Categories

Recherche

Nos partenaires

Welwitschia mirabilis: une bizarrerie végétale

«À tes souhaits!»

C’est ce que j’ai répondu quand j’ai entendu le nom de cette plante pour la première fois. Welwitschia mirabilis, ce n’est pas un nom, ça! Et pourtant, c’est le seul qu’on lui connaisse puisque cette plante n’a pas de nom commun en français. À tout casser, on peut l’appeler «tree tumbo» en anglais, mais c’est tout.

Vous n’en avez jamais entendu parler? C’est normal: ce n’est pas une plante qu’on a généralement dans son jardin ou en pot dans la maison. C’est plutôt une curiosité végétale, une plante tout à fait unique et fascinante pour les jardiniers curieux.

Unique au monde

Découverte dans les années 1800, cette plante ne vit que dans une région très réduite du monde: les déserts côtiers en Namibie et Angola. Préparez vos prochaines vacances en Afrique en conséquence!

Source : Thomas Schoch

W. mirabilis est la seule espèce de son genre, de sa famille et même de son ordre. Quand je vous dis qu’elle ne ressemble à aucune autre, c’est vrai! Elle n’a aucun proche parent et rien n’est ordinaire chez elle.

Une plante impressionnante… et curieuse

Mais commençons par le commencement: le début de la plante. Deux feuilles sortent de terre: ce sont les cotylédons. Viennent ensuite deux autres feuilles qui vont croître, encore, encore, et encore, sans s’arrêter, pour toujours. Quoi? Oui, vous comprenez bien: cette plante ne fera que deux vraies feuilles dans sa vie et elles pousseront à l’infini. C’est la seule espèce du monde végétal qui produit ce genre de feuilles, qui ne sont jamais remplacées, et qui poussent continuellement.

© orxy/Fotolia

Bien sûr, avec les intempéries, les feuilles finissent par se fendre, s’abîmer, sécher, et ce n’est pas particulièrement joli. Par conséquent, on peut difficilement observer un spécimen avec des feuilles de plus de quatre mètres. Heureusement, leur épaisseur, d’environ un centimètre et demi, les protège un minimum.

Si vous avez lu l’article récent sur les raisons qui font perdre leurs feuilles aux plantes, vous vous souvenez peut-être que j’y mentionne la durée de vie des feuilles. Est-ce que celles-ci sont immortelles? Eh bien, comme elles poussent en continu, oui. Mais les cellules des feuilles ont quant à elles une espérance de vie d’une dizaine d’années. Vous voyez l’astuce? Comme la feuille pousse en continu, elle fabrique continuellement de nouvelles cellules, jeunes, et en pleine forme!

Photo: Jonathan Basson

Mais ne pensez pas que les débris de feuilles sont inutiles! Vivant dans le désert, ces débris serviraient à la fois de paillage, pour garder un peu d’humidité au niveau du sol, et d’engrais pour la plante.

Un court tronc se forme en une espèce de spirale sous ces deux feuilles et une grosse racine pivotante (comme une carotte) l’ancre au sol. Les plus vieux spécimens font environ un mètre et demi de haut et huit mètres de diamètre. Vieux, c’est quoi pour miss W.? Les scientifiques estiment leur durée de vie à quelques… 2000 ans! Si les plantes pouvaient parler, elle en aurait à raconter…!

Un conifère à la reproduction originale

Ah, oui… j’avais oublié de vous mentionner ce détail: cette plante est un conifère…! Pas tout à fait le genre d’arbre avec des aiguilles qu’on connaît, hein!

Miss Welwitschia, donc, est dioïque, c’est-à-dire qu’il y a des individus mâles et des individus femelles. Jusqu’ici, tout va bien. Là où ça devient original, c’est que le pollinisateur n’est pas le vent, comme pour la majorité des autres conifères: ce sont bel et bien les insectes qui jouent ce rôle. C’est un des seuls conifères à produire un nectar nutritif pour attirer les pollinisateurs.

Plant femelle. Source: Wikipedia

Les conifères n’ayant pas de fleurs, le nectar se trouve dans les cônes (les cocottes, en bon québécois). Habituellement, ceux-ci sont soit mâles, soit femelles… mais ce n’est pas si simple chez W. mirabilis. Les cônes femelles arrivent à produire du nectar avec leurs ovaires. Les cônes mâles, quant à eux, ne disposent habituellement pas des organes nécessaires pour faire du nectar. Mais, si on veut transporter le pollen de la plante mâle à la plante femelle, il le faut bien! Les cônes mâles ont donc développé des ovaires stériles qui produisent du nectar.

Cône mâle. Photo: KLEIN Benjamin

Bref, c’est PRESQUE une hermaphrodite, comme beaucoup de plantes à fleurs, mais les deux individus sont bel et bien nécessaires à la reproduction puisque seule la femelle peut produire des ovules (graines) dans ses ovaires. Les semences grandiront donc sur les cônes des individus femelles et seront rondes et plates, comme une graine de pin ou de panais, pour être dispersée par le vent.

Semence. Photo: Amada44

Je m’emballe peut-être trop avec les détails, mais vous savez… quand on parle de sexe (de plantes!), ça vient me chercher!

Une oasis dans le désert

Cette plante crée à elle seule un microclimat où les animaux peuvent se réfugier, se nourrir et se protéger. On se rappelle que nous sommes dans le désert et, outre la rosée matinale et le brouillard côtier, peu d’eau est accessible. Miss W. pourrait absorber l’eau par ses feuilles et par sa racine, la rendant assez gorgée pour être mâchouillée par plusieurs espèces de mammifères (zèbres, rhinocéros, antilopes) en période sèche. Elle sert également de point frais pour la construction de nids d’oiseaux (surtout pour l’alouette de Gray) et d’abri aux serpents, lézards, insectes, etc.

Vous vous souvenez de la trêve de l’eau dans le remake du Livre de la jungle? Lors d’une sécheresse particulièrement importante, tous les animaux sont les bienvenus à la source d’eau. Proies et prédateurs vivent alors en harmonie pendant ce bref moment parce que l’eau est une ressource trop vitale pour tout le monde: sans eau, pas de vie.

C’est un beau concept très logique: en effet, si tous les herbivores meurent de soif, les carnivores mourront ensuite de faim, eau ou pas! C’est beau d’imaginer une Miss W. pleine de vie de toutes sortes comme ça, pleine de paix et d’harmonie…

Mais la vie, ça marche pas comme ça!

Dans la vraie vie, le lion va s’embusquer près de l’étang qui est sur son territoire et attraper le zèbre qui s’y abreuve. Mais comme les zèbres vivent en groupe, un ou deux décès, ce n’est rien de dramatique. C’est pareil pour les W. mirabilis. Si un serpent venimeux s’y cache déjà, l’alouette n’y nichera pas!

Bref, si vous avez eu une jolie image digne du Livre de la jungle à la suite de mon évocation de toute la vie qui utilise cette plante, c’est super, mais pas trop réaliste!

Une Miss W. à la maison?

Bien qu’elle soit relativement nombreuse dans son aire de répartition, cette plante est protégée. Les collectionneurs ont entraîné le braconnage de vieux plants, les 4×4 de l’écotourisme brisent et tuent parfois les plantes, et un champignon s’attaquant aux fruits et aux semences est bien inquiétant.

Si vous voulez absolument en avoir une à la maison, je suis heureuse de vous dire que le commerce des semences est permis! Attention toutefois à ne pas acheter d’un fournisseur louche puisque les graines de plants en nature risquent fortement d’être contaminées par le champignon Aspergillus niger, une moisissure noire assez commune qu’on trouve sur les fruits et légumes qui ferait mourir votre jeune plant après la germination.

Bref, si vous êtes un collectionneur de plantes rares et étranges, vérifiez vos sources pour obtenir des semences sans champignon. Une recherche rapide sur le Net m’a permis de trouver plusieurs sites qui en vendent à environ 15$ la graine, mais la provenance n’étant pas indiquée, je poserais des questions sur le fournisseur. Ont-elles été récoltées en nature ou dans un jardin botanique? Quand? De quelle façon? Vous voyez?

Spécimen en pot au Huntington Library and botanical garden. Photo: JayWalsh

Pour la germination à la maison, ça semble assez simple: deux semaines humides, chaleur, soleil… C’est l’après qui me ferait peur, moi qui peine à avoir assez de lumière pour mes plantes «normales»! Si vous essayez, je veux des nouvelles!

Voilà, j’espère que j’ai piqué votre curiosité avec cette étonnante plante qu’est Welwitschia mirabilis. Même si les possibilités que vous en ayez sont assez minimes, est-ce que les «plantes étranges et mystérieuses du monde» vous intéressent? Qui sait, ça pourrait bien être une série d’Halloween intéressante pour cette année!


commentaire sur "Welwitschia mirabilis: une bizarrerie végétale"

  1. Christine Beaulieu dit :

    Article vraiment intéressant et suscitant la curiosité. C’est bien écrit!

  2. Maryse dit :

    Très gras intéressant ? merci pour cette découverte

  3. Maryse dit :

    Oups je voulais dire “très très intéressant” ?

  4. Françoise dit :

    Merci, très intéressant, détaillé, nouveau

  5. Louise dit :

    Très intéressant toutes ces informations! J’aimerais bien découvrir d’autres plantes uniques comme celles-ci. N’hésitez pas à nous rendre plus intelligents. La morale de cette plante: même si on n’est pas une beauté de la nature, on peut être utile et unique.

  6. Diane Perron dit :

    Je suis stupéfiée d’apprendre les rôles et accommodements multiples que joue cette plante. Il y a de ces merveilles dans le monde!

  7. Anne dit :

    Wow!
    Quelle découverte cette plante !
    Merci – encore nous surprendre !

  8. Louise.m dit :

    Wow quelle plante étrange c’est fascinant de voir la nature ce qu’elle peut fabriquer merci Audrey belle surprise ce matin

  9. Jacinthe dit :

    Chère Audrey, Tu n’auras jamais fini de nous surprendre! Je suis partante pour la série proposée!

  10. Sylvie Bareil dit :

    Merci beaucoup! Très intéressant! D’ailleurs, tout ce que vous communiquez sur ce blogue est intéressant!

  11. Jeanne dit :

    Comme on dit par chez nous, “je vais me coucher moins niaiseuse ce soir!”
    Je ne tiens absolument pas à avoir Miss W chez moi, mais quel plaisir d’avoir pu découvrir son existence. Continue Audrey – j’ai hâte à ta série Halloween!

  12. Hélène dit :

    Vos articles Audrey sont hyper intéressants! Je ne tenterai pas cette culture il y a trop d’inconvénients mais j’aime bien connaître ces spécimens ”étranges”. Par le passé j’ai planté un Paulownia juste pour voir ses immenses feuilles!

  13. Christiane dit :

    Je connaissais la plante mais je ne savais pas que c’était un conifère et ne connaissais pas son mode de reproduction. J’ai été surprise. Une plante fascinante! Toujours agréable de te lire, merci.

  14. Céline dit :

    Encore un beau clin d’oeil étonnant Miss Audrey ce matin!

  15. Marie dit :

    Une plante courageuse qui persiste dans un climat aride. 2,000 ans d’histoire! dans des régions chaotiques. Espérons qu’elle aurait de beaux souvenirs à nous transmettre. Merci cette plante est fascinante

  16. Super ton article très complet
    Ça m’a fait pensé à une plante à deux feuilles dans la serre de cactus il y a plusieurs années à jardin botanique de Montréal et qui avait disparu à un moment ,je m’étais renseigné où elle était passée J’ai eu une réponse qu’elle avait été jeté car l’horticulteur pensait qu’elle était entrain de mourir ,elle avait été retrouvé mais je ne sais pas si elle a survécu je ne l’ai pu revu Je crois bien que c’est la plante de ton article

  17. Louise dit :

    C’est vraiment intéressant comme découverte ce matin! Bien contente de la connaître même si c’est certain que je ne m’essaierai pas à en faire croître une (je réussis à perdre des plantes araignées… ). Une série “plantes étranges” pour l’halloween serait amusante!

  18. Guy Laliberté dit :

    Bonjour Audrey
    J’essaie de comprendre, dans ton article sur Welwitschia mirabilis tu souligne plusieurs fois quelle ne développe que deux feuilles continuellement. Mais voilà, sur la plupart des photos la plante a plusieurs feuilles ( sauf la dernière photo) est-ce moi qui ne comprend pas ou bien il manque une information. Quoi qu’il en soit j’aime beaucoup te lire .

    • Audrey Martel dit :

      Oui, ce n’est pas évident à voir! J’attire votre attention sur la première photo (pas la carte). À mesure qu’elles poussent, les feuilles se fendent et se déchirent et plusieurs «rubans», mais à la base, là où la feuille sort du «tronc», il n’y a bel et bien que deux feuilles. Regardez le bout des feuilles est en beaucoup de morceaux, mais près du centre, elles semblent plus larges et moins nombreuses: elles sont tout simplement moins abimées.

  19. nicole barbolosi dit :

    que la nature est belle et surprenante .j espère que vos articles ouvrirons les yeux aux peuples de la terre afin qu ils prennent consciences de la chance que nous avons et du respect que nous devons au créateur de cet univers

  20. Jean Tremblay dit :

    Merci,

  21. Carole dit :

    Très intéressant de connaître une plante rare, merci pour le partage.

  22. Nelly dit :

    Merci Audrey pour votre article sur cette plante aussi rare que remarquable !
    Je serais enchantée que ce soit le début d’une série sur les végétaux étranges.

Inscrivez-vous au blogue du Jardinier paresseux et recevez ses articles dans votre boîte de courriel à tous les matins!