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Semences hybrides, à pollinisation libre ou ancestrale: à vous de choisir!

Le printemps est la saison des semences et si vous n’en avez pas encore acheté, il serait temps de le faire. En magasinant, vous remarquerez parfois les mentions hybrides, pollinisation libre ou ancestrales sur l’emballage de certaines graines. Qu’est-ce que ça veut dire tout ça ou pourquoi est-ce important?

Semences hybrides

Une plante hybride est le résultat du croisement entre deux variétés ou espèces différentes, généralement par des techniques de reproduction contrôlée. Ce processus permet de combiner les caractéristiques souhaitables de chaque parent, mais ces plantes ne reproduisent pas fidèlement les mêmes caractéristiques que leurs parents et les graines qu’elles produisent ne donneront pas les mêmes résultats. Les plantes hybrides sont parfois stériles. Le terme F1 fait référence à la première génération d’hybridation.

Une semence hybride stabilisée est une variété de semences qui a été sélectionnée et reproduite pour fixer et stabiliser certaines caractéristiques génétiques. À l’origine, ces semences sont produites comme un hybride, dont les caractéristiques désirables peuvent varier ou se perdre dans les générations suivantes. Les sélectionneurs travaillent donc à stabiliser ces caractéristiques à travers plusieurs cycles de sélection et de reproduction. Les semences résultantes sont considérées comme des semences hybrides stabilisées et conservent les caractéristiques génétiques souhaitées d’une génération à l’autre.

Il est important de noter que les plantes hybrides ne sont pas des organismes génétiquement modifiés (OGM). Les hybrides sont le résultat d’un croisement entre des variétés différentes de la même espèce ou d’espèces étroitement apparentées, tandis que les OGM sont des organismes dont le matériel génétique a été modifié par des techniques de génie génétique pour introduire des caractéristiques spécifiques. On peut même retrouver des plantes hybrides à l’état naturel.

Semences à pollinisation libre

La rabiole Tokyo Market est à pollinisation libre. Photo: Jardins de la Gaillarde

Une semence à pollinisation libre est produite naturellement par la reproduction sexuée entre des plantes de la même espèce ou d’espèces proches. Ces semences peuvent être récoltées à partir de plantes qui se sont reproduites naturellement, sans intervention humaine pour contrôler la pollinisation ou qui ont été pollinisées de façon manuelle.

Contrairement aux semences hybrides, les semences à pollinisation libre conservent les caractéristiques génétiques de la plante mère et peuvent être utilisées pour reproduire des plantes similaires dans les générations suivantes.

Semences ancestrales

La tomate italienne Principe Borghese est une variété ancestrale très aimée. Photo: Semences Nordiques

Les semences ancestrales sont des variétés de plantes cultivées par les agriculteurs et jardiniers, depuis des générations, voire des millénaires. Elles ont été développées et adaptées aux conditions spécifiques d’un endroit donné, souvent par des communautés autochtones ou locales. Elles sont à pollinisation libre.

Le grand débat: hybride versus pollinisation libre

Chaque fois qu’on présente un texte incluant une plante issue de semences hybrides, je reçois des messages, disons, déplaisants. Il semble que l’hybridation attise les passions de certains lecteurs! Pourquoi donc?

Malgré une certaine hostilité à leur égard, les semences hybrides comportent tout de même certains avantages.

Avantages des semences hybrides

Tomate Celebrity
Tomate ‘Celebrity’, une variété hybride F1. Photo: OSC Seeds

Pour commencer, les semences hybrides ont la réputation d’être plus robustes, d’avoir une meilleure résistance aux maladies et une adaptabilité supérieure à certaines conditions défavorables. Elles ont été développées justement pour répondre à des problèmes de maladies, de parasites et aux conditions climatiques. Les plantes plus résistantes sont moins dépendantes aux pesticides et aux engrais.

Les semences hybrides sont souvent plus uniformes sur le plan de la taille, couleur, goût et leur rendement serait aussi plus constant, ce qui est un avantage pour les producteurs maraîchers. De plus, elles sont souvent produites par de grandes entreprises qui ont les moyens de réaliser des tests rigoureux pour garantir leur qualité et leur performance.

Désavantages des semences hybrides

Quoiqu’elles puissent sembler miraculeuses sur papier, il n’y a pas que des avantages à l’utilisation de semences hybrides. D’abord, les recherches pour développer ces variétés sont dispendieuses. Les semences hybrides sont par conséquent plus coûteuses que les semences à pollinisation libre en raison des investissements importants dans la sélection et la production.

Puisqu’elles ne sont pas fidèles et qu’elles sont souvent stériles, ont doit les reproduire à partir des plants parents, donc acheter de nouvelles semences chaque année plutôt que de conserver des graines d’année en année, ce qui limite l’autonomie des jardiniers.

La stérilité de certaines plantes hybrides peut, en revanche, être un avantage dans le cas des plantes ornementales. Cela empêche les espèces exotiques de se répandre dans un écosystème et de déplacer des variétés indigènes.

On accuse souvent les plantes hybrides de la perte de diversité génétique, ce qui affecterait la résilience des cultures face aux changements environnementaux et aux maladies. Je crois que cet argument n’est valable que si on ne conserve pas les lignées parentes ou si on cesse d’utiliser des semences à pollinisation libre, ce qui n’est pas nécessairement le cas, mais c’est tout de même un danger potentiel.

Pour moi, un des grands inconvénients de leur utilisation est qu’elles sont souvent produites par de grandes entreprises multinationales avec un sens moral douteux.

Avantages des semences à pollinisation libre

La sauge des prés est une variété à pollinisation libre. Photo: Anokian

Alors, les semences à pollinisation libre sont-elles meilleures?

En les utilisant, les jardiniers peuvent récolter et conserver leurs propres semences, ce qui réduit les coûts et la dépendance vis-à-vis des fournisseurs de semences. Ces semences favorisent aussi la préservation de la diversité génétique des cultures, permettant une plus grande adaptabilité aux changements environnementaux. Les semences à pollinisation libre sont souvent adaptées aux conditions locales spécifiques, car elles ont été développées et sélectionnées localement.

Mais le plus important, à mon avis, ce sont les liens qui se tissent entre les producteurs de semences locales et les agriculteurs et jardiniers qui les utilisent. L’échange entre ces personnes permet d’approfondir les connaissances, mais aussi de créer une communauté, entre autres autour d’événements comme les fêtes des semences.

La diversité génétique est cruciale pour l’adaptabilité aux changements climatiques, la résistance aux maladies et aux ravageurs, la productivité agricole, la conservation de la biodiversité et l’innovation scientifique. Une plus grande diversité génétique signifie qu’il y a une plus grande variété de traits et de réponses génétiques disponibles, ce qui augmente les chances qu’une population puisse survivre et s’adapter à de nouveaux défis. Cela réduit la probabilité que toute la population soit affectée par une seule maladie ou un seul ravageur, et contribue à maintenir la santé et la productivité des cultures. La diversité génétique offre une source inestimable de matériel génétique pour les recherches scientifiques et les avancées technologiques. La perte de cette diversité peut entraîner une diminution de la résilience écologique et des impacts négatifs sur les écosystèmes et les espèces qui en dépendent, dont nous-mêmes.

Désavantages des semences à pollinisation libre

Tout n’est pas noir et blanc! Les semences à pollinisation libre ont une certaine variabilité, rendant les résultats moins prévisibles et uniformes que les semences hybrides. Parfois, les récoltes sont plus faibles qu’avec des plantes hybrides et elles ont parfois moins de résistance aux maladies. De plus, elles peuvent se reproduire avec d’autres plantes de la même espèce, se trouvant à proximité, diluant ainsi les caractéristiques souhaitables et diminuant la qualité des récoltes. Les semences à pollinisation libre peuvent nécessiter une gestion plus intensive des cultures pour prévenir et contrôler les problèmes parasitaires. Elles peuvent aussi avoir une adaptabilité limitée à des conditions spécifiques, contrairement aux variétés hybrides qui sont souvent développées pour être résistantes à des problèmes environnementaux spécifiques.

Semences ancestrales

Le melon brodé d’Oka est une variété patrimoniale hâtive qui peut être cultivée dans la plupart des régions du Québec. Photo: Jardins de l’Ecoumène

Les semences ancestrales ont les mêmes avantages et inconvénients que celles à pollinisation libre. Elles sont adaptées aux conditions locales, contribuent à la diversité génétique et permettent aux jardiniers de conserver leurs propres semences. Cependant, elles peuvent avoir des rendements variables et sont, en général, moins résistantes aux maladies. Cela dit, elles sont une partie intégrante du patrimoine culturel. En les cultivant, on préserve non seulement une diversité génétique, mais aussi culturelle.

À vous de choisir!

Alors, semences hybrides, à pollinisation libre ou ancestrales: lesquelles choisirez-vous?

Pour ma part, j’aime toutes les plantes et je crois que chacune a sa place. J’ai toutefois un préjugé favorable pour les semenciers et semencières passionnés qui produisent des semences à pollinisation libres et ancestrales localement, habituellement de façon biologique, mais toujours dans le respect de l’environnement et de nos communautés.


commentaire sur "Semences hybrides, à pollinisation libre ou ancestrale: à vous de choisir!"

  1. Martine dit :

    Votre article est très intéressant. Vos informations sont à la fois précises et précieuses. J’ai beaucoup appris en vous lisant! Merci pour votre passion que vous partagez si bien!

  2. Un gros merci ! J’adore vous lire à chaque et de mettre à niveau mes connaissances!
    Merci et excellent travail

  3. André Bonjour dit :

    Souvent les variétés ancestrales entrent en production plus tard. Je les pars en tente puis en serre. Mes piments ont déjà germé ?. Une chose que j’aimerais, peut on savoir à quelles maladies elles sont résistantes?

  4. André Bonjour dit :

    Souvent les variétés ancestrales entrent en production plus tard. Je les pars en tente puis en serre. Mes piments ont déjà germé ?. Une chose que j’aimerais, peut on savoir à quelles maladies elles sont résistantes?

  5. MICHEL GUILLEMETTE dit :

    J’ai souvent remarqué que les semences patrimoniales étaient plus délicieuses que les autres? Est-ce qu’il y a des études sur ce sujet?

    • Mathieu Hodgson dit :

      Je n’ai pas trouvé de recherche à ce sujet mais c’est fort possible que c’est vrai. Les variétés modernes ont été largement sélectionnées pour leur rendement, leur uniformité, leur résistance aux maladies et leur aptitude au transport sur de longues distances, parfois au détriment du goût. Les variétés ancestrales, en revanche, n’ont pas subi cette même sélection intensive et peuvent donc offrir des profils de goût distincts, que certains consommateurs trouvent plus désirables.

  6. gilbert godard dit :

    bonjour felecitation vos blog sont treas apprecie j aimerais savoir quel est la meilleur methode pour installe des tuteurs a mes tomates a pousse indetermine merci gilbert

  7. Jacinthe dit :

    Merci Mathieu! Article très intéressant!

  8. Anonyme dit :

    À chaque fois que je lis un article sur les plantes hybrides je me pose la même question: pourquoi une graine de cette plante ne produit pas toujours une copie de la plante mère? Une semence a pourtant comme but de reproduire la même plante, non? Peu importe la façon dont la plante mère a été produite?

    • Mathieu Hodgson dit :

      Quand on reproduit des plantes à partir de semences à pollinisation libre il y a quand même de la variabilité génétique, elles ne sont pas toutes pareilles, un peu comme les humains dont les enfants ressemblent à leurs parents mais ne sont pas identiques. Lorsqu’on croise des plantes de différentes espèces ou variétés, les traits dominants ressortent dans la première génération et cela produit des plantes très semblables, mais il y a plusieurs traits récessifs cachés dans les gênes même s’ils ne sont pas exprimés. Lorsqu’on croise des hybrides de première génération ensemble, les traits récessifs cachés vont souvent ressortir et puisqu’on a beaucoup de variabilité dans la génétique due au fait qu’on a croisé des plantes avec un bagage de gêne très différent, on retrouve plus de variabilité dans les traits.

      • Anonyme dit :

        Merci beaucoup pour cette explication. C’est très gentil à vous de nous répondre. Vous avez la même générosité que votre père.

  9. anna donofrio dit :

    Merci pour toutes ces informations. Tes articles sont toujours très pertinents. Heureuse de voir que tu continues la voie de ton père.

  10. Isabelle Lamothe dit :

    J’adore la tournure du ton que prennent vos articles ! Un grand merci et bravo : très utile et rafraîchissant à la fois.

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