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Des primevères boudées par les pépiniéristes… et pourtant!

Par Julie Boudreau

J’ai sûrement déjà mentionné quelque part sur ce blogue que j’aime beaucoup les primevères. Et, comme bien des plantes qui me fascinent, les primevères sont devenues un sujet d’étude! J’ai semé et planté de nombreuses espèces et j’ai fait de très belles découvertes.

Primevères japonaises. Photo Julie Boudreau

Pendant mes études, on nous répétait sans cesse que les primevères ne valaient pas la peine qu’on s’y attarde. Elles étaient des plantes à courte espérance de vie, à peine rustiques au Québec. Elles étaient de vulgaires potées fleuries qu’on achète à Pâques et qu’on jette à la fête des Mères. Par chance, j’ai croisé de valeureux mentors qui m’ont démontré tout le contraire, en me faisant découvrir des listes sans fin de primevères. Rustiques, fidèles et splendides!

Il faut connaître des primevères qu’elles sont majoritairement des plantes à floraison printanières. Mes variétés les plus hâtives fleurissent en même temps que les narcisses, vers la fin avril pour la région de Montréal. La plupart s’épanouissent en mai et certaines perdurent en juin. Elles sont donc très intéressantes pour apporter de la couleur au printemps. Et elles se marient bien avec les bulbes!

La plante produit une rosette de feuilles qui rappellent souvent des feuilles de laitue romaine. C’est au centre de ce feuillage que vont apparaître les fleurs, très près du feuillage ou portées sur des tiges plus ou moins longues.

La plupart des primevères ont une nette préférence pour les emplacements mi-ombragés, dans un sol très riche en matière organique et frais à l’année. Toutefois, parmi les championnes qui méritent davantage notre attention, il y a plusieurs espèces qui poussent étonnamment bien au pied des arbres et des conifères, dans un sol plutôt acide et sec. Nous en ferons mention au passage plus bas.

LA primevère facile à trouver

La variété la plus facile à dénicher est la primevère ‘Pacific Giant’ (Primula x polyantha ‘Pacific Giant’). Les fleurs sont toujours de couleur vive avec un centre jaune. Elle est vendue comme potée fleurie à la Saint-Valentin et à Pâques. Puis, on la retrouve dans la section des vivaces au centre de jardin. Pour être charmante et joyeuse, ça, on ne peut le nier. Malheureusement, mon expérience personnelle m’a amenée à la déclarer pire primevère pour les jardins du Québec. Si elle ne se comporte pas carrément comme une plante annuelle, elle dépérit d’année en année. Elle atteint rarement l’âge légal pour entrer à la maternelle quatre ans.

Quoique fort jolies et vivement colorées, les primevères ‘Pacific Giant’ sont les plus faciles à trouver sur le marché, mais leur espérance de vie est plutôt limitée au jardin. Photo: Julie Boudreau

Quelques espèces que l’on croise occasionnellement

Certains commerces un peu plus audacieux vont aussi vous proposer la primevère denticulée (P. denticulata) et celle-là, on la veut! Parfaitement rustique en zone 4, cette petite variété pousse très bien dans les plates-bandes ordinaires, même au pied de certains arbres et arbustes. Les fleurs forment une petite sphère presque parfaite qui s’élève à peine 15 ou 20 cm au-dessus du feuillage.

Une petite primevère denticulée. C’est une des variétés hâtives. Photo: Julie Boudreau

De plus en plus, on trouve (enfin) une autre primevère exceptionnelle à mon avis: la primevère commune (P. vulgaris) et ses nombreux cultivars. Les fleurs de cette variété se développent très près du feuillage. Il en existe des centaines de coloris, allant du blanc pur aux couleurs vives. La rosette de feuille atteint 20 à 30 cm de large et, dans de bonnes conditions, la colonie s’agrandit légèrement. En hauteur, la plante dépasse à peine 20 cm. J’aime particulièrement ‘Dawn Ansell’ avec des fleurs blanches doubles et ‘Traditional Yellows’ aux fleurs simples et jaune pâle. Après la floraison, la rosette de feuilles demeure intéressante.

Les primevères communes fleurissent un peu plus tard au printemps, mais elles sont très fiables. Dans mon jardin! Photo: Julie Boudreau

Celles qui mériteraient de se trouver sur les tablettes

Voici maintenant quelques espèces qui sont à peu près absentes du marché horticole, mais qui présentent un grand intérêt pour les jardins nordiques d’Amérique du Nord. Je dis à peu près absentes, parce que, au Québec, nous avons quelques pépiniéristes spécialistes qui offrent des variétés intéressantes, notamment Production M. Corbeil et Petit Sabazan.

Commençons par la primevère des bois (P. elatior), aussi appelée coucou des bois en Europe. Celle-ci porte des fleurs jaune citron au cœur plus foncé qui se dressent, en groupe de 10 à 30 fleurs, à 30 cm au-dessus du sol. C’est une belle variété prolifique qui se multiplie par rhizomes. Je vous rassure, je ne connais aucune primevère que l’on pourrait considérer comme envahissante. L’élargissement de la talle est plutôt le bienvenu. C’est une variété exceptionnelle qui pousse bien sous une grosse épinette et dans les endroits plus ombragés. Je cultive la primevère des bois à trois endroits différents dans mon jardin et elle perdure depuis plus de 15 ans.

La primevère des bois est une plante vivace d’une étonnante résistance. Elle pousse facilement au pied des grands conifères. Photo: Julie Boudreau

Du côté des très petites primevères tapissantes, P. juliae et ses variétés sont aussi dignes de mention. La variété ‘Wanda’ aux fleurs magenta est la plus facile à dénicher. On parle d’une plante de 15 cm de haut et d’environ 45 cm en largeur. C’est une variété très hâtive.

Il y a quelque temps, j’ai fait l’éloge de mes plantes alpines qui ont une longue espérance de vie. C’est alors que j’ai mentionné une primevère auriculée à gorge blanche (P. auricula var. albocinta). La revoici! Celle-ci préfère le soleil et un sol très bien drainé. Idéale pour la culture en auge, elle réussit aussi très bien dans un sol plutôt sablonneux. Les belles fleurs jaune citron à pruine blanchâtre se dressent sur une plante de pas plus de 10 cm de haut et tout autant en largeur.

La primevère de Siebold (P. sieboldii) est aussi une espèce à découvrir. Toutefois, pour cette espèce, c’est important de la cultiver dans un sol qui demeure frais en tout temps. Si cette condition est respectée, elle vous donnera un spectacle éblouissant pendant de nombreuses années. La floraison, plus souvent blanche, mauve ou magenta, s’élève sur une longue tige de 30 cm de haut. Le feuillage a aussi un petit quelque chose d’original, un peu frisé et bien denté.

Primevère de Siebold. Photo: Julie Boudreau

Je termine enfin avec toute une série de primevères à fleurs étagées, qu’on appelle les primevères candélabres. La plus intéressante et la plus facile à dénicher est la primevère japonaise (P. japonica). La hampe florale peut atteindre jusqu’à 45 cm de hauteur et la hampe florale peut porter jusqu’à cinq étages de fleurs. Le plus souvent, on en obtient deux ou trois. Elle est souvent vendue en mélange de couleurs, dans les tons de rose. C’est aussi une primevère qui se ressème si les conditions sont optimales, ce qui fait qu’on peut ainsi former un beau massif.

Parmi les primevères candélabres, je mentionnerai rapidement la primevère de Bee (P. beesiana) et la primevère pulvérulente (P. pulverulenta), deux espèces à fleurs étagées qui sont aussi des variétés fiables.

Primevère de Bee. Photo: Julie Boudreau

Avec ces belles primevères fiables, le printemps prend une tout autre forme. C’est un vrai ravissement de les voir fleurir, bien avant la sortie des tulipes. Elles apportent des touches de couleur essentielles au jardin de printemps. Par exemple, la primevère des bois fleurit exactement en même temps que les forsythias, ce qui en fait un très beau duo. Je croise les doigts pour qu’on les retrouve de plus en plus sur les tablettes des jardineries dans un proche avenir, car elles sont véritablement des plantes à découvrir!

Chaque primevère de mon jardin attend son tour pour m’en donner plein la vue! Ici, possiblement Primula veris. Photo: Julie Boudreau

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commentaire sur "Des primevères boudées par les pépiniéristes… et pourtant!"

  1. Renée-Johanne Campeau dit :

    Je ne connaissais pas grand chose aux narcisses, alors merci de ce bel éclairage

  2. Chantal Garceau dit :

    Je demeure dir un terrain boisé sablonneux le primervert serait parfait pour moi?

  3. Désiré Rusovsky dit :

    La primula veris ou primevère officinale est assez fréquente en Europe et particulièrement en montagne. Ses fleurs sont plus foncées et plus petites que celles de la primevère élevée et elles ont une petite tache orange à la base des pétales. Séchées elles font une tisane à odeur et goût agréable.

  4. Nicole dit :

    Intéressant! Je me demandais une fois qu’elles ont fini de fleurir, est-ce que le feuillage persiste ou il jaunit comme la tulipe?

  5. Rolmat dit :

    Ça donne le goût de se lancer mais la question qui tue dans ma région: est-ce que les chevreuils l’aiment aussi?
    Cette année, horreur (!) mes gros crocus ont été
    mangés, une 1ère en 9 ans…

    • Nathalie dit :

      Non, les chevreuils y goutent à peine. Je suis dans une zone infestée de chevreuils, et mon jardin de pruemvère est intact. Lancez-vous.

    • Mathieu Hodgson dit :

      Les primevères ne sont pas reconnus pour leur résistance aux cerfs.

  6. Rita Demers dit :

    Série Glomérata rustique chez moi,aini que Eliator Crescendo et Belarina Nectarine (qui a besoin d’être séparée régulièrement)Celle-ci est magnifique car elle change de couleur pendant sa floraison.
    Gold Laced est chez moi depuis 4 ans et se porte super bien

  7. Christiane Lévesque dit :

    J’espère qu’on pourra trouver des primevères – celles hautes de préférences – au Rendez-vous horticole du Jardin botanique de Montréal les 24-25-26 mai 2024. J’aime les primevères hautes pour pouvoir les apprécier de la maison quand le printemps est frais et aussi pluvieux comme on les connaît ces dernières années.

  8. Lizette Gervais dit :

    Merci pour cet article si complet sur les primevères. Je suis bien contente d’en savoir plus. Tu avais abordé le sujet lors de la conférence à la SHEO et j’avais trouvé ça très intéressant. C’est vrai que la primevère une très belle plante printanière délaissée par les pépiniéristes dont on parle peu. Merci encore!

  9. Brigitte dit :

    Un vrai émerveillement lorsque je fais le tour de mon jardin au Printemps ! Mes primevères sont blanches et « s’expriment » années après années dans une rocaille semi ombragée. Merci pour les autres choix de variétés.

  10. Blanche dit :

    Bonjour Julie, votre article sur les primevères, qui me les fait découvrir, m’ incite à leur faire une place à mi-ombre dans ma plate bande. Est-ce que les feuilles demeurent vertes le reste de l’ été après la floraison ?

  11. Yves dit :

    Merci pour votre article Julie, où puis je trouver, en pépinière, ces primevères, je suis de Laval.
    Est il préférable de les partir en semis pour les plants spéciaux ?
    Merci

  12. Anonyme dit :

    Moi, j’ai perdu mes deux dernières primevères. Je n’ai pas pu les garder plus de deux ans. Et auparavant, avec d’autres variétés un peu plus longtemps mais pas tellement plus! Snif!

  13. Lucie dit :

    Nous avons la primula Pacific Giant dans plusieurs teintes et c’est l’une des plus robustes et des plus florifères. Souvent, une deuxième floraison. Quant à la primula Elatior, elle se ressème un peu partout aux alentours même sur le gazon mais on la laisse aller. La série Belarina comprend de magnifiques pivoines aux teintées variées et superbes. Les primulas sont les bienvenues au printemps.

  14. Pascal du Petit Sabazan dit :

    Oh quel bel article et merci pour la citation du Petit Sabazan. Juste pour compléter, les primevères sont assez ou très faciles à partir par semis. Pour cela je m’approvisionne en Europe, chez Jelitto (Allemagne) ou Barnhaven, entreprise familiale très réputée en France.
    Partez vos semis en multi-cellules un peu avant Noël en milieu frais (± 18°C de jour, 12-15°C la nuit) et bien éclairé (14h/J) sous néons. Repiquez dans des pots de 3″ quand 2 vraies feuilles sont bien sorties (environ 2 mois après le semis). Vos primevères seront prêtes à mettre en terre fin mai – mi juin, ou en été hors période de canicules. Certaines fleuriront dès la 1ère année.

    • What an interesting read! It’s refreshing to see an article that challenges common perceptions. ‘Primroses Shunned by Nurserymen… and Yet!’ seems like it offers a unique perspective on these beautiful flowers. Thanks for sharing this intriguing piece!

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