Catégories

Recherche

Nos collaborateurs

Ces fleurs qui voient le monde à l’envers

En rouge: ancolie du Canada (Aquilegia canadensis), en blanc verdâtre: sceau-de-Salomon à deux fleurs (Polygonatum biflorum)

J’ai déjà lu un commentaire conseillant de couper les hampes florales disgracieuses des hostas, leurs fleurs étant de moindre intérêt visuel…

Oui, carrément!

Couper ces fleurs qui ne sont pas tournées dans le bon sens pour faire le plaisir de nos yeux d’humains géants qui regardent le monde floral du dessus.

C’est extrême, non?

Je me doute que la communauté du Jardinier paresseux ne partage pas ce point de vue, mais, curieux que vous êtes, vous vous demandez sûrement pourquoi certaines fleurs sont tournées vers le bas. Après tout, ça peut sembler contre-intuitif puisqu’on imagine les pollinisateurs (papillons ou abeilles) plus intéressés aux plantes «faciles d’accès».

En fait, il existe deux raisons générales qui ont influencé l’évolution de ces fleurs s’ouvrant vers le sol.

L’envers du décor. Ancolie du Canada (Aquilegia canadensis)
Sceau-de-Salomon à deux fleurs (Polygonatum biflorum)

Les pollinisateurs

Il est faux de croire que les propagateurs de pollen viennent tous du ciel et encore plus faux de croire qu’ils préfèrent de poser sur une fleur facile à voir. Parmi les pollinisateurs, on oublie souvent les fourmis, les mouches, le vent, les oiseaux, les chauves-souris (pas au Québec, mais ailleurs), les mammifères (qui frôlent les fleurs dans la forêt), etc.

Et si certaines plantes sont plus généralistes, d’autres ont évolué avec un seul pollinisateur et leur fleur est parfaitement adaptée à cette unique espèce. Une forme ou une odeur particulière rend l’accès difficile ou la fleur peu invitante aux autres espèces.

L’uvulaire à grandes feuilles (Uvularia grandiflora) est une espèce de plante printanière du Québec qui n’est visitée que par les gros insectes du genre Bombus (ce qu’on appelle des bourdons).
Les longs pétales pratiquement fermés rendent le nectar très difficile d’accès aux insectes moins forts.

Lors de ma dernière visite au Jardin botanique de Montréal, j’ai pris plaisir à observer ces fleurs qui se tournaient vers le bas et j’ai eu la surprise de trouver certaines d’entre elles… pleines de fourmis! C’est logique quand on y pense: pour attirer un insecte vivant au sol, il faut tendre notre nectar vers celui-ci!

Des fourmis en plein travail dans des fleurs d’Andromède campanulée (Enkianthus campanulatus).

J’ai également observé certaines abeilles qui s’en donnaient à cœur joie dans des fleurs renversées. Selon la fleur, la vibration des ailes peut relâcher le pollen qui tombe alors sur les pattes et l’abdomen de l’abeille butineuse.

Trouvez l’abeille, elle est au premier plan, mais elle est quand même bien cachée dans sa fleur de consoude (Symphytum sp.)!

Une protection pour les pollinisateurs

La fleur peut aussi offrir une protection en cachant le pollinisateur aux yeux des prédateurs volants, ou même, selon une étude, permettre aux insectes de se réchauffer en attirant le soleil grâce à des pétales de couleur foncée!

Clematis hirsutissima

Les relations entre les plantes et les pollinisateurs sont très étroites. Même si, pour nous, une fleur, c’est une fleur, il n’en va pas de même pour les petits travailleurs du pollen avides de nectar.

Se protéger des intempéries

Le vent et la pluie représentent deux facteurs qui peuvent être, disons-le, assez violents (plus qu’une fiente d’oiseau). Une plante qui voit son nectar lessivé n’attirera plus les gourmands en quête de nourriture, et une fleur pliée, voire arrachée, ne recevra pas de visite non plus, ou du moins, beaucoup moins que les fleurs restées en bon état.

Qu’à cela ne tienne: tels les parapluies des films londoniens, les fleurs tournées vers le sol s’assurent de se garder le pistil au sec!

Muguet (Convallaria majalis)

Bien sûr, il existe des milliers de plantes qui ont ces «fleurs pleureuses» et chacune a ses particularités. La relation avec les prédateurs et la protection contre les sautes d’humeur de mère Nature sont les deux raisons les plus communes de leur orientation, mais il se peut que quelque part, dans la jungle, une espèce obscure soit tournée vers le sol pour une autre raison. La nature n’a jamais fini de nous étonner!

Silène penché (Silene nutans)

P.S. Si vous étiez au Jardin botanique vous aussi cette journée-là et que vous avez vu une fille un peu étrange couchée par terre pour prendre des photos de fleurs tournées vers le bas… C’était bien moi!


commentaire sur "Ces fleurs qui voient le monde à l’envers"

  1. Anonyme dit :

    Toujours intéressante et originale Je ne vous ai pas vue “couchée par terre” mais je vous imagine facilement

  2. Hélène Bédard dit :

    Merci . très intéressant votre article ce matin. Je porterai plus attention.

  3. Louise dit :

    Je suis guide au Jardin botanique. Je ne vous y ai pas vue. Les grosses « bibittes » qui se couchent par terre pour prendre des photos sont beaucoup plus sympathiques que celles qui entrent dans les plates-bandes en piétinant tout pour faire des ego-portraits.

  4. Terry dit :

    Merci ! On en apprend sans cesse avec vous!

  5. Chantal dit :

    Très instructif, merci!

  6. Viviane Haeberlé dit :

    Tout à fait fascinant! Peut-être est-ce parce que ma dose de café de ce matin n’était pas suffisante, mais je n’arrive pas à trouver l’abeille dans la photo des fleurs de consoude! Au moins j’ai appris des tas de choses grâce à votre article de ce matin. Merci!

    • Audrey Martel dit :

      Bon matin! Regardez en plein milieu de la photo et décalez très légèrement à droite: il y a une fleur de laquelle on voit un bout d’abdomen, une patte, et une aile qui dépassent. Zoomez la photo pour vous aider! Elle est très bien rentrée dans sa fleur la coquine, je crois qu’elle n’aimait pas les photos :O

      • Viviane dit :

        Merci! Grâce à vos indications (et au zoom), je l’ai vue! Mon chum, qui boit du thé, l’a trouvée sans utiliser vos indices. Que doit-on en conclure?…

  7. Anne Marie dit :

    Mea coupa…..euh! Culpa! Je suis de ceux qui coupaient les fleurs des hostas , non parce qu’elles regardaient le sol, mais parce qu’elles m’apparaissaient un peu quelconques, jusqu’à ce que vois les colibris y puiser le précieux nectar, sans compter les pollinisatteurs de tout genre! Depuis ce temps, j’admire leur présence ?

  8. Guy Lafleur dit :

    J’ai un hosta géant ( big Dady) et oui, j’ai eu envie de couper ses hampes florales,
    Puis j’ai remarqué ces gros bourdons qui viennent les visiter et ça m’a procuré un grand bonheur de les accueillir chez moi. Je continue d’apprécier la beauté du jardin mais ce que j’aime le plus c’est de rester là à observer toute l’action qui s’y passe, je ne suis jamais seul dans mon jardin.

  9. Diane dit :

    Chère Audrey,
    Quelle bibitte intéressante!! J’adore te lire! Merci! 🙂

  10. Josée dit :

    Merci de nous faire voir ça sous un autre angle……. ah! ah!

  11. Anne dit :

    Hilarant!
    Couché au sol pour capturer ce moment de polinisation! Why not ?!
    J’irai visiter le jardin botanique autrement !
    Regarder dessous, cette petite vie inaperçu jusqu’alors !

  12. Denise villeneuve dit :

    En coupant les fleurs, cela permet à l’hosta de grossir plus rapidement. Je garde les fleurs blanches, mais je coupe toujours les fleurs mauves

  13. Dagenais Viviane dit :

    Très intéressant, très belle photos aussi et ça satisfait d’apprendre le nom des fleurs moins commune. Merci. Cet été chez moi beaucoup de papillon jaune soleil que je n’avais pas auparavant.

  14. Francine Lalande dit :

    Mais quel article intéressant qui nous permet de comprendre l’une des nombreuses stratégies du monde végétal pour assurer sa pollinisation et donc la survie de l’espèce. Cela nourrit l’humilité! Il y a tant à apprendre sur cet univers qui compte des millions d’années d’adaptation pour assurer sa survie !

  15. Suzanne Trottier dit :

    Merci beaucoup!
    Y a jamais rien pour rien!
    Moi aussi je vais surveiller ça quand j’y retournerai!
    Oui oui accroupie sur le sol et non DANS les plates-bandes. ?

  16. Lise Gravel dit :

    C’est du plaisir de vous lire! Instructif et amusant!

  17. Lyne Parent dit :

    Chère Audrey,
    Je faisais partie de ces personnes qui avoue le, trouvaient les fleurs de mes hostas moins « intéressantes » …. Depuis votre article, je vais prendre le soin de les regarder de façon différente… Surtout que j’en ai planté plusieurs nouveaux cette année. Merci pour ce partage vraiment informatif!

  18. Danie dit :

    Effectivement drôle de pratique comme bien d’autres de couper les fleurs des hostas… et, elles sont tellement belles les fleurs qui regardent vers le sol!!!

  19. Anonyme dit :

    Je suis déjà abonné au blog. Pourquoi me demande-t-on constamment de rentrer mon e-mail de nouveau?
    robert.plourde@cgocable.ca

  20. Martine dit :

    Vraiment intéressant ! Merci !

  21. Cécile Lavoie dit :

    Merci de nous faire réaliser les particularités de Dame Nature.
    C’était un article intéressant !

  22. JULIEN C. dit :

    Merci pour cet article, vous êtes toujours très intéressante 🙂
    <3<3<3

  23. Claudine dit :

    Merci Audrey, jolies photos et article plus qu’intéressant.

  24. Maude dit :

    Quel sujet original et tellement pleins de bon sens Merci!

  25. Anonyme dit :

    Avec vous, on apprend toujours beaucoup. Merci!

  26. Patricia Gimeno dit :

    Les fuschias, les agantes et grands nombres de mes fleurs attirent les pollesinateurs de toute sorte, Un plaisir de tous

  27. Patricia Gimeno dit :

    Les fuschias, les agantes et grands nombres de mes fleurs attirent les pollesinateurs de toute sorte, Un plaisir de tous les jours. Même mes tortues ?? rependent du pollen en passant sur leur nourriture. La nature est bien faite ?????????????

  28. Angèle Dubé dit :

    L’an dernier, j’ai planté des coleus juste en avant de la fenêtre de mon solarium. C’était un plaisir de voir travailler sans relâche les gros bourdon qui venait chercher le nectar des fleurs de coleus (que certaines personnes trouvent très peu intéressantes et coupent). Alors, j’ai planté à nouveau des coleus au même endroit cette année mais nous n’avons eu la visite de aucun bourdon, aucune abeille. Que se passe-t’il? Je n’ai vu aucun bourdon ou abeille sur mon terrain cette année. J’habite en Estrie.

Inscrivez-vous au blogue du Jardinier paresseux et recevez ses articles dans votre boîte de courriel à tous les matins!

%d blogueurs aiment cette page :