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À chaque mois sa plante, avril 2023: le nématanthus

Photo par Wayne Ray

Aussi appelé Plante poisson rouge, le nématanthus est une plante d’intérieur qu’on rencontre moins couramment dans nos demeures et dans les pépinières que certaines autres plantes plus populaires, mais qui apparaît une fois de temps en temps en magasin, le plus souvent en panier suspendu. Bien qu’elle soit un tantinet plus capricieuse que les plantes de débutants, sa culture demeure plutôt aisée et répond à un des besoins les moins connus de la pyramide de Maslow: avoir des fleurs chez soi!

Origine du nématanthus

La forme du nématanthus dans la nature peut légèrement varier. Photo par Michael Wolf.

Dans la nature, le Nematanthus est endémique au Brésil. Il a été découvert en 1821 par Heinrich Schrader, un botaniste et mycologue allemand. Le nom vient de nema, le fil, et anthos, la fleur, en référence à ses fleurs étroites comme un fil. On l’appelle encore parfois Hypocyrta, son ancien nom, ou encore Plante poisson rouge (Goldfish Plant en anglais).

Il existe environ 30 espèces distinctes du genre Nematanthus, dont on cultive principalement N. australis, N. gregarius et N. wettsteinii. Le Nematanthus appartient à la grande famille des Gesnériacées, qui a produit plusieurs plantes fleuries qu’on adopte dans nos demeures, comme les violettes africaines (Saintpaulia) ou la Plante rouge à lèvres (Aeschynanthus), cette dernière étant de culture très similaire au Nematanthus.

Description

Gros plan permettant d’apprécier la nouvelle croissance d’un vert plus tendre et les fleurs à différents stades d’émergence. Notez la longue tige qui commence à s’arquer et à retomber. Photo par Dinkum.

Le nématanthus est un arbuste généralement épiphyte, c’est-à-dire qu’il pousse non pas sur le sol, mais sur l’écorce d’un arbre ou à l’aisselle d’une de ses branches. Son système racinaire est donc limité, mais légèrement tubéreux, conservant l’eau pour les périodes de sécheresse. Les tiges sont semi-dressées au début de leur croissance, puis retombantes. Elles se ramifient généreusement avec des soins adéquats. Les feuilles, rigides et succulentes, demeurent généralement vert foncé. Chez certaines espèces, elles portent une teinte rougeâtre sur leur face inférieure.

Outre le feuillage luisant, on cultive le nématanthus pour ses fleurs sympétales (pétales soudés), dont la corolle forme une petite enflure. L’embouchure réduite des fleurs permet uniquement au bec des colibris de venir les polliniser dans la nature.

Gros plan d’une fleur avec la corolle enflée et les pétales minuscules ceinturant l’embouchure étroite. Photo par Stickpen.

Variétés

Même si les fleurs sont aussi belles que celles des autres cultivars, le feuillage du nématanthus ‘Dibley’s Gold’ est son principal attrait. La tige en premier plan semble être revenue à sa forme originale, sans panachure. Photo par Forest & Kim Starr.

Il existe divers cultivars de nématanthus, adaptés aux conditions d’intérieur, la plupart étant des hybrides complexes. Ils sont difficiles à distinguer car, mis à part quelques exceptions, ils ont tous sensiblement le même port et la même couleur verte. Certains vont sortir du lot, par exemple avec une floraison constante et non cyclique, une meilleure tolérance aux conditions de culture difficiles, la taille de leurs feuilles ou l’espace internodal réduit (c’est-à-dire que les feuilles sont plus rapprochées les unes des autres, laissant voir moins de longueurs de tige et offrant un port plus compact, souvent plus attrayant).

Quelques différences saisissantes

Je ne prétendrai pas présenter tous les divers cultivars, les différences étant trop subtiles, mais certains offrent de saisissantes différences qu’il convient de présenter ici:

  • Les cultivars ‘Rio’ et ‘Après’, par exemple, donnent des fleurs rouges, le cultivar ‘Lemon and Lime’, des fleurs jaunes, et le cultivar ‘Shady Ladies Mae’, des fleurs bicolores rouges et jaunes;
  • Les cultivars ‘Castanet’ et ‘Stoplight’ ont le dessous des feuilles rougeâtres;
  • Nematanthus ‘Tropicana’ possède les mêmes feuilles vert foncé, mais elle est de plus grande taille que ses condisciples. Elle se distingue aussi par sa floraison abondante qui, sous de bonnes conditions, survient toute l’année: les bourgeons sont d’une charmante couleur rouge puis émergent les fleurs d’un jaune foncé rayé;
  • Nematanthus ‘Dibley’s Gold’ et ‘Golden West’ est la version panachée de la plante. D’un vert plus pâle, la variation est au cœur de la feuille pour le premier et en marge pour le second. Ils fleurissent comme les autres nématanthus;
  • L’hybride Nematanthus x codonatanthus ‘Fiesta’ offre des fleurs roses avec les pétales plus proéminents.
Les bourgeons singuliers du Nematanthus ‘Tropicana’ profitent du soleil. Prenez note que la véritable couleur des feuilles ressemble plus à celles à droite qu’à celles nimbées de soleil direct. Photo par David J. Stang.

Conseils de culture

Lumière

C’est le principal obstacle à la culture d’intérieur: le nématanthus a besoin au minimum d’une lumière vive et préférerait probablement un peu de soleil direct. À l’intérieur, on peut l’habituer au plein soleil et sa floraison n’en sera que plus abondante. À l’extérieur, il préfère le soleil matinal ou de fin d’après-midi sous peine de dessécher trop vite.

Les cultivars panachés, comme le ‘Golden West’, demandent davantage de soins, notamment au niveau de la lumière. Photo par Cliff.

Arrosage

Les sources diffèrent à savoir quand arroser le nématanthus. Le Jardinier paresseux suggère de laisser le terreau s’assécher, mais d’autres sources conseillent de garder le sol constamment humide, surtout en période de croissance.

Considérant que la plante est épiphyte de nature, on peut penser qu’elle offre une certaine tolérance à la sécheresse. Personnellement, j’évite de garder le terreau constamment humide, mais je ne le laisse pas sécher en profondeur non plus. En période de floraison, il convient d’arroser plus fréquemment pour éviter que les bourgeons ne s’assèchent et tombent.

Humidité atmosphérique

Comme plante tropicale, le nématanthus préfère un bon taux d’humidité, mais s’accommode de l’humidité qu’on trouve habituellement dans nos demeures. L’humidité radicalement trop faible peut faire tomber le feuillage, en partie ou totalement.

Terreau et rempotage

Comme les autres épiphytes, le nématanthus préfère un terreau aéré, avec beaucoup d’éléments drainants. Le terreau commercial, à base de fibres de coco, garde l’eau peut-être un peu trop longtemps pour son système racinaire restreint: on peut ajouter du terreau pour cactus et succulentes ou d’autres éléments drainants (perlite, écorce, pierre ponce) pour éviter l’asphyxie des racines conservées dans un terreau trop longtemps humide.

La plante tolère de rester à l’étroit pendant plusieurs années. La rumeur court qu’elle fleurit mieux à l’étroit, mais je n’arrive pas à distinguer s’il s’agit d’un mythe horticole ou de la vérité. Toujours est-il qu’il vaut mieux attendre que ce soit absolument nécessaire avant de rempoter. (Ce qui est une bonne chose, car le rempotage des plantes au port retombant, comme c’est souvent le cas avec le némantanthus, n’est pas chose aisée…)

Engrais

On peut fertiliser le nématanthus durant sa croissance à la dose recommandée.

Pour plus d’informations, redécouvrez le texte sur l’abc des engrais.

Température

Bien que le nématanthus puisse supporter des températures plus froides, il faut éviter de le soumettre à une température plus basse que 10 °C. Il demeure plus compact à une température aux alentours de 16 °C, convenant pour une pièce relativement fraîche (mais dont la lumière demeure vive, cet aspect étant non négociable pour la plante).

Entretien

Il convient d’enlever fréquemment les fleurs lorsqu’elles sont fanées (ou de les laisser tomber par terre et de passer le balai!). À l’occasion, vous pouvez arroser la plante dans la douche pour nettoyer ses feuilles, elle vous en remerciera. Bien que ce ne soit pas absolument nécessaire, c’est une plante pour laquelle passer l’été à l’extérieur sera profitable et elle vous remerciera en réveillant ses nœuds secondaires et en fleurissant de plus belle!

Éventuellement, la plante devient un peu chaotique… ce qui fait également son charme! Photo par Krzysztof Ziarnek, Kenraiz

Une petite coupe de cheveux plaira au nématanthus vieillissant et l’encouragera à se ramifier. Il est préférable de tailler quand la plante est en croissance, donc le plus souvent au printemps et durant l’été.

Multiplication

Le nématanthus se multiplie par bouturage. Puisque le système racinaire prend du temps à apparaître, il est recommandé de recouvrir la bouture d’une mini-serre.

Toxicité

Pas de stress pour chats, chiens et enfants! Le nématanthus n’est pas toxique.

Problèmes

  • Chute des feuilles: une chute surprise des feuilles, partielle ou totale, survient en cas d’humidité trop faible, de courants d’air ou d’arrosages excessifs;
  • Feuilles courbées, tombantes et molles: la plante manque d’eau. Comme les paniers suspendus sont souvent sous-arrosés, il peut être nécessaire de faire tremper la plante;
  • Ravageurs: cochenilles, mites du cyclamen, pucerons et tétranyques surviennent à l’occasion;
  • Oïdium: une pellicule blanchâtre et poudreuse recouvre les feuilles ou les tiges. Il s’agit d’une maladie fongique qui est notamment le signe d’un manque d’aération. Coupez les tiges les plus atteintes, augmentez l’aération et éviter de mouiller le feuillage lors des arrosages;
  • Longues tiges dégarnies de feuilles: chez la plante plus âgée (ou moins bien traitée), il peut arriver que les tiges se dégarnissent de leurs feuilles basales. Une taille des pointes de croissance peut stimuler les bourgeons latéraux et la ramification. Une petite cure estivale à lumière vive lui fera également le plus grand bien!

Conseils lors de l’achat

On peut espérer une floraison rapide même chez les jeunes plants. Photo par Kenpei

Le nématanthus est souvent composé de plusieurs boutures plus ou moins grosses, empotées ensemble pour qu’il ait rapidement une forme dense et arbustive. Comme il n’a pas besoin de beaucoup de place, les différentes boutures n’en souffriront pas, si elles sont bien établies (ce qui devrait être le cas dans un magasin consciencieux!). Choisissez la potée composée du plus grand nombre de boutures et dont le feuillage est le moins abîmé. Les plantes suspendues peuvent être difficiles à transporter: faites attention de ne pas les exposer aux froids automnaux, hivernaux et printaniers, ainsi qu’aux dommages lors de l’emballage et du déballage. La délicatesse prévaut!

Conseils de présentation

Avec ses belles feuilles d’un vert luisant si chaleureux, le nématanthus se marie bien avec des pots ou des cache-pots composés de matériaux naturels: bois, terre cuite, osier, tissus… Cependant, par souci pratique, les pots en terre cuite sont particulièrement adaptés: ils permettent au terreau de mieux respirer et sont assez lourds pour ne pas basculer avec les plantes plus volumineuses. Prévoir un pot plus large que profond, si possible.

Conclusion

Avec un feuillage traditionnel, mais toujours apprécié, des fleurs adorables et fréquentes, des conditions de culture somme toute fort raisonnables… le nématanthus est une chouette plante à suspendre devant une fenêtre lumineuse. Le cultivar ‘Tropicana’, en particulier, est une occasion à ne pas manquer!

Photo de ma plante, par moi. Après plusieurs recherches, j’ai déterminé qu’il s’agissait du Nematanthus ‘Quelque Chose’, un excellent cultivar!

Étiquettes + Plante poisson rouge, Nematanthus


commentaire sur "À chaque mois sa plante, avril 2023: le nématanthus"

  1. Marie-Claude Goyette dit :

    Un grand merci pour tout ces précieux détails. Est-ce une plante qui installé à l’extérieur, attirera les colibris ?

  2. Monique Comeau dit :

    J’ai parcouru votre article avec un intérêt grandissant. Vous écrivez fort bien et la structure que vous donnez à votre texte est éloquente, en plus des magnifiques photos. Merci de parfaire dans le plaisir mon éducation horticole!

  3. Brigitte dit :

    Merci, j’ai justement ce type de plante et je me demandais si je devais la remporter.
    Bonne journée

  4. Caroline Jarry dit :

    Cette plante est vraiment jolie, avec ses petites fleurs oranges pâle. J’en ai déjà eu une il y a plusieurs années, disparue dans un déménagement, et elle me plaisait beaucoup. À la lecture de votre article ce matin, il m’en faut une autre! Vos portraits de plantes du mois sont séduisants, bien écrits et informatifs. Et je suis bien d’accord avec vous qu’avoir des fleurs chez soi fait partie des besoins de la pyramide de Maslow! ?

  5. Caroline Jarry dit :

    Cette plante est vraiment jolie, avec ses petites fleurs oranges pâle. J’en ai déjà eu une il y a plusieurs années, disparue dans un déménagement, et elle me plaisait beaucoup. À la lecture de votre article ce matin, il m’en faut une autre! Vos portraits de plantes du mois sont séduisants, bien écrits et informatifs. Et je suis bien d’accord avec vous qu’avoir des fleurs chez soi fait partie des besoins de la pyramide de Maslow! ?

  6. Joncas dit :

    Merci pour ce bel article sur cette magnifique plante. J’aime beaucoup cette plante et elle me le rend bien par sa floraison presque continuelle.

  7. Gisèle Theoret dit :

    Je connais cette plante sur Hypocyrta  » Glabra.. » nemanthathus

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