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Partage ta pelouse, partage la vie!

La biodiversité mondiale est en déclin rapide, principalement à cause de notre mode de vie urbain qui remplace les écosystèmes naturels riches par des zones urbaines biologiquement appauvries. Nos pelouses standard, symboles de ces milieux urbanisés, contribuent peu à la biodiversité locale.

Dans le contexte des crises climatiques et de la biodiversité, la Fondation David Suzuki, Dark Matter Labs et Nouveaux Voisins ont formé un partenariat pour concevoir une campagne visant à repenser le rôle des pelouses dans les quartiers et à promouvoir leur intégration naturelle, une pelouse à la fois. En avril 2024, ils ont officiellement lancé la campagne Partage ta pelouse et son équivalent anglophone LawnShare. Ces initiatives font partie d’un effort national visant à réimaginer les pelouses traditionnelles comme des habitats sains pour les abeilles, les papillons et d’autres formes de faune et de flore.

Pourquoi transformer les pelouses traditionnelles?

La campagne «Partage ta pelouse» propose de repenser ces espaces verts comme des zones potentielles pour la biodiversité. Modifier les pelouses pour les rendre plus accueillantes à la faune et la flore indigènes peut significativement contribuer à la séquestration du carbone, à la création de microclimats plus frais, et à une amélioration générale de notre santé mentale par un contact plus direct avec la nature. Cette transformation peut aussi renforcer la résilience de nos habitats et encourager une nouvelle manière de cohabiter avec le vivant. En intégrant la biodiversité dans nos villes, nous offrons non seulement des refuges pour diverses espèces, mais aussi un moyen d’engager les citoyens à interagir de manière plus écologique et durable avec leur environnement.

Photo: photos_by_ginny

Les pelouses jouent un rôle important dans les loisirs en plein air, mais consomment également beaucoup de ressources et représentent un écosystème simplifié. Aux États-Unis, l’arrosage des pelouses représente près d’un tiers de la consommation résidentielle en eau et les propriétaires y appliquent annuellement plus de 70 millions de livres de pesticides, soit jusqu’à dix fois plus par acre que dans l’agriculture. Ces pratiques contribuent au déclin des espèces d’abeilles indigènes, avec près d’une sur quatre en danger en Amérique du Nord. En outre, la tonte fréquente favorise les invasions de nuisibles. Par contre, transformer une petite fraction des pelouses en végétation naturelle peut aider à la conservation des insectes, réduire les coûts d’entretien de 36% grâce à une fréquence de tonte réduite, et diminuer significativement les coûts globaux en remplaçant les pelouses par des prairies naturelles.

La campagne comprend par ailleurs une approche cartographique pour identifier les pelouses dans les municipalités canadiennes, soulignant les zones potentielles de transformation.

La carthographie de Montréal. Source : David Suzuki.

Une boîte à outils en 10 étapes

Pour appuyer cette transformation, la campagne fournit une boîte à outils en 10 étapes simples, adaptée aussi bien aux novices qu’aux experts, pour réduire l’impact sur l’eau, l’air et le sol tout en enrichissant la biodiversité. Voici un résumé des étapes. Consultez la boîte à outils complète pour plus d’information.

Étape 1: Penser son terrain comme un morceau d’écosystème

La transformation de votre pelouse en un écosystème vivant débute par la reconnaissance de votre terrain comme partie intégrante d’un grand système écologique. En régénérant une section, vous favorisez la biodiversité, améliorez la gestion de l’eau et créez des corridors pour la faune locale. Pour maximiser cet impact, il est crucial de s’informer sur l’écologie de votre région, les espèces présentes et les initiatives environnementales en cours. Cela facilite l’intégration des dynamiques écologiques locales et encourage la collaboration avec d’autres parties prenantes œuvrant pour la biodiversité. Vous faites partie d’un effort collectif pour créer un habitat diversifié.

Photo: Jill Burrow

Étape 2: Identifier la zone de gazon que vous souhaitez régénérer

Le processus de transformation de votre pelouse commence par une réflexion sur vos besoins et la sélection des zones les plus appropriées pour être converties en fonction de vos ressources et désirs. Même un petit espace peut avoir un impact significatif sur la biodiversité, car chaque mètre carré compte pour aider les pollinisateurs. Il est crucial de comprendre l’utilisation actuelle de votre pelouse et de décider quelles zones vous souhaitez conserver pour des activités spécifiques, comme les jeux pour enfants ou les animaux domestiques. La planification inclut l’identification des zones potentielles à transformer, l’évaluation des défis comme les mauvaises herbes et la visualisation du nouvel aménagement. Inclure votre entourage dans le projet peut également enrichir l’expérience, en permettant une transition graduelle vers une pelouse plus naturelle et en respectant les préoccupations de chacun.

Étape 3: Donner une orientation à son projet

Créer un habitat pour la biodiversité implique de choisir un type d’écosystème adapté à ses envies et aux conditions environnementales de son terrain, que ce soit une prairie ou une forêt. La prairie, dès 1 m², est un système quasi autonome riche en plantes vivaces et en graminées, nécessitant peu d’entretien et offrant des avantages significatifs pour la biodiversité et la gestion de l’eau. Une forêt, dès 10 m², crée un écosystème complexe et vivant qui apporte fraîcheur, capte le carbone et favorise une grande diversité biologique, tout en nécessitant également peu d’entretien grâce à un équilibre naturel qui enrichit le sol et réduit les maladies et les infestations. Choisir le bon type de végétation nécessite une analyse des conditions de luminosité et d’humidité du sol pour assurer le succès du projet et favoriser la biodiversité dans son propre jardin.

Photo: monicore

Étape 4: Créer sa communauté végétale idéale

Créer une communauté végétale est une démarche à la fois technique et créative, semblable à la préparation d’un plat en cuisine, offrant une infinité de combinaisons possibles adaptées aux conditions spécifiques de chaque terrain. Il s’agit de choisir les plantes qui s’harmonisent le mieux avec les conditions environnementales et vos préférences esthétiques. Pour ceux qui trouvent cette étape intimidante, des services professionnels de design végétal sont disponibles. Sinon, des outils en ligne peuvent guider la sélection des plantes en fonction de critères précis comme la luminosité et l’humidité du sol.

Étape 5: Préparer le sol de la surface de pelouse à régénérer

Préparer le sol pour la régénération d’une pelouse peut se faire par plusieurs méthodes, adaptées selon les coûts, l’effort requis, et le contrôle horticole souhaité. La méthode directe consiste à tondre court, décompacter avec une grelinette, et planter directement, offrant une solution simple et économique. La méthode Tabula Rasa retire la pelouse et une partie du sol avant de planter, permettant un contrôle plus précis sur le nouvel environnement planté. L’entoilage, qui utilise des bâches pour éliminer la végétation sous-jacente, est idéal contre les mauvaises herbes tenaces, mais moins esthétique. Enfin, le labourage est utilisé pour les sols très durs, nécessitant un motoculteur pour une préparation profonde avant la plantation. Chaque méthode a ses avantages spécifiques et doit être choisie en fonction des conditions du terrain et des résultats souhaités.

Photo: Getty Images

Étape 6: Trouvez les végétaux pour votre projet

Pour réussir l’achat de végétaux pour votre projet de jardinage, il est crucial de planifier en avance et de choisir soigneusement vos fournisseurs, en privilégiant les plantes indigènes qui sont souvent moins représentées sur le marché horticole. Commencez par identifier les fournisseurs locaux qui proposent les types de végétaux nécessaires pour votre projet. Il est recommandé d’envoyer vos commandes par courriel bien en avance, surtout lors des périodes de forte demande au printemps. Assurez-vous de préciser les quantités, les espèces, et les formats souhaités. En cas de non-disponibilité, vérifiez chez d’autres fournisseurs ou optez pour des espèces alternatives. Coordonnez le transport des plantes jusqu’à votre domicile et assurez-vous de les arroser et de les stocker à l’ombre jusqu’à leur plantation.

Étape 7: Planter la communauté végétale

La disposition des végétaux dans un jardin influence grandement son esthétique, bien que cela ait peu d’impact écologique. Vous pouvez opter pour un arrangement formel avec des alignements réguliers pour une apparence contrôlée, ou une disposition plus aléatoire pour un effet plus naturel ou sauvage, selon vos préférences personnelles.

Photo: Alina

Pour la plantation, creusez un trou deux fois plus large et de la même profondeur que la motte de la plante, retirez la plante du pot, desserrez les racines enroulées, ajoutez éventuellement un agent mycorhizien (facultatif), placez la plante de manière à ce que le haut de la motte soit au niveau du sol environnant sans enterrer la base des feuilles, et arrosez abondamment. Pour l’ensemencement, si un mélange de graines a été choisi, mélangez les semences avec du sable ou du sol meuble pour faciliter l’épandage uniforme.

Étape 8: Prendre soin de son jardin

L’entretien d’un jardin conçu pour la biodiversité consiste moins à maintenir un ordre préétabli qu’à accueillir et gérer le changement naturel. À court terme, après la plantation, l’accent est mis sur l’arrosage régulier et le désherbage pour aider les jeunes plantes à s’établir sans être étouffées par des espèces opportunistes. À long terme, l’objectif est de minimiser les interventions et de permettre au jardin de devenir plus autonome, en adoptant des pratiques de permaculture et en augmentant la diversité des plantes indigènes. Il est aussi crucial d’éviter l’utilisation de produits chimiques et de favoriser des méthodes naturelles de contrôle des nuisibles pour maintenir l’équilibre écologique et soutenir la biodiversité.

Photo: Getty Images

Étape 9: Aider les autres à passer à l’action

Pour faciliter l’acceptabilité sociale de jardins écologiques remplaçant les pelouses traditionnelles, il est essentiel de communiquer et d’éduquer les voisins sur les bénéfices écologiques. Utiliser des signes explicatifs et maintenir une esthétique attrayante peut aider à mieux intégrer ces espaces dans le quartier. Encourager l’engagement par le partage de plantes et d’expériences personnelles ainsi que participer activement aux initiatives communautaires et municipales pour la biodiversité peut également promouvoir une acceptation plus large. Ces efforts contribuent à transformer les perceptions traditionnelles du jardinage et à encourager une approche plus durable et respectueuse de l’environnement dans l’aménagement urbain.

Étape 10: Continuer à s’éduquer

La transformation de votre pelouse en un habitat propice à la biodiversité ne se termine pas avec ce texte, mais commence plutôt ici. Consultez la boîte à outils complète comme point de départ pour construire vos connaissances et expériences en jardinage, un domaine en constante évolution qui inclut des techniques innovantes et des découvertes scientifiques. Continuez à vous éduquer en explorant des ressources supplémentaires sur le jardinage biologique, la permaculture, ou simplement en observant ce qui se passe autour de vous. Chaque petit effort contribue à un avenir plus vert et durable pour tous.

Alors partage ta pelouse et partage la vie!

Photo: Marian Florinel Condruz

commentaire sur "Partage ta pelouse, partage la vie!"

  1. Thierry Patrick dit :

    Je souhaiterais recevoir la « boite à outils complète mais j’habite en France et je ne peux compléter la fiche car mon code postal et n* de téléphone ne sont pas compatible
    Merci ?

  2. Thierry Patrick dit :

    Je souhaiterais recevoir la « boite à outils complète mais j’habite en France et je ne peux compléter la fiche car mon code postal et n* de téléphone ne sont pas compatible
    Merci ?

  3. Choiniere dit :

    Bonjour
    Merci de poursuivre l’œuvre de Larry. Nous avons fait 3 voyages avec lui. Quel bonheur! Bref, j’ai 1690 pi ça et de nombreuses plates bandes a Saint-Bruno (Larry est venu suite aux voyages je recevais le groupe après pour les photos) .
    Auj j’essaie de diversifier le gazon mais à part les semences de trèfles que j’insère avec les années que puis je semer? Je ne peux plus agrandir mes plates bandes âge oblige de ralentir certains types de travaux. Merci pour les précieuses informations .

    • Nicole Choinière dit :

      Dans mon commentaire précédent ce matin J’ai dit que mon terrain avait 1690 pi ça mais non ce sont des mètres carrés !

  4. Jacinthe dit :

    Cher Mathieu, Je suis tellement contente de constater à quel point vous êtes sensible à la biodiversité! Je partage cette vision depuis quelques années, et ma première victoire a été de convaincre mon conjoint! Mon jardin est maintenant reconnu comme Jardin de la biodiversité par Espace pour la vie (Jardin botanique de Montréal). Je viens de recevoir mon affichette, espérant qu’elle suscitera non seulement la curiosité mais des discussions constructives! J’aime bien « Partage ta pelouse » qui surpasse le défi d’accueillir les pissenlits! Mon défi de cette année: établir une parcelle de prairie… et bien sûr convaincre mes voisins de partager leur pelouse!

    • Mathieu Hodgson dit :

      Félicitations Jacinthe! Compte tenu de la situation actuel, il est important de partage notre pelouse avec organismes vivants mais aussi son savoir avec notre entourage.

  5. Anne dit :

    Hello!
    Merci pour cet article
    Justement j’étais dans mon jardin à regarder l’espace gazonnée qui a besoin d’être ensemencée. Nous mettrons du trèfle blanc. Il est bas et donc moins de tonte dans zone où l’on circule. Fan des nematodes, ils sont le moyens d’éliminer une grosse partie des vers blancs et j’ai convai de qq personnes de les utiliser. Qq kg de moins de icides sur les pelouses.
    Bon début de saison du vert!

  6. Anonyme dit :

    BIMBY est un groupe qui a pour but de recueillir des renseignements et informations afin de mieux comprendre et protéger les papillons au Canada .
    Tout le monde sont les bienvenues pour participer et ce programme va de main en main avec cette publication d’aujourd’hui.
    Il y a le groupe Facebook BIMBY et sur le site internet de la fondation David Suzuki ou sur Google vous pouvez trouver d’autres renseignements pour vous inscrire.
    Pour les intéressés faites vite car le programme nécessite une courte formation mensuelle et le programme débute très bientôt.

  7. Martine dit :

    Bonjour Mathieu,
    Un grand merci pour cet article inspirant! Je m’apprête à convertir un espace non utilisé de notre petite cour arrière en pré fleuri et votre article m’aide à mieux planifier le tout. Aussi, il me confirme l’importance de chaque petite action. Chaque geste posé compte dans l’accomplissement de cette grande mission qu’est la sauvegarde de la biodiversité.

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