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Ahhh! C’est envahissant!

Il arrive souvent que je mentionne une plante dans un texte et qu’on réponde dans les commentaires: «Ahhh! C’est envahissant!». Parfois, c’est vrai! Il y a de nombreuses plantes utilisées dans nos jardins ou vendues en commerce qui sont véritablement envahissantes. Parfois, ça prend des années avant qu’on se rende compte qu’une plante introduite par les colons ou utilisée comme plante ornementale est envahissante. Mais, habituellement, c’est beaucoup plus compliqué d’étiqueter une plante comme envahissante que cela ne le paraît.

Dompte-venin noir (Vincetoxicum nigrum), une espèce envahissante. Photo : jacilluch 

Plantes envahissantes: quelques définitions

J’ai déjà abordé le sujet dans l’article Couvrir du sol avec des indigènes, il y a quelques semaines, mais ça vaut la peine de l’approfondir. On utilise souvent l’expression «plante envahissante» à tort et il y a une confusion sur les plantes qui sont réellement envahissantes.

La définition d’une plante envahissante peut varier selon l’endroit ou selon ceux qui donnent la définition.

Le United States Department of Agriculture (USDA) dit qu’une espèce envahissante est «non-indigène (ou étrangère) à l’écosystème considéré; et [que son] introduction cause ou est susceptible de causer des dommages économiques ou environnementaux ou des dommages à la santé humaine.»

Au Québec, on utilise le terme «espèce exotique envahissante» (EEE). Il existe aussi l’expression «espèces floristiques exotiques envahissantes prioritaires» (EFEE) pour mieux cibler nos ressources dans la lutte contre ses plantes envahissantes.

Une courte liste de plantes envahissantes

Voici quelques exemples de plantes considérées comme des espèces exotiques envahissantes au Québec:

Alliaire officinale (Alliaria petiolata). Anglais: Garlic mustard.

Alliaire officinale (Alliaria petiolata)

Anthrisque des bois (Anthriscus sylvestris). Anglais: Wild chervil

Berce commune (Heracleum sphondylium). Anglais: Meadow cow-parsnip

Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum). Anglais: Giant hogweed

Consoude officinale (Symphytum officinale) Anglais: Common comfrey

Dompte-venin de Russie (Vincetoxicum rossicum) Anglais: European swallowwort

Dompte-venin noir (Vincetoxicum nigrum) Anglais: Black swallowwort

Égopode podagraire (Aegopodium podagraria) Anglais: Goutweed

Érable de Norvège (Acer platanoides) Anglais: Norway maple

Érable à Giguère (Acer negundo) Anglais: Manitoba Maple

Gaillet mollugine (Galium mollugo) Anglais: Smooth bedstraw

Impatiente glanduleuse (Impatiens glandulifera) Anglais: Himalayan balsam

Miscanthus commun (Miscanthus sacchariflorus) Anglais: Amur silvergrass

Nerprun bourdaine (Frangula alnus) Anglais: Glossy buckthorn

Nerprun bourdaine (Frangula alnus). Photo : Sten Porse

Nerprun cathartique (Rhamnus carthartica) Anglais: European buckthorn

Orme de Sibérie (Ulmus pumila) Anglais: Siberian elm

Panais sauvage (Pastinaca sativa) Anglais: Wild parsnip

Pétasite du Japon (Petasites japonicus) Anglais: Japanese sweet coltsfoot

Renoncule ficaire (Ficaria verna) Anglais: Lesser celandine, fig buttercup

Renouée de Bohème (Reynoutria x bohemica) Anglais: Bohemian knotweed

Renouée de Sakhaline (Reynoutria sachalinensis) Anglais: Giant knotweed

Renouée du Japon (Reynoutria japonica) Anglais: Japanese knotweed

Renouée du Japon (Reynoutria japonica)

Topinambour (Helianthus tuberosus) Anglais: Jerusalem artichoke

Valériane officinale (Valeriana officinalis) Anglais: Common valerian

Donc, une plante envahissante est:

  1. Non-indigène
  2. Dominante dans son nouvel environnement
  3. Cause des dommages à l’environnement, l’économie ou à la santé humaine.

Indigène, mais nuisible

La prêle que vous combattez depuis des décennies dans votre potager n’est donc pas envahissante, car elle est indigène. L’herbe à puce, qui se répand par semences et rhizomes, est elle aussi native du Québec, bien que 85% de la population en est allergique et souffrira d’inflammation à la peau au contact avec ses feuilles. Le podophylle pelté est indigène au Québec et est même considéré comme menacé. Dans un jardin il se propagera rapidement par rhizomes souterrains et étouffera ses concurrents, mais il n’est pas envahissant!

Encore une fois, le terme indigène est relatif. Une plante indigène dans un pays, ne l’est pas nécessairement dans une région spécifique. Quel degré de précision devrions-nous utiliser? En même temps, il est normale pour une plante de se propager sans intervention humaine, surtout lorsqu’il y a eu des perturbations dans un environnement.

Podophylle pelté. Photo : PookieFugglestein

Bref, les plantes indigènes ne sont pas des plantes envahissantes, même si elles se répandent agressivement jusqu’à déplacer vos plantes ornementales ou vos légumes, qu’elles causent des torts économiques en affectant les cultures agricoles ou des problèmes de santé. Dans ce cas, on devrait plutôt les désigner comme plantes nuisibles.

Plantes naturalisées

Il y a une autre catégorie à considérer: les plantes naturalisées. Ce sont des végétaux exotiques qui se sont adaptés à un nouvel environnement et qui s’y répandent facilement. Mais, contrairement aux plantes exotiques envahissantes, ils ne causent pas de dommages à leur nouvel habitat en prenant la place de plantes indigènes. L’exemple parfait de ceci est le pissenlit (Taraxacum officinale). Bien que plusieurs le détestent parce qu’il souille leur pelouse parfaite, aux dernières nouvelles, il ne prend pas la place de nos plantes indigènes et ne détruit pas les écosystèmes existants.

Zone grise

Je dis bien «aux dernières nouvelles», car il n’a pas été démontré que le pissenlit était dommageable aux écosystèmes indigènes (plutôt au sens de l’esthétique de certains!), mais il est possible qu’à l’avenir, après avoir fait des études plus approfondies sur le sujet, on change d’idée. Cependant, le pissenlit causerait des torts économiques aux agriculteurs qui perdent des cultures en sa faveur ou engendrent des coûts pour l’éliminer. Alors, envahissant ou pas?

Il y a plusieurs plantes ornementales qui se répandent par stolons, rhizomes ou par semences et qui ne figurent pas sur la liste des espèces exotiques envahissantes au Québec, mais qui pourraient éventuellement en faire partie. Si la petite pervenche (Vinca minor) est commune dans nos jardins, c’est justement parce qu’elle se propage très facilement, même à l’ombre ou sous d’autres plantes. Elle n’est pas considérée comme étant envahissante pour l’instant, mais sa capacité à se répandre aisément pourrait la placer sur la liste éventuellement… ou pas!

Le camérisier (Lonicera caerulea), originaire d’un peu partout dans l’hémisphère nord, est cultivé pour ses petits fruits sucrés acidulés. Malgré sa rusticité, il ne se développe pas très vite. Son cousin, le chèvrefeuille de Tartarie (Lonicera tatarica), produit de belles fleurs odorantes blanches ou roses au printemps. Il résiste bien à la taille alors on le retrouve souvent comme haie. Il est aussi beaucoup plus vigoureux que le camérisier, à tel point qu’il est considéré envahissant à plusieurs endroits, dont en Ontario, mais pas encore au Québec.

Chèvrefeuille de Tartarie (Lonicera tatarica). Photo : Algirdas 

L’épine-vinette du Japon (Berberis thunbergii) est devenue très populaire dans nos jardins dans les dernières années, mais a le potentiel de devenir envahissante. Tout comme le roseau de chine (Miscanthus sinensis), les lamiers (Lamium spp.) ou le rosier rugueux (Rosa rugosa).

Ne vous trompez pas, je ne suggère pas d’éliminer ces espèces de vos plates-bandes immédiatement. Vous pourriez, cependant, les surveiller ou éviter d’en planter plus, surtout si vous habitez près d’environnements sauvages ou protégés, où ces plantes pourraient se propager et causer des dommages.

Soyez vigilants!

Mais faites attention! Ce n’est pas parce qu’une plante se répand dans votre jardin qu’elle est envahissante. Les végétaux qui se propagent facilement ont même un certain attrait car ils remplissent les espaces vides dans nos plates-bandes. En autant qu’elles n’empêchent pas vos autres plantes de survivre.

Il n’y a malheureusement pas de liste centralisée des plantes avec un potentiel envahissant au Québec. Je suggère les livres de Claude Lavoie, 50 plantes envahissantes: protéger la nature et l’agriculture et 40 autres plantes envahissantes: protéger la nature aujourd’hui et demain, qui décrivent en détail plusieurs plantes envahissantes ou à surveiller.

Pour rendre la chose plus compliquée, une plante n’est pas nécessairement envahissante partout. L’herbe de Pampa est illégale de culture dans plusieurs endroits, cependant elle ne survivra pas à l’hiver dans les pays nordiques et est utilisée comme annuelle seulement. Pas de danger qu’elle s’échappe des cultures.

On doit donc se fier à la vigilance des jardiniers en cette matière, car il n’y a pas de démarche officielle à suivre pour l’instant. Quand vous faites la sélection de végétaux pour votre jardin, vérifiez si vos choix ont un potentiel envahissant dans votre région.


commentaire sur "Ahhh! C’est envahissant!"

  1. Julie Barrière dit :

    Vraiment instructif

  2. Louise dit :

    C’est intéressant ces nuances. J’ai déjà le premier livre de Claude Lavoie, je vais me procurer le second ! Merci Mathieu

  3. Réal dit :

    Vraiment instructif. Mais c’est à y perdre son latin… Il y a plusieurs facteurs à considérer. Une plante peut être “difficile à contrôler “, sans être envahissante ?

  4. SA?M ERG?N dit :

    Te?ekkür ederim ,bilgi edindim

  5. Carole Côté dit :

    Chez nous, c’est le muguet que je trouve indésirable, il prend la place de toutes les plantes autour et je ne sais pas du tout comment il est arrivé dans ma plate-bande. Je crois que la seule plante qui y résiste est le trèfle blanc ….même la menthe poivrée a de la difficulté à reprendre sa place. Comme dans la chanson, le muguet devrait retourner fleurir au bord des quais!

    • Pascale dit :

      Carole, je ne croyais pas qu’une plante pouvait déloger de la menthe ! Dans ce cas, votre muguet est effectivement tout un indésirable effronté ! Bonne chance!

      • Sophie dit :

        Tout à fait d’accord avec vous! Le muguet est une vrai plaie chez nous aussi…et je ne sais comment m’en défaire.

  6. Pierre Jutras dit :

    Merci pour cet article. J’aimerais ajouter que certains arbustes peuvent aussi demander plus de surveillance et de coupe. Comme mes beaux sorbiers qui tassent mes hydrangées et les cornoulliers qui coupent la vue de certaines fenêtres. J’ai hâte de les déplacer.

  7. Michel dit :

    La renouée du Japon confinée entre un mur (avec fenêtre) et autres surfaces qui arrêtent les rhizomes fournit ombre, parfum et coupent les regards des voisins. Mais il y a cinq ans on a eu le malheur d’en transplanter une griffe en campagne en bordure de fossé. Il y a trois ans on l’a arrachée. Depuis on élimine toute nouvelle repousse et malgré tout elle ressurgit. Patience, patience …

    • Catherine dit :

      Ouï patience patience avec la renouée du Japon : j’en ai trouvé un massif de 10 mètres de long, 7 mètres de large et 3 mètres de haut dans ma propriété, achetée en décembre 2021. Fait enlever la renouée et 1 mètre de terre avec les racines! Mis de la nouvelle terre. Elle repousse toujours, mais de moins en moins à mesure que je la tonds. Mais je peux suivre à la trace les allées et venues du tractopelle de l’entreprise : la renouée a surgi et voudrait bien y pousser…
      Aucune tolérance pour cette incontrôlable.

  8. Catherine Rigaud dit :

    Bonjour,
    Lire que la consoude est envahissante… J’aimerais bien! Je suis obligée de l’acheter et j’ai du mal à en trouver! C’est que consoude+prêle+ortie sont un engrais complet naturel N+P+P, avec de nombreux autres usages au jardin. On conseille d’en faire du purin. Mais pendant plus de 20 ans, j’ai sauté cette étape, je coupais les feuilles fraîches en petits morceaux, j’en mettais dans chaque trou de plantation et en été je m’en servais comme paillis. J’encourageais la si jolie consoude à pousser parmi mes vivaces, elle était ainsi à portée de main… C’était en Normandie.
    Je suis à présent à la pointe sud-est de l’Ontario et je peine à trouver de la consoude. Ma prêle pousse bien timidement, envahissante? Elle n’est même pas vigoureuse!
    Et pour mes voisins, tous les végétaux qui ne sont pas de préférence annuels et achetés sont envahissants…

    • Élisabeth Marier dit :

      La consoude dite B14 ou « de Russie » ne se répand pas comme la consoude officinale. On peut établir un plant à partir d’un petit bout de racine au printemps. On peut en récolter les feuilles plusieurs fois pour faire un purin, les feuilles repoussent. Ni indigène ni envahissant.
      Par contre l’origan commun est très envahissant. Il a pris la place chez moi de la menthe verte qui survit sur la ligne du mur de la maison alors que l’origan commun prolifère. Je lui préfère le grec qui reste un seul plant, ni indigène ni envahissant.

    • Gilles dit :

      Si vous étiez plus près de chez moi je vous donnerais les gros plans qui pousse sur mon terrain ainsi que les jeunes.

  9. Mireille A. dit :

    Je remarque que l’herbe aux goutteux se répand parmi la pervenche. Deviendront-elle nuisibles entre elles?
    Merci!

  10. Louise P. dit :

    Merci pour vos précieux conseils ainsi que tous vos articles. C’est très constructif. ?

    • Pierre dit :

      Comment se fait-il que Helianthus tuberosus, le topinambour soit dans cette liste des plantes envahissantes? Il déroge à l’un des critères qui est d’être non-indigène. Wikipedia mentionne que ”L’explorateur français Samuel de Champlain le découvre en 1603 lors de ses expéditions dans la Nouvelle France (actuel Canada) via ses interactions avec les populations autochtones”. Il y en avait à Port-Royal (Nouvelle-Écosse) en 1606.

      • Mathieu Hodgson dit :

        Le topinambour est indigène dans le centre des États-Unis. Il a été amené dans l’est du Canada par les peuples autochtones.

  11. David Fontinoy dit :

    C’est bien , mais il y a certaines plantes envahissantes qui ne sont pas reprises et qu’on croit être tranquilles après les avoirs supprimées mais elles repoussent même mortes , comme les mûres et le liseron et si vous avez une solution pour définitivement les supprimer , je suis preneur !

  12. Francoise dit :

    L’orpin acre, dans un rocher, c’est bon pour le couvrir en entier. Mais si un jour vous n’en voulez plus…j’en retrouve une tige encore 10 ans plus tard.

  13. Diane dit :

    Comment se débarrasser du lierre grimpant ça fait des années que je l’arrache et rien a faire ?

  14. Ce serait très intéressant de pouvoir voir ces plantes sur photo.

  15. Henriette Demers dit :

    Espèce Digitaire très envahissante et comment s’en débarrasser, merci .

  16. Linda dit :

    Très intéressant toutes ces nuances de plantes qu’on dit envahissantes. Ayant trouvé très belle la petite pervenche que j’ai vue en grande quantité dans un boisé, je m’en suis acheté un petit pot. J’espère qu’elle empêchera la plante lysimaque hummulaire de prendre toute la place.

  17. Anonyme dit :

    La plus envahissante est le chélidoine et la menthe

  18. La plus envahissante est la chelidoine

  19. Philippe Rachiele dit :

    La Phragmite que l’on voit le long des autoroutes n’est-elle pas considérée également comme une plante envahissante?

  20. Nicole dit :

    Comment seen débarrasser d’une plante pétasite du japon j’en ai beaucoup je ne suis plus quoi faire s.v.p.merci

  21. Louise dit :

    La fameuse consoude… j’en ai plein la cours. Mon voisin a eu l’idée d’en planter le long d’un ruisseau et deviner comment c’est rendu.. je réussis à m’en débarrasser avec un produit et je coupe les fleurs dès qu’elles apparaissent. Je pleurerais à voir comment c’est envahissant et destructeur de tout ce qui est autour ?

  22. Louise dit :

    La fameuse consoude… j’en ai plein la cours. Mon voisin a eu l’idée d’en planter le long d’un ruisseau et deviner comment c’est rendu.. je réussis à m’en débarrasser avec un produit et je coupe les fleurs dès qu’elles apparaissent. Je pleurerais à voir comment c’est envahissant et destructeur de tout ce qui est autour ?

  23. Sylvie F dit :

    De toute les plantes qui sont les plus envahissantes ou difficiles à se départir, je considère que les “Lanternes chinoises (Physalis)” bas tout les records (j’ai réussi à faire mourir la menthe). Ne savons pas qui nous l’a partagé. Depuis plus de 15 ans, dès que nous voyons apparaître les feuilles, nous creusons pour enlever les racines mais cela ne l’arrête pas, elle revient. Malheureusement, nous avons constater qu’elle pousse au abord d’un sentier pédestre, dans un boisé de notre quartier, pauvre flore! À quand les jardineries vont-elles informer les gens sur les difficulté de se départir de certaines plantes qu’ils vendent ou quand vont-elles arrêter des vendre? C’est une catastrophe pour notre environnement. Merci pour votre site, votre équipe et vos vidéos qui nous partage tant de savoir.

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