Catégories

Recherche

Nos partenaires

Des graines qui savent voyager

Avec le mois de mars, le mois des semis, qui s’en vient rapidement, il peut être intéressant d’étudier un phénomène naturel des plus fascinants: la dispersion des graines dans la nature. Car une plante ne produit pas des graines pour le simple plaisir de le faire: c’est sa façon principale non seulement de se reproduire, mais aussi de se mouvoir. Si toutes ses graines tombent uniquement à son pied, elles risquent d’être trop à l’ombre de la plante mère pour germer. Il faut trouver le moyen de les expédier plus loin… et les plantes ont développé de nombreuses techniques pour le faire.

Le vent à la rescousse

Plusieurs plantes comptent sur le vent pour assurer la dispersion de leurs graines. Les graines du pavot, par exemple, restent sagement dans leur capsule en forme de salière jusqu’à ce qu’une journée de grand vent «brasse la cage» et les lance au loin. La graine peut-être aussi pourvue d’ailes qui favorisent son transport. Qui ne connaît pas l’effet hélicoptère des samares d’érable qui, en tournant, sont portées loin de l’arbre mère? Encore plus efficaces, les «ailes» peuvent devenir des plumes, rendant la graine presque aussi légère que l’air et assurant alors un déplacement à une distance encore plus grande. Le pissenlit, avec son «parachute», est un expert en la matière.

Photo: Nita

D’autres plantes optent pour des graines tellement petites qu’elles sont facilement emportées par le vent, même sans ailes. Les orchidées, par exemple, ont des graines si fines qu’elles sont légères comme le vent et peuvent voyager plusieurs kilomètres. Les spores de fougère, bien qu’elles ne soient techniquement pas des graines, sont encore plus légères et voyagent encore plus loin. On a déjà trouvé des fougères qui germaient sur la lave fraîchement refroidie d’une nouvelle île volcanique située à plus de 3 000 kilomètres de la population de fougères la plus proche!

L’eau comme facteur de dispersion

Pour les plantes aquatiques ou riveraines, c’est souvent l’eau qui agit comme facteur de dispersion. Leurs graines ont la capacité de flotter, parfois pendant des mois, jusqu’à ce qu’une vague ou une marée les dépose dans un endroit propice. Le cocotier a ainsi fait le tour du monde tropical, car ses noix flottent très bien. Et remarquez que le cocotier ne pousse pas droit, mais penche au-dessus de la mer, assurant que ses graines tombent à l’eau quand elles chutent de l’arbre. D’ailleurs, ce fruit tropical pousse aussi à l’intérieur des terres… mais seulement lorsqu’il y est planté par l’homme, car sans eau, ses grosses graines n’arrivent pas à se déplacer, tombant bêtement au pied de la plante mère où, faute de soleil, elles pourrissent.

Photo: Asad Photo Maldives

Un effet explosif

Certaines plantes ont une technique assez surprenante pour assurer leur dispersion: elles sont des capsules explosives. Quand les graines sont mûres, la capsule se tord ou éclate subitement, lançant les graines à une bonne distance. L’impatiente, dont les capsules explosent au toucher, au grand plaisir des enfants, est de cette catégorie.

Compter sur les animaux

Beaucoup de plantes ont appris à compter sur d’autres êtres, motiles ceux-là, pour assurer leur dispersion: les animaux (mammifères, oiseaux, reptiles, etc.). La plupart de ces plantes ont des graines ou des fruits comestibles: l’animal ramasse leurs graines et, avec un peu de chance, va ailleurs pour les manger, assurant ainsi leur dispersion. Mais attention, il ne faut pas qu’il digère toute la graine, sinon la plante n’est pas plus avancée. Souvent alors le fruit est comestible, mais les graines, non, ou si peu. Ainsi l’animal mange le fruit et jette la graine par terre ou encore, avale la graine qui voyage intacte à travers son système digestif pour être évacuée ailleurs.

D’ailleurs, de nombreuses graines ne peuvent pas germer sans être passées par le système digestif d’un oiseau ou d’un mammifère. Beaucoup de fruits avertissent même leurs hôtes qu’ils sont prêts à être mangés en changeant radicalement de couleur. Les cerises deviennent rouges, par exemple, pour dire aux oiseaux et aux autres animaux qu’il est temps de venir les manger!

Photo: Skyler Ewing

Même sur les animaux qui oublient…

Certaines graines placent toutefois leur confiance dans la faible mémoire des animaux. La graine à l’intérieur de la noix (fruit du noyer) est entièrement digeste, celle au centre du gland (fruit du chêne) aussi, mais les deux comptent néanmoins sur l’écureuil, un animal très gourmand, pour assurer leur dispersion. Or l’écureuil aime faire des provisions pour l’hiver. Il mange en partie les noix et les glands qu’il trouve, mais enterre les autres ailleurs… et oublie parfois de venir les chercher, assurant ainsi la dispersion des noyers et des chênes.

Et qui ne connaît pas les graines qui ont appris à s’accrocher aux animaux pour voyager? Les «toques» (bardanes), avec leurs dents crochues, s’agrippent aux poils des animaux — et à nos vêtements! — et voyagent ainsi librement. Puisqu’elles sont irritantes, cependant, l’animal se gratte pour les enlever… et voilà que les graines tombent parfois plusieurs kilomètres de leur lieu d’origine. Certaines plantes aquatiques aussi ont des graines à crochets qui s’agrippent aux plumes des oiseaux aquatiques pour voyager d’un lac à un autre.

Trop dépendre d’un diffuseur…

Mais il y a un problème à trop dépendre d’un animal pour assurer la dispersion. Si l’animal disparaissait?

C’est ce qui est arrivé à un nombre de fruitiers tropicaux des Amériques. Les botanistes qui exploraient l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale étaient confondus par la découverte de plusieurs arbres aux fruits très gros, charnus et apparemment délicieux, de toute évidence conçus pour être mangés et dispersés par un très grand animal, mais qui ne semblaient plus trouver de preneur. D’ailleurs, tous ces arbres étaient en voie de disparition, car ils n’arrivaient plus à se reproduire convenablement. La conclusion? L’être humain a si bien chassé le paresseux géant, autrefois abondant dans toute la région, qu’il est disparu, laissant ses arbres préférés sans moyen de dispersion. Les arbres isolés trouvés çà et là étaient les derniers de leur espèce. Heureusement le nouvel envahisseur, l’être humain, a adopté certains de ces fruits qui sont maintenant trouvés seulement en culture. C’est le cas de l’avocat (Persea americana), par exemple.

Un plant d’avocat. Photo: Petar43

Des graines dispersées par l’homme

D’autres plantes aussi en sont venues à dépendre de l’homme pour leur dispersion. Le blé, l’avoine et les autres céréales, ainsi que de nombreuses fleurs de jardin, ne se diffusent presque plus de leur propre gré: ils comptent sur l’homme pour assurer leur reproduction. Les grainetiers récoltent leurs semences et les vendent, en sachets, sacs ou boîtes, aux jardiniers et aux fermiers qui les sèment. Ainsi ces plantes peuvent-elles voyager des milliers de kilomètres (la plupart de nos semences de jardin, par exemple, sont produites en Amérique centrale).

Certaines de ces plantes dépendent tellement de l’homme pour leur dispersion qu’elles ne sont plus capables de se multiplier seules. Le maïs (Zea mays), considéré comme la plus «évoluée» des céréales (du moins du point de vue de l’humain), est tellement éloigné de sa forme ancestrale que ses graines ne tombent plus de l’épi et ne peuvent germer qui si on les en sépare. Donc, si l’être humain devait disparaître, ça en serait fait du maïs aussi.

Photo: Muhammad Khawar Nazir

Un miracle dans votre jardin

Quand vous tenez en vos mains un sachet de semences, donc, en plus de vous émerveiller de l’idée que ses petites graines donneront, dans seulement quelques mois, de beaux légumes ou de beaux fruits, pensez aussi au chemin qu’elles ont dû faire pour se rendre de l’Asie, de l’Amérique du Sud ou de l’Europe dans votre jardin. C’est un petit miracle quotidien!


Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans le journal Le Soleil le 26 février 2006.


commentaire sur "Des graines qui savent voyager"

  1. Langrand dit :

    Très bon article.

  2. Gilles Laplante dit :

    J’ai une haie de caraganas, et quand les graines sont à maturitées, par une journée chaude, c’est un plaisir d’entendre la musique que font les cosses en se tordant pour éjecter leurs graines.

  3. Sylvain Basque dit :

    Encore un fois, même de l’au-delà, Larry nous aura fait rêver!
    Merci Mathieu!

  4. Claire dit :

    Merci très intéressant

  5. Louis dit :

    Super intéressant. Merci!

  6. Anne dit :

    Très intéressant.
    Depuis très longtemps je suis une jardinière paresseuse
    Merçi

  7. Renée dit :

    Après avoir lu cette chronique captivante sur la dispersion des graines et les changements incroyables (mais vrais !) sur la disparition de certaines autres au cours des décennies, je souhaite de tout coeur que la faune et la flore ne vont pas disparaître plus qu’il ne convient !
    Merci beaucoup Larry de nous avoir transmis votre expérience, personne n’oublie ni Votre oeuvre ni l’immense Monsieur que vous étiez et resterez !
    Longue vie au site du Jardinier Paresseux

  8. Gaétan dit :

    Bonjour et merci pour votre dévouement
    C’est toujours très intéressant de vous lire
    Est-ce que je peux Prendre Les fleurs mâles de mes courges poivrée et féconder Mes fleurs femelles de mes Cantaloup parce que mes Cantaloup n’ont presque pas de fleurs mâles

  9. je ne suis plus capable d ouvrir vos messages

Inscrivez-vous au blogue du Jardinier paresseux et recevez ses articles dans votre boîte de courriel à tous les matins!