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Célébrons l’inefficacité horticole!

Par Julie Boudreau

L’hiver est bien installé. Ce matin, je savoure et je me félicite de toutes les tâches que j’aurais voulu (dû) faire au jardin, mais qui n’ont pas été réalisées. Faute de temps ou de motivation… Parce que je n’ai pas les bons outils… Parce que je devrais faire ceci avant de faire cela… Mais la plupart du temps, mon inefficacité horticole est motivée par les conséquences de mes inactions. Et ces conséquences… il n’y en a pas!

Le jardinage est l’art qui pardonne. Si j’oublie des biscuits au four (et croyez-moi, j’en ai oublié des biscuits au four), ils vont brûler. Si je ne prends pas les bonnes mesures pour scier des planches dans un projet de rénovation, on va le remarquer. Si je néglige d’entretenir ma voiture, je tomberai en panne. Par contre, si j’oublie de tailler telle branche, si je laisse mes feuilles mortes sur mon terrain, si je tonds ma pelouse deux fois par année… mon jardin poursuivra son petit train-train quotidien. Et hop, la vie!

Dans ma belle tasse du Jardinier paresseux, je savoure l’infusion du jour: pousses de sapin, molène et fleurs de tussilage de mes cueillettes personnelles; feuilles de thé des bois récoltées par ma petite cousine et miel produit par un précieux ami. Les ingrédients parfaits pour célébrer mon inefficacité horticole! Photo: Julie Boudreau

La vraie Force, c’est la nature!

Et toujours le même constat: la nature est si bien faite! Meilleure que nous, qui tentons de la reproduire artificiellement, la nature sait parfaitement trouver son équilibre. C’est la championne des cycles en boucles. C’est la seule usine où rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Pour toutes nos failles horticoles, pour toutes nos erreurs, la nature a une solution.

Mon jardin peut se passer de moi

C’est comme déchirer le cœur d’une maman. Ce jardin que l’on entretient, que l’on dorlote. Ce chouchou. On lui donne tant d’amour, de soins. Eh oui, quand on prend bien soin de son jardin, il est beau! Il fleurit. Il s’épanouit!

Mais parfois, le contraire est tout aussi vrai! Dans ma jeune vingtaine, j’ai été conseillère pour un jardin communautaire. Tout le monde venait hebdomadairement entretenir son lot. Ces jardiniers consciencieux arrosaient, désherbaient, fertilisaient. Ils coupaient les feuilles malades, tuteuraient les plants de tomates. Mais il y avait un jardin… Celui que l’on pointe du doigt… La mère et son fils sont venus tôt au printemps, semer des graines, planter des légumes. C’était bien parti. Puis, on ne les a plus jamais revus. La mauvaise herbe a envahi le lot. C’était un fouillis total.

À la fin de la saison, le président du comité de jardin a prié la dame de venir nettoyer son terrain. Elle est arrivée, avec un panier à linge, et elle l’a rempli de légumes incroyables. Dissimulées dans cette jungle de l’inaction horticole totale se cachaient les plus grosses tomates qui sont sorties de ces jardins communautaires. Elle a rempli son panier de concombres, de betteraves, de carottes, d’oignons, de choux… Ce fut pour moi une véritable épiphanie. Le début d’une grande leçon que nous enseignait LA FORCE: les plantes n’ont pas besoin de nous. Et parfois même, les plantes se débrouillent mieux sans nous.

Rester zen devant la montagne

Ainsi, ce matin, petite infusion au creux de la main, je me remémore toutes ces belles tâches horticoles que j’ai négligées volontairement. Je vois ma haie de cèdres que je taille environ tous les trois ans (alors que j’enseigne de le faire chaque année!). Ce n’est pas un beau coussin dense, mais elle est suffisamment dense pour bien jouer son rôle d’écran visuel. Je vois ce tronc de vinaigrier, mort de vieillesse, que j’ai commencé à débiter. Il dépasse du sol d’environ 2 mètres et il a été un merveilleux perchoir pour les oiseaux tout l’été. Je voyais (car maintenant, la neige les a recouvertes) les feuilles mortes dans ma cour arrière, que j’ai complètement négligé de ramasser. Je vois quelques pots de vivaces, achetées en toute fin de saison, que je n’ai pas réussi à planter à l’automne. Je sais que là où elles sont entassées, elles m’attendront. Je vois quelques branches de pommiers qui se dirigent là où elles ne devraient pas aller. Je vois la pile de briques, celles que je récupère ici et là, dans les piles de déchets des chantiers de construction. Elles attendent que je les aligne pour compléter le contour de mes plates-bandes. Je vois toutes ces petites choses que «j’aurais dû, ben dû, dont dû» et qui sont restées des œuvres inachevées. Je vois l’amoncellement, la liste sans fin, des tâches pour l’éternité… et je savoure ma petite infusion, au creux de ma main.

Étiquettes + Paresse, Inefficacité, Jardin imparfait


commentaire sur "Célébrons l’inefficacité horticole!"

  1. Colette dit :

    Bonjour,
    Vous venez de me déculpabiliser pour les travaux que je n’ai pas fait cet automne. Merci Julie! Merci la vie!
    Je vous souhaite une merveilleuse année 2024

  2. Kiki dit :

    Ha Julie, tu ne ferai jamais honte au Jardinier paresseux. Une vraie de vraie. Longue vie.

  3. Sylvie dit :

    Quelle délicieuse poésie en accompagnement de mon café matinal. C’est avec le sourire aux lèvres que je débute ma journée.
    Merci Julie pour ce clin d’oeil sur la simplicité et l’humilité.

  4. Murielle Scheffer dit :

    Bonjour, j’adore votre prose, que je ne manque jamais de lire de ma belle Provence française ! Elle me donne le sourire et de la bonne humeur ! Merci !
    Surtout, continuez 🙂
    Murielle

  5. Michèle dit :

    C’est vrai que la nature n’a pas besoin de nous , mais si je veux que mes iris retrouvent le soleil pour fleurir, il faut que je taille cette plante qui les recouvre .
    Et cette phrase “C’est comme déchirer le cœur d’une maman” , je ne la comprend pas dans le texte et elle me fait monter les larmes aux yeux…

  6. Diane dit :

    Un mot pour ton article de ce matin, Julie : WOW!!
    Que tu nous fais du bien ce matin! J’ai réellement senti un poids s’enlever de sur mes épaules en sirotant mon petit café ce matin… faute d’une meilleure infusion. 🙂
    Quelle belle histoire (et vraie en plus) que celle de cette dame remplissant son panier à linge de beaux et bons légumes frais!! En te lisant, il m’est venu en tête un bout d’une magnifique chanson de Georges Moustaki : « Il y avait un jardin qu’on appelait la terre…. on pouvait s’y nourrir à toutes les saisons sur la terre brûlante ou sur l’herbe gelée et découvrir des fleurs qui n’avaient pas de nom… La la la la la la…»
    Merci Julie!

  7. Renée-Johanne Campeau dit :

    Un vrai plaisir de vous lire ce matin. Il y a deux semaines, je regardais ma liste de choses à finir au jardin. Il ventait fort, le ciel était gris et l température autour du zéro. J’ai essayé de me motiver à sortir, comme si les jardins, potagers et le terrain étaientt en danger si je ne finissais pas mes travaux. Et puis je me suis mise à sourire : je retrouverai tout cela tel quel au printemps. Et se sera un plaisir de retourner jouer dehors, et non une corvée sous le vent et le froid. Merci pour ce texte qui réconforte.

  8. France Martel dit :

    Simplement merci!

  9. Sylvie F. dit :

    Tellement vrai et beau!

  10. Natacha dit :

    Merci pour ce beau message, je me sens beaucoup moins coupables……Car de mon côté moi aussi toute en travaillant dans le domaine, j’arrive le soir et la motivation n’est plus la même qu’au matin avant d’aller travailler, je me dis toujours qu’à mon retour je devrais faire tel ou tel chose mais la fatigue et la paresse l’emporte….. Donc résultat je suis parti au chaud pour faire mon plein d’énergie et je me dis que toute ces plantes et arbustes vont m’attendre patiemment, merci pour l’encouragement ??

  11. Robert dit :

    Déculpabilisé jugé innocent! Merci . Monsieur le Juge!

  12. Carmen dit :

    Douçe Julie, je t’adore, tu es une merveilleuse dame, j’aime te lire tous les samedis et ça me réconforte , je te souhaite un très joyeux temps des fêtes rempli d’amour Joie tendresse paresse et surtout de santé mercis tellwmet pour tous tes articles de l’an 2023

  13. claire martel dit :

    Bel article qui décoince! Tout à fait dans l’esprit d’un jardinier paresseux. Merci d’indiquer cette “ouverture” au jardinier qui veut “bien faire” et se renseigne, veut se tenir à jour, en vous lisant.

  14. Manon dit :

    MERCI! J’ai travailler comme jardinière pour un particulier très influent. Je tenais ses jardins, à la fin de ma saison de travail tous était terminée tout était parfait. Je suis maintenant à ma retraite et je prends sa un peut plus cool.

  15. Julie N. dit :

    Hooooo que ça fait du bien, ce doux texte, ce matin!

    • Isabelle Vinet dit :

      N’étant pas une force de la nature et me sentant vieillir, j’ai rempli mon jardin ces dernières années d”arbustes, de grimpantes, de couvre-sol, de hostas et de plantes indigènes. Cet été, je n’ai pas pu m’en occuper, étant accaparée par d’autres problèmes. Mon jardin n’a jamais été aussi beau! Cet automne, il était encore plus magnifique et je me disais que oui, je peux lui donner un coup de pouce, mais que la nature est bien plus forte que moi. je l’ai parcouru en le remerciant comme une vielle folle. Bravo au jardinage paresseux.

  16. Anonyme dit :

    Toujours intéressant et ce matin je me suis reconnue

  17. Dave dit :

    Belle lecture d’hiver, j’adore. Je crois que ça reflète tout ce qu’un ou une jardinier paresseux vie 😉

  18. Céline dit :

    J’ajoute mes mercis aux éloges précédentes… pour l’instant j’aime regarder tout ce blanc qui recouvre ce qui dort et qu’on retrouvera avec bonheur dans quelques mois. C’est toujours plaisant de te lire ?

  19. Diane Perron dit :

    Longue vie à la paresse! La nature, forte comme elle est, se moque de nos caprices, de nos petites manies, de nos modes éphémères et originalités superficielles, elle a sa propre certitude. Il faut lire Suzuki qui raconte comment un arbre multi-millénaire dont tout le monde avait prédit la chute car il s’était trop incliné vers le sol et qui s’était majestueusement redressé, formant un arc harmonieux et avait relancé sa tige principale vers le ciel, défiant le temps, les préjugés de l’esthétique et les prédictions du monde savant. La nature possède en elle cette certitude qui dépasse l’entendement. J’ai une molène dans ma cour, une seule, qui ne repousse jamais au même endroit. Elle voyage du nord au sud, de l’est à l’ouest. Je la cherche et la salue à chaque printemps. Ma fille s’informe à son sujet à chaque année. Elle me demande où la princesse du Moyen-âge a niché pour l’été. C’est comme un jeu entre nous. Mes petits-fils effleurent doucement ses feuilles velouteuses puis vont jouer. Douce, magique et sublime, elle reviendra…

  20. Normand Filiatreault dit :

    Bonjour Mme Boudreau,
    Votre article est des plus intéressant et je vous avoue que café à la main, regardant ma cour, je viens de me sentir moins coupable de ma paresse estivale !!
    Bonne année 2024 à vous et votre famille.

  21. Marie-Hélène Arel dit :

    Idem .. j’ai particulièrement apprécié votre phrase «  Le jardin l’art qui pardonne «  vous me permettrez de l’utiliser j’espère .J’adore c’est tellement vrai

  22. Juliette dit :

    Les plantes qui ne se débrouillent pas toutes seules meurent…et bien tant pis

  23. Anonyme dit :

    Bonjour,
    Je suis toujours heureuse de vous lire. Vous me faites sourire. Je pense comme vous; il faut se déculpabiliser. La nature sait se passer de nous. Pour vous suivre dans vos «je devais le faire» j’ai remis à la grâce de Dieu mon ficus. Le pauvre est déplumé. J’ai abandonné ma bataille pour le maintenir dans un standard de beauté. J’en ai peut-être trop fait. Je lui ai redonné sa liberté en cessant de m’acharner. J’ai décidé de l’aimer comme il est. On verra bien…

  24. alice dit :

    Bonjour,
    Je suis toujours heureuse de vous lire. Vous me faites sourire. Je pense comme vous; il faut se déculpabiliser. La nature sait se passer de nous. Pour vous suivre dans vos «je devais le faire» j’ai remis à la grâce de Dieu mon ficus. Le pauvre est déplumé. J’ai abandonné ma bataille pour le maintenir dans un standard de beauté. J’en ai peut-être trop fait. Je lui ai redonné sa liberté en cessant de m’acharner. J’ai décidé de l’aimer comme il est. On verra bien…

  25. Danielle dit :

    Santé… (ici, entendre le petit click de nos tasses d’infusion qui s’entrechoquent doucement). C’est avec un sourire que je vous lis sirotant une infusion de sauge, origan et échinacé (récoltes du jardin).

  26. Diane P dit :

    Bon matin, quel plaisir pour moi de réaliser que malgré mes oublis, mes inactions, la nature est là pour mettre de la couleur dans nos vies! Joyeuses Fêtes avec plein de bonheur et surtout la santé!

  27. Isabelle Bernier dit :

    Merci pour cet écrit ! Vous me confirmez que je fais réellement partie de la belle famille des Jardiniers Paresseux ! Pour preuve, je voulais aujourd’hui profiter du redoux pour mettre en terre plusieurs bulbes oubliés… Mais je suis encore à vous lire tout en sirotant un café bon café chaud alors que la brunante s’installe déjà en cette période d’équinoxe….

  28. Julie Boudreau dit :

    Vos commentaires sont absolument splendides. Merci tout le monde! Quel bonheur de lire VOS parcelles de bonheur! Je vous souhaite un merveilleux temps des Fêtes! Bisou!

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