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Manger du cactus québécois? C’est possible!

Un soir, vers 21h, je flânais paresseusement sur Facebook avant d’aller me coucher quand je suis tombée sur une invitation pour célébrer le 50e anniversaire de Cactus Fleuri. Le lendemain matin à 9h, j’étais dans l’auto, direction Sainte-Madeleine. Zéro planification, pur coup de tête! Je m’attendais à découvrir une petite entreprise sympathique… mais certainement pas à manger du cactus chez l’un des plus gros producteurs québécois de succulente!

Une famille, des serres et une révolution verte

Cactus Fleuri, c’est l’histoire de Pierrette Martel et André Mousseau qui, en 1976, ont fait construire leur première serre. Aujourd’hui, avec leur fils Guillaume, ils dirigent l’une des plus grandes entreprises québécoise spécialisée en cactus et plantes grasses. Leurs chiffres parlent d’eux-mêmes: 37 000 pieds carrés de serres, plus de 700 variétés différentes, et une production annuelle de 300 000 unités. Et oui: toute cette production de plantes désertiques et tropicales se fait ici, malgré nos hivers!

Lors de cet événement, j’ai eu la chance de discuter pas mal avec Pierrette. Comme je suis curieuse et pas du tout gênée, j’ai même eu le droit aux coulisses: une visite VIP de leurs serres de production non ouvertes au public avec Pierrette – un privilège que je m’empresse de partager avec vous!

Évidemment, toutes les serres sont contrôlées en ce qui concerne la température et l’humidité, mais chez Cactus Fleuri, on travaille avec la nature, et pas contre elle. L’hiver, ce n’est pas le moment de faire de la grosse propagation, les plantes sont en dormance, et on respecte ça. C’est assez ingénieux en fait, parce que des lumières artificielles et un chauffage adéquat coûteraient une fortune et épuiseraient les plants. En respectant cette période de repos, le printemps est plus productif, et les plants sont plus forts et plus beaux durant l’été.

En coulisses

Pierrette m’a d’ailleurs surprise en me disant qu’ils semaient certaines variétés. Leurs plants adultes fleurissent (déjà un exploit à mes yeux, moi qui n’arrive pas à garder un aloès en vie!), font des graines et celles-ci sont replantées! Contrairement aux semences achetées sur internet qui lèvent rarement, leurs graines germent en quelques jours seulement. Le secret? La fraîcheur. Les graines de cactus perdent rapidement leur viabilité, alors quand elles sont récoltées et semées aussitôt, ça change tout. Regardez ces magnifiques plateaux ensemencés avec des graines uniquement!

Pour d’autres variétés, les plants mères, qui sont gigantesques, voient leurs jeunes pousses coupées et bouturées. Si les semences sont aussitôt replantées, il en va autrement pour les boutures: on coupe, on laisse sécher au moins un mois, jusqu’à ce que de petites racines apparaissent, puis on replante. Chaque serre a sa vocation: celle des plants mères, celle des boutures qui sèchent et celles qui sont en période d’enracinement.

Le terrain est fait sur le long et, quand on est dans la partie boutique, on n’a aucune idée de la succession de serres qui se trouvent derrière ni de toutes des étapes que notre petit cactus a traversées pour en arriver sur les rayons!

Et toute cette production… ne peut évidemment pas alimenter seulement leur boutique. Le nom de Cactus Fleuri vous disait quelque chose? Normal! Lisez les étiquettes sur les pots: ils fournissent plusieurs pépinières à travers le Québec. Vous avez peut-être déjà une de leur plante chez vous sans le savoir!

Le nopal: quand le cactus devient légume

Pour leur 50e anniversaire en 2025, ils avaient organisé une dégustation de nopal qui m’a fait découvrir un aspect complètement insoupçonné de ces plantes. Le nopal, ce sont ces raquettes de figuier de Barbarie (Opuntia) qu’on associe habituellement aux paysages mexicains.

Crédit photo: Guillaume Mousseau Alliés agence créative.

Le goût ressemble à un melon d’eau sans le sucré, avec une petite pointe citronnée, et c’est croquant comme un poivron. C’est léger, rafraîchissant et ça se marie parfaitement avec le fromage ou les légumes du jardin. Leur smoothie de nopal et ananas était une belle surprise, c’était doux, ça se buvait tout seul! Il ne manquait que la tequila et le parasol pour en faire un cocktail à 20$ dans un restaurant mexicain fancy!

La préparation

La préparation est plus simple qu’on pourrait le croire. Il faut retirer la base des «feuilles» avec un couteau – ça s’appelle les aréoles, et c’est assez coriace.

Selon les espèces, les cactus opuntia peuvent avoir des épines, mais la variété vendue et consommée chez Cacus Fleuri n’en ont pas: ouf! C’est tout, pas besoin d’éplucher! On peut les cuisiner comme des légumes: sautées, grillées, crues en fines lamelles dans une salade, etc.!

Côté nutrition, le nopal est une petite mine d’or: riche en vitamine C, fibres, magnésium, et en composés antioxydants. Il est reconnu pour aider à réguler la glycémie et le cholestérol, et il contient des propriétés anti-inflammatoires.

Au Québec, on mange principalement les raquettes parce qu’on n’a pas assez de lumière naturelle pour produire les fruits (les fameuses poires cactus). Mais pas besoin du fruit: les raquettes sont remarquablement polyvalentes! Elles font d’excellentes salsas mexicaines, se marient bien en salade fraîche avec des légumes d’été, et j’ai même essayé de les griller au barbecue! Leur texture croquante et leur goût subtil en font un excellent complément dans les smoothies ou comme garniture originale pour différents plats.

Pour les cultiver chez vous, c’est accessible: en pot à l’intérieur l’hiver, puis dehors l’été. Pour les plus aventureux, il existe des variétés d’Opuntia comme l’Opuntia humifusa qui survivent à l’extérieur jusqu’à -35 °C. Imaginez un jardin de cactus permanent au Québec!

Source: Cactus Fleuri

L’aloès et les autres trésors comestibles

Le nopal n’est que le début de l’aventure. Chez Cactus Fleuri, ils cultivent aussi de l’aloès comestible – pas toutes les espèces d’aloès le sont, mais l’Aloe vera peut être ajouté aux smoothies pour ses propriétés apaisantes. Le gel a un goût neutre et se marie bien avec les fruits.

Il y a aussi le pourpier (Portulaca oleracea), une plante grasse aux feuilles charnues qui a un goût légèrement poivré. Excellent en salade, il est bourré d’oméga-3 et facile à cultiver. Les orpins (Sedum) sont également comestibles avec leur petit goût acidulé.

Photo: amanda96350

Cette famille québécoise a su transformer un défi climatique en opportunité. Produire localement ces plantes qu’on importe habituellement de loin, c’est génial pour l’environnement, ça démontre que l’innovation horticole québécoise peut nous surprendre, et ça diversifie même notre alimentation!

Ma visite spontanée chez Cactus Fleuri m’a rappelé pourquoi j’adore découvrir les merveilles qui se cachent dans notre province. Cette entreprise familiale prouve qu’on peut cultiver l’exotique chez nous, qu’on peut manger nos cactus autant que les admirer, et surtout, qu’on peut être indépendant grâce à toutes les technologies à notre disposition.

Allez-vous essayer de découvrir le cactus comestible, vous? Moi, j’ai acheté mon plant!


  1. Toujours intéressant de vous lire
    Cactus Fleuri …belle découverte

  2. J’appuie Marc Turcotte: Quelle belle découverte! Merci Audrey de nous avoir partagé la connaissance de cette entreprise québécoise bien .établie.! C’est formidable! Je suis curieuse de ces jus et smooties possibles!

  3. Ah, ben tiens ! Je vais cultiver ça au lieu de mes pois ou de mes fèves, qui sont mangées par des chevreuils depuis une semaine… Et je ne parle pas des autres insectes qui ravagent le reste. J’espère que c’est nourrissant !

  4. Merci Audrey et au blog du Jardinier paresseux pour cette surprenante découverte! Je place Ste-Madeleine sur notre route des vacances.

  5. Merci pour cette très belle découverte

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  7. Je suis ravie de cette découverte. Merci !

  8. Merci pour cette découverte ! Est-ce que ça repousse assez vite ? Parce que si on mange une « feuille » (?) entière d’un coup, il va vite été déplumé ce plant !

    • Bonne question, j’imagine qu’en hiver ça ralentit beaucoup, mais les raquettes du mien acheté il y a deux semaines ont déjà grossies ! Un plant moyen doit sans doute fournir quelques dizaines de raquettes par été.

  9. Merci Audrey! Je suis passée très souvent devant le Cactus Fleuri sans jamais m’y arrêter, je demeure tout près. Mais là, je vais y aller c’est certain! J’aime toujous tes articles enrichissants et plein d’humour! Bon été!

  10. J’adore Cactus fleuri! Il est à 15 minutes de chez moi. Quand il m’arrive de sentir le spleen du jardinier, j’y vais juste pour admirer, mais je reviens toujours avec quelques pots et boutures.
    La prochaine fois j’irai avec en tête Opuntia! Merci Audrey de faire rayonner ma très belle région!

  11. Je suis du n.b.,la fille de ma nièce y travaille, donc quand ma nièce vient en vacances, Émilie m’envoie des cactus, de belles variétés qu’on a pas..

  12. Voici mon petit jardin de Cactus devant chez moi à Longueuil, Québec : opuntia humifusa et opuntia fragilis, 2 ou 3 plants achetés chez Cactus Fleuri. https://photos.app.goo.gl/QGwp6diuabNK24Vw5