Jardiniers! Que nous réserve l’avenir?
L’arrivée d’une nouvelle année est souvent source de bilans, de questionnements et de résolutions. Alors que l’an dernier, je partageais avec vous un exercice que je fais chaque année à propos des choses qui m’intéressent, cette année, j’avais envie de faire une piètre Nostradamus de moi-même!

D’après ce que je lis, ce que j’entends ou ce que je vois, qu’est-ce qui va changer pour les jardiniers? Tout ce qui suit n’est fondé sur aucune étude scientifique poussée. La seule chose qui a nourri cet exercice, c’est ma petite voix. Ce sont des idées qui planent dans l’air, des mots que je prononce sans cesse dans mes conférences de la dernière année.
Résilience
Depuis que la notion de changement climatique est dans l’air, le mot résilience le suit de près. Et même si la résilience n’a rien de nouveau, on dirait que cette année, je l’ai badigeonné partout, plus qu’à l’habitude. Sans vraiment me rappeler d’où me provient cette définition, voici celle que j’utilise couramment:
Capacité d’un écosystème, d’un habitat, d’une population ou d’une espèce à retrouver un fonctionnement et un développement normal après avoir subi une perturbation importante.
Ainsi, la résilience a tout à voir avec l’adaptation et la capacité de s’adapter. Pour un jardinier, ça veut dire quoi, au juste? Ça veut dire en gros d’être capable de modifier son approche de jardinage.
Le meilleur exemple que je puisse citer est l’irrigation. La résilience, ce n’est pas de mettre une minuterie sur son système d’irrigation ni de le modifier en système de goutteur (ce qui est déjà de bonnes pratiques). La résilience, c’est de planter des végétaux qui sont capables de survivre sans dépendre d’un arrosage d’appoint. Car, parmi les perturbations importantes que nous vivons à cause des changements climatiques, l’augmentation des longues périodes de sécheresse et des semaines de chaleur intense va se multiplier. Il sera, à un certain point, essentiel de concentrer l’utilisation de l’eau potable à la consommation humaine et les interdictions d’arroser les plantes ornementales n’ont pas fini d’être en croissance dans plusieurs municipalités. Ainsi la résilience, c’est de bien se préparer à ce futur dans le domaine de la gestion de l’eau.
Ainsi, si on porte son regard sur chaque plante en particulier, nous découvrirons que certaines se remettent mieux des extrêmes climatiques que d’autres. Chaque espèce a donc sa propre résilience. Peut-être allons-nous graduellement abandonner certaines plantes bien capricieuses pour nous concentrer sur les plus endurantes.
Bien sûr, on ne peut pas aborder la résilience sans favoriser la biodiversité. Plus on multiplie les styles d’habitats, la diversité génétique des plantes ou le nombre d’espèces dans un aménagement, plus on augmente ses chances que tout cela soit résilient!

Biodiversité
Personnellement, si on me demandait quel est LE mot à la mode de l’année, je voterais pour le mot «biodiversité». Selon moi, c’est l’Office québécois de la langue française qui donne la meilleure définition de la biodiversité:
Ensemble des organismes vivants d’une région donnée, considérés dans la pluralité des espèces, la diversité des gènes au sein de chaque espèce et la variabilité des écosystèmes.
J’aime bien cette définition, car elle illustre toute la complexité de la biodiversité en peu de mots. À mes élèves, je dis souvent qu’il y a trois niveaux de biodiversité.
D’abord la biodiversité des écosystèmes et des habitats. C’est la raison pour laquelle il faut protéger les tourbières et les milieux humides dans le sud du Québec. Une forêt, un flanc de montagne, une prairie sauvage… chacun de ces habitats possède une flore unique et différente de l’habitat voisin. La diversité des écosystèmes assure une meilleure résilience (tiens donc!) des municipalités ou des régions à tous les aléas des extrêmes climatiques.
Ensuite, la diversité des espèces. Celle-ci nous apprend à fuir les monocultures si néfastes en temps de crise. L’agrile du frêne est un bon exemple. Dans les années 1990 et 2000, de nombreux horticulteurs (moi y compris) avons plantés des milliers de frênes en alignement de rues en milieu urbain et dans les parcs. Bien souvent, on plantait la même variété de frêne pour toute la rue. Conséquence: quand l’agrile est arrivé, tout y est passé. Des rues entières d’arbres à abattre. Vous le verrez bien maintenant: la majorité des villes ont adopté des plantations incluant plusieurs espèces différentes d’arbres pour les alignements de rues. Ainsi, une meilleure chance de survie si l’une ou l’autre des espèces vient à trépasser.

Dans votre jardin, cela veut dire de ne pas hésiter à planter une grande diversité de plantes différentes. C’est l’heure de créer des jardins mixtes!
Et enfin, la biodiversité concerne la diversité génétique des plantes. En gros, cela veut dire de favoriser davantage les plantes multipliées par semis que les plantes produites par bouturage.
Il y a quelques années, j’ai participé à une activité collaborative nommée la Fresque de la biodiversité. Ce fut un exercice très intéressant qui m’a beaucoup aidé à raffiner ma vision de la biodiversité et surtout à en comprendre les liens avec les enjeux sociaux, économiques ou la santé humaine. Ainsi, j’ai appris à découvrir et à apprécier la friche, ce terrain vacant laissé à lui-même qui est bien souvent l’endroit le plus biodiversifié de la ville! Un jour, je composerai une ode à la friche!

La fin des berbéris?
Et enfin, récemment, en octobre dernier, le gouvernement du Québec a déposé un projet de règlement sur les espèces floristiques envahissantes qui interdira la culture et la vente de près d’une trentaine de plantes, incluant l’espèce «pure» du Berberis thunbergii. Même si le règlement semble exempter les cultivars, sauf ‘Emerald Carousel’ et ‘Jade Carousel’, il y a fort à parier que certains cultivars présentement commercialisés ont en eux ce dont il faut se méfier: la capacité de se ressemer facilement.
Ainsi, de mon côté, je suis à même de constater que mon beau berbéris doré que j’ai parti par semis… se ressème. Je prévois donc l’éradiquer de mon jardin et lui offrir des funérailles dignes des services rendus. Ceci, afin d’être prévoyante (et résiliente) à ce qui s’en vient. Qu’à cela ne tienne, cela fera plus de place pour un nouvel arbuste!

Sur cette liste noire des futures interdites se trouve quelques évidences, comme le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica), la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), la renouée du Japon (Reynoutria japonica) ou le dompte-venin (Vincetoxicum sp.). Mais on y trouve aussi quelques plantes ornementales cultivées depuis des lustres, comme l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria) et l’impatiente glanduleuse (Impatiens glandulifera). Et comme vous le savez, personnellement j’ajouterais le pétasite géant sur la liste des vilains.
Alors que certains pourraient se dire que l’avenir est bien triste pour les jardiniers, j’y vois au contraire de belles occasions de jardiner différemment et de lentement modifier son jardin, son allure et sa composition pour être plus en diapason avec ce qui est devant nous.

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