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À chaque mois sa plante, février 2024: Buchozia japonica (anciennement Serissa japonica)

Photo par Dinesh Valke.

Il est parfois de ces plantes qu’on découvre au hasard et qui nous ravissent. Buchozia japonica est une plante qui est passée sur mon chemin et que j’ai achetée sur un coup de tête (ce que je ne recommande pas), sans savoir les soins à lui prodiguer (ce que je ne recommande pas non plus). Heureusement, c’était une belle découverte avec un port dense et une tendance à faire facilement des branches. Au niveau plus subjectif, B. japonica a ce je-ne-sais-quoi qui charme sur ses petites branches garnies de minuscules feuilles vert foncé.

Photo par David J. Stang.

Origine du Buchozia japonica

Buchozia japonica vient d’Asie du Sud-Est, poussant d’abord en Inde, en Chine et au Japon. On le connaît sous de nombreux noms plutôt poétiques: Neige de juin, en français, et en anglais Tree of a Thousand Stars ou Snowrose, mais aussi sous une gamme d’anciens noms scientifiques. En effet, jusqu’en décembre 2023, il portait le nom de Serissa japonica, après être passé parS. foetida, S. democritea, S. crassiramea, S. kawakamii, Buchozia coprosmoides, Leptodermis nervosa, L. venosa, Dysoda fasciculata, Democritea serissoides, etc. Rien de moins!

De la famille des Rubiacées, Buchozia japonica (son nom officiel actuel) est la seule espèce du genre Buchozia. L’adjectif foetida souvent associé à son nom vient du fait que les feuilles, lorsqu’elles sont broyées, dégagent une odeur fétide ressemblant à celle du vomi. (J’ai fait le test et c’est pas mal vrai!)

Dans les pays sans gel, on peut cultiver un buchozia dans le jardin où il forme un petit buisson compact à floraison abondante, mais nous devons au Québec nous contenter de la bonne vieille culture en pots! Photo par Prenn.

Description

B. japonica est un buisson de 45 à 60 centimètres de haut au feuillage persistant dans les climats tropicaux, qui perd ses feuilles dans les climats subtropicaux où les températures baissent. On l’apprécie pour sa croissance dense, produisant de nombreuses branches généreusement garnies de petites feuilles ovales. Avec l’âge, son tronc se recouvre d’une écorce pâle. Dans son pays d’origine, il fleurit du début du printemps au début de l’automne. Une pléthore de mini boutons roses donne naissance à des fleurs miniatures (environ 1 cm), le plus souvent blanches, en forme d’entonnoir, à 4 ou 6 corolles, ressemblant à des étoiles. Bien que les fleurs soient petites et d’une durée de vie limitée, elles représentent un attrait de plus pour B. japonica, par leur quantité et la vitesse à laquelle elles se succèdent sur les nouvelles pousses, pour une floraison quasi continue sous de bonnes conditions.

B. japonica aurait une seule fleur qu’on serait charmés, mais pour nous ravir, elles arrivent souvent par groupe. Photo par Carsten Niehaus.

Variétés

Il existe différents cultivars de B.japonica. Certains ont le feuillage légèrement panaché de blanc ou de vert lime, parfois plus intensément sur la nouvelle croissance. Ces cultivars demandent alors davantage de lumière et tendent à avoir une floraison plus timide. D’autres cultivars se distinguent par la couleur de leurs fleurs (roses) ou la forme de leurs fleurs (simples, doubles ou semi-doubles). Certains sont réputés pour tolérer plus facilement une culture inadéquate, attrait surtout pour les amateurs de bonsaï, car les buchozias sont très souvent vendus comme bonsaï — et on sait que les bonsaïs demandent des soins rigoureux. 

Ce cultivar illustre bien des différences par rapport à l’espèce de base: le feuillage bicolore, les fleurs roses et doubles.

Conseils de culture

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Lumière

Le buchozia se plaît dans l’endroit le plus éclairé de la maison, avec du soleil direct si possible. Lorsqu’on le place dehors (pour l’été, notamment), un endroit à l’ombre partielle peut être suffisant (c’est toujours plus lumineux à l’extérieur, même à l’ombre). En revanche, comme plante d’intérieur, il est impensable de cultiver B. japonica dans un endroit ombragé.

Comme toujours, les cultivars au feuillage panaché demanderont plus de lumière que les plantes à feuillage entièrement vert. Photo par David J. Stang.

Arrosage

On l’arrose quand le terreau commence à s’assécher très légèrement. Des feuilles pendantes signifient que la plante a besoin d’être arrosée. Si la sécheresse perdure, B. japonica commencera à perdre plusieurs feuilles à la fois, mais celles-ci repousseront après quelques semaines.

Humidité atmosphérique

B. japonica préfère une humidité atmosphérique accrue en tout temps: il peut être nécessaire de le placer dans un sac transparent durant les mois les plus secs (l’hiver) ou à côté d’un humidificateur. Ses besoins en humidité (40-50 %) sont relativement faciles à combler lors des autres saisons.

Terreau, rempotage et engrais

Un terreau drainant pour plantes d’intérieur lui convient sans problème.

On peut le fertiliser à la dose recommandée durant la période de croissance.

Température

Le buchozia préfère une température au-dessus de 20 °C durant sa période de croissance, ce qui correspond aux températures chaudes et stables qu’on retrouve dans la maison. En période de repos, il préfère des températures entre 10 °C et 20 °C. Il peut supporter des températures aux alentours de 5 °C pour de courtes périodes, mais il finira par être endommagé à long terme.

Dès que la température le permet, c’est une bonne idée de sortir B. japonica pour l’été — encore plus que pour d’autres plantes d’intérieur.

Entretien

Puisque le buchozia produit beaucoup de feuilles, il faut également enlever les nombreuses feuilles qu’il perd.

Une taille, pour stimuler la ramification, permet de lui donner la forme qu’on veut. Il se ramifie sans trop de difficulté.

Et comme bonsaï, alors? Bien que B. japonica soit fréquemment vendu comme bonsaï et qu’il puisse être aisément maintenu en vie sous cette forme, ça n’en fait pas non plus un bonsaï à recommander pour débuter. Il est souvent décrit comme étant capricieux, surtout au niveau des arrosages, perdant ses feuilles au moindre surplus ou manque d’eau. Il n’aime pas le changement ni devoir s’adapter à de nouvelles situations: les changements de lumière, les changements de température, le manque d’humidité, le chauffage, etc. Si le bonsaï vous intéresse, lisez cet article.

B. japonica est tellement populaire comme bonsaï qu’on peut le trouver à l’occasion dans des magasins de grande surface! Photo par Daniel J. Layton.

Multiplication

Les boutures de tiges qui ne sont pas encore couvertes d’écorce s’enracineront plutôt facilement dans l’eau comme dans le terreau. Il peut être bénéfique de placer lesdites boutures sur un plateau chauffant et dans une serre pour maintenir une ambiance chaude et humide.

Problèmes

  • Chute massive des feuilles: comme plusieurs autres plantes (figuier pleureur, croton, etc.), B. japonica redoute les changements qui lui demandent de s’acclimater et il entreprend alors de se dégarnir de toutes ses feuilles. C’est donc normal d’assister à ce phénomène après une transplantation, un déplacement dans la maison ou durant une réduction subite de lumière. On peut alors le traiter comme un croton en déclin.
  • Feuilles tombantes, tristes: défaut d’arrosage. Si le terreau est sec, arroser par bassinage pendant une trentaine de minutes. Si le terreau est humide, la plante est peut-être atteinte de pourriture et la rescaper sera plus difficile.
  • Pas de floraison: manque de lumière. Il faut beaucoup de lumière pour produire des fleurs. Les buchozias demandent déjà beaucoup de lumière en général, mais il leur en faut encore plus pour obtenir une floraison abondante. Chez les cultivars au feuillage panaché, la floraison n’est pas assurée et, même s’ils fleurissent, ils le font beaucoup plus timidement. On peut tenter de stimuler la floraison en augmentant la lumière. Rappelez-vous ceci: on surestime souvent la luminosité de l’intérieur de notre domicile pour les plantes, alors que la plupart du temps la lumière est insuffisante! Pour augmenter la lumière, diverses options s’imposent: rapprocher graduellement la plante de la fenêtre qui offre le plus de soleil direct, investir dans une lampe de croissance ou — ma préférée — sortir la plante l’été (dans le cas de B. japonica, lorsque des températures nocturnes stables d’au moins 10 °C arrivent à nos portes). À ce sujet, une sortie graduelle est également recommandée.
  • Insectes: pucerons (feuillage, racines), tétranyques, cochenilles en tous genres.
  • Maladies: B. japonica n’est pas particulièrement sujet aux maladies, même si ça peut arriver.

Pour la petite histoire…

Je ne sais pas si vous devriez écouter mes conseils concernant cette plante, car durant la rédaction de cet article, mon buchozia… est mort! En fait, je devais l’arroser plus de deux fois par semaine tant son pot était petit. Je l’ai donc rempoté (premier choc) et dès lors il ne pouvait plus tenir sur le rebord de ma fenêtre, sa place habituelle. Je l’en ai donc éloigné (deuxième choc). Il s’est mis à perdre ses feuilles, comme une pluie morbide sur les plantes en dessous de lui. J’ai essayé de le mettre dans un sac de plastique transparent, pour créer un effet de serre augmentant l’humidité (troisième choc), mais j’ai dû le déplacer de l’endroit où il était pour qu’il ne soit pas brûlé par le soleil direct du matin (quatrième choc). Comme il ne renaissait pas de ses cendres, j’ai essayé de le mettre dehors* (cinquième choc).

Il ne s’est pas acclimaté.

Bon, ça arrive — ce n’est pas pour rien que la difficulté est estimée moyenne! Et à ceux pour qui une histoire dans le genre est familière, rassurez-vous: tous ceux qui écrivent des articles sur ce blogue (et moi le premier, cf.
B. japonica) ont déjà tué leur lot de plantes. C’est une des réalités qui nous lient tous, qu’on soit jardinier dilettante ou jardinier expérimenté.

*J’ai écrit cet article en mai, là où on commence à penser à sortir les plantes dehors.

Toxicité

B. japonica n’est pas toxique, même si l’odeur de ses feuilles et racines broyées est dégoûtante.

Conseils lors de l’achat

On le vend comme petite plante d’intérieur et on peut alors suivre les conseils généraux dans cet article.

Conclusion sur le Buchozia japonica

Pas obligé de lire 8 ouvrages complexes sur les bonsaïs pour s’occuper du Buchozia japonica comme plante d’intérieur: si on lui donne une humidité raisonnable et qu’on évite les changements radicaux, il devient une jolie plante à la floraison délicate et au feuillage élégant pour garnir un coin ensoleillé. Malgré sa croissance naturellement dense et sa ramification facile à provoquer, c’est une plante moins commune — mais pour moi, ce fut une belle découverte fortuite!

Et une expérience… brève.

Photo par Kenpei.

commentaire sur "À chaque mois sa plante, février 2024: Buchozia japonica (anciennement Serissa japonica)"

  1. Juliette dit :

    Bonjour Colin,
    Votre article est ravissant comme un Buchozia japonica, alias Serissa foetida. J’en ai perdu un moi aussi après un cours élémentaire sur les bonsaïs. La formatrice nous avait laissé partir avec des plants chétifs de Buchozia fraîchement taillés et mis en pot pour bonsaïs. Un choc, deux chocs et trois chocs (transport à la maison). La mort ne se fit pas attendre… À la lecture de votre article, je comprends bien pourquoi.
    Merci de votre franchise. Si vous avez réussi à le tuer malgré tout l’amour que vous lui portez, je ne me risquerai pas. Les géraniums alias Pelargonium sont si beaux, solides et

  2. Natacha dit :

    Bonjour Colin
    Merci beaucoup pour cette explication de ce faux bonsaï comme je pourrais dire …. Je passe mes hivers au sud ils sont tellement beau quand je vais dans les nusery elles sont tous belles les une des autres qui me fait toujours hésité d’en acheter une à mon retour, je m’abstiendrais ? et je suivrai tes conseils
    Bonne journée

  3. Hélène Bédard dit :

    Merci pour votre honnêteté quand à la difficulté de cette plante.

  4. Anonyme dit :

    Me d’ésabonner

  5. Bonjour Mathieu, comment dois-je procéder pour enlever des troncs de cèdres? Il y a deux ans mon mari a décidé d’enlever une haie de cèdres dans l’espoir d’y installer une clôture ordinaire (ce qui n’est pas encore fait). Que puis-je faire? En passant allez-vous être au Salon de l’habitation à Montréal au mois de mars prochain?

    • Mathieu Hodgson dit :

      Bonjour Josée! À moins d’utiliser une excavatrice pour les arracher, il sera difficile de tout enlever! Mais, si vous voulez seulement enlever les troncs et un peu de racines autour il y a deux options. La plus difficile est de couper les racines à l'”aide d’une pelle ou d’une hache et utiliser une pioche pour arracher la motte. Je préfère utiliser une scie réciproquante pour couper les racines autour du tronc et ensuite l’arracher. C’est plus facile pour le dos. Sinonlaissez les sur place et elles pourriront éventuellement.

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