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Couvrir du sol avec des indigènes

Les couvre-sols rampants peuvent être de précieux alliés au jardin: on en plante quelques-uns et ils se multiplient, se répandent, remplissant les espaces vides de nos plates-bandes sans qu’on ait à intervenir. Surtout ceux qui tolèrent l’ombre, car ils poussent parfois même sous d’autres plantes, agissant comme un paillis vivant. Comment demander mieux pour un jardinier paresseux?

Espèces floristiques exotiques envahissantes prioritaires

Ceux qui sont moins paresseux, en revanche, les apprécieront peut-être moins, puisqu’ils ont tendance à échapper à leur contrôle. On va même jusqu’à traiter ces végétaux d’envahissants. Quelle insulte! Pour ma part, je préfère garder ce mot pour les végétaux qui sont réellement envahissants comme la renouée du Japon, l’alliaire officinale ou l’érable de Norvège: ces plantes qui nous viennent de l’étranger par accident ou qui ont échappé à la culture et qui causent de réels problèmes en perturbant nos écosystèmes et parfois notre économie. Ici au Québec, on les désigne espèces floristiques exotiques envahissantes prioritaires (EFEE prioritaires).

L’alliaire officinale en fleur. Photo : Remont.

Cependant, il y a toute une liste de végétaux qui ne sont pas nommés EFEE, mais qui ont tendance à se répandre, soit par leurs rhizomes, leurs stolons ou par leurs semences. D’autres pourraient devenir problématiques à l’avenir, mais des recherches approfondies n’ont pas encore été faites. Et, pour compliquer davantage les choses, les plantes exotiques peuvent être envahissantes dans certaines régions, sans l’être dans d’autres. Un vrai fouillis pour nos lecteurs!

Prendre conscience et planter indigène

Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous inquiète avec tout ça et surtout quoi faire. Tout d’abord, je crois qu’on doit prendre conscience de la question des plantes envahissantes. Malheureusement, plusieurs pépinières vendent encore des plantes considérées comme EFEE au Québec. Si on vend encore des plantes envahissantes, on ne vous conseillera certainement pas sur les espèces dont le statut est incertain. Je ne vous demande pas non plus pas d’arracher votre tapis de petite pervenche ou votre pachysandre du Japon, mais gardez-les à l’œil, surtout si vous habitez à proximité de boisés ou de zones protégées.

Heureusement, il y a une solution simple à ce problème: planter des couvre-sols indigènes! Voici 5 espèces de vivaces et d’arbustes couvre-sols que vous pouvez utiliser au jardin, sans vous inquiéter qu’ils se sauvent de chez vous. Et ils sont assez communs que vous en avez peut-être déjà chez vous sans savoir qu’ils sont indigènes.

Asaret du Canada (Asarum canadense)

Photo : Michael Wolf

On retrouvait l’asaret du Canada partout dans les forêts de l’est de l’Amérique du Nord auparavant. Il est maintenant assez rare, ayant été récolté pour ses vertus médicinales. Malgré qu’il produise de petites inflorescences brunes, son intérêt principal reste sa capacité à répandre ses feuilles vertes assez agressivement dans l’ombre. Ne faisant que 15 cm de haut, il étouffera les plantes plus basses, mauvaises herbes incluses, sous un tapis de verdure dense, mais prendra du temps à s’implanter. C’est aussi une vivace très rustique, survivant jusqu’en zone 2.

Raisin d’ours (Arctostaphylos uva-ursi)

Photo : Walter Siegmund 

J’ai souvent utilisé le raisin d’ours en bordure de trottoir à cause de sa résistance au sel, mais cet arbuste rampant peut s’adapter à presque toutes les conditions, même à l’ombre profonde. Originaire du Grand Nord canadien et du Groenland, on le retrouve jusqu’en Nouvelle-Angleterre, dans la toundra, au haut des montagnes, le long des littoraux, mais aussi en forêt. Ses origines lui confèrent une bonne résistance au froid; il est capable de pousser en zone 2 ou peut-être même zone 1!

Son attrait principal demeure son feuillage persistant qui tourne au bronze en hiver, mais il produit tout de même une énorme quantité de petites fleurs blanches au printemps et des fruits qui font le bonheur des oiseaux (et des ours, peut-être?). Ne faisant que rarement plus de 40 cm de hauteur, le raisin d’ours peut tout de même demander un peu de vigilance, car il a tendance à s’étendre.

Mertensie de Virginie (Mertensia virginica)

La mertensie de Virginie est reconnue pour sa floraison printanière brève, mais abondante puisqu’elle vit en de grands groupes produisant des fleurs bleues sur des tiges de 60 cm. Les pollinisateurs en raffolent, autant les abeilles indigènes que les papillons et les colibris. Pourtant, c’est une vivace robuste qui s’adapte aussi bien au sommet des montagnes qu’au bord des cours d’eau, résistant au vent et à la neige, mais surtout à l’ombre où elle produira de larges tapis verts. Aussi délicate qu’elle puisse paraître, elle est rustique jusqu’en zone 2. On la retrouve surtout dans le centre et l’est des États-Unis, mais elle est indigène au Québec et en Ontario, où elle est considérée comme étant vulnérable.

Thé des bois (Gaultheria procumbens)

Photo : Agnieszka Kwiecie?, Nova

Ce petit arbuste est souvent utilisé en tisane ou dans l’industrie des cosmétiques pour son odeur à note balsamique. C’est pourtant un champion des jardins nordiques avec une rusticité exceptionnelle, allant jusqu’en zone 2! Ses petites feuilles luisantes sont persistantes et ses branches rampantes s’enracinent au contact du sol. Au printemps, le thé des bois produira de petites fleurs en cloche blanches qui porteront fruit. En août, ses fruits rouges sont aussi impressionnants que sa floraison. On le retrouve en nature de Terre-Neuve jusqu’au Manitoba et au Sud jusqu’en Alabama.

Tiarelle feuille-en-cœur (Tiarella cordifolia)

Photo : Raul654

Cette tiarelle, indigène dans l’est de l’Amérique du Nord, est déjà populaire dans nos jardins et est facilement disponible en pépinière. C’est une vivace de sous-bois, donc résistante à l’ombre, et qui se propage par stolons. Cependant, elle n’est pas envahissante. Ses fleurs en forme de cœur sont duveteuses et elle produit des fleurs blanches et plumeuses au printemps. Rustique en zone 3, elle s’adaptera à la plupart des jardins.

Étiquettes + Thé des bois, Tiarella cordifolia, Tiarelle feuille-en-cœur, Gaultheria procumbens, Mertensie de Virginie, Mertensia virginica, Raisin d'ours


commentaire sur "Couvrir du sol avec des indigènes"

  1. Liliane dit :

    J’adore la vinca minor comme couvresol près des clôtures
    Mais pas si vous avez un petit terrain ni dans les platebandes.

  2. Marie-Claire Pitre dit :

    Salut, j’ai cherché pour les raisins des ours dans ma localité mais je ne les ai pas trouvé. J’en voyais beaucoup quand j’étais enfant dans le nord-est du Nouveau-Brunswick.

    • Catherine Caron dit :

      Je pense que le nom des raisins d’ours est le busserole. Peut-être que ce sera plus facile à trouver

  3. celadon7 dit :

    Chère vergerette du Canada qui envahit l’hexagone – les raisins d’ours chez nous ce sont les fruits des phytolaques (phytolacca) les envahisseuses de rivières ; la jussie, de terrains humides : la renouée du Japon , terrains secs les chardons et bien d’autres telle l’ambroisie .

  4. J.J. dit :

    l’asaret du Canada, je l’aurais facilement pris pour un pétasite, comme le pyrenaicus que j’ai toujours connu dan mon jardin.
    J’ai tenté de l’éradiquer par toutes sortes de moyens plus ou moins sauvages, en vain. Je le laisse donc tranquille et contiens ses velléités de colonisation. En fait un très bon couvre sol, il ne dépasse guère les 20 cm de haut (2/3 de pied environ) et offre en hiver des fleurs modestes mais au parfum délicieux.

  5. Via Rou dit :

    Y a t-il des site ou pépinière qui propose ses plantes indigène.

  6. Claudette Savard dit :

    De toutes ces plantes que l’on dit envahissantes, la tiarelle est ma préférée. Elle se fait un chemin entre les autres plantes et ses fleurs dressées sont magnifiques. Elle ne fait de tord à aucune autre plante. Je ne l’ai jamais trouvé envahissante tant qu’à moi. Merci Mathieu.

  7. Dave dit :

    J’ai adoré le billet de ce matin! Bravo!

  8. Sandra dit :

    J’aime bien lire “Le jardinier paresseux” depuis quelques années déjà. Contente que ce blog continu. J’aime particulièrement les articles des plantes indigènes de l’ombre. J’irai me chercher quelques Tiarelles pour mes espaces d’ombre.

  9. Claudette Cochin dit :

    Chez moi depuis quelques années l’asaret du Canada est une vrai plaie d’Egypte. On en retrouve même dans le potager.

    • Christiane Plante dit :

      Bonjour Mme Cochin, J’irais bien vous donnez un coup de main à contenir votre asaret. J’aimerais l’implanter dans mon boisé, mais dans mon coin, impossible à trouver sur le marché.

  10. Ginette Vadnais dit :

    J’ai pris les grands moyens pour me débarrasser de la renouée du Japon. Une toile noire apposée sur le sol et fixée à l’aide d’ancrage. Tout un travail je vous en donne des nouvelles. Il paraît que ça prend un an sinon deux pour l’éradiquer. Elle avait pris le contrôle d’une partie de la plate-bande et commençait à se répandre dans le gazon

  11. Claire dit :

    J’ai planté du thé des l’automne dernier mais un campagnole à décidé que c’était délicieux et maintenant, il s’essaie ailleurs sur les bulbes. Heureusement que j’ai mis un grillage sous les bulbes pour empêcher les tamias de les manger 🙂

  12. Colette Rheault dit :

    Bonjour,
    J’ai lu avec grand intérêt cet article sur les plantes indigènes qui servent de couvre sol même en zone ombragée
    Vous avez décrit également sur les plantes envahissantes.
    J’ai un tapis de pervenche que j’apprécie vraiment pour ses fleurs en débit de saison et le verdure que me procure cette plante, facile à contrôler-) je coupe ce qui s’étend trop loin.
    J’ai un problème avec une petite plante que je nomme
    « petit haricot sauvage » ça pousse partout dans mes rocailles, tige très fine qui peut s’allonger et monter le long d’une haie de cèdre , racines tellement longues que je suis incapable d’arracher jusqu’au bout, petites feuilles rondes , bouquet de fleurs mauves et finalement des cosses vertes qui finalement donne des petites graines noires , lorsque mature la cosse devient brune , éclate et voilà une dizaine de nouvelles pousses la prochaine année.
    Que faire ? , je prendre quelques heures de désherbage je tente d’arracher , mais comme la racine est très très longue , ça casse et hop ce sera un plant pour la prochaine année.
    Est-ce qu’il y aurait une solution pour contrôler cela ?

  13. Claude Savard dit :

    Bonjour,
    J’ai une plante envahissante que j’aime bien (!) dans mon gazon. Elle est de couleur violet et s’étend au sol comme un lierre. Son feuillage est si dense qu’elle remplace progressivement le gazon, s’étendant un peu comme une tache d’huile. Avez-vous une idée de quelle plante il s’agit?
    Merci de votre attention,
    Claude

    • Claude Savard dit :

      Je me réponds à moi-même… J’ai trouvé ma réponse ailleurs sur le site: la bugle rampante! Comme je ne suis pas ferré dans l’identification des couleurs, le violet de la question originale est, disons, plutôt pourpre.

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