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Ces villes où il fait bon cultiver un potager en façade

Tout jardinier vit avec l’illusion que tout le sol qui entoure sa propriété lui appartient et qu’il peut en disposer comme bon lui semble. Autrement dit, on peut tout planter, n’importe où. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, car plusieurs municipalités imposent des règles de bonne conduite citoyenne qui limitent la hauteur des haies, la hauteur de la pelouse et même ce que l’on peut ou ne peut pas planter devant sa maison.

Les légumes, ça pousse au soleil. Et si le soleil est devant la maison, c’est là qu’on installe le potager! Photo: Montage Mathilde Bourgeois sur Canva.

Si de telles règles existent, c’est qu’un jour ou l’autre, des citoyens plus zélés que les autres ont porté plainte et ont invité la ville à légiférer en la matière. Les lois et les règlements découlent souvent des abus de la minorité. Mais avec la grande mouvance environnementale que nous vivons, il est plus que temps de remettre en question certaines de ces contraintes végétales.

La petite histoire

Il y a environ une dizaine d’années, la présence de potagers en façade faisait les manchettes. En effet, de nombreuses municipalités du Québec les interdisaient et on allait même jusqu’à remettre des amendes salées à ceux qui osaient cultiver quelques tomates et quelques carottes aux vues et au su de leurs voisins.

Depuis, la situation a pris un beau virage et de plus en plus de municipalités ont modifié leur réglementation pour autoriser la culture des plantes comestibles en devanture des bungalows des villes et des banlieues. Il faut dire que c’est la mobilisation citoyenne qui a fait bouger les choses. À coup de pétitions et de revendications aux assemblées des conseils de ville, les jardiniers ont fait prévaloir leur point. Et on les a écoutés!

Au Québec, c’est la municipalité de Drummondville qui a brisé la glace. Puis, les villes de Québec, Victoriaville, Sherbrooke, Lévis et Gatineau, pour ne nommer qu’elles, ont emboîté le pas.

Un petit carré de potager bien entretenu en bordure de la rue. Photo: Flickr.

Pourquoi s’y opposer?

Les passionnés de plantes comestibles et d’agriculture urbaine trouvent tout naturel de planter des légumes et des fines herbes à grandeur de leur terrain. D’ailleurs, les adeptes des principes de permaculture savent qu’on ne doit laisser aucun centimètre carré de terre dépourvu de végétation. Et tant qu’à planter quelque chose, autant que cela serve!

Par contre, les non-jardiniers voient les choses tout autrement. En général, les interdictions de planter des potagers en façade étaient justifiées par des raisons d’ordre esthétique. Eh oui, la belle pelouse parfaite… encore! On rêvait de belles maisons de banlieue, toutes identiques, aménagées avec goût, avec quelques beaux arbustes et un grand espace dégagé recouvert de pelouse qui met en valeur l’architecture de la maison. La beauté et l’harmonie avant tout! C’est donc par crainte de perdre nos belles banlieues dans un fouillis végétal que les municipalités ont légiféré.

Une autre raison qui limitait la culture des potagers en façade est la sécurité publique. Et je dois reconnaître ici que je vois la validité du commentaire. Des végétaux plantés en bordure des routes peuvent nuire à la visibilité, en particulier sur les coins de rue. Cela peut causer des accidents. C’est la raison pourquoi certaines municipalités, qui autorisent les potagers en façade, vont demander une bande de dégagement sans cultures près de la rue. Certaines vont même dicter la hauteur maximale des bacs de culture et des végétaux.

Il ne devrait pas y avoir de différence entre une spirée et un plant de poivron. Ce sont des plantes. Point. Une ornementale et l’autre comestible.

Pourquoi y adhérer?

Je me doute un peu que les lecteurs de ce blogue sont davantage des amoureux des plantes et des potagers que des détracteurs. À vous, je n’ai pas besoin d’apprendre tout ce qu’on peut soutirer d’un potager en façade.

Dans une vision plus globale, la culture d’un potager, en façade ou pas, soutient la souveraineté alimentaire. C’est une forme d’agriculture paysanne à sa plus petite échelle. Il n’y a pas plus local que dans sa cour (ou sa devanture)! Le potager en façade génère des économies de transport et de suremballage. Puis, on a la garantie que nos aliments sont frais et sans pesticides. Bon, ce n’est pas 6 carottes et 12 tomates qui vont faire virer de bord un cargo de légumes qui arrive d’Amérique centrale ou qui vont enrayer l’utilisation des néonicotinoïdes, un insecticide qui met en péril les populations d’abeilles. Mais des milliers de jardiniers qui cultivent 6 carottes et 12 tomates peuvent faire une différence. Oui, je sais, c’est mon petit côté hippie qui rejaillit. J’ai toujours été une adepte du « pensez global, agissez local » (ça sonne mieux en anglais!).

Aussi, même si personnellement j’aime les « jardins-fouillis », un potager en façade peut être aménagé selon les grands principes du rythme et de l’harmonie. Il peut être bien structuré, avec des allées de paillis et des plates-bandes délimitées. Cela dit, j’ai le sentiment qu’il est grand temps de redéfinir l’esthétisme et ce qui est jugé beau.

J’aime les «jardins-fouillis»! Photo: Zane A Selvans sur Western Planner.

Enfin et plus que tout, que ce soit en façade, en cour arrière ou sur un balcon, il n’y a rien de plus satisfaisant que de croquer dans une carotte à peine nettoyée de sa terre, de se faire un sandwich aux tomates avec ses tomates et son basilic ou d’épater ses amis avec son tout premier cantaloup! Bonheur et satisfaction!

Alors, je rends hommage à ces villes où il fait bon cultiver un potager en façade. Car elles œuvrent pour le plus grand bien de leurs citoyens, mais aussi à leur manière, elles contribuent au virage nécessaire et urgent pour le plus grand bien de la Planète. Quand un citoyen passe à l’action, c’est super. Mais quand une ville ou une municipalité prend position, wow! Quel impact!

Julie Boudreau est horticultrice, diplômée de l’ITA de Saint-Hyacinthe. Elle œuvre dans le domaine l’horticulture depuis plus de 25 ans. Elle a publié une dizaine de livres et participé à de nombreuses émissions de télévision et de radio. Elle est enseignante au Centre de formation horticole de Laval. Passionnée de son métier, Julie Boudreau se consacre à promouvoir le jardinage, le design de jardin, la botanique et l'écologie, sous toutes ses formes. Un peu grano, écolo depuis toujours, gourmande et essayeuse, Julie est une épicurieuse avec un fort penchant pour tout ce qui se prononce en latin.

20 comments on “Ces villes où il fait bon cultiver un potager en façade

  1. Mon jardin est « en fouillis » comme vous dites, moi je dis un jardin « au naturel », un jardin de réensauvagement…un petit coin de biodiversité 🙂

  2. Je me demande qui a un jour décidé que les légumes étaient laids… j’intercale depuis longtemps des arbustes fruitiers, des poivrons, chous et fines herbes dans mes plates-bandes et l’effet est fort joli!

  3. Notre jardin est en facade aussi depuis que la ville de Québec le permet puisque le soleil est justement là ! Les voisins sont tous au gazon mais régulièrement ils arrêtent en avant de chez-nous pour nous donner des commentaires positifs sur le « très beau jardin vivant et luxuriant » que nous avons! Quel plaisir d’échanger avec eux !

  4. Denise B, Québec, Qc

    Moi aussi, j’ai installé un nouveau potager en plein soleil, devant la maison.
    Tout simplement génial.

  5. Il ne devrait pas y avoir de différence entre une spirée et un plant de poivron. Ce sont des plantes. Point. « Une ornementale et l’autre comestible. »

    NON une seulement ornementale, et une comestible ET ornementale. C’est beau un pied de piment, aux fruits verts, ou rouges ou jaunes ! Quelle différence esthétique entre un piment comestible avec par exemple, un Solanum pseudocapsicum qu’il faut se garder de consommer ?

  6. « Faire un jardin, c’est croire en demain » Hepburn

  7. Jardinez, c’est reprendre contact avec la Terre, bouger, calmer le mental, partager avec les gens, reprendre en charge une partie de notre alimentation, permettre aux insectes et oiseaux la bio diversité et
    Quel plaisir!!

  8. Entièrement d’accord! Chez moi mon jardin est assez «  fouillis » et j’aime ça comme ça! Ça ressemble plus à la nature! Et comme « la beauté est dans les yeux de celui qui regarde… » Il est grand temps que l’humain éclaircisse sa vision.
    Idem pour les bacs de récupération d’eau. Dans ma ville ils sont interdits en façade. Du moins il y a 2 ans. Personnellement, j’ai une gouttière qui capte une grande quantité d’eau à cet endroit. J’en ai installé un quand même en me disant que la logique et l’utilité en valait la peine. De ce pas, je m’en vais vérifier les règlements municipaux pour voir s’ils ont évolué. Vous n’avez pas mentionné cette ville alors que vous y travaillez… alors j’ai un petit doute… Merci de votre précieux apport à ce blogue Mme Boudreau!

  9. Il était plus que temps que les gens reprennent leurs droits, le jardin potager est un bijou sur son terrain

  10. Que les pépés et mémés ringards d’un autre âge arrêtent de casser les pieds aux gens qui ne sont pas des adeptes de triste la moquette verte unie et bien rasée, sans la moindre fleur dessus… Si ça leur manque, qu’ils aillent donc sur des terrains de golfs, ces autres endroits où la biodiversité est considérée comme nuisible.
    Vive les façades avec des potagers et les mini prairies naturelles fleuries où bourdonnent joyeusement les butineurs.
    Et que les municipalités en fassent autant pour leurs terre-pleins, herbeux et fleuris, comme l’a si joliment fait la ville de Magog cet été sur la rue Sherbrooke.
    Il est temps que les québécois (et tous les citoyens du monde entier) arrêtent de se battre contre la nature et se décident à la respecter en vivant en harmonie avec elle.

  11. A Longueuil, avec l’illumination des rues et les attaques de vers blancs, il ne restait que très peu de gazon à arracher pour planter ma plate-bande mixte. Dans mon jardin fouillis, où les vivaces se mèlent aux comestibles, les vers blancs ne causent plus de trous disgracieux et nous cohabitons maintenant harmonieusement.

  12. Moi, j’ai réglé le problème des vers blancs depuis environ 10 ans, j’ai semé beaucoup de trèfle dans mon gazon pour remplir toutes les espaces, j’avoue que j’aime beaucoup l’effet. Toujours vert, même s’il ne pleut pas pendant un mois, les vers blancs n’aiment pas le trèfle. Il fixe l’azote et il ne devient pas aussi haut que le gazon, donc cela évite de devoir tondre à chaque semaine.

  13. Sur la rive-sud de Montréal, ma petite ville autorise non seulement les cultures en façade mais également encourage les propriétaires à favoriser la biodiversité via des capsules d’informations diffusées par la ville. Ce n’est pas donné à tous d’être passionnés de jardinage ! Par exemple, pour les gens qui veulent conserver le gazon en façade, selon l’organisme Conservation de la nature Canada, afin de protéger les insectes pollinisateurs, recommande à laisser place à la spontanéité de la nature et d’attendre à la fin mai avant de tondre le gazon. Ce que notre ville fait pour tous les terrains de la municipalité et de plus en plus de propriétaires voyant l’engouement, se sont concientisés.

  14. Notre mère, a fait son potager jusqu’à, 90 ans, et pour bien utiliser son terrain, elle plantait des « plantes potagères » et autres fines herbes à l’avant de sa maison, en se disant que ce ne serait pas son voisin qui lui dicterait ce qu’elle mettrait en terre…
    Malheureusement les ringards casse pieds sont de tous les âges, je dirais plutôt ceux qui ne s’informent pas, et qui ne se questionnent pas sur leurs pratiques horticoles.
    P.s. Elle faisait aussi son compost… qui je crois est une autre pratique très ancienne…

  15. Ça fait longtemps que je sais que le contact avec la terre est important. À chaque mois de janvier, je ressens le besoin de mettre mes mains en terre pour «rééquilibrer» ce qu’on appelle le négatif et le positif. Clarisse

  16. Les scientifiques ont trouvé dans la terre une molécule qui rend heureux, alors je jardine sans gant 🙂

  17. Joscelyne Duchesne

    Comme dit la Sagouinne : une soupe au devant de porte ! Bravo ?

  18. Bon article! Merci.

  19. J’ai 75 ans et je suis le seul avec une devanture de maison avec aucun gazon nous ne sommes pas tous pareilles .Bien à vous et sans rancunes

  20. Louise Côté

    Bonjour
    J’ai beaucoup aimé votre article.
    Étant des anciens résidents de Drummondville , qui sommes maintenant domiciliés à Gatineau, il nous a été donné , d’apprécier l’évolution positive des municipalités, concernant les potagers de façade.
    Nous avons un potager bio nourricier, magnifique et esthétique en façade , de même qu’un petit ,complémentaire ,dans la cour arrière.
    Ils font notre bonheur , celui de tous les passants qui prennent le temps de les regarder ainsi que de la faune et flore indigène.
    Nous essayons de vivre en harmonie avec notre environnement en traitant avec grand respect ,le coin de terre que nous avons le privilège d’habiter.
    Nous profitons de votre tribune pour remercier les municipalités qui permettent et encouragent les potagers en façade .
    Merci à vous ,
    Louise Côté

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