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La salicorne, une plante salée dans le jardin de mère Nature

Je veux vous parler de la salicorne. Vous connaissez? En toute honnêteté, moi pas! J’en entends parler, je la vois passer dans les émissions de cuisine, mais je n’en ai jamais goûté… Et pour cause: je n’habite pas près de la mer!

Mais je viens de faire une découverte… La salicorne se cultiverait en pot! Cet article est donc à la fois le portrait d’une plante sauvage à cueillir, mais j’en profite pour vous poser une question: avez-vous déjà cultivé la salicorne en pot? Moi, c’est sûr que j’essaie d’en planter cet automne pour en avoir l’année prochaine!

Une espèce du Québec, Salicornia depressa. Photo: John Bruno

Salicornia sp.

Sous ses allures de petit cactus, la salicorne est une plante étrange. Il existe une trentaine d’espèces annuelles de ce genre sur les côtes de l’Amérique du Nord et de la France qui sont toutes comestibles. Elle pousse dans les marais salés et sur les rives marines, étant même parfois si près de l’eau salée que celle-ci la recouvre entièrement à marée haute. Le plein soleil, lorsque la marée le permet, est nécessaire à cette plante grasse.

Récapitulons: c’est une plante grasse, de milieu humide, qui a besoin du plein soleil, qui survit très bien en étant inondée d’eau glacée (au Québec, en tout cas) et salée… C’est un peu contre-intuitif tout ça!

Et dire que ma dionée meurt si l’eau vient du robinet…!

Une salicorne d’Europe, Salicornia europaea. Photo: M.Buschmann

NB : d’autres plantes, en Australie notamment, s’appellent «salicorne», mais il s’agit d’un autre genre (Tecticornia) qui n’est pas le sujet du jour.

Récolte en nature

Cette plante se récolte au printemps, alors que ses tiges sont encore tendres. Elle n’est pas menacée au Québec, bien que les populations auraient tendance à diminuer à cause de mauvaises pratiques, selon l’observation des cueilleurs.

À noter qu’en Europe, les différentes espèces de salicorne sont protégées et font l’objet de restrictions de cueillettes dans certaines régions. Renseignez-vous avant de partir avec vos bottes de caoutchouc pour remplir vos seaux!

Comme la salicorne est une annuelle, il faut laisser quelques individus sur place pour qu’ils arrivent à maturité et qu’ils fabriquent des graines. C’est essentiel pour que, l’année suivante, les rivages soient encore fournis de cette jolie plante. La cueillette commerciale menace de plus en plus les plantes de rivages comestibles, qui gagnent en popularité dans les restaurants. Malheureusement, les cueilleurs dont c’est le gagne-pain ont parfois peu, sinon aucun, scrupule à tout ramasser. Comme elle n’est pas menacée, aucune réglementation ne les en empêche, alors je vous invite, si vous essayez cette récolte, à cueillir la salicorne avec respect.

Salicornia maritima (Québec), dans une cuvette de marée. Photo: mysterephil

MAIS!

Et c’est le gros MAIS de l’article: si la plante elle-même n’est pas protégée au Québec, il en va différemment du milieu. Assurez-vous de cueillir sur des lieux publics ou d’avoir l’accord du propriétaire. Les berges du Québec sont protégées à plusieurs endroits, tout comme c’est le cas de certains milieux forestiers.

Par exemple, en 2023, le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent présente une superficie protégée de 1 245 km² (mais qui sera potentiellement quadruplé au cours des prochaines années), qui inclut les zones de marées, c’est-à-dire, l’endroit où pousse la salicorne. Vous n’avez pas le droit de ramasser quoique ce soit dans cette zone, même pas une roche!

Vous comprendrez que cette zone très touristique vise à protéger les baleines qui se faufilent dans l’estuaire du Saint-Laurent, mais également toutes les autres espèces animales et végétales de la région. Alors si vos prochaines vacances sont à Tadoussac, n’y pensez même pas: la salicorne reste là!

La cultiver à la maison

Comme je n’ai pas l’intention de faire 10h de route pour un petit panier de salicornes, j’ai l’intention de tenter sa culture à la maison. J’adore les fines herbes et celle-ci, qui a un goût salé, promet d’être vraiment intéressante (si ça pousse). Selon mes recherches, ça semble très facile à cultiver: plein soleil, arrosage généreux et régulier à l’eau… vous avez deviné: salée!

Cette plante dite «halophile» (qui vit en milieu salé) ne peut se priver de cette ressource (surtout si vous voulez profiter de son goût iodé). Ajoutez donc une cuillère à thé (5 ml) de sel par litre d’eau d’arrosage. Son substrat doit être bien drainant (après tout, elle vit dans les milieux sablonneux), mais il doit rester humide, particulièrement lorsque la plante est jeune.

Comme ce sont les jeunes pousses qui ont un intérêt culinaire, vous n’aurez pas à vous en occuper une fois adulte, ce sera au tour de votre estomac de faire le travail! Toutefois, si vous désirez la garder pour épater les voisins avec votre plante presque marine, vous n’avez qu’à diminuer un peu les arrosages.

À l’automne, la salicorne se teinte magnifiquement de rouge. Photo: krapo

Conseils de culture

Elle se cultiverait aussi bien en terre qu’en pot, mais je vous recommande cette deuxième option pour éviter de saler la terre de votre jardin: vos autres plantes risquent de ne pas apprécier!

À noter aussi qu’il existe des variétés vivaces qui ne sont pas consommées à cause de leur goût amer. Bien qu’elles ne soient pas toxiques, vous risquez d’être déçus: assurez-vous d’acheter les bonnes graines.

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça à l’automne? Mais parce que c’est le temps de semer! Cette plante pousse très tôt au printemps et, en nature, ses graines sont dispersées à l’automne: vous pouvez donc les planter à cette période. Il serait également possible de les planter très tôt au printemps, en mars, mais bon… travailler la terre avec des mitaines, c’est bof.

Cuisiner la salicorne

Comme je vous ai dit, je n’ai jamais eu la chance de goûter cette plante. Mes excursions sur la Côte-Nord se sont toutes déroulées en plein parc marin (zone protégée donc), et je ne suis jamais allée en Gaspésie. Mais j’ai quand même fait mes recherches pour vous!

Les très jeunes pousses sont croquantes et se consomment fraîches, en salade. On peut aussi cuire les spécimens un peu plus vieux pour les utiliser comme légume d’accompagnement. La cuisson enlève l’amertume de ces tiges de fin de printemps, et avec un poisson ou des fruits de mer, on reste dans le thème. Attention cependant à ne pas les saler comme vous feriez avec d’autres légumes!

On peut aussi utiliser la salicorne comme aromate ou encore la mariner comme un cornichon. Les utilisations sont très variées! Amusez-vous avec cet ingrédient et, surtout, dites-moi en commentaire comment vous le cuisinez! Je prends déjà les idées pour ma récolte du printemps 2024!

Salade de salicorne et moules. Photo et recette : macuisinesante.com

Autres usages

Ça m’étonnerait que vous décidiez de cuisiner la salicorne autrement que comme des haricots ou des cornichons, mais j’ai appris en rédigeant cet article qu’il y a plusieurs usages traditionnels autres que culinaires à cette plante merveilleuse. Saviez-vous qu’on a utilisé cette plante pour fabriquer… du verre? Son nom anglais d’ailleurs est inspiré de cette tranche d’histoire. On l’appelle le glasswort, ou «herbe à verre».

La combustion de la salicorne produit de la soude végétale, élément clé au travail des verriers d’antan. Au XIVe siècle, on raconte même que les verriers s’installaient près des endroits où la salicorne abondait pour s’assurer un apport de matière première.

La soude végétale, aussi appelée carbonate de sodium, n’est pas la même chose que le bicarbonate de sodium (La petite vache), même si les usages en sont similaires. Dans le cas de la soude végétale, donc les cendres de certaines plantes comme la salicorne, on s’en sert surtout dans les produits nettoyants. Alors la salicorne sert non seulement à fabriquer du verre, mais aussi… du savon!

Des études seraient même en cours pour transformer cette plante en biocarburant. Avouez que c’est fascinant ce qui pousse dans le jardin de mère Nature!

Étiquettes + salicorne, Salicornia depressa, Salicornia maritima, Salicornia europaea


commentaire sur "La salicorne, une plante salée dans le jardin de mère Nature"

  1. Lisette St-Pierre dit :

    Merci Merci Merci Audrey !
    Quel bon article très intéressant et captivant ! Ça nous donne le goût de non seulement la cultiver mais également de la déguster .. Et que dire des photos à l’appui : une image vaut mille mots … ?

  2. Duguay dit :

    Très intéressant!!!

  3. Monique Quere dit :

    Toujours pertinents vos articles. De plus ils sont très agréables à lire. Merci

  4. Manon B dit :

    Vos articles sont toujours intéressants et pertinents. Très agréables à lire.

  5. Manon B dit :

    Vos articles sont toujours intéressants et pertinents. C’a donne le gout de faire cette salade de moules et salicornes!!

  6. Chantal dit :

    Toujours aussi intéressant de vous lire, j’apprends toujours quelque chose de nouveau. Le tout dans un style inimitable ! Merci de partager vos connaissances !

  7. Francine dit :

    Il pourrait être intéressant d’intégrer la salicorne aux herbes salées…

  8. Jack dit :

    Bravo, article bien fait et intéressant. Mais ou trouver les graines de salicorne ?

  9. Daniele dit :

    Bonjour, j’habite le nord de la France, ici la salicorne est surtout utilisée comme les cornichons : on la met en conserve dans du vinaigre et de l’eau avec des aromates et on l’a consomme toute l’année avec de la viande froide…

  10. Francine Morin dit :

    Bonjour,
    Souvent, j’en ai mangé dans mes salades après y avoir goûté seule. Vraiment un délice.
    J’ai essayé aussi celle marinée.; peut-être aurait-elle eu meilleur goût saumurée ou dans l’huile que dans le vinaigre,Métropolis agressant!
    J’aime rais savoir où se procurer les graines pour tenter cette expérience.
    Merci pour cet article vraiment intéressant!

  11. Sylvie B. dit :

    Il y a un producteur de plants de légumes bio, sur la route des fleurs, à Laval, au Québec.
    J’en ai déjà acheté à cet endroit.
    Mais ils ne sont probablement disponibles qu’au printemps. Et c’est très étrange comme plante, on dirait qu’elle est en silicone. C’est bon et très croquant.
    Mais les pour graines j’aimerais bien savoir où me les procurer .
    Merci Audrey, toujours intéressant, j’aime votre plume.
    Sylvie B.

    • Yves D dit :

      Bonjour Sylvie B, je demeure à Laval, le salicorne m’intéresse, pouvez vous m’écrire le producteur si c’est possible? Merci

  12. Nath dit :

    Merci pour cet article captivant 🙂 Je vais chercher des graines de salicorne 🙂

    • Joan dit :

      J’ai goûté à la salicorne quand elle rouge à la fin de l’été et c’est délicieux. Avec des champignons dans une sauce, miam !
      Je suis tentée par la culture en pots…

  13. Mimi Charest dit :

    Ce sont les Acadiennes qui m’ont fait connaître cette délicieuse plante, qu’elles appellent des tétines de souris. Je les aime particulièrement cuites vapeur avec une belle noix de beurre. Comme je demeure en Montérégie, j’aimerais bien en planter cet automne. Où puis-je acheter les graines? Merci!

  14. Françoise Crevier dit :

    Merci pour cet article. C’est très bon, en effet. J’en ai eu en pot pendant un été sur la terrasse jusqu’à ce que je découvre que notre chatte en mangeait avec appétit! Elle s’est retrouvée chez le vétérinaire pour rétention d’eau due à une trop grande consommation de sel.
    ATTENTION, rendez-la inaccessible pour les animaux domestiques qui semblent adorer la salicorne…

  15. J.J. dit :

    “Malheureusement, les cueilleurs dont c’est le gagne-pain ont parfois peu, sinon aucun, scrupule à tout ramasser….”
    comme pour les champignons !

    Et surtout, je confirme, si vous en faites cuire, ne salez pas votre eau de cuisson, ça serait immangeable .

  16. Marie Royal dit :

    Bravo pour cet article. Connaissez-vous d’autres plantes sauvages excellentes à déguster. Existe-il un livre sur ce sujet ou des articles du Jardinier Paresseux?

    • Thérèse Legault dit :

      Je vous conseille le livre “Les Quatre Saisons de la Cueilleuse Indigène” par Isabelle Simard. C’est 253 pages de plantes du Québec à découvrir avec de belles descriptions, plein de recettes et de magnifiques photos.

  17. Siminou42 dit :

    Bonjour, Merci Audray pour vos articles très intêressants et pleins d’humour
    J’habite en France en Rhône Alpes près de Saint-Etienne et bien évidemment pas de salicorne chez nous nous sommes trop loin de la mer surtout de l’Atlantique où ils y a des marées et des près-salés.
    J’aimerai bien en planter car elle me tente bien et beaucoup de chefs l’utilise, ça fait envie. Mais je n’ai jamais entendu par chez nous de la culture et des graines, dommage, je vais essayer de poser la question à un site de production de graines, peut-être qu’ils sauront.
    Bonne soirée et continuez de nous faire connaitre des plantes inconnues, merci

  18. Martine Beauregard dit :

    Pour information à tous ceux et celles qui demandent: Je viens de commander des semences de Salicorne sur le site lasocietedesplantes et cette compagnie siège à Kamouraska au Québec.

  19. LiseNeron dit :

    J’aime merci.

  20. Gisele Richer dit :

    oui j’ai essayé ca, au jardin. La plante est morte peu de temps après l’avoir semé au début printemps. Acheté dans une pépinière.

  21. Sara-Juliette dit :

    Trop délicieux la salicorne! J’en ai mangé en Gaspésie avec des plats de poisson! J’aimerais vraiment trouvé où je peux acheter des graines!

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