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Les marantas. Ah là, là!

Par Julie Boudreau

Si vous êtes un vrai jardinier paresseux, comme moi, il y a certaines plantes d’intérieur qui ne franchiront jamais le pas de votre porte. Trop capricieuses, trop maladives, trop prétentieuses… Dans ma liste des « Oh que non! », j’ai des crotons (Codiaeum sp.), des lis de la paix (Spathiphyllum sp.), des fougères de Boston (Nephrolepis sp.) et certaines peperomias (Peperomia sp.). Mais devant la popularité grandissante des marantas (Maranta sp.) et des calathéas, aussi appelées les plantes prieuses, je dois reconnaître qu’elles aussi ont tout le potentiel de figurer sur la liste des mal-aimées. Je ne compte plus les personnes qui m’ont exprimé leur découragement et leurs insuccès.

Les marantas sont des plantes superbes à contempler, mais qu’en est-il réellement de leur facilité de culture? Photo: Feey sur Unsplash

Le seul détail, c’est que je n’ai jamais vraiment tué une maranta! Donc impossible pour moi de vous confirmer que ce sont des plantes trop difficiles pour mes soins limités. Ainsi, je vous propose cette semaine un petit défi: le défi Maranta! Mon projet est de laisser entrer dans ma maison cette plante à la si mauvaise réputation. Je prévois l’introduire en plusieurs exemplaires et dans différents endroits de la maison afin, je l’espère, de percer les mystères de la réussite des marantas.

Et c’est ici que je vous déroule tout le cheminement de ce qui se passe dans ma tête quand je découvre une nouvelle plante et que je construis le projet de l’inviter dans ma maison-jungle.

T’es une petite qui, toi?

Première étape, en apprendre plus sur cette plante dans son milieu naturel. Est-ce un vaste genre? Combien d’espèces? Quelles sont les espèces à l’origine des cultivars ornementaux? Et enfin et surtout, à quoi ressemble l’habitat naturel de la plante? Cette dernière information est cruciale pour moi, car elle est un très bon indicateur des conditions à reproduire dans sa maison pour que la plante se sente bien. L’étude de la plante dans son milieu naturel nous aide aussi à voir si la plante entre en dormance et dans quelles conditions cette dormance se manifeste.

Dans le cas des marantas, on découvre un genre assez populeux avec 54 espèces reconnues. Fait intéressant, la maranta est l’espèce type de sa famille botanique qui est la famille des Marantacées. Distribuées entre le Mexique et le centre de l’Amérique du Sud, les premières marantas furent décrites en 1753 par Linné, mais plusieurs espèces de Maranta furent découvertes à l’époque victorienne (1860-1889), notamment par le botaniste allemand Friedrich August Körnicke. La découverte de ce genre s’est poursuivie dans les années 80 avec les importants travaux du suédois Lennart Andersson. Et enfin, à ce jour, on continue de découvrir de nouvelles espèces de Maranta. Ainsi, même si c’est une plante que l’on connaît depuis des lustres, elle n’a pas encore révélé tous ses secrets!

Mais en général, la plupart des marantas poussent dans les forêts tropicales humides. Elles se développent au pied des grands arbres.

Maranta leuconeura, tel qu’on pourrait l’observer dans son Brésil natal. Photo: Joao Medeiros sur Wikimedia Commons

Maranta leuconeura, à l’origine de tout!

Ensuite, j’effectue une petite recherche pour découvrir plus spécifiquement d’où viennent les variétés offertes sur le marché. Cette étape est souvent la plus difficile, car de nombreux hybrideurs aiment protéger leurs recettes secrètes. Cela dit, au 19e siècle, on a beaucoup fait l’éloge de Maranta arundinacea dont on extrait la fécule de marante (aussi appelée Arrowrroot), mais on trouve ici et là quelques mentions des grandes propriétés ornementales du tout nouveau Maranta leuconeura, décrite pour la première fois en 1874. Il y a fort à parier que c’est cet engouement qui a invité les horticulteurs à en faire l’hybridation.

Un extrait de « La Belgique horticole: Annales de botanique et d’horticulture » datant de 1873, où en vante la beauté d’une nouvelle espèce, Maranta leuconeura. Image : Extrait de La Belgique horticole: Annales de botanique et d’horticulture. (1873). Belgique. Volumes 23 et 24.

Pour terminer, la recherche classique

Après avoir fouillé les origines des l’espèce, je procède enfin à une bonne vieille recherche, dans les livres et sur Internet pour en apprendre plus sur les conseils de culture de la plante en question. Riche de mes connaissances acquises, c’est plus facile de faire un parallèle entre le milieu naturel et la culture à l’intérieur. Soudainement, les meilleurs conseils deviennent logiques et on peut rapidement distinguer le bon grain de l’ivraie (car il faut le dire, ce ne sont pas tous les sites Web qui parlent de plantes qui fournissent des informations correctes, oh! Scandale!).

Et voici les conclusions que j’en ai tiré :

Luminosité idéale pour les marantas

Ainsi, on peut déduire qu’étant une plante d’ombre dans son milieu naturel, la maranta sera une plante qui ne sera pas heureuse au soleil direct. Donc une bonne luminosité fournie par une fenêtre orientée au nord ou à l’est lui sera favorable.

Température idéale pour les marantas

Côté température, on se trouve donc dans des environnements très chauds et très humides. La température optimale pour la culture des marantas est de 18 à 21C, mais on peut accroître la température à presque 30C pour son plus grand bonheur! Cette information cruciale m’indique que ma petite chambre d’amis que je garde fraîche ne plaira pas du tout au Maranta. Elle sera plus heureuse au salon, là où la température est plus chaude.

Humidité optimale pour les marantas

C’est probablement ici que tout se joue. Les marantas adorent vivre dans un environnement où le taux d’humidité est très élevé. Malheureusement une forte humidité dans une maison en climat nordique n’est pas toujours une condition heureuse. Et pire, plus c’est chaud, plus il faut que ce soit humide!

On peut déjouer quelque peu cette condition en plaçant la maranta sur un petit lit de gravier humide ou en la vaporisant souvent. De mon côté, je songe même au petit terrarium fermé qui pourrait être une avenue intéressante pour obtenir un très haut taux d’humidité sans compromettre l’état de ma maison!

Ce combo chaleur et humidité nous indique également que la maranta sera sensible aux courants d’air. On doit donc la placer loin des portes en hiver.

Si l’air est trop sec, la maranta vous le fera vite savoir, car la bordure des feuilles se mettra à sécher.

Arrosage parfait pour les marantas

Encore une fois, à cause de préférences tropicales des marantas pour la chaleur, on recommande d’arroser avec une eau maintenue à température pièce. L’arrosage doit être régulier et sans abus. Cela indique que l’on doit laisser sécher le terreau en surface avant de réarroser.

Le bon substrat pour les marantas

Puisque c’est une plante qui pousse en milieu forestier, on peut déduire que le substrat parfait en sera un qui se draine bien et qui est légèrement enrichi de matière organique. J’ai comme l’impression qu’un apport de perlite et de vermicompost dans un terreau pour plantes tropicales serait une recette gagnante. Aussi, on peut supposer que le système racinaire des marantas est assez superficiel. Pas le choix quand on compétitionne avec les grands arbres. Ainsi, les marantas se plairont dans les pots bas, de type azalée.

Riche de ces belles connaissances, je vais de ce pas me lancer dans une frénésie d’achat de marantas et j’espèce qu’à pareille date l’an prochain, je pourrai vous partager mes succès et mes échecs concernant cette plante qui a bien mauvaise réputation.

Plusieurs cultivars de marantas ont de très jolies nervures secondaires vivement colorées. Photo: szjeno09190 sur Pixabay

Étiquettes + Maranta


  1. Ah la la la Maranta je l’ai installée vers moi dans ma cuisine t° 20° sur un lit de graviers humides je l’arrose à l’eau de pluie tempérée je la vaporise 3 fois par jour (c’est l’hiver je suis à côté) et malgré elle me fait toujours quelques feuilles dont les bordures sont grillées, que je supprime !
    Je désespère d’en venir à bout !
    Merci pour vos chroniques pleines d’humour que j’apprécie beaucoup
    Christiane

  2. Merci, j’adore!

  3. Retour vers mon passé d’actif dans les serres de la région blaisoise .Des jours entiers de bouturage tra la la avec maranta,

  4. Oh je suis surprise de voix les lys de paix figurer sur ta liste! Je suis une jardinière médiocre et le mien est assez facile d’entretien. Cependant, il a clairement mieux prospéré dans certains appartements que d’autres sans que je change vraiment ma routine d’arrosage. Comme quoi on dirait que parfois, certaines plantes nous choisissent et pas l’inverse…

  5. Intéressant! J’ai déjà eu une maranta qui a périt rapidement mais là en début d’automne j’ai fait l’acquisition d’une maranta bien vigoureuse! Elle a fleurit tout l’automne, petite fleur blanche bien discrète mais ça me rassurait sur son acclimatation! Elle est installée dans une place de choix sur l’îlot de la cuisine. Beaucoup de lumière diffuse, température constante, une humidité provenant des plats qui mijotent sur la cuisinière et d’autres plantes environnantes mais loin du salon ou le feu de bois assèche l’atmosphère. Je croise les doigts pour qu’elle passe un bel hiver! Peut-être j’ajouterai un lit de gravier…. bonne idée! Merci.

  6. WoW super article, bien heureuse de te lire. Bonne et heureuse année, que tous tes projets se concrétisent pour l’an 2026.

  7. Super intéressant toute la recherche pour une plante, j’admire!

  8. J’ai un plan depuis plusieurs années. Pas toujours beau! J’ai remarqué qu’il n’aime vraiment pas l’engrais. Ça peut le tuer. En micro dose ça va, de temps en temps. Actuellement près de l’humidificateur il adore! Il n’aime pas être près d’une fenêtre. Il aime être près de ses rejetons lorsque j’empote des tiges qui ont fait leur racines dans l’eau. Lorsque qu’il est bien, il prend du volume, sinon il reste petit, en survie.

  9. Merci pour la belle information… j’adore cette plante , mais je ne réussi pas à la garder….. mais avec tes conseils , j’ai l’intention de m’en procurer une autre…….je ne désespère pas…… Bonne Année!

  10. J’adore cette plante,elle est devant une fenêtre au nord elle est superbe.C. la plus belle plante que j’ai et que je réussis

  11. Je pense que dans un terrarium en boule elle devrait tenir dans une pièce chauffée.

  12. J’ai une maranta depuis quelques années et elle se porte très bien malgré quelques feuilles sèches de temps en temps. Petites fleurs roses à la belle saison. Elle est sur une étagère devant la fenêtre qui donne au nord-ouest. Par contre, impossible d’en prélever une partie pour partager.

  13. J’ai un marantha qui appartenait à ma mère et que j’ai ramené chez moi à son décès (avril 2006)… Elle est toujours bien vivante devant une fenêtre ouest / nord. pas de soleil direct, un éclairage suffisant.

  14. Merci Julie de me rappeler ma période Maranta que j’ai gardé jadis pendant quelques années… en survie : contour des feuilles qui sèche, quelques feuilles qui sèchent, quelques feuilles qui poussent avec un bilan très légèrement positif. Placée finalement devant une fenêtre à l’ouest, toujours pareil. Un jour, coup de génie, (non un heureux hasard), je la déplace au sud de la même fenêtre a l’ouest. Moins de soleil ? Miracle, ca pousse en grand cette petite bête-là et surtout, elle fleurie. Malheureusement, après le déménagement suivant, j’ai perdu l’emplacement miraculeux. J’ai dû porter ma maranta en terre… ce qui est quand même un beau destin pour une plante. Pour moi, c’est la luminosité qui fait toute la différence. Faites vos essais.