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Biodiversifie ton jardin!

Par Julie Boudreau

Ah, la biodiversité! C’est le premier mot qu’on lance quand on veut souligner l’urgence d’agir en faveur de l’environnement. Contre les changements climatiques: la biodiversité! Pour contrer les îlots de chaleur: la biodiversité! Pour protéger les insectes pollinisateurs: la biodiversité! Pour assurer la sécurité alimentaire, pour développer de bons projets de gestion différenciée, pour la survie des papillons monarques, pour poser des actions de développement durable: la biodiversité!

Photo: Julie Boudreau

La biodiversité, dans toute sa complexe simplicité

C’est qu’elle a le dos large, cette pauvre biodiversité. Mais en fait, elle a vraiment le dos large! Car la biodiversité est l’union entre la biologie et la diversité. Autrement dit, c’est la définition de tout ce qui est vivant. Sous toutes ses formes. En général, on parle de biodiversité des écosystèmes, de biodiversité des espèces et de biodiversité des gênes. Puis, la biodiversité concerne toutes les interactions entre ces différents niveaux!

Même si le mot biodiversité a fait son entrée dans le dictionnaire Petit Larousse en 1994, et qu’on mentionne souvent le sommet de la Terre de Rio en 1992 comme étant le moment phare de la mise de l’avant de la biodiversité, il faut de toute évidence reconnaître que les notions de biodiversité existent depuis la nuit des temps. À partir du moment où l’humain s’est intéressé à la sélection génétique des grains, à l’écologie ou à la protection de la nature, il s’est intéressé à la biodiversité.

Pourquoi se préoccuper de la biodiversité?

Plus d’une fois, l’histoire nous a démontré les dangers de la monoculture. Les exemples de catastrophes causées par un manque de biodiversité sont nombreux et éloquents. Il suffit de penser à la Grande Famine de 1845 en Irlande ou à tous les problèmes d’infestations d’insectes encourus par les monocultures. L’histoire nous a plus d’une fois démontré que ce n’est pas avec des pesticides plus puissants que l’on parvient à contrôler les invasions destructrices d’insectes et de bactéries. C’est avec la biodiversité! C’est tellement simple que c’en est ridicule!

Et tout cela est transposable au jardin, bien sûr. Car notre jardin est un petit écosystème et il est relativement facile, avec quelques ajouts, de rehausser sa valeur sur l’échelle de la biodiversité.

#1 Biodiversité des écosystèmes, diversité des zones du jardin

Même dans les très petits jardins, il est quasi impossible que l’ensemble du site possède des conditions de culture parfaitement identiques. Au minimum, il y a un secteur de l’aménagement qui est au plein soleil et un autre qui est à l’ombre dense. Ensuite, il est possible qu’un recoin du jardin soit dominé par une grande épinette, qu’un autre secteur soit un peu moins drainant et qu’il y ait une petite zone sablonneuse tout au fond du terrain.

Il n’y a pas si longtemps, on se souciait peu des microparticularités d’un site. On créait un aménagement global pour l’ensemble du terrain, en tenant compte de l’ensoleillement et du sol. Mais, avec les années, on réalise que certaines zones du jardin réussissent moins bien, car les plantes qui y sont cultivées ne sont pas adaptées. C’est alors qu’on commence ce que j’appellerais le peaufinage du jardin. On identifie certaines zones et on découvre que c’est plutôt telle ou telle plante qui s’y plaît davantage. C’est alors que l’on découvre que les conditions du site appellent une certaine palette de plantes.

On peut développer son jardin en fonction de ces zones de culture en y cultivant des plantes parfaitement adaptées. D’une certaine manière, c’est comme si l’on créait différents habitats à l’intérieur de son propre jardin. Et sans le réaliser, on atteint les objectifs de la seconde mission de la biodiversité: cultiver une plus grande variété de plantes.

#2 Biodiversité des espèces — Plus de plantes!

Qui peut dire non à cette proposition? Quelle merveilleuse excuse à balancer à son partenaire de vie, exaspéré par nos achats compulsifs de plantes! Oui, nous le faisons pour le bien de la biodiversité! Plus on compte de plantes différentes dans son jardin, plus on a de chances de procurer à la faune et à la microfaune un habitat convenable, une alimentation intéressante ou même un abri. Car il ne faut jamais perdre de vue qu’une diversité de plantes attirera une diversité d’autres organismes vivants. Et c’est souhaité!

Les grands massifs naturalisés de la Bibliothèque du Boisé, dans l’arrondissement Saint-Laurent à Montréal, sont un merveilleux exemple d’une biodiversité pleinement invitée à s’exprimer librement. Le nombre d’espèces entremêlées dans cet aménagement est considérable. Année après année, les écosystèmes se spécialisent et se stabilisent. J’ai un gros coup de cœur pour cet endroit. Photo: Julie Boudreau

#3 Biodiversité des gênes — Encourager les plantes multipliées par semis!

C’est ici que je vous raconte une anecdote. Dans ma jeune carrière d’horticultrice, j’ai eu ce grand bonheur de planter des centaines et des centaines de frênes. À cette époque, le frêne était l’arbre de l’avenir, capable de résister aux conditions urbaines. Que j’étais fière de planter autant d’arbres pour la postérité! De beaux alignements. Sur des centaines de mètres. Que des frênes ‘Patmore’. Aujourd’hui, presque 30 ans plus tard, il ne subsiste pas grand-chose de ces plantations. L’agrile du frêne est passé par là et tout y est passé.. Pourtant, nous avions connu les ravages de la maladie hollandaise de l’orme dans les années 1980 et 1990. Nous n’avions pas appris…

C’est la diversité génétique qui a permis à certains ormes d’Amérique de survivre à la dévastation causée par la maladie hollandaise de l’orme. Et par grand bonheur, ce sont ces ormes résistants qui disséminent leur bagage génétique. Ils ont amélioré l’espèce et assuré sa survie! Photo: Julie Boudreau

Le gros problème avec nos beaux frênes ‘Patmore’, c’est qu’ils sont tous issus de la multiplication végétative: ce sont des greffons, c’est-à-dire de boutures. Chaque frêne est un clone identique à son voisin. Ils portent tous le même code génétique. Et dans ce cas-ci, ils étaient tous sensibles aux attaques de l’agrile.

Bien sûr, de nos jours, il n’est plus envisageable de planter une seule et même variété dans un alignement de rue. On diversifie les espèces. Toutefois, il faut aussi prêter une attention particulière à la diversité des gênes. Car c’est dans la diversité génétique que se trouve la meilleure résistance aux envahisseurs. Il suffit de quelques plants résistants à une maladie pour assurer la survie d’une espèce. Celle-ci va s’améliorer et s’adapter au monde qui évolue autour d’elle. Impossible pour moi de ne pas suggérer au passage la lecture De l’origine des espèces de Darwin, lui qui a si bien compris le caractère essentiel de la biodiversité génétique et de la théorie de l’évolution.

Et sur ce point, nous, les horticulteurs, avons à nous améliorer. En effet, la majorité des plantes produites en pépinière sont multipliées par division, bouturage ou greffon, ce qui signifie qu’elles ont toutes le même code génétique. Peut-être que dans un avenir pas trop lointain, certains pépiniéristes afficheront fièrement la mention «produit par semis», comme un signe d’une action positive en faveur de la biodiversité!

Alors mon conseil du jour: faites des semis! Tout plein de semis! Et en particulier des semis d’arbres, d’arbustes et de plantes vivaces. Mais aussi, comme toujours, continuez de jardiner. Continuez d’ajouter de nouvelles plantes à votre jardin. Pour la grande cause de la biodiversité!

Dans mon jardin, je cultive des lis martagon à fleurs blanches. La moitié de mes plants proviennent de semis que j’ai faits il y a une dizaine d’années. L’autre moitié est composée de bulbes achetés. Curieusement, mes semis sont ignorés des criocères, alors que les plants issus de bulbes sont plus attaqués. Je soupçonne une meilleure résistance à cet insecte chez mes plants issus de semis. Photo: Julie Boudreau

commentaire sur "Biodiversifie ton jardin!"

  1. Natacha dit :

    Humm interpréter ce cette façon j’ai vraiment aimé…. Et on comprend mieux ce que veut dire la biodiversité ça donne le goût de ce mettre au travail pour faire des semis
    Merci beaucoup pour vos écrits belle Julie
    Bonne journée

  2. Martine dit :

    Je vous remercie Julie pour votre article inspirant et motivant.
    Je vais continuer mes semis avec conviction.
    Bonne journée!

    • Julie dit :

      Ça donne le goût de continuer à semer mes vivaces et même essayer des arbustes, si je peux trouver des semences! Merci pour cet article!

  3. Renée-Johanne Campeau dit :

    Il y a un tel plaisir à créer nos plants à partir de graines ! La trés grande majorité de mes vivaces n’ont pas été achetées en pépinière ou magasin. ; je récupère des graines ici et là (avec le consentement étonné de bien des gens) et je pars mes plants. C’est pas mal plus long, et les résultats sont parfois étonnants puisque les graines n’ont été nécessairement pollennisées par une même variété. Ainsi, j’ai parfois des plantes hybrides et j’adore ça ! Idem pour mes annuelles que je sème aussi pour la plupart. J’ai des pétunias de toutes sortes de couleurs, parfois zébrés ou tachetés. Très coloré, et unique ! Je constate aussi que les plants semés semblent souvent plus résistants aux insectes et maladies.

  4. Juliette Claire dit :

    Quel article intéressant! La biodiversité vue comme ça c’est limpide.
    Bravo Julie !
    En prime, une nouvelle bibliothèque à visiter pour y voir non seulement les livres présentés mais ces magnifiques massifs naturalisés.

    • Lise dit :

      Merci ! Suite à ma lecture de votre article vraiment pertinent, il me vient cette pensée pour les villes…Bio – divers- cité ?

  5. Lise dit :

    Merci ! Suite à ma lecture de votre article vraiment pertinent, il me vient cette pensée pour les villes…Bio – divers- cité ?

  6. André Pouliot dit :

    Très intéressant ce texte, par contre j’aimerais connaitre par votre intervention la façon de procéder pour ce genre de semis et à quel moment il faut agir. Mecrci.

  7. Pierre Morrissette dit :

    J’aime bien faire des semis en plaçant mes plateaux sous la neige pour ceux qui demandent une stratification pour germination naturelle au printemps. Très intéressant à lire ton texte ce matin ! Vraiment instructif.

  8. Anonyme dit :

    Article très intéressant !
    Merci

  9. Quel magnifique article! Vous avez tout-à-fait raison!

  10. Vayoche dit :

    Julie …..the QUEEN……..!

  11. Louise dit :

    J’ai essayé des semis d’échinacées à la fin de l’été dernier. Ils ont grossi assez vite pour que je puisse les mette en terre avant l’hiver. J’ai hâte de voir l’évolution au cours de l’été 2024. Merci pour vos article toujours intéressants et instructifs !

  12. Line dit :

    Bonjour, félicitations pour cet article. Je fais mes semis depuis longtemps mais là je suis tombé en amour avec vos lis martagon blanc et je trouve nulle part des semences de ces lis, pouvez-vous me dire où je peux m’en procurer sinon trouver des bulbes, merci !

  13. Marie-Soleil dit :

    Bonjour! Lorsque vous dites que vos semis de lys ont l’air plus résistants aux insectes et que ceux issus de bulbes c’est le contraire, est-ce que vous parlez de la même variété de lys (martagon)?

  14. S.LaFerrière dit :

    Du bonbon que votre article! Tout est tellement clair! Et merci de nous faire redécouvrir l’article du Jardinier lui-même, Larry Hodgson, sur la fameuse pomme de terre irlandaise à l’origine de la grande famine. Merci, merci, merci !

  15. julien C. dit :

    MERCIIIIII <3<3<3

  16. André Masse dit :

    Ou peut-on trouver des semences de lis martagon blancs?? Faudrait-il acheter des bubes, les faire pousser pour obtenir des semences?

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