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À chaque mois sa plante, mars 2024: Aeschynanthus

Rares sont les plantes d’intérieur dont la floraison est assurée, ou encore dont la floraison est assurée sans gestion de cycles de repos ou de refroidissement (ce qui n’est pas toujours facile, surtout pour le jardinier néophyte ou paresseux). Bien qu’il soit une plante à l’entretien légèrement délicat, Aeschynanthus ne déçoit pas et agrémente les espaces lumineux de son feuillage luisant et, sous de bonnes conditions, de sa floraison typique.

Origine de Aeschynanthus

Aeschynanthus tire son nom du grec ancien aischune, signifiant la honte ou la disgrâce, et de anthos, signifiant la fleur (le même mot qui a donné Chrysanthemum, Anthurium ou Nematanthus). Ce nom, signifiant la fleur de la honte, lui a été donné en raison de ses fleurs rouge vif, de la couleur que prend une personne qui a honte, ou de leur forme tubulaire, rappelant quelqu’un qui baisse la tête en disgrâce.

Son nom commun est la plante rouge à lèvres, nom clairement donné en raison de ses fleurs, qui émergent d’un calice comme le ferait le rouge à lèvres de son tube. En anglais, on l’appelle lipstick plant ou lipstick vine (vigne rouge à lèvres).

La plante est originaire d’Asie du Sud-Est, ses différentes variétés apparaissant depuis les îles d’Indonésie jusqu’aux montagnes subtropicales de l’Himalaya. Les différentes espèces, environ 150, appartiennent au genre Aeschynanthus de la famille des Gesnériacées, dont font partie plusieurs plantes d’intérieur fleuries comme les Saintpaulia, les Streptocarpus et les Nematanthus. C’est le botaniste William Jack, décédé précocement à l’âge de 27 ans, qui a d’abord répertorié Aeschynanthus, et dont l’officialisation dans les publications s’est faite après sa mort.

Description

Les plantes rouges à lèvres sont des plantes herbacées au feuillage persistant. De nature épiphyte, elles ne poussent pas sur le sol, mais plutôt sur d’autres plantes (appelées alors phorophytes), sans toutefois les parasiter. Leurs tiges ne grimpent pas, au contraire, elles pendent tout naturellement avec élégance. Elles se couvrent graduellement de plusieurs paires de feuilles elliptiques d’un vert particulièrement luisant. Lorsqu’elles poussent en plein soleil, elles peuvent avoir une bordure légèrement pourpre. Les feuilles sont plutôt charnues, assez pour que la plante soit parfois considérée comme une succulente ou semi-succulente. À l’extrémité des rameaux apparaissent de petits calices de diverses couleurs, souvent pourpres, les boutons, d’où émergent les fleurs tubulaires à cinq pétales, généralement rouges, dont la forme permet, notamment, aux colibris de s’abreuver de nectar.

Gros plan d’une tige exposée au soleil, permettant d’apprécier la semi-succulence des feuilles: pas minces, mais pas trop charnues non plus! Photo par Pavel Hrdli?ka.

Variétés

Il est rare qu’on identifie sur le marché l’espèce précise desplantes rouges à lèvres vendues, et encore moins la parenté des hybrides ou le nom des cultivars; c’est donc difficile pour le nouveau parent de savoir précisément à quelle Aeschynanthus il a à faire! Heureusement, la plupart des plantes demandent à peu près les mêmes soins.

Certaines espèces cultivées à l’intérieur

Au niveau des espèces cultivées à l’intérieur, on peut voir:

  • A. pulcher: plante couramment cultivée à l’intérieur, avec les boutons pourpres et les fleurs rouges. On pourrait la qualifier d’aeschynanthus «de base»; c’est notamment en raison de ses fleurs à elle qu’on la surnomme la plante rouge à lèvres. Elle a été nommée sous plusieurs autres noms, dont A. lobbianus en Amérique du Nord, et on la distinguait avant de l’espèce A. radicans, mais maintenant toutes portent le nom de A. pulcher. En raison des feuilles particulièrement charnues, il vaut mieux laisser le terreau s’assécher davantage, la plante tolérant même de brèves périodes à sec de quelques jours maximums;
  • A. speciosus: cette espèce aux calices verts et aux fleurs bicolores jaunes à oranges tolère des températures plus froides (jusqu’à 8 °C) que les autres espèces. C’est une plante de grande taille à floraison continue, traits qu’elle a légués aux plantes hybrides qui en sont issues;
  • A. longicaulis: on identifie facilement cette plante, surnommée «vigne zèbre» (zebra vine en anglais) aux motifs zébrés sur ses feuilles vertes, dont le revers est marron. Les fleurs sont beaucoup plus discrètes, d’un vert qui se camoufle dans le feuillage. Sa culture est particulièrement aisée;
  • Dans les espèces moins souvent rencontrées, on note aussi A. buxifolius et A. humilis, de taille plus restreinte. La seconde, n’étant pas succulente, aura besoin d’une plus délicate gestion des arrosages. Bien qu’elle ne semble pas a priori cultivée à l’intérieur, A. curtisii détonne des autres plantes par ses fleurs qui sont notablement arquées vers le ciel: elles récoltent la pluie, qui remplit les boutons de fleurs et les garde bien humidifiés.

Cette liste, comme d’habitude, n’est pas exhaustive.

Photo d’A. longicaulis, permettant d’admirer le feuillage rayé, dont le dessous des feuilles est pourpre, et la floraison traditionnelle des Aeschynanthus, mais de couleur plus discrète. Photo par Scott Zona.

Certains hybrides

Il existe aussi divers hybrides, qu’on a croisés pour améliorer un aspect ou l’autre de la plante rouge à lèvres. On remarque par exemple des hybrides dont la floraison a lieu à l’aisselle des feuilles et non seulement au bout du rameau. La Gesneriad Society fait un bon travail afin de recueillir tant bien que mal la parenté de ces hybrides, notamment auprès d’hybrideurs comme Bill Saylor et Michael Kartuz.

Des hybrides aux caractéristiques particulièrement intéressantes sont les suivants:

  • A. ‘Black Pagoda’: un hybride qui a gardé le feuillage zébré de A. longicaulis et la floraison orangée de A. speciosus, pour faire une plante attrayante en tout temps, floraison ou pas;
  • A. ‘Big Apple’ et A. ‘Firecracker’, deux hybrides issus de A. micranthus (avec A. humilis et A. parviflorus respectivement), qui ont développé une floraison particulièrement abondante, même sous une lumière artificielle (mais intense). Sous de bonnes conditions, la floraison est continue;
  • Certains hybrides complexes issus de A. pulcher ont le feuillage étrangement courbé, rappelant celui de Hoya compacta. Les cultivars se nomment notamment ‘Twister’, ‘Curly’ et ‘Rasta’;
  • D’autres hybrides intéressants, mais rares: A. ‘Holiday Bells’, un hybride complexe au feuillage étonnamment foncé, A. pulcher ‘Mona Lisa’ et ‘Tangerine’, aux fleurs orangées, et A. chinanthus ‘Thai Pink’ aux calices vert rosâtre translucides, surmontés de fleurs roses.
  • Et bien d’autres…!

Finalement, il existe également des plantes au feuillage panaché, comme A. pulcher variegata et A. micranthus variegata. On peut s’imaginer que, comme les autres plantes panachées, les besoins en lumière déjà importants des plantes rouges à lèvres sont augmentés et la floraison, moins assurée.

Ici, un hybride d’A. pulcher, dont la floraison est jaune. Photo par Mokkie.

Conseils de culture

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Lumière

On cultive préférablement Aeschynanthus sous une lumière vive avec un peu de soleil direct à l’intérieur. Une lumière moyenne sera suffisante pour que la plante survive, mais vous aurez rarement des fleurs et elle sera beaucoup plus sujette aux problèmes de culture. Évitons le soleil direct durant les canicules de l’été, qui peut brûler ses feuilles.

Arrosage

Les besoins en eau de la plante rouge à lèvres dépendent de la succulence de ses feuilles: des feuilles charnues, épaisses, demandent moins d’eau et vice-versa pour des feuilles minces. Le plus sécuritaire est de viser un terreau qui n’est pas détrempé, qui sèche sur les premiers centimètres avant l’arrosage, mais qui ne sèche jamais complètement.

En période de floraison, il est normal que la plante demande une attention décuplée et un arrosage plus fréquent.

Sous un éclairage moyen, faire très attention à un terreau qui reste mouillé très longtemps, car il peut provoquer la pourriture. Ajuster les arrosages en conséquence de la lumière.

Attention aux arrosages à l’eau froide: les Aeschynanthus peuvent facilement être endommagés. Préférer l’eau à température pièce (ce conseil est valable pour toutes les plantes, mais particulièrement celle-ci).

Une atmosphère humide est préférable en tout temps, mais les plantes rouges à lèvres tolèrent habituellement l’air de nos maisons. Photo d’A. pulcher, par Geoff McKay.

Terreau

On privilégie un terreau léger, aéré, qui rappelle la nature épiphyte de la plante. Bien qu’un substrat traditionnel pour plantes d’intérieur convienne, il est préférable d’y ajouter des éléments drainants (morceaux d’écorce, perlite, pierre ponce, etc.).

Un terreau pour cactées et succulent, naturellement plus aéré, serait approprié. En fait, on pourrait même cultiver Aeschynanthus dans un terreau pour orchidées, mais il faudrait alors arroser la plante comme on le fait pour les orchidées, par bassinage.

À garder en tête!

Il y a une corrélation importante à garder en tête entre le type de terreau et l’arrosage requis. La plupart des terreaux pour plantes d’intérieur sont composés de fibres de coco et de plus ou moins d’éléments drainants.

La fibre de coco garde bien l’eau; elle convient parfaitement pour les plantes qui demandent un terreau humide en tout temps. Cependant, si le terreau sèche complètement, il devient alors hydrophobe et demande un bassinage (donc de tremper le pot au complet dans l’eau pendant dix à trente minutes).

Les terreaux plus drainants, comme ceux de cactus et de succulentes, gardent moins l’eau; ce terreau aéré réduit les risques d’asphyxie des racines, qui cause la pourriture et la mort de la plante. Toutefois, il faut l’arroser plus souvent.

Les terreaux pour orchidées sont une catégorie à part: ils sont le plus souvent composés de morceaux d’écorce. C’est donc un terreau extrêmement aéré, qui garde peu l’eau, raison pour laquelle on immerge les orchidées dans l’eau pendant une trentaine de minutes pour assurer un abreuvage adéquat.

Photo d’A. speciosus, dont la floraison bicolore jaune orangé a été léguée à la plupart de ses «descendants», par C. T. Johansson.

Ça dépend de votre style d’arrosage et de l’endroit où vous mettez la plante rouge à lèvres.

Un jardinier distrait, mais qui dispose d’une vive lumière, s’en tirera très bien avec une plante cultivée dans la fibre de coco, qui palliera ses oublis. Au contraire, une plante cultivée dans une lumière moyenne gagnerait avec un arrosage plus parcimonieux et le jardinier trop généreux devrait peut-être utiliser un terreau pour orchidées pour sa plante rouge à lèvres, ce qui réduit les risques de trop arroser. Et pour tous ceux qui se situent entre les deux: rien ne vous empêche de faire un mélange!

Rempotage

Comme beaucoup de plantes épiphytes, le réseau racinaire de la plante rouge à lèvres n’est pas particulièrement développé; la plante tolère donc de rester dans le même pot de nombreuses années, et l’on remarque parfois une plante imposante, aux longues vignes garnies de feuilles et de fleurs… qui n’ont même pas encore rempli leur pot de racines!

Pour le rempotage, éviter de changer drastiquement la taille du pot (si possible, prendre un pot au diamètre légèrement plus gros, un pouce maximum). Et éviter de toucher la motte de racines, qui sont fragiles.

Engrais

Durant la période de croissance et la floraison, un engrais tout usage à la dose recommandée est une bonne idée pour promouvoir une floraison abondante.

Température

Aeschynanthus est une plante très frileuse qui demande des températures tropicales en tout temps. On parle d’au moins 18 °C, donc les températures trouvées dans la maison conviennent souvent parfaitement. À partir de 16 °C, la plante entre en repos et abandonne ses boutons et ses fleurs, mais elle ne meurt pas. Si la température descend encore, elle peut avoir des dommages causés par le froid: il est mieux d’éviter de l’y soumettre.

La période de dormance est facultative à l’apparition de fleurs au printemps. Un autre hybride d’A. pulcher, dont les boutons translucides sont verts et les fleurs d’un rose doux. Photo par Mokkie.

Entretien

Il n’y a guère de grandes particularités quant à l’entretien d’Aeschynanthus. On retrouve les éléments habituels de l’entretien des plantes: laver les feuilles à l’occasion, retirer les feuilles, fleurs et boutons séchés lorsqu’ils tombent, et une petite taille occasionnelle qui favorise l’apparition de branches, pour une plante d’aspect agréable. Comme pour plusieurs plantes, les tiges peuvent se dégarnir à la base avec les années, ou la plante peut devenir un peu chaotique. Une taille, un été au soleil, ou les deux, sont souvent tout ce qu’il faut pour lui rendre sa jeunesse.

Multiplication

Aeschynanthus se multiplie par boutures de tiges dans l’eau ou dans le terreau. Celles-ci nécessitent deux constantes: des températures élevées (au moins 23 °C, un plateau chauffant peut être nécessaire) et une forte humidité (des conditions de serres sontnécessaires, à vos sacs de plastique!). Malgré cela, le taux de succès est moindre, comparativement aux autres grimpantes habituellement bouturées (Epipremnum, Philodendron, Cissus).

On peut également bouturer une feuille en la plantant dans le terreau. Il faut alors inclure un morceau du pétiole. La multiplication par cette technique prend énormément de temps et n’a pas un bon taux de succès.  Autant l’essayer seulement si on doit retirer des feuilles saines, par exemple quand on prépare des boutures de tige.

Astuces

Personnellement, j’ai deux techniques que je considère préférables au bouturage pur et dur pour les Aeschynanthus.

La première, c’est une technique qui ressemble au marcottage aérien: puisque la plante produit de longues tiges, il est facile de dégarnir deux feuilles au centre de la tige et la planter dans un pot de terreau, un peu comme s’il s’agissait des stolons d’une plante-araignée. On peut la maintenir avec des épingles à cheveux (bobby pins) — je n’en achète jamais et pourtant j’en retrouve quand même chez moi ou par terre dans la rue (je me sens bien à l’aise d’utiliser des épingles de rue s’il s’agit de les planter dans le terreau!). Avec le temps, la tige fera des racines et quand elle est bien solide, on peut la séparer de la plante mère.

La deuxième option, c’est de garder le bouturage pour l’été. Je mets beaucoup de plantes dehors l’été. Elles profitent de la chaleur, de l’humidité et de la lumière accrue. C’est également à ce moment que je fais la majorité de mon bouturage, particulièrement pour les plantes un peu plus difficiles comme Aeschynanthus. Le taux de succès est vraiment plus élevé!

Toxicité

Cette plante n’est pas toxique pour vous ou pour vos chats et chiens.

Conseils de présentation

Les Aeschynanthus tendent à produire de longues branches, ce qui peut être lourd: leur pot se doit donc d’être tout aussi lourd. Un pot en terre cuite, qui naturellement permet une plus grande évaporation de l’eau, répond bien aux besoins de la plante rouge à lèvres.

Attention à l’endroit où vous placez la plante: il faut que les besoins en lumière soient respectés (et on oublie souvent de regarder si la plante reçoit véritablement de la lumière quand on la laisse tomber gracieusement le long d’un meuble qui occulte finalement les rayons du soleil), mais il faut aussi que le support soit assez solide pour le poids de la plante!

Cette photo à contre-jour permet d’apprécier le feuillage rayé d’A. longicaulis. Tous les Aeschynanthus sont très beaux en suspension. Photo par Andy King 50.

Problèmes

  • Pestes: cochenilles, pucerons et tétranyques en condition sèche (attention de bien vérifier les plantes quand on commence à chauffer nos maisons!);
  • Les boutons de fleurs sont abandonnés si la plante n’est pas bien arrosée pendant cette période délicate;
  • La plante perd ses feuilles quand elle est contrariée: changements drastiques de lumière, de température ou d’humidité; défauts d’arrosage; manque de lumière;
  • Attention à la pourriture des racines, si le substrat demeure humide trop longtemps.

Avec son feuillage luisant, c’est une belle vigne à cultiver en cascade à la maison. L’Aeschynanthus a tout pour plaire: elle est belle en boutons, colorés et gonflés, et avec ses fleurs, dont la forme cocasse lui a donné son surnom. Pour peu qu’on fasse attention à ses arrosages délicats, elle se montre une invitée généreuse dans nos maisons, un vrai régal pour les yeux.

Photo par Krzysztof Ziarnek.

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commentaire sur "À chaque mois sa plante, mars 2024: Aeschynanthus"

  1. Guylaine Bouchard dit :

    Super intéressant et complet merci 🙂

  2. Christiane Lefebvre dit :

    Intéressant! Où put on en trouver?

  3. Desjardins dit :

    J’ai l’habitude de lire très régulièrement vos contenus mais voilà que depuis ce matin le 5 mars ça dit que votre site n’est pas sécurisé

  4. Juliette Claire dit :

    Comme toujours un article impeccable de Colin!
    Bien écrit et complet. C’est un plaisir de vous lire!

  5. Monique dit :

    5 mars 2024.

    Bonjour,

    Très belle plante !
    Peut rester à l’intérieur, mais quelles dimensions peut-elle atteindre ?
    Mon espace est limite.

  6. Diane Thivierge dit :

    J’aimerais me désabonner de vos courriels, mais il n’y a nulle part ou cliquer pour le faire… Merci de m’aider!

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