Le retour de la rocaille?
Par Julie Boudreau
Lorsque j’enseigne la conception de plans, je prends toujours quelques minutes pour faire l’histoire de l’aménagement paysager au Québec. Je présente alors la grande évolution entre les premiers jardins inspirés de ceux des jardins français et je chemine lentement jusqu’aux années 1980! Pour le Québec, les années 1980 ont marqué une grande évolution et une grande démocratisation du jardinage. C’est dans ce courant particulier de l’histoire que mes élèves découvrent… la rocaille!

La belle rocaille, garnie de genévriers, de tagètes au peu trop jaune pétant! Je fais ensuite le parallèle avec le jardin alpin qui est la source initiale de cette mode. Puis, j’illustre le dérapage horticole; comment on est passé de ceci… à cela!
Dans mon esprit, et parce que je les ai trop bien connues dans ma carrière horticole débutante, les rocailles… c’est «quétaine». Quand je prononce le mot, je roule mes «R» comme un lecteur de nouvelle radio-canadien des années 1950: la rrrôcaille. Les élèves rient, mais après coup, ils expriment… leur admiration. Leur admiration? Oui. Aux yeux de mes élèves, les rocailles, c’est beau! À chaque photo-souvenir d’empilements de pierres et de plantes, j’entends des wow! et des oh! Des wow? La rocaille est-elle lentement en train de faire son «coming-back»?
Un retour confirmé
Une petite recherche rapide sur la grande toile m’informe qu’effectivement, il y a une certaine effervescence autour des rocailles. De nombreux articles et des tonnes de vidéos sur YouTube expliquent de long en large comment réaliser une rocaille réussie, quelles plantes y cultiver, etc. Le comble est que la majorité de ces articles sont récents. Ils ne remontent pas à l’âge de pierre (je ne pouvais pas résister au jeu de mots douteux).
Ainsi, sur le plan médiatique, la couverture est totale et toutes les informations sont là, à portée de clic.
Comment expliquer cet engouement?
Il faut croire qu’en horticulture, comme en mode ou en musique, tout finit toujours par revenir à la mode. C’est une question de cycles. Si la rocaille et le jardin alpin ont connu leur première période d’engouement vers la fin de l’époque victorienne (fin du 19e siècle), elles ont fini par redevenir très populaires dans les années 1970 et 1980. C’est donc dans la plus grande normalité que le balancier effectue son retour pour les replacer en tête des palmarès. Mais cela ne suffit pas pour justifier un retour si inattendu de ma part. En questionnant mes élèves sur leur fascination de la chose, j’ai pu y extirper quelques motivations bien intéressantes.

La rocaille, amie de la biodiversité
D’abord, la rocaille version 3.0 s’avère être un habitat riche et diversifié. On voit dans la rocaille, un habitat pour de petits animaux, comme les crapauds et les couleuvres, et de nombreux insectes. La rocaille est un refuge faunique, rien de moins. Mais c’est aussi un impressionnant bassin de biodiversité! Ainsi, dans une surface relativement réduite, on cultive des dizaines et des dizaines de variétés de plantes différentes. Et, comble de bonheur, un grand nombre de ces plantes attirent les insectes pollinisateurs, ce qui est effectivement le cas!
À cela j’ajouterais que les véritables passionnés de rocailles et de plantes alpines aiment (ou doivent) produire des plants à partir de semis. Et la multiplication par semis est un merveilleux moyen de stimuler la biodiversité génétique! Ainsi, la rocaille est devenue un espace avec un vif penchant écologique. Quel beau revirement de situation! Dans les années 1980, on voyait la rocaille comme une reproduction (plus ou moins réussie) d’un jardin alpin. C’était comme si on prenait une tranche de montagne pour la déposer dans sa pelouse de banlieue.
La rocaille, amie des petits jardins
Les élèves voient aussi dans la rocaille, une possibilité de maximiser leur potentiel de jardinage, même dans les espaces restreints auxquels ils ont accès. Pour ceux qui disposent d’une petite cour de ville ou d’une très petite cour de banlieue, le potentiel de la rocaille est formidable. On peut les implanter à peu près partout, même dans les sols les plus hostiles. Ils sont une belle solution aux terrains en pente. On peut sculpter des monticules et ainsi, littéralement, les construire par-dessus des cours asphaltées.
Le fait qu’on y cultive des plantes de petite taille permet au passionné des plantes de multiplier les acquisitions et de cultiver encore plus de plantes! Là où on pourrait planter un seul énorme physocarpe, on peut entasser plus d’une vingtaine de plantes alpines et de rocaille.

Look désertique, cactus et compagnie
C’est ensuite toute la palette de plantes que l’on cultive dans les nouvelles rocailles qui interpellent l’intérêt des plus jeunes. Fini les tagètes orange et les rocailles aux assemblages de végétaux douteux et peu harmonieux. Les nouvelles rocailles s’enrichissent de belles thématiques, comme les plantes de milieux arides ou désertiques, les plantes grasses ou les collections de cactus rustiques entremêlées de cactus à rentrer dans la maison pour l’hiver.

On découvre ainsi de belles rocailles où dominent les feuillages gris, les yuccas et quelques agaves (à rentrer pour l’hiver). On crée des jardins de petites plantes tapissantes à floraison printanière, comme les phlox et les thyms. Une petite rocaille devient un prétexte pour collectionner les centaines de variétés de joubarbes (Sempervivum spp.) aux formes et aux couleurs les plus diverses.
Bref, le choix de plantes est plus savamment étudié et la rocaille finit par adopter une thématique bien précise. Enfin, l’harmonie des plantes est au rendez-vous.
La rocaille, montagne de créativité
Et enfin, je crois que ce qui inspire le plus mes étudiants, c’est la créativité que propose la rocaille. Trouver ses roches, les choisir. Sculpter le sol, créer des pentes plus ou moins abruptes, y positionner les pierres. Chercher à créer un arrangement unique et personnel et, la cerise sur le sundae, choisir ses plantes! Mieux encore, faire pousser ses propres plantes pour les repiquer dans sa rocaille. Ainsi, la rocaille devient une sorte d’œuvre et chaque élève y voit la possibilité de se réaliser à travers ce projet horticole.

J’ignore si la rocaille fera véritablement un retour en force. Mais après ce petit exercice de réflexion sur le sujet, je peux comprendre pourquoi mes élèves sont si fascinés par les rocailles. Étant moi-même grande adepte des plantes alpines, j’espère que certains d’entre eux se feront engouffrer dans le mouvement rocailleux pour ouvrir de nouveaux horizons en direction des véritables plantes alpines. Car là aussi, on croyait que la passion des petites plantes de montagne connaîtrait sa fin avec le décès de la vieille garde, mais par grand bonheur, une nouvelle vague de trentenaires est accourue pour maintenir la flamme et redonner un souffle nouveau à la passion des plantes alpines.


Merci de nous faire découvrir (ou re -…) la beauté et les innombrables possibilités qu’offre une rocaille, Julie! Ça me donne vraiment le goût d’expérimenter avec ça et de rajouter cette corde à mon arc de jardinière très amatrice. 🙂
En passant, ton style d’écriture (et ton style tout court…) me fait beaucoup penser à celui de Catherine Éthier que j’aime beaucoup aussi! Merci de continuer à nous faire profiter de ton expertise et de ton expérience.
Merci Julie! Article intéressant qui me fait réfléchir. Une possible solution à mon terrain en pente, pas facile à tondre.
Merci, je vais certainement déménager le thym vers l’ancienne rocaille que ma mère avait travaillé et que j’avais un peu abandonné.
Un très bel article ce matin. Une belle façon d’intégrer les plantes alpines et de rocaille qui ne demandent pas beaucoup d’eau pour vivre et s’épanouir d’autant plus que les restrictions d’arrosage sont en vigueur dans la plupart des municipalités du Québec. Merci à toi !
Merci pour votre article. J’avais déjà fait un premier pas dans le sens de votre article, mais il m’encourage à aller plus loin.
Merci !
Merci pour cet article qui me conforte dans l’idée d’aménager une rocaille dans une pente.
Mais quelles pierres conseillez-vous de mettre entre les plantes alpines?
Je n’ai jamais cessé d’aimer les rocailles. Ce sont les premiers aménagements sans lesquels j’ai joué enfant (je suis née dans les années 1970) et on peut les mettre au goût du jour. Tant mieux si ça revient ! Même quand ça sera passé de mode, je les aimerai.
Vous avez tout-à-fait raison, et je ne comprends pas qu’un professeur en horticulture puisse trouver ça quétaine… Manque de culture et de sensibilité ??
Juliie » THE QUEEN «
Je vis en montagne depuis 27 ans. Forcément, ici, tout le monde a une rocaille, et JAMAIS aucun visiteur n’a trouvé ça « quétaine » mais au contraire, très impressionnant. Intéressant aussi de découvrir les pierres qui forment cette montérégienne : un cycliste géologue se pratiquant à monter la pente est même arrêter devant chez moi pour montrer un phénomème géologoqie rare à son ami. Le dynamtage, pour autrefois ouvrir la rue, fait en sorte que mon terrain est environ 9 pieds au-dessus de celle-ci, et que ma rocaille est très à pic, ce qui me permet de planter des espèces plutôt hautes, sans cacher toutes les pierres : 3 conifères sur tige dont un pin, de grands platycodons, des rubeckies, à l »ombre, du thé des bois, du muguet, hostas, fougères, et sur la roche mère mise à nue, un vigne de 8 pieds de haut par facilement 15 de large. Ailleurs, sous un des érables qui dominent cette rocaille, se trouve un lit de succulentes qui avance avec les années, entre des pierres, de la joubarbe, et un tas de plantes alpines. Au pied de cette rocaille qui débute à 18 pouces du trottoir, et longeant ce dernier, j’ai planté une variété d’hémérocalles, et, dans un renflement plus large, un miscenthus sinensis. Ma rocaille n’a absolument rien de quétaine (les autres non plus) et je suis fort étonnée de votre point de vue étroit (?) sur le sujet.
Non, je pense que Julie est très loin de trouver les rocailles quétaines, bien au contraire, elle rapporte juste ce qu’elle ressentait à son début de carrière de l’attitude des gens.
Et pour les personnes du vieux continent qui comme moi ne savent pas ce que veut dire « quétaine », et bien cela veut dire « de mauvais goût » selon Google 🙂 .