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À chaque mois sa plante, juin 2023: Cissus en tous genres

Photo par Forest & Kim Starr.

Il y a quelques années, une collègue a vu mon bureau rempli de plantes et m’a dit: «Tiens, j’ai une bouture pour toi.». Je m’attendais à une généreuse banalité (pothos, philodendron, une misère peut-être?), mais à ma grande surprise elle m’a donné une bouture de trois feuilles de Cissus alata. Depuis 2020, ce cissus ne m’a donné aucun problème de culture, a toléré certaines maladresses d’arrosage et n’a cessé de croître. À ce jour, je ne m’explique toujours pas pourquoi il n’est pas plus populaire, car il a tout pour plaire!

Origine

Il existe environ 350 espèces de Cissus, plante de la famille des Vitacées. La plupart se retrouvent dans les régions tropicales et s’étendent autant en Amérique du Sud qu’en Afrique et en Océanie. Leur nom vient du grec, kissos, signifiant «lierre».

Tous les cissus sont des lianes, donc des plantes grimpantes. Ils tiennent en place à l’aide de vrilles, un organe spécialisé qui leur permet de s’agripper autour des branches des autres arbres. À la différence de certaines plantes grimpantes habituellement cultivées dans nos maisons (syngonium, philodendron), les cissus forment éventuellement une écorce sur leurs tiges.

D’autres plantes avec un petit air de famille, appartenant aussi aux Vitacées, sont les vignes qui produisent le raisin (Vitis spp.) et la vigne vierge, qui poussent un peu partout au Québec (Parthenocissus quinquefolia).

Dans les pays tropicaux, certaines espèces de cissus, ici C. javana, font office de plantes grimpantes ornementales très attrayantes. Photo par Don McCulley.

Variétés

Cissus alata. Photo par l’auteur.

Cissus alata

Le cissus le plus souvent cultivé à l’intérieur se nomme C. alata, anciennement C. rhombifolia, et est originaire d’Amérique centrale. Les feuilles trifoliées ont des marges dentelées chez l’espèce de base, adoptant une teinte légèrement cuivrée quand elles sont jeunes et encore recouvertes de petits poils blancs. Elles finissent par devenir vert foncé. C. alata est de culture très facile et a donné le cultivar ‘Ellen Danica’ ou cissus aux feuilles de chêne, un cultivar facile aux feuilles plus arrondies que chez l’espèce de base.

Cissus alata ‘Ellen Danica’, avec les feuilles plus arrondies, rappelant celles d’un chêne. Photo par Juandev.

Cissus antarctica

Cissus antarctica. Photo par Dinkum.

Le Cissus antarctica est cultivé comme plante d’intérieur. On l’appelle également C. oblongata ou encore «vigne kangourou», et il nous vient tout naturellement d’Australie. Contrairement aux cissus présentés plus haut, il n’a qu’une feuille par nœud. Bien adaptée aux conditions d’intérieur, cette plante est souvent décrite comme intuable.

Cissus striata

En haut à gauche, Parthenocissus quinquefolia (photo par Katherine Wagner-Reiss), en comparaison avec C. striata (photo principale, par Peganum). Bien que les feuilles se ressemblent beaucoup, C. striata n’a pas la même tolérance au froid que le Parthenocissus quinquefolia, qu’on appelle aussi vigne vierge!

Plus rare, on peut aussi voir le Cissus striata avec ses feuilles à cinq folioles, légèrement dentelées. Les nouvelles feuilles sont d’un vert tendre, presque translucide. La culture serait légèrement plus délicate que celle du Cissus alata, mais quand même aisée. 

Cissus quadrangularis et Cissus quinquangularis 

Cissus quadrangularis. Photo par Dinesh Valke.

Le Cissus quadrangularis, et son frère C. quinquangularis, sont très différents des autres cissus de la famille: en effet, leurs tiges charnues, à quatre (quadrangularis) ou cinq (quinquangularis) côtés bien distincts, sont gonflées d’eau pour leur permettre de survivre à la sécheresse de l’Afrique dont ils sont originaires. À chaque nœud où se joignent leurs tiges épaisses se trouvent une feuille ronde et une vrille pour grimper.

Il est clair, au premier regard, qu’il s’agit de plantes succulentes. Elles tolèrent donc mieux l’air sec que les autres cissus, mais on doit leur donner plus de lumière et laisser leur terreau s’assécher avant d’arroser. Ces cissus peuvent croître dans un terreau traditionnel ou allégé, comme celui conçu pour cactus et succulentes.

Cissus rotundifolia

Cissus rotundifolia, photo par Forest & Kim Starr.

Le Cissus rotundifolia, un autre cissus succulent, demande des soins similaires à ceux de C. quadrangularis. Comme son nom l’indique, ses feuilles charnues sont presque rondes.

Cissus javana

À l’autre extrême se trouve le Cissus javana, anciennement C. discolor, et appelé familièrement vigne bégonia, qui nous vient de l’Asie du Sud-Est. Contrairement aux cissus rencontrés jusqu’à présent, c’est une plante de culture difficile, demandant un terreau constamment humide et une forte humidité atmosphérique, sans quoi ses feuilles peuvent s’enrouler, sécher et tomber. Pour l’aider à survivre l’hiver, où l’air est bien plus sec en raison du chauffage central, on peut ajouter un humidificateur tout près d’elle. Une autre astuce pourrait être de la tailler sévèrement et de réduire les arrosages pour la mettre en dormance jusqu’au printemps.

Le Cissus amazonica est de culture similaire, avec des feuilles argentées dont les nervures sont d’un vert presque blanc.

Cyphostemma adenapoda

Cyphostemma adenopoda, anciennement cissus rose, du Jardinier paresseux

Mention honorable: le Cyphostemma adenopoda. Il appartenait avant au genre cissus, mais maintenant, le cyphostemma est son propre genre de la famille des Vitacées, composé de quelques 250 espèces, qu’on distingue des cissus en raison de leur base caudiforme, c’est-à-dire ayant un tronc ou des racines enflées. Autrefois appelé cissus rose, le Cyphostemma adenopoda est presque pareil au Cissus alata, mais ses tiges sont d’une jolie teinte rouge-rose en raison des petits poils qui les recouvrent. Son côté caudiforme, c’est son système racinaire tubéreux qui lui permet de supporter la sécheresse. Il est de culture similaire à celle des autres cissus faciles, mais tolère encore mieux le plein soleil.

Malgré ses besoins bien plus élevés en humidité, il semble que certaines personnes savent faire pousser C. javana. Photo par Begoniaceae.

Conseils de culture

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Lumière

Les cissus se contentent d’une lumière indirecte moyenne à vive.

Exceptions: cissus succulents (plein soleil préférable)

Arrosage

On les arrose quand la moitié du terreau environ se met à sécher. Les feuilles du cissus vont commencer à ployer sous leur poids en situation de sécheresse, mais elles reprendront bien vite sitôt que la plante est arrosée. Le jaunissement des feuilles est souvent dû à un terreau qui reste trop longtemps humide, à éviter.

Exceptions: cissus succulents (laisser le terreau sécher entièrement), C. javana et amazonica (garder le terreau constamment humide).

Humidité atmosphérique

Bien qu’il préfère l’humidité des tropiques, le cissus s’adapte bien au niveau d’humidité atmosphérique trouvée dans nos maisons.

Terreau et rempotage

Un terreau pour plantes d’intérieur convient très bien au cissus. Il pousse bien à l’étroit mais, dans ses premières années, il pousse tellement vite qu’il peut demander plusieurs rempotages par année.

Engrais

Dose normale durant la période de croissance. Par ailleurs, sa croissance est saisonnière, avec une reprise notable au printemps, période durant laquelle il commence à produire plusieurs feuilles à la fois, pour prendre une forme presque arbustive lorsqu’il est jeune, et presque sarmenteuse quand il est plus vieux.

Température

Il est conseillé de toujours le garder à une température supérieure à 13°C, plus encore pour les formes de culture moins facile.

La culture, en résumé:

CissusAlata, Antartica, Striata,Quadrangularis
Quinquangularis
Rotundifolia
Javana
Amazonia
LumièreMoyenne, viveDirecte, viveMoyenne, vive
ArrosageTerreau légèrement secTerreau complètement secTerreau humide en tout temps
HumiditéPréfère haute mais tolère normaleTolère humidité très basseHaute en tout temps
TerreauNormalNormal ou pour cactus et succulentesNormal

Entretien

Les cissus demandent seulement l’entretien habituel requis par la plupart des plantes d’intérieur: retirer une foliole basale jaunissante, laver les feuilles à l’occasion et l’aider à se fixer sur un treillis, si on le cultive en grimpante.

À noter qu’avec ses vrilles, le cissus grimpera allègrement sur son support, mais également sur la plante à côté, dans les rideaux, sur grand-maman qui somnole dans sa chaise berçante… Donc le travail est moins de le fixer sur le treillis, mais plus de le fixer seulement sur le treillis! Il est préférable de le faire grimper, car ses feuilles deviennent de plus en plus petites et espacées lorsqu’elles retombent.

Une autre option est de le tailler régulièrement pour lui donner une forme touffue et arbustive, ce qui est particulièrement facile à obtenir en raison de sa propension à faire de nouvelles branches par lui-même.

De mon expérience avec C. alata, les feuilles restent très longtemps sur la plante. Je pense que j’ai enlevé environ une feuille par année depuis que je l’ai! Il a donc vraiment besoin de très peu d’entretien. Photo par Derek Ramsey.

Multiplication

On peut le multiplier par boutures de tiges. Les boutures prennent quand même un certain temps à faire des racines, plus que pour d’autres grimpantes cultivées à l’intérieur. Pour cette raison, une bouture dans l’eau est peut-être plus sécuritaire que directement dans le terreau.

Problèmes

  • Insectes: cochenilles, tétranyques si c’est une variété à feuilles minces. Ces cissus sont particulièrement sensibles aux tétranyques l’hiver, quand l’air est sec à cause du chauffage. Une manière d’éviter ce problème, ou d’y remédier, serait de mettre un humidificateur à proximité, car les tétranyques n’aiment pas l’humidité;
  • Feuillage qui s’enroule, sèche et tombe: manque d’humidité, surtout pour les espèces plus délicates (C. alata, C. amazonica);
  • Feuilles qui jaunissent ou qui font des taches brunes: trop d’eau, laisser le sol sécher davantage et réduire les arrosages;
  • Feuilles blanches ou poussiéreuses: le cissus est prompt au mildiou, un champignon qui peut l’affecter surtout en condition trop humide. Bien qu’il existe différents fongicides, le plus simple reste de tailler le feuillage atteint. À l’avenir, une meilleure circulation de l’air et un feuillage qu’on garde sec préviennent le mildiou;  
  • Pourriture: dans un sol maintenu trop humide, les racines peuvent pourrir et il est mieux de bouturer la plante pour la sauver.

Quand le sol est maintenu trop humide, les cissus ont tendance à éliminer leur excès d’eau par guttation à l’endos des feuilles. Bien que ce ne soit pas dommageable pour la plante, c’est signe d’un arrosage trop généreux qui, lui, pourrait être un problème à moyen terme.

Toxicité

Les cissus semblent tous être sécuritaires pour animaux et enfants, mais je n’ai trouvé la confirmation que pour C. alata et C. javana.

Autre information triviale : La NASA a testé le Cissus alata comme plante dépolluante – j’en conclus que la NASA elle-même est entièrement en accord avec moi quand je dis que le cissus devrait être plus populaire comme plante d’intérieur. Découtez le texte complet.

Conclusion

Le cissus est une plante grimpante de culture généralement facile, qui tolère une lumière suboptimale, une humidité atmosphérique basse et des écarts d’arrosage, tout en offrant une croissance abondante facilitée par des vrilles et une tendance à faire des branches, même sans taille. Le cissus me semble donc avoir toutes les qualités pour être hissé au rang des plantes d’intérieur faciles et couramment cultivées, même sans avoir de pouce vert. Pour un défi de plus, il existe aussi en version succulente et en version capricieuse. Maintenant, à quand une version panachée et une version néon?

En haut à droite, la bouture, comme je l’avais reçue, il y a deux ans. L’autre photo, c’est la plante à ce jour. J’avoue, il y a eu un petit travail d’arrangement esthétique pour ordonner ses différentes tiges et lui donner son apparence fournie… et c’est bien le seul souci qu’elle m’ait causé!

commentaire sur "À chaque mois sa plante, juin 2023: Cissus en tous genres"

  1. Merci Colin pour cet article sur le Cissus. Grâce à vous je me sens plus qualifiée pour prendre soins d’une bouture qu’on bon ami, au bureau aussi, m’a offerte. Longue vie à votre chronique!

  2. Une plante vraiment intéressante. Je ne savais pas qu’il y avait autant de variétés. Le plus étonnant , le Cissus javana que j’aurais bien pris pour un bégonia, avec ses feuilles bicolores et légèrement dissymétriques.
    J’admire chaque fois que je passe dans une galerie commerciale de ma ville, un cissus tout simple, probablement un cultivar d'”alata” qui a pris un développement encore plus considérable que le javana de l’illustration(il doit approcher les 8 mètres, ça doit faire approximativement dans les 25 pieds au Québec) et il est taillé tous les ans.
    Rien d’étonnant d’ailleurs que ces plantes “grimpent : ce sont des vitacées, vitis étant l’ancien nom latin de la vigne,
    Nous y trouvons les ampélopsis, parthénocissus (vigne vierge) et autre vitis vinifera (qui donne les raisins de table ou pour le vin) .

  3. M. (ou Mme peut-être?) J.J.,
    Je trouve vos commentaires toujours très pertinents, intéressants et instructifs à lire. Vous semblez avoir une grande expertise dans le domaine horticole, qui vous vient de votre occupation professionnelle peut-être? De toute façon, c’est toujours très agréable de vous lire. Il me semble que vous feriez un excellent collaborateur pour l’équipe du Jardinier paresseux. 🙂

    Colin, excellent article aussi, en passant! Merci!

  4. Je n’ai pas grand mérite, j’ai toujours été intéressé par la culture, le jardinage (amateur et un peu apprenti professionnel dans mon jeune temps). Je suis un peu botaniste amateur et intéressé par beaucoup de sujets en particulier tout ce qui touche à la nature. Mais je m’intéresse aussi à notre parler local qui est en partie l’ancêtre du votre et où je retrouve beaucoup de nos expressions. J’accumule tout cela depuis de nombreuse décennies et j’aime faire partager mes connaissances, car sans me vanter, quand je disparaîtrais, c’est, comme disent le africains, c’est une petite bibliothèque qui brûlera. Et je remercie toujours les “anciens” qui m’on communiqué leur savoir.

  5. Ahhh, on peut presqu’entendre notre cher Larry à travers vos paroles. Merci de partager le contenu de votre petite (ou grande… 😉 ) bibliothèque avec les générations qui vous suivent, et en particulier avec nous, à travers ce blogue. Je suis entièrement de votre avis qu’on doit valoriser et traiter avec un immense respect les anciens qui ont tant de belles expériences et de savoir à nous communiquer pour enrichir nos vies. Et oui, toujours aussi intéressant de conserver et de partager notre « parlure ».

  6. Oups, j’ai oublié de « signer » mon message précédent… (l’anonyme, c’est moi.) 😉

  7. Juliette au balcon

    Merci de cet article très intéressant, Colin Laverdure, au nom de famille prédestiné! Vous avez une belle plume!
    J’ai un petit faible pour le Cissus rotundifolia qui ne doit cependant pas fructifier à l’intérieur….
    J’aime beaucoup les plantes d’intérieur dans mon décor. Elles apportent de la vie, de la chaleur!

  8. Une plante qui réussit en effet à une sous-douée de l’horticulture avec plein de plantes décédées à son actif.

  9. Que se passe-t-il? chaque jour je consulte le site.
    Je me fais des fichiers pour les articles qui suscitent mon intérêt de jardinière.

    Impossible comme avant d’en faire la copie avec les photos. J’y parviens en téléchargeant les photos sur mon bureau d’ordinateur pour les copier coller ensuite dans mon fichier.

    L:e chemin est long et inutile.

    Pourrait-on revenir comme avant? Par ailleurs les écritures sont trop fines. Lorsqu’on lit sur un portable l’écran n’est pas tactile.

  10. Merci pour ce magnifique article très complet! Matante Suzanne serait fière de sa bouture et de ce qu’elle est devenue grâce a toi! ?