Pourquoi le blé d’Inde est-il poilu?
Même si c’est un légume très commun chez nous et qu’on en a beaucoup, une question/un irritant reste: les fameux poils de blé d’Inde! À l’origine, je voulais vous parler seulement de ces poils, mais un souvenir d’enfance m’est revenu…
Quand j’étais petite et qu’on se promenait dans les Cantons-de-l’Est, je me souviens de ma mère qui disait: «Mais il y en a donc ben des champs de blé d’Inde! Voir qu’on en mange autant que ça au Québec!»
Impossible de les manquer en effet, ces vastes étendues de tiges vertes ondulant sous le vent. Pas étonnant qu’elle se posait la question – le Québec produit 3,6 millions de tonnes de maïs chaque année et on en mange quoi… une douzaine, dans le top?

Alors dans cet article tout-en-un, on ne démystifie pas un, ni deux, mais bien trois aspects de ce légume tant apprécié! Trois? Eh oui: on va regarder pourquoi il y a autant de poils sur le blé d’Inde, question de bien faire le tour, on va aussi parler de différentes sortes de maïs qui poussent chez nous, et finalement, de ce qu’on fait avec TOUT ce maïs au Québec. Évidemment, je vous donne quelques trucs de jardinage aussi!
À chaque grain son poil
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certains épis de maïs ont des grains manquants, créant des rangées incomplètes? La réponse se trouve dans ces fils soyeux qui émergent de l’épi – appelés scientifiquement les «soies». Voici le secret que la nature garde jalousement: chaque poil correspond exactement à une fleur femelle, et donc à un grain potentiel.
Une seule «panicule» mâle au sommet de la plante produit des millions de grains de pollen, assez pour polliniser plusieurs épis. Ces grains microscopiques, légers comme des plumes, voyagent sur les courants d’air, sans besoin d’insectes pollinisateurs.

Quand l’un d’eux atterrit sur une soie réceptive, cette fleur femelle développe un petit tube qui descend jusqu’à l’ovule, qui n’est autre qu’un grain de maïs unique, encore minuscule, dans un épi miniature. Cette fécondation permettra de développer ce grain unique.
Chaque épi se reproduit donc à peu près autant qu’un pommier entier! Encore heureux que le vent s’occupe de tout, ça ferait bien du travail pour les insectes.
Les soies poussent à une vitesse phénoménale: jusqu’à 4 centimètres par jour. Les premières à se manifester sont celles de la base de l’épi (le bout large). Les soies de la pointe sont les dernières à pousser, ce qui explique pourquoi les grains du bout sont souvent manquants – ils sont les derniers invités à la fête de la pollinisation et il arrive que tout le pollen mâle ait déjà été dispersé à leur arrivée. Si les vents ne soufflent pas favorablement, certaines soies restent orphelines de pollen, créant des espaces vides dans l’épi.

Des variétés infinies!
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le maïs québécois ne se limite pas aux épis jaunes et blancs classiques. Les variétés cultivées chez nous rivalisent d’ingéniosité génétique, chacune adaptée à un usage précis et à notre climat nordique.
Les maïs sucrés dominent nos jardins familiaux avec leurs trois grandes familles qu’on appelle dans le jargon SU, SE et SH2. Les variétés SU (Standard Sweet) traditionnelles, comme le célèbre ‘Golden Bantam’ cultivé depuis 1902, contiennent un mélange d’amidon et de sucre qui donne cette texture crémeuse si appréciée à l’épluchette. Les SE (‘Sugar Enhanced’) concentrent presque le double de sucre, mais restent d’une tendreté délicate. Quant aux SH2 (‘Shrunken-2’ ou ‘Supersweet’), véritables bonbons de la nature avec leurs 35% de sucre, ils croquent sous la dent et se conservent une semaine au réfrigérateur.
De toutes les couleurs
Avez-vous déjà entendu dire que le maïs blanc est moins nutritif? En fait, c’est faux! Cette couleur résulte simplement de mutations qui suppriment les pigments colorés, concentrant parfois d’autres composés bénéfiques. Mais la génétique des couleurs ne s’arrête pas au jaune et au blanc! Les anthocyanes créent ces magnifiques épis pourpres qui contiennent plus d’antioxydants que les bleuets, et les caroténoïdes donnent naissance aux maïs orange, riches en précurseurs de vitamine A. Certaines variétés sont d’ailleurs cultivées uniquement pour décorer, un peu comme les citrouilles qu’on creuse à l’Halloween!

Mais attention: planter différentes variétés ensemble transforme votre jardin en laboratoire de génétique! Contrairement à la plupart des légumes, le maïs subit une «double fécondation»: le pollen féconde à la fois la future graine ET l’endosperme (la partie qu’on mange). Ce que ça signifie: si du pollen d’un maïs fourrage féconde votre maïs sucré, vos grains deviendront plus farineux et moins sucrés dès cette année. Et si vous replantez ces graines l’année suivante, là c’est la surprise totale: couleurs inattendues, textures bizarres, goûts imprévisibles.
La réponse à la question de ma maman
Si nous voyons tant de champs de maïs sans en manger à tous les repas, c’est que la majorité de notre production – environ 80% – nourrit nos animaux d’élevage. Le maïs représente les trois quarts de la demande en grains pour l’alimentation animale québécoise. Chaque Québécois consomme indirectement bien plus de maïs via les produits animaux – lait, viande, œufs – que directement à l’épi!
Le reste se disperse entre mille et un usages: l’industrie alimentaire transforme une partie en semoules, farines et sirop de maïs, l’amidonnerie en fait des produits industriels, la distillerie l’utilise pour nos whiskys québécois, et on en extrait même de l’huile! Les projets d’éthanol-carburant pourraient éventuellement absorber une portion croissante. Cette filière diversifiée génère des milliers d’emplois et fait du Québec le deuxième plus grand producteur canadien de maïs. Le blé d’Inde qui finit directement dans nos assiettes ne représente qu’une petite fraction de ces vastes champs.
Les secrets du jardinage domestique réussi
Cultiver du maïs dans son jardin québécois relève autant de l’art que de la science. La règle d’or tient en un mot: bloc. Oubliez les jolies rangées alignées – le maïs demande une plantation en carré ou rectangle compact pour assurer sa pollinisation par le vent… Et sa protection de ce même vent!
L’année dernière, j’ai essayé de planter du maïs dans mon jardin très très exposé au vent. Mauvaise idée! Les quelques tiges de mon jardin n’ont pas dépassé trois pieds de haut et aucun maïs mature à 100% n’a été récolté.
Dans les grands champs agricoles, les deux ou trois premières rangées en bordure donnent souvent des rendements décevants comparés aux plants du centre bien protégés. Ils servent de protection aux autres, car le vent excessif peut nuire à la pollinisation, à la croissance, et même à l’enracinement des plants. Regardez les champs de bords de route, les premiers rangs sont généralement moins hauts et moins productifs.

Le buttage à 15-20 cm demeure important – ces racines supplémentaires feront un bon ancrage pour résister aux vents. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette pratique se fait aussi dans les grands champs commerciaux vers le stade 6-8 feuilles, pas seulement dans nos potagers. (C’est heureusement une butteuse mécanique qui s’en occupe!)

L’arrosage au pied est aussi recommandé, car il évite de perturber la pollinisation, contrairement à l’aspersion qui peut lessiver le pollen précieux.
Les variétés ‘Early Golden Bantam’ et ‘Honey Select’ s’épanouissent parfaitement dans notre climat nordique avec leurs 70-75 jours de maturité. Semées sur un sol réchauffé à 12 °C, elles résistent aux caprices de nos étés variables.
L’histoire millénaire continue
Les champs qui ponctuent nos routes racontent l’histoire d’une adaptation remarquable: celle d’une plante d’Amérique du Sud devenue résistante à nos températures plus tempérées grâce à des siècles de sélection. Arrivé chez nous il y a plus de 500 ans, le maïs s’est très rapidement taillé une place de choix dans notre agriculture et dans notre alimentation.
Êtes-vous prêts pour votre prochaine épluchette? En tout cas, vous aurez tout un sujet de conversation! Vous pourrez raconter que chaque poil donne un grain, et que c’est grâce au maïs que la vache a produit le beurre que vous mettez sur vos épis! De rien, là!


Une belle méthode pour manger un épi de maîs sans les poils encombrants: on fait cuire l’épi au micro-ondes sans enlever toutes les feuilles pour 2minutes 30 avec un temps d’attente de 2 minutes. Avant de le cuire, on coupe l’épi au gros bout pour enlever une rangée ou deux de grains; une fois cuit, on la saisit par le petit bout et on l’écrase pour sortir l’épi par la gros bout…. tous les poils restent sur les feuilles et l’épi est complètement exempt de poils….
Moi aussi je fais comme ça ! C’est vrai que j’aurais pu le mentionner dans l’article… Une chance que vous êtes là ! ! Merci à vous
Merci Audrey d’alimenter nos discutions de garden party. vraiment apprécier.
Tu as une si belle façon d’écrire. Très intéressant, j’en n’ai fait pousser une 12 dans mon jardin à Laval. Ça marcher lol. Nous avions fait cela pour s’amuser, pour essayer et nous les avons mangés. Je ne n’a souviens pas de la variété mais ils étaient bons. Que de commentaires quand les visiteurs arrivent dans ta cour lol ! Bonne journée.
Merci Audrey pour cette explication poilue ah ah
Le maïs n’est pas un légume mais bien une céréale comme le blé ou l’avoine.
Mais cela vous le saviez! Ah ah
Beaucoup trop de gens pensent que le maïs est un légume c’est bon de faire la rectification! Merci.
Bonjour Audrey. Aujourd’hui, j’ai appris quelque chose , je ne regarderai plus jamais les soies sur le maïs de la même manière. Une question de la part de quelqu’un qui n’est jamais allée dans un champ de maïs: est-ce qu’il y a un seul épi par plant ?
J’attends toujours tes articles avec impatience, ils sont intéressants, drôles et instructifs. Merci
Je me permets de te répondre oui en général il y a plus d’un épis par plan.
Ça arrive qu’il y en a un seul surtout dans nos jardins mais dans les champs ça peut aller jusqu’à 5 ou 6 si on est très chanceux.
Je crois que la moyenne est d’environ 4 . Selon mon expérience personnelle.
Tu es plus chanceuse que ma belle-mère qui n’arrivait pas à manger ses épis: Au moment qu’ils étaient mûrs, les écureuils les avaient déjà mangés!
La prochaine fois que je vais éplucher un épi, je ne regarderai plus les poils de la même façon. Merci Audrey pour ces informations, votre magnifique plume et votre bel humour!
Quand j’étais enfant , mon grand frère pré adolescent avait très hâte d’avoir de la barbe. Un jour, que nous faisions un festin de maïs à la maison, alors que nous épluchions gaiement les épis , lui, de son côté, avait récupéré les poils de blé d’inde et en avait collé dans son visage pour se faire une barbe . Ce qu’on a rigolé! Surtout quand est venu le temps d’enlever cette fausse barbe ! ???
Quand j’etais petit, mon pere nous a amené ches sa cousine productrice de mais. Avant sin arrivée on en avait cueilli quelques uns.
A son arrivee, elle nous dit non ca c’est du blé d’inde à vache. De l »autre coté, c’est du blé d’inde « à monde ». On avait bien ri!
Après quelques années de pertes totales à cause des rongeurs, j’ai installé une clôture électrique solaire. Une rangée de fil à environ 12 cm du sol et une autre 12 à 15 cm au-dessus de la première. Maintenant, je peux déguster mon maïs. Je pense installer une autre rangée à 15 cm plus haut pour frire les sauterelles…
beaucoup de pesticides pour cultiver le mais, incluant la glyphosate et l’atrazine
Vous avez raison Kristine ! Je ne consomme et ne fais que servir le blé d’Inde provenant de culture biologique, preuve à l’appui