

Difficultés d’arrosage

La couche de pierres collées rend l’arrosage très difficile. Photo: amazon.com

Il y a quand même des espaces entre les cailloux collés, ce qui permet l’arrosage. Mais comme vous l’avez constaté, vous ne pouvez ni voir ni toucher le terreau situé en dessous, ce qui rend presque impossible un arrosage adéquat.

La méthode habituelle pour vérifier si une plante a besoin d’arrosage, c’est d’enfoncer l’index dans le terreau. S’il est sec au toucher, vous arrosez. Sinon, vous attendez quelques jours, puis vous essayez de nouveau. Mais avec un paillis de cailloux collés faisant barrière entre le terreau et votre doigt, c’est impossible. 

La couche de cailloux collés fait qu’on ne peut pas toucher le terreau pour savoir si la plante a besoin d’arrosage. Photo: Dans mon jardin avec Larry Hodgson

Le mieux que vous puissiez faire est d’essayer de deviner quand la plante a besoin d’eau, puis de verser de l’eau sur les pierres jusqu’à ce qu’elle s’égoutte par le trou de drainage situé au fond, en espérant que vous y arriverez correctement. Et, une semaine ou deux plus tard, d’estimer encore si le terreau a probablement atteint cet état «presque sec» avant d’arroser à nouveau.

C’est l’arrosage à l’aveuglette: rarement une méthode couronnée de succès, surtout à long terme. Alors, la pourriture est une menace constante.

Soupeser la plante

Soulever le pot pour le soupeser peut vous aider à juger quand il est temps d’arroser: il sera plus léger lorsque le terreau sera sec que lorsqu’il sera humide. Néanmoins, même cette méthode fonctionnerait mieux si vous pouviez voir et toucher le terreau, surtout au début. Il est très difficile de juger de l’état initial d’humidité d’une plante quand vous n’avez pas accès au substrat dans lequel elle pousse.

Circulation d’air réduite

En outre, le paillis de pierres collé réduit la circulation d’air à la base de la plante et à ses racines. Cela peut aussi contribuer à la pourriture.

Pots sans trou de drainage

Souvent, il n’y a même pas de trou de drainage dans le pot de la plante infortunée. Photo: Dans mon jardin avec Larry Hodgson

Pour aggraver la situation, les mêmes plantes qui sont vendues collées dans leur pot le sont souvent dans des pots sans trou de drainage. C’est vraiment le comble! Alors, il n’y a vraiment aucun moyen de savoir quand de telles plantes doivent être arrosées. Si trop d’eau reste dans le fond du pot suite à un arrosage et qu’elle stagne, la pourriture est presque assurée. Mais si vous craignez tant la pourriture que vous vous retenez d’arroser, la plante peut alors mourir de sécheresse. Quoi que vous fassiez, vous êtes perdant!

Je doute que des plantes vendues dans des conditions aussi barbares survivent plus de quelques mois. Je n’en reviens pas que certains marchands osent vendre de telles plantes à leurs clients!

Des pierres qui étranglent

Voici une autre complication. De nombreuses plantes ont des tiges qui s’élargissent avec le temps, comme le tronc d’un arbre. Ces variétés seront éventuellement étranglées par la couche de cailloux collés qui ne permet aucun développement.

Et que dire des nombreuses plantes qui, normalement, produisent des rejets au pied avec le temps, forment des touffes denses qui viennent combler le pot. Elles ne peuvent pas le faire si la base de leur tige est entourée d’une couche de cailloux collés.

Au revoir, galette de cailloux!

Pour toutes les raisons énumérées ci-dessus, ma recommandation est de retirer la «rondelle de cailloux» dès que possible, peu après l’achat de la plante.

Couche de gravier non collée
Recouvrir le terreau d’une plante succulente de pierres décoratives, de cailloux, de gravier, de billes, etc., mais qui ne sont pas collés les uns sur les autres est une histoire complètement différente. Dans ce cas, vous pouvez facilement vérifier les besoins en eau en retirant un ou deux cailloux pour toucher au terreau. D’ailleurs, plusieurs amateurs de succulentes couvrent toujours le terreau de leurs sujets avec une garniture de petits cailloux pour assurer un drainage parfait au collet… mais jamais ils ne les collent ensemble!

Comment enlever la couche de cailloux collés

Il n’est pas facile de retirer le paillis de petites pierres collées. 

On peut utiliser un couteau pour essayer de surélever le paillis de pierres collées. Photo: Herbal and Succulent Alchemy

Essayez de glisser un tournevis à lame plate ou un couteau à beurre entre le pot et le paillis et de créez une action de levier pour essayer de le soulever. Si vous réussissez, vous ne devriez pas avoir de problème à casser la «galette» en morceaux pour pouvoir l’enlever. 

Cassez le pot et enlevez-le. Photo: Dans mon jardin avec Larry Hodgson

Si la plante pousse, de plus, dans un pot sans trou de drainage, une méthode plus draconienne sera sans doute nécessaire. Prenez un marteau et cassez le pot (un pot sans trou de drainage ne mérite pas de vivre). Après, vous pouvez casser et enlever la couche de cailloux et rempoter la plante dans un pot convenable. 

Mauvaise expérience personnelle

La seule fois où je me suis procuré une plante avec un paillis de cailloux collé est lorsque j’ai acheté une belle euphorbe cristée (Euphorbia lactea cristata) rose et blanche greffée sur une euphorbe verte. La plante était magnifique, mais si chère! 45$ (environ 30€). Je ne l’aurais jamais achetée pour moi, mais j’avais une émission de télé à tourner (Dans mon jardin avec Larry Hodgson) et voulais montrer la «libération d’une plante prisonnière» à mes téléspectateurs. 

J’ai cassé le pot avec un marteau. Photo: Dans mon jardin avec Larry Hodgson
La belle euphorbe n’était pas une plante, mais une bouture! Photo: Dans mon jardin avec Larry Hodgson

Lors de l’émission, j’ai cassé le pot avec un marteau pour enlever le paillis en pensant découvrir une belle motte de racines, pour découvrir que la plante si chère n’était même pas enracinée. Essentiellement, c’était une bouture: une bouture très coûteuse! Quelle arnaque!

À la fin de l’émission, j’ai rempoté la bouture et, par la suite, je l’ai ramenée chez moi pour essayer de la sauver. Elle est restée sans croître, comme une statue de marbre, pendant presque un an avant de s’effondrer, victime d’une pourriture galopante.  

Je soupçonne que beaucoup des plantes «collées dans leur pot» sont aussi des boutures non enracinées: c’est un moyen sournois pour le producteur de gagner du temps. Après tout, pourquoi attendre des mois que la plante s’enracine si on peut cacher son défaut et la vendre immédiatement à une clientèle crédule?


Les paillis de cailloux collés: encore une arnaque horticole! Méfiez-vous-en!

Pourquoi mes euphorbes ne fleurissent-elles jamais?

Par défaut

Certaines euphorbes tardent à fleurir. Ill.: hortology.co.uk & clipart-library.com, montage: jardinierparesseux.com

Question: J’ai une collection de plantes succulentes et la plupart fleurissent une fois par année. Mais aucune de mes euphorbes ne fleurit. Pourquoi?

Succulentophile frustré

La couronne d’épines (Euphorbia milii) est généralement très facile à faire fleurir. Photo: worldofsucculents.com

Réponse: En fait, ce manque de floraison est probablement dû à la sélection car, parmi les quelque 2000 espèces d’euphorbes, il y a des euphorbes qui fleurissent facilement dans la maison, en commençant par la célèbre couronne d’épines (E. milii et son hybride E. × lomi). Elle fleurit souvent plusieurs mois par année et parfois continuellement. Et E. lophogona aussi fleurit facilement… et lance ses graines partout dans les pots environnants où elles germent beaucoup trop abondamment! Et que dire du poinsettia ou étoile de Noël, qui n’est pas une succulente, mais bien une euphorbe (E. pulcherimma)? Si on lui donne des jours courts à l’automne, il fleurit fidèlement à Noël, du moins dans l’hémisphère Nord. L’euphorbe obèse (E. obesa) est une autre euphorbe qui fleurit régulièrement, même si ses fleurs sont relativement discrètes.

Les euphorbes candélabres sont peu portées à fleurir. Photo: plantsam.com & www.uhlig-kakteen.de

Je soupçonne que vous cultivez des euphorbes de type candélabre, comme E. trigona ou E. lactea, deux des euphorbes d’intérieur les plus populairesLes euphorbes qui prennent cette forme, soit celle d’un arbre au tronc épais avec des branches dressées, sont très lentes à fleurir. Là, la question est plutôt d’avoir plus de patience — et d’espace! —, car elles n’ont pas que la forme d’un arbre, mais sont de petits arbres. Souvent ces espèces ne fleurissent qu’à un âge très avancé (20, 40, 60 ans et plus) ou quand la plante a atteint une très grande taille, ce qui est impossible dans une maison ordinaire. De plus, sachez que, d’après Wikipedia, l’euphorbe à tiges triangulaires (E. trigona) ne semble jamais fleurir et qu’on la soupçonne d’être une hybride. (Souvent, les hybrides sont stériles ou ne fleurissent pas.)

D’ailleurs, les euphorbes candélabres ne sont pas les seules succulentes de type candélabre qui tardent à fleurir. Les divers cactus candélabres (CereusAcanthocereus, BrowningiaLophocereus, etc.) aussi doivent être grands et matures pour fleurir. Le réputé saguaro (Carnegia gigantea), par exemple, a la réputation de ne pas fleurir avant l’âge de 75 ans!

Euphorbe lactée cristée (Euphorbia lactea cristata). Photo: vikisuzan, flickr.com

Notez aussi que les plantes cristées, soit ces mutations aux tiges qui poussent en forme de crête de coq, sont souvent peu portées à fleurir et que plusieurs euphorbes ont justement cette forme, notamment l’archipopulaire euphorbe lactée cristée (E. lactea cristata).

Les euphorbes qui sont fortement panachées (marbrées de tissus albinos) non plus ne fleurissent pas nécessairement.

Conditions adéquates

Évidemment, il faut quand même réunir les bonnes conditions pour qu’une euphorbe fleurisse. Même une «euphorbe qui fleurit facilement» a besoin de beaucoup de lumière, voire du plein soleil, d’arrosages quand le sol est sec, mais pas hyper sec, de températures raisonnables (peu apprécient un hiver très froid), d’une fertilisation réduite mais régulière, etc. pour être heureuse et seulement une «euphorbe heureuse» fleurira. 

Mais je soupçonne que vous donnez à vos euphorbes des conditions adéquates puisque vous dites que vos autres succulentes arrivent à fleurir et que les euphorbes ont environ les mêmes besoins qu’une succulente typique. 

Je vous suggère alors de vous procurer une variété spécifiquement reconnue pour sa floraison facile! Je prône la facilité dans tout!