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Ces pommiers qui n’ont pas de maladies

Par Julie Boudreau

Un des enjeux principaux quand on veut cultiver des arbres fruitiers dans une approche écologique est de trouver des variétés qui sont résistantes aux maladies. Pas de maladies, pas de traitements avec des fongicides. Logique!

La quête pour ces pommiers exempts de maladies a débuté dans les années 1950, mais c’est vraiment dans les années 1980 et 1990 que la plupart des variétés que l’on aime encore à ce jour ont été développées. En voici quelques-unes qui présentent une bonne résistance à la tavelure, à la brûlure bactérienne et au mildiou, les trois maladies les plus courantes chez les pommiers. Il s’agit aussi d’une sélection de variétés de pommiers particulièrement rustiques en zone 4 et même en zone 3, pour certaines.

Le pommier ‘Belmac’

Commençons avec celle que je cultive dans mon propre jardin depuis plus de 20 ans, la ‘Belmac’. Cette variété se veut une amélioration de la McIntosh, mais c’est un croisement complexe, notamment entre la ‘Melba’ et la ‘Spartan’. Comme bien des variétés présentées aujourd’hui, cette pomme est le résultat des travaux de recherche des anciennes fermes expérimentales d’Agriculture Canada, les mêmes qui ont développé les rosiers de la série des Explorateurs. Elle a été introduite sur le marché en 1996.

La ‘Belmac’ est une pomme de taille moyenne, dont la pelure est rouge pourpre à 90%, sur un fond de vert. C’est une très bonne pomme à croquer que l’on récolte environ une semaine après la McIntosh, donc elle est assez tardive. Dans mon jardin, ce pommier a une généreuse production une année sur deux. C’est la pire pomme pour faire de la compote, car elle ne se désagrège pas en purée à la cuisson. Par contre, pour faire de belles tartes avec des tranches parfaitement arrangées en spirales, elle excelle! C’est aussi une très bonne pomme de conservation que je peux garder au frigo jusqu’en janvier.

La pomme ‘Belmac’. Photo: Julie Boudreau

Le pommier ‘Freedom’

Les amateurs de jus de pomme ou de cidre vont s’intéresser davantage à la pomme ‘Freedom’. Arrivée sur le marché en 1983, elle est originaire des travaux de la station expérimentale d’agriculture de Geneva, à New York. On retrouve dans son lignage un peu de ‘Golden Delicious’ et quelques variétés anciennes comme la ‘Antonovka’ et la ‘Macoun’.

C’est une pomme de 80 à 100% rouge sur fond jaune. Les lenticelles, ces petits points blancs, sont bien visibles sur sa chair. Elle est de taille moyenne et de forme légèrement aplatie. On la récolte un peu après la ‘McIntosh’. C’est une pomme à saveur unique et intéressante qui est aussi bonne en purée ou en tarte. Elle présente une bonne durée de conservation. On dit aussi de cette pomme que ce ne serait pas un bon choix pour le verger, parce qu’elle exige une taille complexe pour produire de façon régulière d’année en année, mais que pour un arbre familial, c’est un excellent choix. Il est aussi rustique en zone 3.

La pomme ‘Freedom’. Photo: Pépinière Dominique Savio

Le pommier ‘Liberty’

Très populaire dans les vergers biologiques (et même dans les vergers conventionnels), on croise souvent la ‘Liberty’ sous son nom francisé de ‘Liberté’. Aussi développée à New York, et introduite en 1978, c’est une variété que l’on consomme surtout en pomme à croquer ou en transformation. Elle se conserve moins longtemps que la ‘Belmac’ ou la ‘Freedom’.

C’est une pomme rouge à 90% sur fond jaune-vert, parfois de forme inégale. C’est une variété très tardive et on la dit souvent plus productive que la ‘McIntosh’ ou la ‘Empire’.

La pomme ‘Liberty’. Photo: Pomiferous

Le pommier ‘Redfree’

La ‘Redfree’ est une variété hâtive, introduite en 1981, et issue d’une collaboration entre les universités de l’Indiana, de l’Illinois et du New Jersey. Elle a dans sa lignée un peu de la variété ancienne ‘Raritan’, qui, elle-même, est issue de la ‘Melba’.

Également une pomme de taille moyenne, elle est couverte à 95% de bandes rouges sur fond jaune verdâtre. C’est une pomme qui est très bonne au goût, à consommer fraîche ou à entreposer (environ 2 mois). On la compare quelquefois à la ‘Paulared’. C’est aussi une pomme très intéressante en climat nordique, car elle est rustique jusqu’en zone 3.

La pomme ‘Redfree’. Photo: Pépinière Dominique Savio

Le pommier ‘Richelieu’

Une autre variété, développée par Agriculture Canada et introduite en 1990, qui a dans sa parenté la ‘Melba’, la ‘McIntosh’ et la ‘Rome Beauty’. C’est une très belle pomme, un peu plus petite que les autres, couverte d’un rouge moyen sur 85% de sa surface, sur fond vert pâle. Sa saveur est particulièrement intéressante, car la ‘Richelieu’ est très sucrée et aromatique.

Un peu plus hâtive que la ‘McIntosh’, on l’utilise principalement pour les desserts. Sa durée de conservation est d’environ 3 mois. Elle est bien rustique en zone 4a.

La pomme ‘Richelieu’. Photo: Pomiferous

Le pommier ‘Rouville’

Parmi cette belle sélection de pommiers résistants aux maladies, la ‘Rouville’ est la variété la plus hâtive. C’est une grosse pomme développée par Agriculture Canada et introduite en 1983. Elle est issue d’un croisement complexe entre la ‘Red Melba’, la ‘Wolf River’ et la ‘McIntosh’. ‘Rouville’ a aussi dans son bagage génétique le Malus atrosanguinea 804, un colocataire du «821», dont les gènes sont présents dans la plupart des pommiers résistants aux maladies que nous connaissons (voir l’encadré ci-bas).

Rouge foncé à 85% de sa surface sur fond jaune vert, la ‘Rouville’ est une pomme très sucrée qui davantage appréciée pour le jus ou la cuisson. Elle peut se conserver 2 mois. Elle est parfaite pour tout! Ce pommier est fort intéressant pour les petits jardins, car il est autofertile. Cela dit, sa production augmente considérablement si un second pommier se trouve à proximité. C’est un excellent choix pour les jardins en zone 3.

La pomme ‘Rouville’. Photo: Pépinière Dominique Savio

Le pommier ‘Trent’

Ce pommier tient son nom de la ferme expérimentale de Trenton, en Ontario, lieu de sa création, en 1979. La ‘Trent’ est d’un rouge moyen sur 60 à 100% de sa surface, avec un fond jaune-vert. C’est une pomme à chair ferme, au goût un peu acide, que l’on consomme fraîche. Elle est aussi très intéressante pour la transformation. Ce sera une des dernières pommes à récolter à l’automne.

La pomme ‘Trent’. Photo: Pépinière Dominique Savio

Le Malus floribunda 821: discret, mais partout!

Ce petit pommetier méconnu de tous est une grande vedette chez les pommiers résistante aux maladies. En effet, Malus floribunda 821 figure dans le bagage génétique de pratiquement toutes les variétés de pommiers sans maladies. On sait de cette fabuleuse plante qu’elle a grossi les rangs de la collection du professeur Charles S. Crandall de l’Université de l’Illinois en 1908. Grand spécialiste de l’hybridation des pommiers, Crandall travaillait à développer un verger pour ses travaux de recherche et d’hybridation. À la demande de Crandall, le docteur C. S. Sargent de l’Arboretum Arnold lui a fait parvenir 57 boutures de différentes espèces et variétés de pommiers, issus de sa collection, incluant une bouture de l’espèce Malus floribunda.

Afin de faciliter le travail de documentation, chaque bouture a été affublée d’un numéro contenu entre 801 et 857. C’est ainsi qu’est apparu le Malus floribunda 821. Toutefois, Crandall s’intéressait spécifiquement à la pollinisation croisée et il avait conclu que 821 était un très mauvais sujet à introduire dans les programmes d’hybridation, en raison de la grande difficulté à polliniser cette espèce! Ce n’est que des années plus tard que l’on découvrira que 821 est souvent présent dans le bagage génétique des hybrides résistants aux maladies.

Crandall suppose que 821 aurait été introduite du Japon par le docteur von Siebold. En 1864, on trouvait cette variété dans le catalogue du pépiniériste Louis Vanhoutte. Et de fil en aiguille, la plante aurait élu domicile dans la collection de l’Arboretum Arnold.

Malus floribunda 821 fascine les chercheurs encore aujourd’hui. Ceux-ci tentent maintenant d’extraire ces précieux gènes pour les introduire dans des programmes d’amélioration génétique. La contribution de ce petit pommier originaire du Japon n’a pas fini de nous impressionner.

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commentaire sur "Ces pommiers qui n’ont pas de maladies"

  1. S.LaFerrière dit :

    Merci pour cet article très documenté! Très intéressant de voir le rôle des institutions (universités, chercheurs d’Agriculture Canada et aux USA) dans le développement de ces variétés de pommiers. Et super photos!

  2. Mohand dit :

    Merci pour cet article très intéressant. Pourquoi diantre les centres de jardin continuent-ils de nous vendre d’autres variétés de celles résistantes aux maladies quand elles existent? Probablement pour nous vendre des traitements qui ne fonctionnent absolument pas.
    Où puis-je obtenir des scions de ces cultivars pour greffer mes pommiers?

    • Theo dit :

      Je te dirais que ça dépend vraiment des centres et de la demande. Où est-ce que je travaille, on a des Liberty en grand nombre, et d’autres cultivars résistants, et pas grand cultivars conventionnels sauf pour les 4 en 1. C’est sur que si personne du coins connait ou demande ces cultivars, le centre jardin en question ne vas pas être capable de faire des ventes.

  3. manon dit :

    Merci de nous écrire de si intéressants et bien documentés articles,
    J’ai pensé m’acheté un autre arbre fruitier …mais je crois que je vais passer mon tour, j’habite à Laval et les écureuils s’en donne déjà a cœur joie dans mon poirier et les merles dans l’Amélanchier !!!

  4. Robert dit :

    Mais ou les trouver ?

  5. Renée-Johanne Campeau dit :

    Faites une recherche sur le net, j’ai déjà trouvé celles qui m’intéressent en quelques clics. Bonne chance !

  6. Chantal dit :

    Donc, je suis dans la vallée du richelieu, près de st hilaire, 5b. Il y aurait que la belmac, la liberty, la redfree pour moi? Et où se procure t’on ses arbres? Merci beaucoup

  7. Carmen dit :

    WoW quel article , merci tellement
    Tu es inspirante ,

  8. Lise Ranger dit :

    Un article intéressant et instructif! C’est un plaisir de vous lire, un cadeau que l’on se fait. Merci, Julie Boudreau!

  9. Catherine Caron dit :

    Merci beaucoup! Très intéressant et généreux d’informations

  10. Mathieu Dollbaum dit :

    Merci beaucoup !

  11. Louise dit :

    J’ai un Belmac depuis près de 20 ans et je confirme qu’il est idéal pour la “très paresseuse” jardinière que je suis! Une petite taille à l’occasion, c’est tout! J’ai aussi quelques très vieux pommiers qui devront éventuellement être remplacés. Merci pour cet article qui va m’aider dans mon choix, entre autre pour des pommes à compote!

    • Mohand Abdelli dit :

      Si vous êtes dans la région de Montréal, pourriez-vous me donner quelques bouts de branches pour greffer mes pommiers? Ce serait grandement apprécié.

  12. CORDIER Murielle dit :

    Super ces descriptions de pommes et précisions très intéressantes. Cela met l’eau à la bouche. Merci pour ce moment gourmand de lecture. Pommellemnt vôtre

    • Jean-Sébastien Hamel dit :

      Je me souviens que chez mes parents on avait des William’s pride aussi qui était plutôt bien résistants aux maladies et autres tâches qu’on voit d’habitude sur les pommes.

  13. Josée dit :

    Merci Julie pour cet article bien documenté !
    C’est toujours intéressant de te lire 🙂
    J’ai un pommier Liberty dans ma cours depuis 20 ans (je m’étais intéressée à l’époque aux espèces résistantes aux maladies) et, c’est le Liberty que j’avais trouvé en pépinière à l’époque.
    Effectivement ce pommier est résistant aux maladies et, de plus, nous nourrit de ses fruits et de bonne compote depuis des années !
    Merci de sensibiliser les gens aux produits de la terre qui nous nourrissent, c’est un plus pour nous, on a tout à gagner !
    Bonne continuation 🙂

  14. Nicole Parant dit :

    J’ai 2 pommiers un Nova easy grow et un redfree.
    Les maladies ne sont pas le problème, mais plutôt le carpocapse. Je les traite au printemps avec de la bouillie soufrée et huile de dormance. J’emballe les fruits (pas tous, impossible…) dans des sacs, après la chute des pétales. Même comme cela, il y a des pommes emballées qui doivent être jeter. Il y a t’il une façon plus facile et rapide d’avoir une bonne récolte, Faut dire que l’été dans le bas du fleuve a été plutôt pluvieux cet année.
    Merci

  15. Bossuwe dit :

    Bonjour,
    Vous parlez des maladies des pommiers (tavelure…) Les variétés dont vous parlez peuvent-elles échapper au carpocapse ?
    Merci pour votre avis..

    • Jam dit :

      Effectivement, c’est bien le carpo qui est le plus néfaste pour nos chers pommiers.
      Les autres maladies ne sont pas si repandues que ça sur les variétés, en tout cas les variétés anciennes.
      Une bonne pépinière pour les français : la pépinière du fruitier à Le Quesnoy.

  16. celadon7 dit :

    Il y a la ferme de Rouville en pays cotvaque .Les protections contre le carpocapse de mon tempe en lycée horticole était l’ensachage des jeunes fruits Nous n’utilisions pas de traitements car la mode phyto n’était pas au goût du jour Je n’ai jamais traité en 3ans de lycée horticole, Les traitements connus nicotine , pyrèthre, roténone .

  17. Fourel dit :

    Depuis quand le mildiou s’attaque aux pommiers ?Un oubli pour l’Oidium autrement plus insidieux.
    Nicotine interdite depuis plus de 50 ans.Pyrethre et rotenone contre quoi???

  18. Nicole larouche dit :

    Très intéressant

  19. André Audette dit :

    Ce malus floribunda 821 pourrait-Il servir de porte-greffe ou bien avec les pépins de ses fruits. Merci

  20. Marc Lussier dit :

    Merci beaucoup pour ces généreuses informations!
    Toujours plaisant de lire vos articles Julie!

  21. benoit dit :

    La liste est longue dans les pommiers résistant aux insectes et maladies.
    J’ai Pristine, Akane, Black Oxford, GoldRush, hudson golden gem, reine de reinette, etc…
    Pristine est une pomme d’été (mi-aout) et les écureuils et oiseaux ne sont pas intéressé à cette période par les pommes!
    J’en ai jamais vu dans les pépinières de mon secteur, il faut les acheter en ligne sur des sites comme whiffletree, casse-noisette, …

  22. Roxanne dit :

    Avec Quel produit dois je arroser mes jeunes pommiers Mcintosh et Spartan si je veux de belles pommes non piquées plus tard? Merci de votre réponse.

  23. Anonyme dit :

    Je recherche des pommes qui avaient du goût lorsque l on croquis à belles dents et qui faisaient de bonnes compotes

  24. Vincent Philion dit :

    L’article est excellent. Mais j’ajouterais un paragraphe: la résistance à la tavelure conférée par “821” est désormais cassée. C’est peut-être encore un bon choix dans les jardins, mais faudrait pas se surprendre de voir la tavelure apparaitre d’ici quelques années. Une fois la résistance cassée, la maladie est aussi agressive qu’en absence du gène de résistance.

  25. Je demeure à Nicolet, ou puis-je me procurer les variétés Belmac Redfree et Rouville? Et possible de les avoirs "pommiers nains" dit :

    merci pour vos excellents articles

  26. Anonyme dit :

    Article très intéressant. Vous dites que la production du Rouville augmente considérablement s’il y en a un deuxième à proximité. Est-ce aussi vrai on plante le Rouville près d’un pommier d’une autre variété comme un Belmac ou un Liberty?
    Merci!

  27. Joly dit :

    J’habite en Bourgogne comment peut faire pour acheter le pommier qui conviendrait à la région
    Ns avons au bord de Saône une terre
    Sablonneuse expliquer moi merci quelles sont les conditions quand planter et les prix comment vs contacter
    Merci

  28. Léger dit :

    Bonjour
    Ou peut-on trouver ces variétés de pommiers. Avez-vous une adresse a me communiquer.
    Merci d’avance.
    Cordialement j.c léger

  29. Pierre dit :

    Qu’est-ce que vous appelez les 3 ; 4 ; 4a ???
    Macintosh semble être une référence de précocité quelle époque sa maturité ?
    J’ai un verger à 600 m d’altitude dans le Morvan comment puis je me caler par rapport à votre article au demeurant tout fait intressant
    Merci d’avance
    Pierre

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