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La première verdure du printemps: la mousse

J’adooooooore la mousse! Le beau tapis vert dans la forêt, l’épaisse couche blanche sur mon cappuccino, l’onctuosité d’une verrine au chocolat… Je suis fan de mousse. Vraiment. Même le mot est plaisant à dire: «mousssss». Ça sonne chaleureux, doux, réconfortant.

Est-ce que j’en mets trop? NON! La mousse, c’est un incontournable du cocooning, mais c’est aussi le premier éclat de couleur du printemps!

Photo: Andreas Neubauer 

La mousse, c’est une plante?

Oui, il s’agit bien d’une plante! De petite taille (parfois même très petite), les mousses, appelées aussi bryophytes, n’ont pourtant pas de vrai système vasculaire (vous savez, la sève, l’eau d’érable, les racines, tout ça…).

Ne cherchez pas non plus les traditionnelles écorces, feuilles et racines: les bryophytes absorbent plutôt l’eau et les nutriments qui leur sont nécessaires par l’entièreté de leur surface. Leurs «racines», nommées rhizoïdes, servent surtout à s’ancrer au substrat et n’ont pas pour mission de transporter l’eau du sol vers la plante.

Blaise commun (Blasia pusilla). Photo: Carole Beauchesne

Cette structure assez simple est d’ailleurs la raison pour laquelle la mousse est si rapide à se réveiller au printemps… et pourquoi elle peut pousser n’importe où: sur la roche, le béton, les arbres, etc.

Comment survit la mousse sans système de transport d’eau? C’est très simple, l’eau circule entre les cellules par capillarité. À la manière d’une éponge, dès qu’une partie de la mousse est mouillée, l’eau pourra se propager à l’ensemble des cellules. Il faut dire qu’avec des «feuilles» qui ne possèdent qu’une seule couche de cellules d’épaisseur, l’eau est rapidement absorbée… et donc rapidement perdue aussi! Heureusement, les mousses sont bien adaptées pour survivre à la sécheresse, mieux encore que les plantes vasculaires! Le fait qu’elles soient regroupées en colonies crée aussi un microclimat qui retient l’humidité: une mousse isolée se dessèche bien plus rapidement.

Hypne plumeuse (Ptilium crista-castrensis). Photo: Carole Beauchesne

La mousse étant une plante, elle profite également du soleil pour faire de la photosynthèse. Pour les bryophytes, le printemps est un moment incroyable: sans feuilles dans les arbres, l’ensoleillement est maximal et le sol est gorgé d’eau à la suite de la fonte de la neige. Pas étonnant que la mousse ait l’air particulièrement verte au printemps!

C’est quoi les espèces de petites graines qui sortent de la mousse?

Déjà, ce ne sont pas des graines, mais vous l’avez deviné, c’est l’organe reproducteur de la mousse.

Tortule tronquée (Tortula truncata) avec sporophyte. Photo : Jean Faubert, Saint-Valérien-de-Rimouski, 1er juin 2017

Comment se reproduisent les mousses? Eh bien, c’est assez simple. Pas besoin de fleur, de pollinisateur, de fruit, de graine… En fait, tout ce dont a besoin la mousse pour la reproduction, c’est d’une toute petite inondation de la colonie. Petite comment? La rosée du matin suffit!

Les plants mâles portent leur sperme sur eux (ce n’est pas du pollen) et l’inondation permet à ce sperme de voyager jusqu’à un plant femelle dans la même talle. Celle-ci développe alors un sporophyte: c’est la petite tige avec la capsule au bout. Cette capsule contient des spores unicellulaires (qui ne sont pas des graines). C’est le vent, le passage des animaux ou la pluie qui disperse ces spores et permet de produire de nouveaux plants.

Weissie controversée (Weissia controversa) avec sporophyte. Photo : Jean Faubert

Les cellules se reproduisent également de façon asexuée, c’est-à-dire que des clones identiques se forment. Ceux-ci arrivent par bourgeonnement (un nouveau plant se crée à partir de l’original) ou lorsqu’une partie de la mousse est endommagée ou séparée, les deux parties se régénèrent, créant ainsi deux individus tout à fait identiques.

Je sais: si toutes les plantes faisaient ça, la vie du jardinier serait plus facile!

La mousse et le jardinier

Les besoins en nutriments de la mousse sont minimes et comme elle ne fait pas de racines, c’est un couvre-sol tout à fait intéressant pour le jardinier paresseux qui en a assez d’arroser ses «drama queen». Vous savez de quelle plante je parle: celle qui a toujours soif! Pourquoi ne pas lui jouer un tour en lui offrant un paillage vivant?

Le paillage est le meilleur ami du jardinier paresseux, vous le savez certainement si vous êtes un lecteur régulier: Larry nous en a parlé une ou deux (centaines de) fois! Mais voilà, si vous n’aimez pas entretenir votre paillage, si vous n’avez pas suffisamment de feuilles mortes chez vous… essayez le paillis vivant!

L’avantage de la mousse, c’est que si elle a suffisamment d’eau en surface et de lumière, elle protège le sol sans rien voler à votre plante. Contrairement à la pelouse, par exemple, qui puise l’eau et les nutriments du sol, la mousse va garder votre sol humide, le protéger du vent, et elle va croître et s’étaler TOUTE SEULE! En plus d’être jolie, ça va de soi!

À l’intérieur?

Pour ce qui est des plantes d’intérieur, c’est un peu plus chatouilleux. Dans un terrarium humide, sur un bonsaï que vous arrosez souvent, la mousse est magnifique, mais pour une plante verte, je ne recommande pas.

Comme il faut arroser la plupart des plantes en pot seulement quand les premiers centimètres de terre sont secs, soit votre mousse séchera, soit votre plante aura trop d’eau, ne séchera jamais et ses racines finiront par pourrir. En règle générale, la mousse en intérieur, c’est non. Photo: Ian

Toutefois, si elle apparaît d’elle-même et qu’elle se plaît dans votre routine régulière d’arrosage de plante, aucune raison de la retirer! C’est d’ailleurs une des rares plantes qui appréciera vraiment une vaporisation de ses feuilles (ça ne boit pas par bassinage comme vos plantes vasculaires)

Photo: Ahmed

Une fois, j’ai coupé de la mousse à la hache…

Je ne vais pas vous laisser sans une anecdote quand même! Il y a très longtemps, nous avions un joli bassin dans la cour chez ma mère. Le genre de bassin artificiel avec une petite chute et de belles roches. Attention, photo d’archive:

Le grand défi avec ce bassin, c’étaient les plantes. Faire pousser des plantes à la verticale, sur de la roche, avec environ une poignée de terre comme seul ancrage… pas vraiment facile! (Surtout que c’était avant le blogue du Jardinier paresseux!)

Une année, à la jardinerie, on cherchait une plante à mettre tout près de la chute. Pas évident: plein soleil, des éclaboussures d’eau traitée en permanence et très peu de terre! Aucune plante ne semblait convenir. Jusqu’à ce que je tombe amoureuse d’une jolie mousse.

C’était étrange, elle était vendue dans un pot très profond, mais c’était bel et bien une mousse. Nous avons demandé à la gentille jeune fille si c’était possible d’enlever la terre et de garder seulement la partie mousse. Elle ne savait pas trop de quoi elle parlait, manifestement, car elle nous a dit que non, il ne fallait surtout pas enlever les quelque 8 pouces de racines, sans quoi la plante mourait.

Notre expérience

Eh bien on a fait à notre tête, on l’a achetée, et une fois à la maison, j’ai coupé la motte… à coups de hache! On n’était pas trop équipées en outils de jardinage et le filet de racines était vraiment dense haha! On a retiré les 8 pouces de terre et de racines, séparé la motte en plusieurs morceaux, et prié devant le carnage. Croyez-le ou non: c’est la plante qui a le mieux vécu de toutes celles du bassin, allant même jusqu’à croître et s’étaler joliment. Je ne vous raconte pas mon émerveillement!

Aujourd’hui, je réalise que l’amas de racines appartenait probablement à d’autres plantes qui s’étaient enracinées au travers de la mousse (comme de l’oxalide ou du trèfle), puisque la mousse, eh bien, n’a pas de racines! J’ai aussi réalisé que si le pot était si gros, ça devait être tout simplement que les pots en plastique larges n’existent pas en version «pas profond»!

Pour aller plus loin…

Je vous invite, si vous souhaitez en apprendre plus sur les mousses, à visiter le site Web de la Société québécoise de bryologie.

Leurs spécialistes sont passionnés et m’ont apporté énormément d’aide pour la rédaction de cet article. Merci beaucoup! Jardiniers, à vous maintenant de raconter vos essais et erreurs avec les mousses!


commentaire sur "La première verdure du printemps: la mousse"

  1. PAJOT dit :

    Je me suis laissée envahir par la mousse dans la pelouse ….La surface est TRES GRANDE et TRES ENVAHIE ….
    Comment détruire la mousse sans détruire l’herbe ? Sans nuire aux animaux ???
    MERCI pour vos conseils toujours pertinents .
    Sylviane .

    • Mathieu Hodgson dit :

      Si la mousse envahit votre pelouse, il y a probablement des causes sous-jacentes telles que la compaction du sol, le mauvais drainage, l’acidité du sol, et l’ombre excessive. Aérer le sol, améliorer le drainage, ajuster le pH avec de la chaux, et éclaircir les zones ombragées sont des étapes fondamentales. Appliquer du compost et resemer les zones dénudées encouragera une pelouse dense et saine, limitant ainsi l’espace disponible pour la mousse.

  2. Isabelle Lamothe dit :

    Merci pour cette virée scientifique et anecdotique éclairante et très rafraîchissante au pays des lutins!

  3. Sylvie F. dit :

    En 2019 juste avant la pandémie nous préparions le terrain en vue de la construction de notre maison. À l’emplacement où serait notre maison, il y avait une grande surface sans arbre couverte de plusieurs types de mousses mélangées avec de la cladonie et du thé des bois. Ça m’arrachait le coeur de savoir que la pelle mécanique détruirait tout ça; alors j’ai entrepris de transplanter la mousse ailleurs sur le terrain. Je décollais la mousse comme des plaques de tourbe, en dessous c’était de la roche. J’ai mis un peu de terre sur d’autres roches et déposé mes plaques de mousse dessus. Le résultat a été surprenant; il y a eu des pertes certe mais j’ai plusieurs plaques de mousses qui ont repris vie! Alors mon conjoint m’a dit : En tous cas t’es la seule personne que je connais qui transplante des mauvaises herbes! Je l’ai trouvé bien drôle!

  4. Morneau dit :

    Donc si je comprends bien, la mousse qui s’installe dans mon jardin de fleurs, signifie que ma terre est compacte et trop acide. Donc je la garde et la mélange avec mon compost en travaillant la terre en surface pour ne pas abîmer les plante qui se réveilleront bientôt? Merci de me repondre

    • Audrey Martel dit :

      Pas nécessairement! Ça peut être simplement un signe que la nature s’épanouit chez vous. C’est un très bon paillage naturel pour vos fleurs et ça ne leur nuit en aucune façon.

  5. Dave dit :

    Cool comme article

  6. Flomie dit :

    Connaissez-vous des endroits où acheter de la mousse?

  7. Karine dit :

    Moi aussi j’adooooore la mousse !! L’automne passe j’en ai déplacé car j’en veux plus surtout en mes dalles, c’est tellement beau. Si j’étais un petit animal j’irai me coucher sur une mousse :-))

  8. Anne dit :

    XD ! Quelle plume et quel humour !!

    Les mousses, je suis en émois devant cette verdure qui s’installe et … que je balai délicatement pour ôter les débris…
    Folie ? Un peu oui. Mais, en avoir c’est l’ultime cadeau.
    Jamais songé à en acheter. Tien, je vais étudier la chose pour mon futur plan d’eau.
    Notre petit jardin (1075 m2) de banlieu qui accueille tant d’oiseaux, animaux qui y passent boire dans le bassin en pot, insectes inclus
    Bref, le bassin manque. Surtout depuis que j’ai aperçu un crapeau. Mousse, oui !!
    Merci pour tes idées, conseils, astuces et nous pousser au-delà de nos limites.
    Et à nos pelles !!

  9. Monique dit :

    Très intéressant. J’ai un corridor de terre ombragé sur le côté de la maison. La terre est très sèche. J’essaie d’y implanter de la mousse, mais c’est très difficile. Est-ce que je dois ajouter du compost? Est-ce qu’il faut s’assurer que ça reste toujours humide? Merci

  10. Sylvain Basque dit :

    Dans mon jardin, il y a des sentiers en pavés. De jolies mousses poussent dans les interstices entre les pavés et débordent un peu sur ceux-ci. Parfois, il y a aussi des sporophites. J’adore ça!

  11. Linda Dufault dit :

    Audrey, nous avons assisté ensemble à la conférence donnée sur les mousses à l’expo Québec Vert. Ce texte est un excellent résumé. Jusqu’à hier (avant cette bordée de neige), j’observais avec ravissement les différentes mousses qui ont émergé ce printemps. J’apprécie marcher pieds nus sur la mousse. Je n’ai pas de meilleur antidote (désherbage des mousses) pour les migraines. Dans les jardins japonais, la mousse est valorisée. C’est un signe du temps qui passe…

  12. Anonyme dit :

    Toujours un plaisir de vous lire. Merci. Je conserve vos articles:)))

  13. Micheline Comte dit :

    Est-il OK de prélever un peu de mousse dans un boisé pour le transplanter ailleurs ?

    • Audrey Martel dit :

      Oui ! En autant que c’est un boisé non protégé et que vous avez la permission du propriétaire.

      Assurez vous de la mettre dans un endroit aux conditions semblables (humidité, ensoleillement, etc.) pour plus de chances de réussite.

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