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Pesticides : La récompense de la peur

Je suis, et j’ai toujours été, un jardinier écologiste. J’aimerais prétendre que c’est parce que, dans la sagesse de ma vision mondiale, je vois les terribles dégâts causés par l’abus des pesticides et que je ne veux pas contribuer à ce fléau, mais, honnêtement, ce n’est pas cela du tout. C’est que j’ai peur.

Peur des pesticides

C’est vrai! J’ai une peur bleue des pesticides, chimiques comme biologiques (n’essayez pas de me faire croire que le pyrèthre est moins dangereux que le malathion, juste parce qu’il est d’origine végétale!). C’est à peine si j’accepte d’utiliser du savon insecticide (comme je me lave avec du savon tous les jours, j’espère que c’est sécuritaire!) dans les cas les plus urgents! Quand je vois des gens, debout sur leur gazon, en culottes courtes, t-shirt et sandales, tête nue, vaporiser un produit tellement dangereux qu’on suggère dans le mode d’emploi de se recouvrir tout le corps, de porter un masque et de laver ses vêtements séparément, je n’en reviens pas de leur témérité. J’aimerais mieux sauter en parachute: il me semble que c’est beaucoup plus sécuritaire. Que ces gens sont courageux!

De plus, ce n’est pas simplement celui qui traite qui est brave, mais toute sa famille. Imaginez, immédiatement après le traitement, ses enfants s’en vont joue sur la pelouse, son chien va y faire ses besoins et sa femme étend le linge sur la corde (O.K., ne soyons pas sexistes… le couple, ensemble, étend le linge sur la corde)… au-dessus du gazon contaminé! Je trouve cela courageux sans bon sens! Encore plus braves sont ceux qui traitent leurs pommetiers et leurs légumes. C’est une chose de se rouler dans un poison, mais faire exprès pour le manger, quelle hardiesse!

Jardiner sans utiliser de pesticides

Heureusement pour les gens peureux comme moi, il est facile de jardiner sans utiliser de pesticides dangereux. De plus, très souvent, les jardins des gens qui n’appliquent pas de pesticides sont plus attrayants que ceux des gens qui en utilisent.

L’exemple d’une pelouse traitée aux herbicides

Prenez, par exemple, le cas d’une pelouse traitée régulièrement aux herbicides. C’est vrai qu’on y trouve moins de mauvaises herbes, mais le gazon est plus jaune que celui du voisin qui ne traite pas et il y a plus de plaques de gazon mort ou faible. Que voulez-vous, les herbicides empoisonnent non seulement les «mauvaises herbes», mais aussi les bonnes graminées, c’est juste une question de degré (les mauvaises herbes à feuilles larges absorbent plus d’herbicide que les graminées, à feuilles étroites).

Photo: Canva

Alors, pour faire verdir et pour faire revenir les plaques faibles, on applique plus d’engrais. Et comme on applique beaucoup d’herbicide et d’engrais, l’équilibre du gazon est perturbé et les insectes indésirables, généralement bien contrôlés par les insectes prédateurs et les oiseaux sur une pelouse non traitée, prolifèrent. Il faut donc traiter avec un insecticide pour les contenir. Alors commence le «cercle vicieux du jardinier courageux»: plus il traite, plus il doit traiter.

Personnellement, j’aime mieux vivre avec quelques mauvaises herbes dans le gazon. Comme je suis trop peureux pour traiter à l’herbicide, mon gazon est naturellement très vert et je n’ai pas à appliquer souvent de l’engrais. C’est encore plus vrai que, trop paresseux pour les ramasser, je laisse les rognures de gazon sur place, ce qui fournit automatiquement au gazon des éléments minéraux. Et je n’ai jamais eu de problèmes majeurs avec des insectes nuisibles. Je mets cela sur le dos du «cercle vicieux du jardinier paresseux»: moins il traite, moins il doit traiter. Ce n’est pas drôle, n’est-ce pas, comme on peut se permettre d’être paresseux quand on laisse la nature s’occuper des choses?

La plate-bande et le potager

C’est la même chose dans la plate-bande et le potager. Comme j’ai bien trop peur de traiter, les animaux prolifèrent, les bons comme les mauvais. Des coccinelles, j’en ai des tonnes. Des oiseaux aussi! C’est ainsi que s’installe une véritable guerre, meurtrière comme ça ne se peut pas, entre bons et méchants. Heureusement, les bons gagnent presque toujours. Même quand les mauvais semblent sur le point de gagner, que mes capucines sont pleines de pucerons, par exemple, si je peux paresser encore une journée ou deux, la colonie de pucerons diminue toujours, parfois attaquée très visiblement par les coccinelles ou les colibris, parfois sans aucune raison particulière.

Photo: Frank Cone

«L’équilibre naturel»

C’est drôle, mais on appelle cette guerre «l’équilibre naturel», contrairement aux traitements chimiques qui, eux, ressemblent drôlement à du nettoyage ethnique!

De toute façon, meurtrier ou pas, l’équilibre naturel demande peu d’intervention et, en tant que jardinier paresseux, je ne suis que trop heureux de l’encourager… en évitant, entre autres, de planter des végétaux sujets aux maladies et aux insectes. Ainsi, il n’est pas question que je plante des rosiers hybrides de thé, reconnus mondialement pour leur manque total de résistance aux maladies ou aux insectes, dans mes plates-bandes. J’ai bien trop peur de tous les pesticides qu’il faudrait y appliquer pour les garder en vie. Si je plante des rosiers, ce seront des variétés reconnues pour leur capacité de résister à tout.

Résumons. Donc ma cour est plus verte que celle de mon voisin et nécessite moins de travail aussi, et cela, tout simplement parce que j’ai peur? À bien y penser, j’aime autant être peureux!


Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans la revue Fleurs, plantes et jardins en avril 1999.

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commentaire sur "Pesticides : La récompense de la peur"

  1. Anonyme dit :

    Vous êtes mon idole moi aussi jsi peur et je suis paresseuse!!

  2. Helene dit :

    J’ai été quelques années à utiliser les services saisonniers d’une entreprise de traitement de pelouse. Le gazon était “potable” sans plus, mais avec infestation majeure de fourmis qui nous montaient même aux jambes lors de la tonte du gazon, pour vous dire! Les traitements promis n’y ont rien fait. À une étape de ma vie, j’ai offert des services canins chez moi; tout semblait normal, jusqu’au jour où ma fille s’est retrouvée couverte de rougeurs après avoir joué sur la gazon avec nos pensionnaires à 4 pattes. Les chiens ne le sentaient pas, dû à leur fourrure, mais l’humain qui s’y frottait se parait de rouge vif irritant. Il n’a pas fallu longtemps pour trouver le coupable, le traitement pourtant “garanti” naturel. Ben oui toi!! Je n’ai jamais renouvelé le traitement par la suite. Aujourd’hui j’ai une belle biodiversité sur mon terrain, qui se pare de jaune et de violet au gré des saisons, et j’en suis très heureuse!

  3. Gilles Laplante dit :

    J’ai essayé ça le naturel dans mon jardin. J’ai presque perdu tous mes poireaux, la moitié de mes céleris et tous mes choux-fleurs. Depuis, j’ai ressorti avec bonheur mes pesticides que j’utilise avec précaution.

    • Sonia dit :

      Pour éviter les insectes indésirables au jardin, le meilleur moyen, sans pesticides, est de couvrir les plants avec un filet ou un voilage mince. Ça fonctionne très bien.

    • Guignes dit :

      Sachez que le mot précaution ne peut pas s’appliquer aux pesticides.
      Ni les combinaisons, ni rien ne vous protège vraiment. Je sais de quoi je parle puisque 30 ans d’arboriculteur.

    • Agnes dit :

      Pour répondre à Gilles Laplante :
      Connaissez-vous la toile flottante!
      Alors vous devriez l’utilisez, ça vous permettrait de ne plus utiliser de pesticides
      De cette façon, vous contrôlez très bien les insectes sans pesticides et vos légumes seront beaux et bons
      À quoi ça sert de cultiver des propres légumes et de mettre pleins de pesticides!
      Franchement…

  4. Violette Tardif dit :

    Ma pelouse n’a jamais été aussi verte depuis que j’ai semé du trèfle blanc. Beaucoup, beaucoup moins de tontes, plus besoin d’arroser et fini les traitements de pelouse.

    • diane blais dit :

      fini les arrosages de compagnies! J’ai investi le montant dans du micro-trèfle (pas donné cependant). Du compost d’algues marines. Je répands aussi du compost maison et des feuilles déchiquetées. Et voilà: pelouse verte tout l’été et surtout pas de vers blancs ni de punaises de céréales qui abîmaient des grandes surfaces. Côté esthétique, il est certain qu’une pelouse genre terrain de golf, est plus attirante au regard; Cependant, j’ai retrouvé une vie souterraine comme les vers de terre qui avaient disparu en peu d’années. Excellente décision, je me sens plus en harmonie avec la VIE!

  5. France Heroux dit :

    Je demeure près d’un lac donc aucun pesticide depuis presque 20 ans je couvre les plants du jardin avec un filet pour les choux lorsque la saison des papillons arrive et je fais du compagnonnage ce qui fonctionne bien.

  6. Lalou dit :

    moi aussi j’ai peur des pesticides et je n’en ai jamais utilisé. Aussi, je ne peux pas faire cet affront à la terre, lui déverser des substances toxiques me semble complètement irresponsable, contre-intuitif et contre-productif. la terre en arrache déjà suffisamment.

  7. Je viens de faire un peu de jardinage et constaté le nombre impressionnant de moustiques !
    Que dois faire afin d éviter d utiliser des pesticides !!!

  8. Aygues31 dit :

    Bonjour à tous,
    Gilles Laplante, un imposteur qui vante les pesticides !!! …
    Bienvenue, car tu as dit le plus important : “mes pesticides que j’utilise avec précaution.” et j’y rajouterai “et avec parcimonie”.
    Fatigué de ces inconditionnels du naturel qui hurlent “haro au chimique” et mettent l’azote des engrais au pilori. L’air que nous respirons n’est pas que le bel oxygène produit pas les arbres de nos forêts car il contient 78% d’azote !!!

    Paracelse nous confiait au XVIe siècle ! <>
    Et ainsi, il fut décidé, au 1er janvier 2019, d’interdire la vente des produits de traitement du potager parce que les jardiniers étaient accusés de doubler, voire tripler, les doses préconisées afin de s”assurer de l’efficacité des traitements.
    Faisaient-ils la même chose avec l’ordonnance du médecin ? Non, bien sûr mais … au jardin, peu importe !!!

    Et voila pourquoi nous ne pouvons plus traiter les vols de piérides dans nos choux, l’infestation des noctuelles qui nous laissent 2 salades sur les 20 repiquées et le sclérotinia qui détruit nos plants de fraisiers.
    <>. La petite dose de “décis” : 3 ml dans 10 litres d’eau du pulvé. était le raisonnable (c’est 0, 03 cm³/m²) mais !!!!! un bouchon entier (bof!!!) l’aberration totale mais aussi irrespectueuse de la nature !

    Et que donc, nos potagers souffrent maintenant des prédateurs et des maladies cryptogamiques qui les assaillent pendant que le voisin céréaliers pourra continuer de faire rougir sa prochaine parcelle de céréales bien désherbée au glyphosate (Roundup) … car lui, agriculteur, respecte les dosages inscrits sur l’emballage … on a gagné !!!!

  9. Aygues31 dit :

    Et pourquoi ce qui était écrit entre a disparu ?
    J’avais écrit :
    Paracelse nous confiait, au XVIe siècle, ! : Rien n’est poison, tout est poison, c’est la DOSE qui fait le poison.

    Et plus loin :
    Le trop et le peu gâtent la jeu … La petite dose de “décis” : 3 ml dans 10 litres d’eau
    @+

  10. Vieux paresseux dit :

    @Aygues31
    Je ne suis pas sûr (!) que citer Paracelse, champion de l’alchimie, et malgré toute sa curiosité scientifique, soit le meilleur argument… Il est mort à moins de 50 ans.
    Mais si tout est dans la dose (ce que confirme Michel Audiard faisant référence à la digitaline…), êtes-vous prêt à démontrer sa théorie avec de l’arsenic ou de l’aconit, ou encore quelques champignons sauvages australiens?
    Je vous le déconseille (très) fortement.

  11. Vieux paresseux dit :

    oups….
    parti trop vite.
    Les pluies incessantes m’ont forcé (ou ont contribué) à négliger mon jardin cette année… Je n’ai jamais vu autant de fleurs sauvages et d’insectes inconnus venir butiner. En revanche les maringouins/moustiques en langue locale ont fait les délices des redoutables libellules et des grenouilles (plusieurs espèces de chaque) au point de leur faire négliger ma peau!
    Alors mettez un filet sur les choux, comme tous les jardiniers paresseux et évitez d’intoxiquer votre foie ou votre moelle osseuse… Vous verrez, ça fait des merveilles.

  12. Aygues31 dit :

    Bjr Vieux paresseux,
    Paracelse est mort à 48 ans, certes, mais dans les années 1500 c’était pas si mal que cela.
    Mon foie et ma moelle se portent bien car la juste dose de chaque chose a toujours été ma philosophie. C’est sur ce point du respect des doses de tout médicament ou produit phytosanitaires que reposait mon intervention.
    Respecter les doses de traitement des maladies et prédateurs au potager, ce qui, malheureusement, semble être très loin des préoccupations de trop de jardiniers.

    Et, se servir de l’arsenic pour douter de cet intérêt n’est très honnête. Encore que !!! Mithridate pourrait nous aider à le supporter. Quant aux champignons, pas la peine d’aller en Australie pour rejoindre l’au delà avec une fricassée de Lepiota brunneo-incarnata ramassée, par une funeste erreur dans la pelouse du jardin, en ce moment, et confondues ces jolis marasmes des oréades, souvent nommés d’une façon imagée “bouton de guêtres”.

    Quant au filet anti piéride sur mes choux, oui c’est une bonne solution mais, c’est aussi du plastique qu’on retrouvera l’an prochain dans la poubelle. Cela n’empêchera pas, toutefois, les noctuelles de bouloter mes salades traitées avec un produit biologique qui se sera révélé inefficace, comme la plupart d’entre eux !!! et je suis le premier à le regretter.
    Et oui … le trop et le peu gâtent le jeu.

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