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Cultiver des grains secs

Jardiner avec l’imprévu

La planification de la production maraîchère aux Jardins du bassin Louise est loin de se faire sur un coin de table. Plusieurs mois avant le début de la saison, j’entre dans un long et passionnant processus afin de rêver la saison suivante. C’est un moment que j’adore réellement. Je fais le tour des catalogues de semences, je découvre de nouvelles variétés, je suis totalement absorbée. Je dois planifier les cultures, oui, mais également les différentes variétés, les quantités, les rotations, les semis ainsi que les tâches que cela nécessite. C’est comme si je créais une chorégraphie. J’essaie toujours d’avoir terminé le tout pour Noël, incluant l’achat des semences. 

Comme vous pouvez le constater, ce plan de match donne le rythme à la saison et la dessine. J’ai adopté cette méthode pour me structurer oui, mais également puisque je sais très bien qu’il y aura des dizaines d’imprévus et de changements auxquels je n’aurai pas pensé. On travaille avec le vivant, l’adaptation fait donc partie de notre quotidien.

Hé bien, cette année encore, j’ai été prise de court par un événement imprévu. Ma production était planifiée pour les 36 bacs ainsi que la serre, mais je n’avais pas touché aux 12 bacs supplémentaires qui avaient une destinée non définie. À la fin du mois de mars, j’ai appris que nous pourrions les cultiver! Pas besoin de vous dire que je ne savais pas du tout quoi y mettre. Fin mars peut paraître encore bien tôt en saison pour certains, mais pour ma part, à ce moment ça fait déjà un petit bout que je suis bien partie dans les semis. Qu’est-ce que je pourrais bien mettre là-dedans? Augmenter les quantités de ce qui est déjà prévu, écouler de vieilles semences, essayer des choses qui sortent de l’ordinaire?

Les pois chiches poussent!
Crédit: Les Urbainculteurs

Semer la découverte

La dernière option m’a semblé bien intéressante. Une des grandes orientations de notre ferme urbaine est de développer un lieu de démonstration par l’essai de diverses de productions. Dans ce cas, pourquoi ne pas essayer quelque chose de complètement autre?

J’ai regardé dans les semences qui étaient disponibles au bureau et je suis tombée sur plusieurs variétés de haricots secs, même de pois chiches. Bingo! J’avais trouvé quelque chose qui piquerait la curiosité. J’étais contente parce que je n’avais jamais cultivé cela. Aussi, je savais que les bénévoles en implication citoyenne travaillant avec nous en seraient vraiment intrigués.

Mais attention, mon expérimentation n’a pas couvert l’entièreté des 12 bacs, je me suis concentrée sur 2 bacs de 50 pieds pour commencer. Les autres ont été remplis d’autres trouvailles!

Le banc d’essai

Nous avons essayé le haricot noir Hopi Black, le haricot de Lima Henderson Bush, différentes variétés de fèves de soja offertes par une bénévole ainsi que des pois chiches Black Kabouli. Chaque variété a des espacements spécifiques, mais globalement je dois dire que ça a été plutôt facile. Vermicompost et fertilisation lors du semis, puis nous avons fertilisé une fois dans l’été.

Quelques dégâts ont été causés par les scarabées japonais, mais pour le reste, nous avons regardé les plants pousser. Tous étaient intrigués et avaient hâte de voir le résultat. Voici quelques constats glanés au cours de la saison.

Quelques constats

Pois chiches

Les plants de pois chiches étaient esthétiquement merveilleux. Le feuillage délicat a été un vrai coup de cœur pour plusieurs. Nous avons récolté les pois chiches lorsque les gousses étaient sèches sur le plant. Quelle surprise de constater que le pois chiche faisait des gousses individuelles?! Oui, oui, il n’y avait qu’un pois, parfois deux par gousse. Vous imaginez le temps pour écosser tout cela! Malgré ce travail de longue haleine, ce fut une belle expérience.

Les pois chiches dans leurs gousses
Crédit: Les Urbainculteurs
Les pois chiches écossés
Crédit: Les Urbainculteurs

Haricots

Les haricots Hopi Black sont ceux ayant fait la plus grosse production. Ils ont séché rapidement sur les plants et il était facile de voir à quel moment ils étaient prêts pour la récolte. Ils ont grimpé un peu, nous les avons tuteurés en saison. L’écossage était plus facile (quoique très long) puisqu’il y a plusieurs grains par gousses.

Les haricots noirs et les gousses
Crédit: Les Urbainculteurs

Fèves de soja

Les fèves de soja ont été très productives, mais nous avons finalement décidé de les récolter fraîches. Ça nous a permis d’avoir une petite récolte plus hâtive et ainsi en profiter en saison plutôt que durant les mois d’hiver. Lorsque les gousses devenaient bien bosselées, définies par le grain formé, nous les récoltions.

Haricots de Lima

Je dois dire que les haricots de Lima ont été ceux que j’ai trouvés un peu décevants. Les plants sont restés petits et très peu de gousses se sont formées. Au moment où je rédige cet article, encore très peu de haricots ont séché sur les plants. La récolte est donc très maigre malheureusement.

La maturité inégale des haricots de Lima
Crédit: Les Urbainculteurs
Les haricots de Lima secs
Crédit: Les Urbainculteurs

Les apprentissages

Certains me diront que tout cela a nécessité énormément de temps pour peu de résultats. Il est vrai que la quantité finale de haricots secs produits versus l’espace et surtout le temps pour les écosser n’en valent pas la chandelle, mais reste que nous avons eu beaucoup de plaisir à découvrir tout cela. Je ne crois pas qu’une famille pourrait être autonome pour un hiver complet avec notre petite production, mais est-ce une raison pour ne pas l’essayer? À ma grande surprise, personne n’avait déjà fait ce genre de test. Nous avons pris conscience de l’espace nécessaire afin de produire quelque chose de substantiel ainsi que de la nécessité de mécaniser ce processus à grande échelle. Sans blague, je ne regarde plus mes légumineuses du même œil!

Psst! S’il vous reste des grains secs l’année suivante, vous pourrez les semer!

Le feuillage délicat des pois chiches
Crédit: Les Urbainculteurs

Étiquettes + Haricot à graines, fève de lima


commentaire sur "Cultiver des grains secs"

  1. Isabelle Lamothe dit :

    Merci pour cette chronique bien lumineuse!

  2. Sébastien dit :

    Je trouve que les meilleures légumineuses sèches à cultiver chez soi sont les haricots d’Espagne. Ils ont une forte teneur en protéines et on peut les faire pousser le long des murs de la maison, dans un treillis : c’est une culture verticale qui demande peu d’espace de sol. Ils sont esthétiques, très productifs et attirent les pollinisateurs. Les haricots sèchent bien au plan. Nous couvrons tout le mur arrière de la maison, les quatre murs de la remise et la rambarde du balcon : c’est magnifique de fleurs rouges et nous récoltons, à l’automne, un gros sac de 5 kg.

    • helene martel dit :

      merci pour l’idée, je cultive quelques plants de haricots d’Espagne pour leur beauté et les mange frais quand ils sont petits mais j’ai jamais osé manger ces haricots secs! Je vais essayer cet hiver!

    • Karine dit :

      Bonjour Sébastien,
      Vous avez éveillé ma curiosité et hop, une nouvelle plante pour mes écrans végétaux pour l’année prochaine 🙂
      Merci.

  3. Pierre Piché dit :

    Toujours un plaisir de te lire Marie-Andrée , de plus j’ai le goût de commencer un potager la prochaine saison ! À +

  4. Diane dit :

    Merci pour cet article très intéressant, Marie-Andrée! Tout à fait mon genre d’expérimenter de nouvelles choses, juste pour voir ce que ça va donner. Si on essaie pas, on ne le saura jamais, n’est-ce pas? 😉
    Sébastien, l’ambiance doit être magnifique chez vous, avec tous ces mur de fleurs rouges! Avec un beau 5 kg de haricots en prime, en fin de saison. On ne peut pas demander mieux! 😉

  5. Sandra Laviolette dit :

    Merci pour ces informations sur les légumineuses! Je vais, comme vous, apprécier les légumineuses davantage!
    Sandra

  6. Gisèle dit :

    Année après année, je récolte les différents haricots séchés. Des gens tricotent, moi j’écosse en écoutant une émission. Je garde des graines pour le prochain jardin et cuisine avec plusieurs.

  7. France Heroux dit :

    Je désire m’abonner à Jardinier paresseux et je tiens remercier Sebastien de son info des haricots d’Espagne cultivé avec un treillis ce qui me permettra d’avoir plus d’espace sur mon terrain

  8. Josee caron dit :

    Un plaisir de voir ces experiences : j’adore ces feves seches en complément des autres legumes ca eveille la creativité culinaire ! Un plaisir Merci du partage

  9. Josee caron dit :

    Un plaisir de voir ces expériences : j’adore ces fèves sèches en complément des autres légumes, bon pour la creativité culinaire ! Merci du partage

  10. Jeannine dit :

    Je vous lis avec beaucoup d’enthousiasme.
    Merci pour toutes vos suggestions et remarques pertinentes !

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