Éditorial

Je suis une éternelle sceptique positive

Ma phrase préférée: on ne sait jamais!

Mise en garde: cet article s’annonce un peu ésotérique-comique, soyez prévenus!

J’aime croire. 

Croire à quoi? Aux licornes, au Père Noël, à l’amour! J’aime donner le bénéfice du doute et croire que quelque chose est possible. 

Peu de scientifiques sont aussi ouverts: pour beaucoup, on y croit quand on a des preuves solides, un p-value < 0.05, et des pairs qui ont validé l’information tous les 10 ans. (Si vous ne savez pas ce qu’est un p-value, considérez-vous chanceux!) C’est du moins ce que j’ai constaté de mes professeurs-chercheurs durant mes études… Et je dois avouer que mon conjoint, docteur en biologie, est le terre à terre du couple: si on n’a pas de preuve, on n’a aucune raison d’y croire. Ça fait des conversations très intéressantes deux biologistes qui spéculent sur le fait que X ou Y soit possible ou non. 

Pour mon article du jour, je vous emmène dans mon monde du «et si ça se pouvait?». J’ai envie de partager avec vous un peu de mon quotidien, de ma vision de la vie et de la nature, d’ouvrir vos horizons et de savoir quel genre de jardinier vous êtes.

Crédule, curieux, sceptique?

Avant tout, gardez en tête qu’à une époque, boire une tisane pour se guérir était considéré comme de la sorcellerie. Maintenant, on utilise la molécule naturellement présente dans le saule pour faire l’aspirine.

À la même époque, entendre hululer un hibou était signe d’un grand malheur, et on tuait le malheureux qui s’introduisait dans notre grange. Maintenant, on les y invite pour qu’ils débarrassent nos champs des souris.

Il n’y a pas si longtemps, on faisait des saignées pour guérir divers maux. Maintenant on fait des transfusions. 

Quand j’étais petite, ma grand-mère disait «les vaches sont couchées, il va pleuvoir. Accroche un crucifix sur la corde à linge»… Je suis pratiquement certaine qu’aujourd’hui, le lien entre les vaches, la pluie et la religion est inexistant pour la majorité des gens.

Une personne tient une boîte de Petri contenant une plante.
Que découvrira-t-on demain? Plus intrigant encore: qu’est-ce qu’on n’aura pas encore découvert? Photo: Chokniti Khongchum.

La magie, le mystère et les croyances d’hier sont la science, l’expérience et… l’internet… d’aujourd’hui

Si à une époque on faisait les choses d’une façon, ça peut changer. Peut-être que dans quelques centaines d’années, on rira de notre médecine actuelle, de nos croyances… et du traitement qu’on donne à nos plantes!

Peut-être qu’on aura découvert qu’en fait, planter un jour de pleine lune fait vraiment quelque chose? Ou bien qu’il est possible de communiquer avec nos plantes en utilisant des phéromones? «Pousse plus droite si tu veux de l’engrais, et range ta perlite!»

On ne sait pas ce qui nous attend comme nouvelle découverte, nouvelle technologie. Est-ce qu’on va découvrir que d’avoir un navet pourri peint en violet sur la toilette éloigne les thrips? C’est peu probable, je l’admets, mais : on ne sait jamais!

Le jardinage est un monde complexe, plein de superstitions, d’essais et d’erreurs

Ce qui marche chez un ne fonctionne pas toujours chez l’autre. Pourquoi? Aucune idée! On ne sait pas tout, loin de là! Peut-être que le ton de voix d’une personne est plus favorable à ses plantes, ou bien c’est l’odeur dégagée par sa cuisine qui les stimule? 

Ridicule? Pourquoi? Parce que personne n’a encore fait de recherches sur le sujet? C’est justement la raison pour laquelle ce n’est pas ridicule.

J’ai quelques messages à vous partager aujourd’hui, non pas en tant que scientifique, mais en tant que moi-même, une sceptique positive qui aime laisser le bénéfice du doute aux théories loufoques:

Les crédules

Ne croyez pas TOUT, faites vos recherches, mais faites des tests aussi. Est-ce que le ketchup est un bon engrais? Faites deux boutures et arrosez-en une avec de l’eau de ketchup; vous ferez peut-être une merveilleuse découverte. Après tout, les plus grandes innovations scientifiques se sont faites par erreur, ou ont commencé par être ridiculisées!

Dessin d'un singe avec une tête de Darwin
On a traité Darwin de bien des choses avant de finalement adopter sa théorie de l’évolution. Cette caricature est parue dans un magazine en 1871 pour rire de sa théorie jugée loufoque. Photo: University College London Digital Collections (1886).

Les terre à terre

Vous avez sans doute lu énormément et vous avez beaucoup de connaissances. Mais laissez-vous un peu d’air aussi! Un peu de rêve! Et avant de dire «non» à la personne qui demande si elle peut arroser ses plantes au ketchup, demandez-vous si c’est vraiment la bonne réponse à donner. L’avez-vous essayé? Avez-vous lu un article scientifique sur le sujet? Alors peut-être que vous vous apprêtez à ridiculiser un futur Marie-Victorin!

Deux hommes regardant des plateaux de plantes
Le père du frère Marie-Victorin souhaitait le voir devenir marchand. Sans lui, qui a fondé le Jardin botanique de Montréal, qui sait combien de temps nous aurions dû attendre avant d’avoir un autre passionné qui aurait autant contribué aux connaissances sur la nature québécoise? Photo:  espacepourlavie.ca.

Les superstitieux

Vous plantez toujours un bloc lego dans vos plantes parce que c’est comme ça que votre grand-mère faisait? D’accord, mais pourquoi? Est-ce que c’est encore d’actualité aujourd’hui? En fait, elle mettait peut-être ce bloc juste pour empêcher la terre de sortir du pot par le trou de drainage… et parce que c’est ce qu’elle avait sous la main à ce moment. «Ça a toujours été comme ça», ce n’est pas toujours gage de réussite, soyez ouverts à changer les traditions.

Une dame d'âge moyen envoie un baiser

Mot de la fin: je ne sais pas tout, vous ne savez pas tout, et personne ne sait tout (heureusement, il aurait beaucoup de courriels!) Alors, soyez ouverts aux innovations, questionnez ce que vous faites… et osez essayer! Voilà pour la morale philosophique du jour, après tout… On ne sait jamais!

Et vous, quel type de jardinier êtes-vous?

À propos Audrey Martel

Audrey Martel est une biologiste diplômée de l'Université de Montréal. Après plus de dix ans dans le domaine de l’animation scientifique, notamment pour Parc Canada et le zoo de Granby, elle a rejoint Conservation de la nature Canada afin de relever de nouveaux défis en rédaction scientifique. En 2022, elle a décidé de se lancer à temps plein dans la rédaction scientifique en tant que pigiste. Elle se passionne pour les plantes et champignons comestibles, le comportement animal, les liens entre les espèces dans les écosystèmes, et la sensibilisation à la protection de la nature.

20 comments on “Je suis une éternelle sceptique positive

  1. Johane Paradis

    Bonjour. J’ai adoré votre article. La rigueur de la science qui côtoie l’émerveillement. Je suis entièrement d’accord avec vous. Qui dit que ce qui semble invraisemblable aujourd’hui ne sera pas une « verité » demain? Hâte de vous lire à nouveau!

    Une optimiste curieuse.

  2. Bonjour, merci pour votre article, cela m’a véritablement fait plaisir de le lire ce matin. L’importance d’être à la fois vigilant ET ouvert résonne parfaitement chez moi. Demeurons humble en reconnaissant que nous savons des choses mais qu’il y a encore beaucoup à apprendre et que pour cela nous devons cultiver notre curiosité et notre optimisme!

  3. Marie-Lyne Lavallée

    Merci de nous rappeler de valider nos informations, de s’intérroger et surtout d’être ouvert à de nouvelles expériences botaniques.

    Votre article m’encourage de continuer à être une jardinière innovatrice.

  4. Ce matin, j’ai eu le sentiment de lire l’article d’une petite fée avec un regard à la fois très ouvert et accueillant face à la nouveauté. Merci!

  5. Merci pour cet article rafraichissant et positif.

  6. Chère Audrey, quel article rafraîchissant et interessant! Curiosité, émerveillement, optimisme et humour! Merci!

  7. Merci. très juste!

  8. Bonjour Audrey, merci pour cet article ésotérique-comique! 🙂
    Je suis tout à fait comme toi (sans le diplôme de biologiste par contre…), et ce dans tous les domaines, pas seulement le jardinage. Je me dis toujours que si je ne l’essaie pas, je ne le saurai jamais. Ce qui donne des expériences intéressantes et parfois loufoques. 😉
    Est-ce que quelqu’un a déjà tenté l’expérience de se mettre des cotons ouate trempés dans de l’alcool (genre Téquila ou Vodka) entre chaque orteil et d’attendre une demi-heure (en feuilletant un beau magasine de jardinage…) pour voir si vous ressentirez l’effet de l’alcool? Eh bien, moi je l’ai fait. Je vous laisse tenter l’expérience par vous-même et tirer vos propres conclusions. 🙂
    Bonne journée!

  9. Moi je suis du type  » allons voir ce que le jardinier paresseux en a dit »

  10. Francyne lavallee

    Merci,j’ai bien aimée l’article..on apprends avec des erreurs parfois mais au moins on n’essaie .

  11. Je suis une scientifique aussi, et malgré les connaissances, mon plus grand plaisir est l’expérimentation. Je teste toutes les plantes dans mon sol et et mes conditions de culture, juste pour voir si je peux faire mentir les étiquettes de plantes… et ça marche souvent !

  12. rejean.filiatrault@hotmail.com

    Pratico-pratique-réaliste je suis.
    Les jardins suivent les saisons.Dormance haha que se passe t il sous la neige et mon compost qui géle a mesure dans cette hiver. Mais depuis le 21les jours se rallongent

  13. Michèle ADAM

    Aurait-t-on cru il y a quelques années que les arbres se prévenaient quand un chevreuil venait manger leur écorce, permettant ainsi aux autres arbres de se protéger ? Cela me rappelle mon père quand je parlait de manger des légumes. Il me disait : as-tu entendu le poireau crier quand tu l’arrachais du jardin ? Non, mais qui sait ? … A bientôt et heureuse année à toutes et tous, dans vos jardins bien entendu.

  14. Merci Audrey pour ce moment d’optimisme

  15. Juliette au balcon

    J’interroge beaucoup mes plantes d’intérieur. Chaque fois que j’en achète une nouvelle, j’essaie de découvrir par l’expérimentation qu’elle est la meilleure position pour elle dans la maison, ce qu’elle préfère comme terreau, comme pot ( terre cuite, plastique, etc.), si elle aime les douches ou pas trop, des arrosages copieux ou parcimonieux, si elle aime pousser sous une cloche de verre, bref tout pour qu’elle se plaise chez moi et me le montre par sa croissance, sa floraison.

    J’expérimente aussi pas mal sur la multiplication de mes plantes. Je suis toujours surprise de constater que les boutures ne se comportent pas toutes de la même manière. Dans les mêmes conditions, certaines se mettent à pousser aussi bien et aussi vite que leur mère alors que d’autres semblent bouder et demeurent rabougries. Pourquoi? Aucune idée! Je continue d’expérimenter et de les observer.

    Un long séjour estival au balcon plait à la plupart d’entre elles après l’indispensable période d’acclimulation prescrite par notre jardinier paresseux. Merci Julie de cet article différent, agréable à lire et pour le coup de chapeau au Frère Marie-Victorin et à son précieux collaborateur, l’architecte paysagiste Henry Teuscher (à droite sur la photo).

  16. Juliette au balcon

    Merci à Audrey et désolée de mon erreur!

  17. Super sympa article qui laisse rêveur….. Et si… ?!

  18. michel parent

    La preuve en est que certaines des avancees d’Einstein sont aujourd’hui contestees. Perso je crois aux vaches qui se rapprochent des batiments a l’approches d’un orage ainsi que des feuilles de certains arbres qui se retournent et des chiens et chevaux qui s’emballent a l’approche d’un cataclysme terrestre. Je crois aussi aux effets de la lune: obbservations de centaines d’annees; promenez vous a Mtl. les soirs de pleine lune et vs constaterez que les bars sont pleins.(Jugez par vous-meme.) Un des grands problemes de nos jours est que les gens s’eloignent de plus en plus de la nature….il faut tout betonner.Votre article est tres inspirant.

  19. Steeve Vachon

    Bonjour,
    Vos chroniques sont super intéressantes et je les lis avec plaisir. Mes les vidéos qui dépensent de la bande passante sont-ils nécessaires? Je vis en forêt et notre internet, en plus d’être de qualité moyenne, coûte beaucoup plus cher qu’en ville.

  20. Penser librement, oser expérimenter, et à défaut de preuves, croire ce qui nous fait du bien. C »est bien plus agréable que de rester prisonnier entre les « vérités » de toutes sortes. En tant que biologiste, j’aime bien la science, mais encore plus la magie souvent incomprise de la nature!

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