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Le binage permet d’économiser l’eau. Vraiment?

J’entends encore les jardiniers amateurs répéter le vieil adage selon lequel le binage permet d’économiser l’eau. C’est l’un de ces vieux mythes dont il est difficile de se défaire. La théorie veut que le binage brise les pores capillaires par lesquels l’eau remonte à la surface, empêchant ainsi l’évaporation et économisant l’eau.

Photo: Rodolfo Clix.

Action capillaire

Il existe même un nom pour cette couche supérieure du sol cultivé: le paillis de poussière. Cependant, la technique du paillage de poussière a été testée de manière approfondie dans les années 1930 et s’est avérée inefficace. Il s’avère que le sol régule lui-même la perte d’eau par évaporation: lorsqu’il s’assèche en surface, la capillarité est rapidement interrompue, même sans binage. Le binage permet de réduire les pertes d’eau en éliminant les mauvaises herbes qui consomment également de l’eau, ce qui supprime la concurrence des autres plantes pour l’eau… mais le binage cause également de graves dommages aux plantes qu’il est censé protéger, car il endommage leurs racines, les empêchant d’absorber l’eau de manière adéquate.

De plus, le binage détruit les microbes bénéfiques qui vivent dans le sol. Ainsi, le binage élimine les mauvaises herbes, mais n’économise pas l’eau, endommage les racines des plantes désirables, et tue les bonnes plantes… Ce n’est pas un résultat très positif!

Photo: Dvortygirl.

Paillez, ne binez pas!

Plutôt que biner, pourquoi ne pas utiliser un paillis organique? Appliqué en début de saison après un désherbage en profondeur, un paillis de 3 à 4 pouces de feuilles hachées (mon préféré, car totalement gratuit!) empêche la germination des mauvaises herbes tout en réduisant efficacement la capillarité du sol, réduisant ainsi l’évaporation de 75 % et plus, selon le type de sol. De plus, le paillage laisse en paix la population de microbes du sol (l’un des plus grands amis du jardinier!). Si la conservation de l’eau (et un bon jardinage) est votre objectif, ne binez pas, mettez du paillis!

Ce texte a été publié pour la première fois sur laidbackgardener.blog le 3 juillet 2014.


commentaire sur "Le binage permet d’économiser l’eau. Vraiment?"

  1. Laboissiere dit :

    J ai souvent eu cette pensée
    Je trouve que cela asséché le sol!
    Quant à moi je mets de la paille et aussi du compost
    Ns sommes éleveurs et on a tout sous la main!

    • celadon7 dit :

      un binage vaut deux arrosages qu’ils disaient les anciens , il fallait faire du guéret entre les pieds de rosiers .En école d’horticulture la binette à petite lame 5×5 coupaient les herbes entre rangs, le griffon à trois dents remuait la croûte du sol laissant les herbes racines à l’air -années 60 –

  2. Berdouille dit :

    Pas d’accord, pailler n’est pas toujours la meilleure idée:
    – le binage est indispensable pour briser la croûte du sol quand il est trop compact et donc permettre à la pluie de pénétrer plutôt que de ruisseller
    – le paillis est un parfait refuge pour limaces, campagnols et autres indésirables aussi
    – pailler un grand potager demande beaucoup d’effort ou beaucoup d’argent

    • louloub dit :

      Alors qui dit vrai?

    • Mathieu Hodgson dit :

      Il n’y aurait pas de croûte en surface si l’on utilisait un paillis organique, car le sol serait plus humide et les organismes du sol formeraient une structure permettant d’entrer l’eau. Cependant, il est vrai que certains indésirables peuvent s’y loger. Pour ma part, je crois que les avantages sont plus importants que les inconvénients. De plus, en utilisant un paillis, on encourage une faune et une flore plus diverse de s’y installer qui contrebalancera la présence de ces indésirables. J’ai été jardinier maraîcher et il est vrai que pailler de grandes surfaces n’est pas toujours facile. La meilleure options serait d’utilisé un paillis de feuilles déchiquetées qu’on a souvent gratuitement sur notre terrain ou qu’on peut prendre chez nos voisins qui ramassent leurs feuilles. La culture en grande surface appel parfois à utiliser d’autres méthodes pour des questions de productivité surtout lorsque c’est notre gagne-pain. Je ne voudrais pas dire aux professionnels comment faire leur travail.

      • Romain dit :

        Bonjour Mathieu,
        Je suis un adepte convaincu de paillage, cependant je me questionne depuis longtemps à propos du paillis et des arbres fruitiers (poirier et prunier entre autre) âgés entre 8 et 10 ans. Est-il plus profitable de pailler (feuilles broyés, retailles de gazon) ou de planter un couvre sol fixateur d’azote?

        Autre question, que pensez-vous des plantes de Consoude “Bocking 14” planté sous la canopée des fruitiers, est-ce contre productif?

        Merci pour l’ensemble de votre oeuvre et pour votre temps!

      • Mathieu Hodgson dit :

        Bonjour Romain,

        Les avantages de paillis et d’un couvre-sol sont similaires, sauf pour les jeunes arbres qui souffriront de la compétition racinaire. Puisque vos arbres fruitiers sont assez âgés, je ne vois pas de problème à utiliser un couvre-sol, puisque leurs racines sont plus profondes maintenant et cela réduira le travail.

        Pour ce qui est de la consoude ‘Bocking 14’, je n’y vois pas de problème, mais je n’y vois pas d’avantage non plus comparé à d’autres couvre-sols. À ma connaissance, les avantages de la consoude sont grandement surestimés et n’apportent rien de plus que la moyenne des plantes. Les légumineuses ont l’avantage de fixer l’azote au moins.

      • Michel Guillemette dit :

        Je suis infesté de rongeurs depuis que j’ai appliqué un paillis. Ils bouffent presque tout. Quoi faire

      • Mathieu Hodgson dit :

        Il est difficile de répondre sans connaitre toute la situation: quel type de jardin, sorte de paillis, quantité utilisée, etc. Pour commencer, s’il y a soudainement plus de rongeurs, probablement qu’ils étaient déjà à proximité. Il est normal qu’ils soient plus nombreux dans un jardin quand on utilise du paillis. Puisque le sol demeure plus sec et la matière organique attire les insectes et micro-organismes, il y aura plus à manger pour eux. C’est le signe d’un sol en santé. Deuxièmement, les rongeurs peuvent se cacher sous le paillis. Il est préférable de ne pas mettre plus de 7 à 10 cm de paillis, plus il en a, plus ce sera attirant pour les petits mammifères. Dans un potager, je préfère le paillis de feuilles. Dans un jardin ornemental, le bois raméal fragmenté. Il est probable que le problème se résorbe de lui-même avec le temps, les prédateurs les trouveront éventuellement.

      • Serge Fortier dit :

        Tout à fait d’accord avec toi et ton père, Matthieu!
        Un paillage vaut mieux que n’importe quel binage du sol. Laisser un sol à nu n’est pas normal en environnement. C’est une mauvaise habitude qu’on a développé et qui, jusqu’à aujourd’hui, se pratique encore trop. La logique environnementale nous montre qu’aucune surface de sol reste à nue. Cette logique nous montre aussi que la couverture naturelle de végétaux morts (paillis) est en lien et de même nature que les plantes qui s’y trouvent. C’est d’ailleurs ces pantes qui la fournisse! C’est pourquoi les végétaux qui poussent naturellement sont autonomes et ça c’est grâce à la couche de paillis qui les protègent, protège la vie du sol et sert de nourriture à cette vie qui en échange transforme cette matière en nourriture pour les plantes. N’est-ce pas merveilleux! Mais comme l’être humain se pense souvent plus fin que nature, il invente des techniques de toute sorte, dont le binage et ne se rend pas compte que tout l’entretien qu’il doit apporter à sa culture (binage, désherbage, fertilisation, compost, insectes et maladies) sont toutes reliées à l’absence d’une couche de protection adéquate en surface. Il y a tant de matières organiques qui se gaspillent en les soi-disant valorisant au compostage, alors que celles-ci seraient bien plus utiles et moins d’ouvrage en les utilisant comme paillis. À chacun sa méthode, mais moi je ne reviendrais jamais au binage! C’est trop d’ouvrage et trop d’inconvénient par rapport au maigre et supposé bienfait qu’on lui attribut!

      • Mathieu Hodgson dit :

        Très bien décrit, Serge! Heureux d’avoir de tes nouvelles!

    • Mathieu Hodgson dit :

      Autre fait à noter: les campagnols peuvent consommer les limaces. Vive la vie au jardin!

  3. Henri Jacques MOLLERON dit :

    Pour moi, je trouve que la paresse est bon conseillère car biner est fatigant:
    – potager et plates-bandes d’annuelles : pailler avec du broyage de feuilles mortes est la bonne solution
    – plantes vivaces qui n’aiment pas la concurrence (pivoines par exemple) pailler avec du broyage de feuilles mortes est également la bonne solution (avec un apport de potasse pour les pivoine, sans avoir besoin de mélanger avec le sol)
    – pour les autres (notamment au pied es rosiers, arbustes, fruitiers, etc.) vive les plantes couvre-sol : campanules, pervenches, géraniums nains, sarriette rampante, thym luisant, bugles, nepeta, fraises de bois, violettes, voire cyclamens (coum et Naples), etc.. La liste et sans fin et on en trouve toujours une qui peut s’adapter aux situations les plus difficiles (il y a même un site avec une rubrique pour celles qui poussent “dans les racines” http://www.jardindumorvan.com/dans-les-racines-chap-3-c102x3891560)

    Avec ces deux approches du paillage de feuilles à l’automne et des couvre-sol, on peut vraiment paresser : pas de désherbage, pas de binage et moins d’arrosage, le rêve… et, en plus, c’est beau !

  4. Constance D’Amour dit :

    On me dit aussi de ne pas biner…mais mon père avait une très grand jardin magnifique et il binait tous les jours!! J’aime bien aussi biner et mes plants sont très beaux!!
    Merci pour vos beaux articles très intéressants!!

    • Mathieu Hodgson dit :

      Biner n’empêchera pas d’avoir un beau jardin, mais c’est plus de travail. Quand on bine, on endommage la structure du sol créée par les organismes comme les insectes, champignons et bactéries. Souvent, une croute dure s’y forme qui empêche l’eau d’être absorbée, donc on doit biner à nouveau pour laisser entrer l’eau. En utilisant un paillis organique, les organismes du sol s’y nourrissent et créent une structure dans la terre qui laisse l’eau et les nutriments circuler. De plus, le paillis garde le sol plus humide. Les générations précédentes avaient de très beaux jardins, mais y travaillaient souvent très fort! On peut s’éviter un peu d’ouvrage!

  5. Danielle Doyon dit :

    Est-ce qu’il est vrai que le feuilles de chêne sont trop acides ou dégagent trop d’acidité pour faire un bon paillis et ultimement un compost pour les potagers?

    • Mathieu Hodgson dit :

      Les feuilles de chêne sont légèrement acides, mais les sols de nos jardins le sont aussi, donc pas de soucis. La raison que plusieurs n’utilisent pas les feuilles de chêne comme paillis est qu’elles se décomposent très lentement et lorsqu’on laisse des feuilles entières sur le sol, elles forment un tapis qui empêche d’autres plantes d’y pousser. Cependant, lorsque déchiquetées, les feuilles de chêne se décomposent plus lentement que d’autres et font donc un excellent paillis. Voici plus d’explications: https://jardinierparesseux.com/2017/05/15/mythe-horticole-la-toxicite-des-feuilles-de-chene/.

  6. Renée-Johanne Campeau dit :

    C’est peut-être une question de goût aussi ? Personnellement, avec environ 4 500 pi carrés de jardins et potagers, je cherche ce qui me donne le moins de travail. Le paillage est donc rapidement devenu mon principal allié. Oui, c’est long au printemps : une bonne semaine de travail parce qu’en plus, je mets du carton sous le paillis. Mais après… la paix pour le reste de la saison ! Pratiquement aucun désherbage, la terre ne fait pas de croûte, et les longs arrosages sont réduits de 75% en période sèche et. pratiquement nuls lorsqu’on a un bonne pluie par semaine. Et comme le dit monsieur Molleron (ci-dessus) l’ajout de couvre sols par endroits est à la fois utile et beau. Certes j’ai plus de limaces, surtout les étés pluvieux, mais elles s’attaquent principalement à certains légumes (comme les choux) que j’entoure d’une bande de papier sablé. Pour moi, c’est tellement moins d’ouvrage ! Mais chacun ses goûts !

  7. Aurélie dit :

    Cet article tombe à point… et je vous en remercie ! Je suis scrupuleusement les bons conseils de ce blog depuis des années, je suis une jardinière paresseuse qui préfère les joies de la contemplation à celles de la domination de l’homme sur la Nature.
    Mais je suis en train de réaliser un talus, qui va être recouvert de plantes couvre-sol sur la partie la plus pentue. J’hésite actuellement entre mettre une toile de paillage en chanvre, afin de laisser mes plantes prospérer une fois installées, ou bien pailler avec des feuilles de chêne déchiquetées, que j’ai en grande quantité. J’ai peur avec cette solution que tout ne s’envole ou ne s’effondre au pied de mon talus… Que feriez vous ? Je vous remercie pour vos lumières précieuses.

    • J.J. dit :

      Aurélie @ Conseil gratuit et désintéressé : j’étalerais une bonne couche de feuilles déchiquetées, et, pour les maintenir, la toile de chanvre (avec de-ci delà quelques petites fourches taillées dans des branchettes pour bien maintenir la toile) . Quand celle-ci sera décomposée, et les feuilles également, le sol enrichi par cet apport d’engrais naturel sera probablement stabilisé par les plantes couvre sol..

      J.J. Jardinier super paresseux, adepte inconditionnel du paillage et de notre regretté Lary.

    • Bernier dit :

      Pourquoi ne pas combiner les deux? Les feuilles comme paillis et une toile de chanvre pour couvrir le paillis. Bien fixée à intervalles pas trop éloignées, la toile retiendra le paillis pour qu’il ne s’envole pas ou qu’il glisse vers le bas. Les fixations peuvent être composées de petites branches sèches (puisque vous avez des chênes, j’imagine que vous ne manquez pas de branches sèches sur votre propriété) et suffisamment longues pour bien s’enfoncer dans le sol. À la base de chaque branche, prenez la peine de laisser une branche secondaire que vous aurez coupée à 3cm de la base pour obtenir un crochet de retenu de la toile. Vous pouvez aussi utiliser de grands clous que vous pourrez récupérer et réutiliser indéfiniment. La toile de chanvre n’est pas très apparente à travers les plantes, surtout s’il s’agit de couvre-sol.

      • Bernier dit :

        Oups! Le temps que j’écrive mon commentaire, quelqu’un d’autre en avait fait autant avec la même idée de base. N’est-ce pas la preuve que c’est une bonne pratique?

  8. Lalou dit :

    Merci Mathieu pour cet article de votre père et de vos bos conseils qui suivent. Pour un jardinier paresseux fils de jardinier paresseux, vous mettez beaucoup de temps à répondre à nos questions. Une belle année à vous.

  9. Bertrand Dumont dit :

    Malheureusement cet article référe au sarclage, mais non au binage qui sont deux techniques différentes. Le binage consiste à casser la couche superficilelle du sol sur 1 à 2 cm maximum de maniére à créer un appel pour l’eau de capillarité qui remonte alors vers les racines, et non à la surface. C’est une question d’équilibre des différentes forces d’attraction. De plus, le binage peut faciliter le passage de l’eau de précipitations vers les racines. Rien avoir avac la suppression des mauvaises herbes et l’évaporation du sol. La binette, qui est une plaque coupante (et oui il faut l’affutée), est passée perdendiculairement au sol et donc ne touche pas les racines. Dans la plupart des cas, les définitions des dictionnaires sont fausses.

  10. Espérance Normandin dit :

    Un article pertinent car économiser l’eau doit faire partie de notre quotidien, pour avoir moi aussi expérimenté le binage dans mes plates-bandes je ne le recommande pas moi même si c’est un gros travail je préfère enlever au quotidien chaque mauvaises herbes manuellement et un petit conseil ne pas trop espacer nos plants garde aussi l’humidité, je préfère les plates-bandes à l’Anglaises afin de garder un sol plus humide, bon jardinage.

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