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La sarracénie pourpre, cette charmeuse d’insectes

Par Julie Boudreau

Les plantes insectivores sont teintées de mystères. La sarracénie pourpre n’y échappe pas. Ses feuilles modifiées en urnes allongées sont devenues de redoutables pièges pour quiconque est séduit par le doux arôme du nectar. Qui sera sa prochaine victime? Peut-être un jardinier…

La sarracénie pourpre est surtout présente dans les tourbières. Photo: Wikimedia Commons

Les plantes insectivores en général gagnent en popularité et la sarracénie pourpre est la plante conseillée pour une première expérience avec les plantes insectivores. Cette plante indigène s’étend sur toute la côte est américaine et traverse le Québec jusqu’aux régions nordiques de la province. Là où il y a une tourbière, un marais ou un lac en terrain acide, on est susceptible de croiser la sarracénie pourpre. Toutefois, dans plusieurs états et provinces, cette plante est sur la liste des espèces rares et menacées d’extinction. Ce n’est pas encore le cas au Québec, mais il est fortement déconseillé de la cueillir en nature.

La sarracénie «en action»

Assise dans sa tourbière, la sarracénie attend sagement que la nourriture tombe du ciel, sous forme d’insectes volants. En effet, là où pousse la sarracénie, les sols sont très acides et cette acidité bloque l’absorption de presque tous les minéraux, en particulier l’azote et le phosphore. Pour se procurer ces éléments nutritifs, la plante attire les insectes grâce à un nectar sécrété dans les feuilles. Assoiffés, les insectes pénètrent dans le tube que forme la feuille. Pour empêcher ses captures de s’évader, l’intérieur de la feuille est recouvert de poils orientés vers le bas. À bout de souffle, la victime finit par se laisser tomber au fond de la feuille. Contrairement à la croyance populaire, le liquide présent dans la feuille n’est pas un acide, mais simplement de l’eau de pluie. Pour digérer les insectes, la sarracénie produit des enzymes digestives (rien de très corrosif) et profite aussi des enzymes libérées par des bactéries qui vivent dans les feuilles. Pas de bouche articulée ni de dents acérées. C’est ce qu’on appelle un piège passif.

Le pourpre à la mode

Les feuilles sont veinées de pourpre et surmontées d’un genre de rabat, appelé l’opercule. Sur d’autres espèces, l’opercule sert à bloquer le passage de la lumière afin de désorienter les insectes, mais dans le cas de la sarracénie pourpre celui-ci se dresse presque à la verticale. Ces feuilles se développent sur un rhizome qui peut vivre de 20 à 30 ans.

Si la feuille est fascinante, la fleur l’est tout autant. Tôt au printemps, une curieuse fleur rouge foncé, d’apparence cireuse se dresse nettement au-dessus du feuillage. Les pétales de la sarracénie sont repliés sur eux-mêmes, ce qui donne une allure de pomme de douche à collerette.

La fleur de la sarracénie pourpre est unique et assez spectaculaire. Photo: Julie Boudreau

Culture et entretien

Les sarracénies pourpres ont trois exigences de base: un sol acide, un sol humide et le plein soleil. À partir du moment où on peut combler ces conditions, elles se cultivent en plusieurs endroits.

Elles font fureur comme plantes de bordure du jardin d’eau. On les plante dans un mélange de 50% de terre existante et de 50% de mousse de tourbe humidifiée. On peut aussi les cultiver dans des marais spécialement aménagés pour les plantes de milieux humides. Pour créer un marais, on creuse une fosse de 30 à 40 cm de profondeur sur la largeur et la longueur voulue. On recouvre le fond et les côtés de la fosse d’une membrane comme celles utilisées pour la confection de bassins. Puis on remplit la fosse d’un mélange de deux tiers de mousse de tourbe humidifiée et d’un tiers de sable grossier. Plus simplement, une belle talle de sarracénies pourpres dans un contenant décoratif est tout ce qu’il faut pour mettre du piquant sur une table de jardin ou aux abords d’une terrasse. Il s’agit de planter directement dans la sphaigne longue. On peut aussi concocter un mélange maison contenant deux parts de perlite, une part de sable grossier et une part de mousse de tourbe bien humidifiée. On s’assure qu’il y ait toujours de l’eau dans la soucoupe.

Arrosage

Pour des sarracénies en santé, il faut garder le sol constamment humide. L’idéal est d’arroser seulement avec de l’eau de pluie ou de l’eau déminéralisée, mais un arrosage à l’eau traitée de temps en temps est acceptable.

Compte tenu de ses conditions de culture particulière, il va de soi que les meilleurs compagnons pour les sarracénies sont d’autres plantes insectivores ou des plantes qui aiment les terrains tourbeux et humides comme les kalmias (Kalmia spp.), le thé du Labrador (Rhododendron groenlandicum) ou la camarine (Empetrum spp.). On évite de planter trop serré, car les sarracénies profitent d’une exposition ensoleillée et ne sauraient survivre à une compétition féroce au niveau des racines.

Quelques hybrides de sarracénies

Comme toutes les plantes admirées par les jardiniers, il s’est développé, au cours des années, quelques cultivars, tous issus d’autres espèces de sarracénies que l’on retrouve ailleurs dans le monde.

La sarracénie ‘Dana’s Delight’ produit des feuilles plus allongées et étroites que celle de la sarracénie pourpre. Le bout des feuilles est un blanc veiné de rose foncé. Le cultivar ‘Tarnok’ (Sarracenia leucophylla ‘Tarnok’) propose des feuilles portant des veines rouge foncé sur un fond blanc.

Étant une grande amoureuse des tourbières, découvrir une petite colonie de sarracénies pourpres est toujours un beau cadeau!

Quelques sarracénies, trouvées sur les îles de Mingan. La plante, le lieu, le paysage. Quels beaux souvenirs! Photo: Julie Boudreau

Étiquettes + Sarracenia purpurea, Tourbière


commentaire sur "La sarracénie pourpre, cette charmeuse d’insectes"

  1. Manon dit :

    Très intéressant. Je ne connaissais pas cela….merci

  2. RALB dit :

    Plante magnifique. Depuis 1954, fleur officielle de Terre-Neuve Labrador.

  3. Louise dit :

    C’est en effet une plante magnifique et fascinante !

  4. Anne dit :

    Merci Julie pour cette découverte !
    Une fleur particulière et gobe-insecte d’ici
    L’emblème du Labrador avec raison
    C’est magnifique !!
    Vais faire un coin humide mais devrai faire grosse recherche pour vraiment créer un espace où elle sera bien. Hors de question de risquer autrement.
    & bon hiver !

  5. Nathalie dit :

    Si chalet, en Mauricie sur la zec du gros brochet il y en a une qui pousse depuis plusieurs années. Elle fleuri à chaque année. Mais on tiens son lieu secret pour la conserver intacte.

  6. celadon7 dit :

    carnivore oui ,pas gourmande un insecte suffit .une fois la proie digérée il lui faudra un moment de repos avant de se remettre à table .Cette plante vue en Haute Marne à Aubepierre sur Aube près d’un milieu humide

  7. gilles bergeron dit :

    j’en ai un plan dans mon étang depuis 20 ans et il fleurit à chaque année

  8. Diane dit :

    Merci pour cet autre article super intéressant et instructif, Julie!
    Toujours un plaisir d’en apprendre plus sur les plantes et la nature qui nous entoure!

  9. Gérald Tapp dit :

    Ça semble être difficile à trouver: rien dans les centres-jardins de Rimouski.

  10. Pauline Arseneau dit :

    C’est une très belle plante que l’on retrouve aux Îles de la Madeleine.

  11. Danie dit :

    Ouf! Bien intéressant, mais avec cet article est-ce qu’elle risque d’être pourchassé et devenir une rareté en voix de disparition… Cependant, félicitations à
    ceux qui gardent le secret, c’est très responsable.

    • Louise dit :

      J ‘ai croisé la route d une sarrcenia pourpre. Je n étais pas au fait de sa rareté je l ai amené à la maison et j y ai développé autour d elle une vrai passion. J’ai découvert aussi plein de personnes et de marché pour M en procurer.

  12. aimerais savoir pour notre jardin quoi mettre pour 2224 au jardin avoir des vers de terre sa prend quoi? merci avance

  13. Carmen dit :

    Bonjour bella, WoW trop intéressant
    Je vais faire un coin humide mais avant je vais chercher le meilleur coin dans mon jardin en fouilli pour vraiment créer un espace où elle sera bien.

  14. Jean Denis Brisson dit :

    Toujours intéressant les textes de Julie. Il existe un petite noctuelle peu connue liée à la sarracénie: Exyra fax. La chenille tisse une toile dans l’opercule des feuilles rétrécies. Puis à un moment donné, la chenille migre dans la tête de la sarracénie lorsque celle-ci est en phase de produire sa capsule de graines. Elle se fore un chemin dans cette capsule et mange les graines avant d’y puper. Elle sort ses excréments par une petit chemin et j’y ai vu une araignée qui l’attendait. C’est ce comportement de l’araignée qui m’avait intrigué: elle attendait qui ?? Et j’ai pu élever la chenille. L’information se trouve dans Louis Handfield – Le Guide des papillons du Québec, version scientifique, Broquet, pp. 758-759. L’auteur y donne aussi les lieux alors connus de la distribution limitée de petit papillon. Mais lorsque je trouve des têtes de sarracénie à ce temps-ci dans des tourbières, marécages, etc., je regarde et je trouve Exyra fax dans divers endroits où la distribution était inconnue jusqu’à maintenant. Ouvrez l’oeil et vous serez surpris.

  15. rejean filiatrault dit :

    Je me suis fait mordre 🙂
    Plante facinante indigène . Et il en un autre…Beaucoup plus petite ” Quel est son nom ? plus vorace …??? commence par un D et ronde…

  16. Agnes dit :

    En possède plusieurs sur mon terrain, une dizaine, une richesse au jardin
    Ville de Québec
    Merci pour ce bel article

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