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Mon buis est malade! Qu’est-ce qui se passe?

Par Julie Boudreau

Le buis est un petit arbuste de plus en plus convoité par les jardiniers. Il donne aux aménagements en façade des airs de noblesse. Cependant, bon an mal an, chaque printemps, on perd quelques spécimens. Certains à cause de l’hiver trop rigoureux, mais d’autres cèdent à divers insectes et maladies. Découvrons donc ce qui a bien pu faire mourir (ou presque) les buis du jardin!

Avec son beau feuillage vert foncé et persistant à l’année, le buis est une plante très populaire, surtout dans les petits jardins. Photo: Julie Boudreau

Le buis (Buxus spp.) est un petit arbuste à feuillage persistant très populaire en Europe. Il a longtemps été un rêve inatteignable pour les jardiniers de l’Amérique du Nord. Mais, depuis quelques décennies, des variétés bien rustiques en zone 5 et même en zone 4 ont fait leur apparition. Les jardiniers nordiques peuvent maintenant cultiver de petites haies basses et vertes à l’année. Les jardins d’inspiration française, les espaces modernes et contemporains ainsi que tous les jardins dans la mouvance du style Mid-Century sont aussi des jardins où le buis est aisément mis en vedette.

Il serait faux de dire que le buis est une plante très facile de culture. Déjà, par la nature de son feuillage persistant, c’est une plante qui sera sensible à la dessiccation foliaire, en particulier lors des hivers très froids, venteux et avec une faible couverture de neige. Il n’est pas rare de voir tout un côté d’une haie de buis mal protégée virer à l’orange.

Le buis pousse aussi bien au plein soleil qu’à l’ombre légère. Toutefois, il a une nette préférence pour les sols riches, fertiles et bien drainés. Des conditions de culture moins parfaites peuvent parfois être la source d’une série de maladies causant des dommages sur les buis.

Le dépérissement: ce fourre-tout des maladies du buis

Et la première source d’ennui chez le buis est le dépérissement. En vérité, on en connaît bien peu sur ce que l’on appelle le dépérissement du buis, car il semble que ce soit une panoplie de maladies qui entrent en action. De plus, la plupart de ces maladies s’implantent en raison des piètres conditions de culture ou de mauvaises conditions climatiques.

Par exemple, des conditions de sécheresse prolongée précèdent souvent l’arrivée d’un champignon parasitaire (Paecilomyces buxi). Puis à l’autre extrême, des pluies abondantes encouragent le développement de la pourriture des racines produite par les phytophthoras (Phytophthora cinnamomi et P. parasitica). Ajoutons à cela un soupçon de taches foliaires (Pseudonectria buxi et Macrophoma spp.) et une poignée de nématodes (Meloidogyne spp., Mesocriconema spp. ou Pratylenchus spp.) et on obtient le dépérissement du buis.

Le dépérissement du buis se caractérise d’abord par un ralentissement général de la croissance. On notera aussi la mort complète d’une branche, le tout distribué de manière aléatoire. À l’occasion, on observera une chute prématurée des vieilles feuilles ou un jaunissement du feuillage. Bien sûr, les signes sont variables, dépendant du cocktail de parasites impliqués. Mais, en général, les dommages apparaissent très rapidement.

Il y a peu à faire contre ce phénomène. Certes, un ajustement de la fertilité du sol et des arrosages plus réguliers peuvent aider. Cependant, si l’infestation est forte, il est déconseillé de replanter des buis au même endroit. On pourrait alors se rabattre sur une petite haie de gadeliers alpins (Ribes alpinum).

La mineuse du buis: la vie entre deux épaisseurs de feuilles

Si les dommages concernent plus spécifiquement les feuilles, il s’agit probablement de la mineuse du buis (Monarthropalpus flavus). Pas encore très répandue dans la province de Québec, sa présence risque de s’accroître en raison du réchauffement climatique.

La petite larve s’installe dans la feuille pour y gruger une confortable pochette. D’un œil extérieur, le dommage se traduit par le jaunissement d’une partie de la feuille. Des feuilles boursouflées sont aussi un signe de la présence de cet insecte. Une feuille jaunie par-ci, par-là est un indice clair qu’on est aux prises avec une bonne infestation. L’approche écologique offre bien peu de solutions pour se débarrasser des mineuses. La seule solution est de jeter rapidement toutes les feuilles attaquées, afin d’empêcher ces larves à devenir des pupes, puis adultes qui pondront de nouveaux œufs et ainsi de suite.

Quelques pupes de mineuses du buis terminent leur métamorphose entre les deux épaisseurs de la feuille. Photo: Wikimedia Commons
Voici les trous de sortie des mineuses du buis, devenues adultes. Photo: Wikimedia Commons

Les psylles du buis: la fausse cochenille farineuse

Au départ, on pourrait croire à une infestation de cochenilles farineuses. De grosses cochenilles farineuses. Avec des ailes! Les psylles du buis sont effectivement des cousins des pucerons et des cochenilles (ordre des Hémiptères). Ce sont des insectes piqueurs qui sucent la sève des jeunes feuilles. Cela provoque la déformation des feuilles qui se bombent. Souvent, les jeunes feuilles se recroquevillent les unes sur les autres. Cela forme un genre de rosette ou de chou facilement détectable d’un simple coup d’œil. Quand on découvre l’insecte, sous les feuilles, il est camouflé sous un amas cotonneux, d’où sa confusion avec une cochenille farineuse.

Ce n’est pas le pire des problèmes qui puissent survenir. Tout de même, une forte infestation peut nuire au développement des pousses terminales. La taille des pousses très affectée aidera à contenir l’infestation et réduira le nombre d’œufs pondus à l’automne. La American Boxwood Society recommande une application d’huile horticole ou de savon insecticide tôt au printemps. Personnellement, j’ai toujours hésité à appliquer ce type de produit sur des plantes à feuillages persistants. Ce serait à tester.

Les dommages causés par les psylles du buis provoquent ces agglomérations de feuilles qui forment une sorte de bouton de feuilles. Photo: Wikimedia Commons
Le psylle du buis, au stade adulte. Photo: Wikimedia Commons

Nouveauté 2023: la pyrale du buis

Jusqu’à tout récemment, cet insecte nuisible n’était présent qu’en Ontario, aux alentours de Toronto. Mais, depuis juin 2023, on l’a retrouvé dans plusieurs pépinières du Québec et des Maritimes, et même sur des propriétés privées.

La chenille de la pyrale du buis (Cydalima perspectalis) est une grande dévoreuse de feuilles. Dans le cas de fortes infestations, un petit arbuste peut se retrouver tout nu en quelques semaines. Les toiles tissées par les chenilles peuvent aussi nuire à la beauté des plants. Ces enchevêtrements de toiles ressemblent un peu aux nids que tissent les chenilles à tente… en version moins élaborée.

La pyrale du buis est un insecte à surveiller. Les larves dévorent les feuilles à vitesse grand V. Photo: Agence canadienne d’inspection des aliments

Au printemps, on surveillera la présence d’œufs, en groupes de 10 à 20, sous les feuilles. Trois jours après la ponte, les jeunes chenilles naissent et commencent à se nourrir. Cela durera environ deux semaines. Puis, les chenilles entreront dans leur phase de métamorphose, pour devenir de beaux papillons aux ailes blanches et brunes. Ce cycle de vie est si rapide qu’on peut s’attendre à voir deux générations par année (fin juin et fin août, selon les données actuelles).

Ce papillon est originaire du Japon, de la Corée et de la Chine. Il a fait son entrée en Europe vers 2007 et sa prolifération a été encouragée par la présence de deux espèces indigènes de buis européens (B. sempervirens et B. balearica). Les dommages sont si importants que les États-Unis ont interdit l’importation de buis en provenance du Canada.

D’ailleurs, si vous détectez cet insecte à l’extérieur de l’Ontario, l’Agence canadienne d’inspection des aliments vous demande de faire un signalement.

Il est quand même joli le papillon de la pyrale du buis. Photo: Agence canadienne d’inspection des aliments

Bien sûr, plusieurs autres maladies et insectes peuvent s’intéresser aux buis, mais les précédentes représentent l’essentiel de ce que l’on est susceptible de découvrir sur nos buis moins beaux que nature. On peut prédire que les dommages occasionnés sur les buis dans les prochaines décennies seront en hausse. Peut-être y aurait-il lieu dès maintenant de réfléchir aux alternatives?

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commentaire sur "Mon buis est malade! Qu’est-ce qui se passe?"

  1. sylvicole52 dit :

    J’avais un buis malade depuis quelques années ,.Les feuilles séchaient et devenaient grises..J’ai essayé bien des traitements en vain. Pour ne pas le laisser mourrir je l’ai déménagé dans un endroit mi-ombre et l’ai ”oublié” là. A ma grande surprise, après 2-3 ans, il s’est mis a grossir et même donner des fleurs. Conclusion , quand on a tout essayé , reste le déménagement !!

  2. Hubert dit :

    Cela fait à peu près 6 ans que mon buis a fait la connaissance de la pyrale. J’investis dans des pièges pour les papillons qui reproduisent la chenille nuisible et je traite lorsque l’arbre est tout de même envahi… Cela fait beaucoup d’argent et, même biologiques, les produits sont mauvais pour le reste de la petite faune. Je pense à le remplacer par un buis japonais qui ressemble un peu au buis sans toutefois être sensible à la pyrale. Je suis en Belgique (à Bruxelles) et ne suis pas la seule à prévoir cette alternative.

  3. celadon7 dit :

    Bacillus thuriengensis 4fois l’an temps secs non venteux extérieur et intérieur du végétal mettre un masque , gants, ne pas fumer pas en short

  4. Francine dit :

    Pour ma part, les plus gros parasite qui font mourrir certains de mes buis, sont les chiens. En effet, ils adorent libérer leur vessie sur deux de mes buis… leur préférés. tout ça pendant que le / la maitre attend patiemment que son chéri se soit soulagé.

  5. janpigo dit :

    Bonjour, je ne savais pas que les buis pouvait avoir tant d’ennemis. Mais ici en France c’est la pyrale qui fait surtout des dégats. Je n’ai pas encore de problème avec les miens. Mais danbs certains jardins et parcs à la Le Nôtre, la pyrale fait de tels ravages au point qu’on remplace les buis par le houx japonais (ilex crenata) originaire de la Sibérie, Corée et Japon, rustique jusqu’à -20°. La ressemblance est telle que c’est à s’y méprendre. Mais est-ce assez rustique pour le Québec?

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